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1 janvier 2015 4 01 /01 /janvier /2015 21:30

Bagatelle sur un Tombeau

 

Pierre Dac – à l'état-civil : André Isaac, né le 15 août 1893 à Châlons-sur Marne.

Mobilisé en août 1914 au lendemain de son vingt-et-unième anniversaire, il revient du front quatre ans plus tard avec deux blessures, dont une d'un obus qui lui a raccourci le bras gauche de douze centimètres – Bagatelle sur un Tombeau – 1944 

 

 

 

13 juin 1944 – Radio Londres

Pierre Dac répond à Philippe Henriot, éditorialiste de Radio Paris et sous-ministre de la Propagande collaborationniste, le « Goebbels français », qui l'avait insulté et attaqué de mille façons plus laides et plus moches les unes que les autres – un vrai torrent de boue, un mois avant. (Henriot contre Dac (http://www.ina.fr/audio/P12213033 – 10 mai 1944)

 

 

 

 

 

Bien évidemment, Lucien l'âne mon ami, ni toi, ni moi n'avons le goût, ni l’intention d'être antisémites.

 

 

En tant qu'âne, je ne me sens pas trop concerné. Disons que je ne suis pas trop raciste ; c'est vrai pour presque toutes les races et les espèces ; il m'arrive même parfois de supporter la race humaine. Surtout quand elle ne méprise pas les animaux. Car les humains, pour la plupart, sont racistes et se prennent pour la « race élue » et méprisent, exploitent (ils s'exploitent même entre eux), domestiquent ( ils se domestiquent même entre eux) , asservissent ( ils s'asservissent même entre eux), chassent (ils se chassent même entre eux), battent, blessent et massacrent (ils se battent, se blessent et se massacrent même entre eux) les autres races et espèces. Je reconnais qu'il y a des exceptions, mais statistiquement l'humanité est assez peu aimable. C'est là un des fondements de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles… Donc, pour continuer, les humains sont (pour une bonne part d'entre eux) racistes vis-à-vis des animaux – toutes races et espèces confondues et même, ils sont tellement racistes qu'ils inventent des races où il n'y en a pas afin de pouvoir être racistes entre eux et pouvoir pratiquer l'extermination de populations entières. Il est donc tout-à-fait évident que comme tu le dis si bien, je n'ai ni le goût, ni l'intention d'être antisémite.

 

 

Cependant, ainsi que tu l'as si bien exposé, il est des humains qui sont antisémites et furieusement ; jusqu'à vouloir l'extermination des Juifs. C'est à un de ceux-là que répond Bagatelle pour un Tombeau, dont le titre n'est pas une référence à Jean-Philippe Rameau et à son Tombeau de Couperin. Le propos de Pierre Dac répond aussi à un autre antisémite furieux et délirant par le choix de son titre : Bagatelle pour un Tombeau. Au passage, j'indique qu'il s'agit du tombeau de Marcel Isaac, frère de Pierre Dac, tué dans les tranchées de la précédente guerre. Il s'agit , tu l'auras deviné, je le vois à tes yeux noirs et luisants comme la lave de l'Etna après un bel orage, de Louis-Ferdinand Céline, qui avait publié quelques années auparavant un livre intitulé « Bagatelles pour un Massacre ». Et quand je dis « antisémite furieux et délirant », voici un extrait de ce texte de Céline : « « Je lui apprends tout de suite d’emblée que je suis devenu antisémite et pas un peu pour de rire, mais férocement jusqu’aux rognons ! » ; on est fin 1937.

 

 

On pourrait continuer longtemps, mais ici, il s'agit de laisser la parole à Pierre Dac – André Isaac. Alors, reprenons notre tâche, et comme lui, tissons le linceul de ce vieux monde raciste, antisétime, brute, maboul et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

"M. Henriot s'obstine; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l'en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu'une réponse pas du tout aimable – ce qui est bien étonnant – et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.
C'est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas Français. À défaut de croix gammée et de francisque, j'ai corrompu l'esprit de la France avec L'Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j'y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C'est absolument d'accord. Il n'empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :

  1. Le problème de la déportation;

  2. Le problème des prisonniers;

  3. Le traitement des prisonniers et des déportés;

  4. Le statut actuel de l'Alsace-Lorraine et l'incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l'armée allemande;

  5. Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d'occupation dans l'organisation du marché noir;

  6. Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier, les méthodes d'interrogatoire

  7. Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l'anéantissement de la France.

Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m'avez consacré, vous vous écriez notamment : "Mais où nous atteignons les cimes du comique, c'est quand notre Dac prend la défense de la France! La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?"
Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours, on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la modeste pierre tombale, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.       
Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée :

 

PHILIPPE HENRIOT
Mort pour Hitler, 
Fusillé par les Français...


Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien. Si vous le pouvez… 

 

 

 

P.S. : Henriot ne devra pas longtemps attendre pour dormir – en bon catholique – éternellement. Le 28 juin 1944, quelques semaines plus tard, un commando de la Résistance vient l'enlever ; Henriot est armé ; il est abattu ; sa femme, présente, est épargnée. 

Bagatelle sur un Tombeau
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Marco Valdo M.I.
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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 18:08

Dans le dos

 

 

Chanson française – Dans le dos – Pierre Dac – 1944

http://www.youtube.com/watch?v=jj9uKQAn-r8

 

Parodie du Refrain des chevaux de bois – 1936

 

 

 

Car de toutes les manières,

 

L'ordre nouveau, vous l'avez dans le dos.

 

 

Ah, Lucien mon ami l'âne, tu connais sans doute aucun la chanson du « Refrain des Chevaux de Bois »…

 

Certainement, comment ne la connaîtrais-je pas, je suis un ongulé, moi aussi. Alors, tu penses… si je la connais. Je m'en vais de ce pas d'âne, t'en dire le texte et tu pourras même l'écouter chanté par Ray Ventura (1936) et puis, par Georges Brassens, qui l'aimait beaucoup. Donc, voici :

 

 

 

Refrain des chevaux de bois

 

1936 -
Auteurs : Charlys – Maurice Vandair -
Compositeur : Maurice Alexander - 

Brassens : 

https://www.youtube.com/watch?v=jY6RFGFwJuo
Ray Ventura :

http://www.dailymotion.com/video/x1090tc_ray-ventura-le-refrain-des-chevaux-de-bois_music

 

 

 

Viens ma chérie ne me sois pas rebelle
Belle belle fleur de printemps
Tu es parmi les autres jouvencelles
Celle celle que j'aime tant
Je ne pourrais pas t'offrir des bijoux
Ni des robes à un prix fou
Mais je t'invite et selon mes moyens
Je ne te refuse rien
Ah, viens viens ma nénette
Faire un tour sur les chevaux
De bois
Ça fait tourner la tête
Comme si on avait la gueule
De bois
Et si tu te casses une gambette
On te fera mettre une belle jambe
De bois
Ah, viens viens ma nénette
Faire un tour sur les chevaux
De bois 

La sur ton front doucement ta main glisse
Lisse lisse moi les cheveux
Je t'offrirai un bout de pain d'épice
Puisque puisque puisque tu le veux
C'est pas toujours que l'on peut se payer
Du plaisir à bon marché
Mais je t'invite et selon mes moyens
Je ne te refuse rien
Ah, viens viens ma nénette
Faire un tour sur les chevaux
De bois
Ça fait tourner la tête
Comme si on avait la gueule
De bois
Et si tu te casses une gambette
On te fera mettre une belle jambe
De bois
Ah, viens viens ma nénette
Faire un tour sur les chevaux
De bois

 

Bien. Tu as une de ces mémoires… Te souviens-tu de la version de Pierre Dac, chantée par lui-même. C'est celle que je te présente et bien entendu, il s'agit d'une parodie, qui date du temps où Pierre Dac parlait aux Français depuis Londres.

 

 

Je me souviens très bien de son : « Radio-Paris ment, Radio-Paris ment ! Radio-Paris est allemand ! » sur fond de brouillage radiophonique.

 

 

Donc la parodie des Chevaux de Bois s'intitule : « Dans le dos ! »… Elle dit aux nazis et à leurs amis : « Vous l'avez dans le dos... »

 

 

Oh, Pierre Dac était bien poli…

 

 

Oui, en effet. Mais s'il disait dans le dos, tout le monde comprenait évidemment l'euphémisme et savait qu'il leur disait : « vous l'avez dans le cul ! ». Mais tu as raison, Pierre Dac, alias André Isaac était un garçon bien élevé… Lui ! Quant à ses interlocuteurs , c'est une autre histoire… Henriot, par exemple, malgré ses grands airs de Français-français, est d'une arrogance et d'une grossièreté d'esprit, même si le langage semble s'en tenir à la plus stricte correction.

 

 

Et de fait, c'est bien là finalement qu'ils l'ont eu… Comme chantent les enfants dans les cours d'école : « On a gagné les doigts dans le nez… Ils ont perdu les doigts dans le cul ! » Quant à nous, reprenons notre douce tâche et tissons tranquillement le linceul de ce vieux monde arrogant, grossier, mensonger, propagandiste, médiatisé et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dans le camp nazi, on s'agite, on s'énerve

nerve, nerve

C'est pas marrant !

Tout l'optimisme qui restait en conserve

Serve, serve

A fichu le camp

Les clameurs national-socialistes

N'éviteront pas que bientôt

Toutes les fripouilles collaborationnistes

Se retrouveront sur le carreau

Ça vient et ça s'apprête

Mais oui, Messieurs, vous l'avez dans le dos

Finie la chansonnette

La croix gammée, vous l'avez dans le dos

Ce que vous pourrez dire et faire

N'empêchera rien, vous l'avez dans le dos

Car de toutes les manières,

L'ordre nouveau, vous l'avez dans le dos.

Dans le dos
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Marco Valdo M.I.
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31 décembre 2014 3 31 /12 /décembre /2014 12:10

LE SOLDAT AMOUREUX

 

Version française – LE SOLDAT AMOUREUX – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson napolitaine – 'O surdato 'nnammurato – Anna Magnani1915

 

 

Texte d'Aniello Califano
Musi
que d'Enrico Cannio

 

 

 

ANNA MAGNANI

Carlo Levi - 1954


Oh vie, oh ma vie…

Tu as été mon premier amour…

Le premier et le dernier pour moi !

 

 

Une des plus belles (universelles) canzones napolitaines de tous les temps, que nous avons décidé d'insérer dans l'interprétation de la grande Anna Magnani, qui en fut l'interprète mémorable dans le film pour la télévision « La Sciantosa », d'Alfredo Giannetti (1970), dans lequel elle jouait aux côtés de Massimo Ranieri. Un hommage à la grande Nannarella ... 

 

La chanson, comme on sait, parle d'un soldat, loin de son aimée car il est au front pendant la première guerre mondiale.
Interprétée
par beaucoup de grands artistes, napolitains et pas napolitains.

 

 

 

Tu es loin de mon cœur,
Par la pensée, je te rejoins
Je ne veux rien, je n'espère rien

Plus que te tenir contre moi
Sois sûre de cet amour
Comme je suis sûr de toi…

 

Oh vie, oh ma vie…
Oh cœur de mon cœur…
Tu as été mon premier amour…
Le premier et le dernier pour moi !

Depuis combien de nuits, je ne te vois pas,
Je ne te sens pas entre ces bras,
Je ne baise pas ton visage,
Je ne te serre pas entre mes bras ? !
Mais, au réveil de mes rêves,
Tu me fais pleurer après toi…

 

Oh vie, oh ma vie…
Oh cœur de mon cœur…
Tu as été mon premier amour…
Le premier et le dernier pour moi !

Écris toujours que tu es contente:
Je ne pense qu'à toi…
Une pensée me console,
Tu ne penses seulement qu'à moi…
La plus belle de toutes belles,
N'est jamais plus belle que toi !

 

Oh vie, oh ma vie…
Oh cœur de mon cœur…
Tu as été mon premier amour…
Le premier et le dernier pour moi !

 

 
LE SOLDAT AMOUREUX
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Marco Valdo M.I.
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30 décembre 2014 2 30 /12 /décembre /2014 17:37

On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle

 

Persiflerie française - On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle - Pierre Desproges - Théâtre Grévin 1986 

 

 

 

 

Persifleur de première

9 mai 1939 (Pantin) – 18 avril 1988 (Paris)

 

Lucien l'âne mon ami, il n'y a pas que la chanson dans le spectacle sur scène, dans les cabarets et dès lors, je te prie de bien vouloir considérer ceci. Il y a aussi les persifleurs… Par exemple, Karl Valentin… en est un exemple. Ou les Monty Pythons… Ou Ascanio Celestini… Je ne sais depuis quand, peut-être même en Egypte aux temps des pharaons en trouvait-on déjà… Mais il y a une longue tradition de ces persifleurs qui s'en prennent aux pouvoirs et aux gens et aux choses installées. Qui mettent à mal les idées reçues, qui font de la moquerie un art majeur. Il y en a toute une gamme ; certains sont plus incisifs que d'autres. Parmi tous ceux-là, il en est un qui disait : On peut rire de tout, certes ; mais pas avec tout le monde. Et de fait, il riait de tout et même du cancer qui devait l'emporter trop tôt. Sans lui, il serait encore là. Il riait en premier de lui-même. Ainsi, il faisait ce qu’il disait : « Le premier devoir des humoristes, c'est de savoir se moquer d'eux-mêmes. » C'est à ça qu'on les reconnaît… Les vrais. Et donc, tu auras reconnu celui-ci, je le vois à ton œil d'âne qui soudain brille comme la lune dans un songe d'une nuit d'été. Ici, il va répandre l'acide ironique sur l'antisémitisme et les antisémites. Un juste retour de l'acide prussique… ou cyanhydrique, mieux connu sous le nom de Zyclon B, dont la firme Bayer s'est souvenue sous le nom de Baygon – en vente dans toutes les bonnes drogueries. Efficace, terriblement efficace contre les poissons de lune, les fourmis et autres insectes.

 

 

Là, Marco Valdo M.I. mon ami, tu te laisses emporter par ton tempérament de persifleur… Cependant, je ne peux que te donner raison. Moi-même, souviens-t-en, je pratiquai l'art du persiflage autour du début du siècle dernier et seul un ahuri au menton en galoche, un arrogant imbécile que de plus imbéciles que lui avaient mis au pouvoir, m'avait contraint au silence… Je le faisais – à Rome – sous le titre éclairé, pour ne pas dire illuminé, de L'Asino. Dès lors, tu comprends que je comprenne et mieux, que j'apprécie. J'apprécie surtout l'art et le courage du persifleur qui est probablement, avec certains chanteurs, un des artistes qui travaille sans filet, face à face avec le public auquel il suggère – parfois fortement – des vérités, souvent dérangeantes. Les autres, il n'y a pas besoin de persifler pour les affirmer. Mais quand même, à voir le titre, ce ne doit pas être de la petite bière… comme on dit par ici.

 

 

Comme on dit par ici, en effet, c'est du « fort toubac ».

Démarrer en disant : « On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle.», mais Desproges était ainsi. En avant toute ! Pour le connaître, il faut lire sa biographie et le plus simple, mais comme tu vas voir pas le moins dangereux, c'est de s'adresser à Wikipedia. Dans le cas de Desproges, c'est un vrai scandale ; une récupération immonde, comme ils l'ont fait pour Rimbaud – caviardé par sa sœur, Jean Yanne récupéré par l'Église… Ils avaient essayé avec Voltaire et même, il l'aurait tenté avec le bon abbé Meslier, s'ils l'avaient pu. Pareil pour Desproges, pour un peu, ils en feraient un enfant de chœur. Cela dit, il faut laisser à Wikipedia que sa date de naissance est exacte… et puis, en soi, d'une certaine manière, cette pseudobiographie, c'est (sans le vouloir, car il est sûr qu'ils ne l'ont pas voulu) une parodie de Desproges, tellement c'est pompier et récupérateur. Nanti de cet avertissement au lecteur, tu peux t'aventurer à lire cette notice de Wikipedia ; elle est garantie politiquement correcte. Pierre Desproges, lui, ne l'était pas. Alors là, pas du tout ! 

 

Oh, je sais ! D'ailleurs, s'il avait dû s'engager dans un parti, il n'aurait certes pas rejoint le MOU (Mouvement Onaniste Unifié) ou le MOI (Mouvement Onaniste Indépendant), mais très certainement, le Parti d'en Rire [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=41079]], dont il aurait eu plaisir à retrouver les pères fondateurs. Dès lors, sans attendre et avec lui, tissons le linceul de ce vieux monde convenable, bien élevé, croyant, crédule, escroc, menteur, médisant et cacochyme !

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle.

Vous pouvez rester ! 


N'empêche qu'on ne m'ôtera pas de l'idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux Juifs ont eu une attitude carrément hostile à l'égard du régime nazi.
Il est vrai que les Allemands, de leur côté, cachaient mal une certaine antipathie à l'égard des 
Juifs.

 

Mais enfin, ce n'était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu'on n'est pas n'importe qui, qu'on est le peuple élu, et pourquoi j'irais pointer au Vélodrome d'Hiver, et qu'est-ce que c'est que ce wagon sans banquettes, et j'irai aux douches, si je veux...
Quelle suffisance !


Attention ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit.
Je n'ai personnellement 
rien contre ces gens-là.
Bien au contraire ! Je suis fier d'être citoyen de ce g
rand pays… de France où les Juifs courent toujours.


Je sais faire la part des choses. Je me méfie des rumeurs malveillantes. Quand on me dit que si les Juifs allaient en si grand nombre à Auschwitz, c'est parce que c'était gratuit…

Je pouffe.

 

Et puis, attention, il y a Juif et Juif ; il y à deux sortes de Juifs : le Juif assimilé et le Juif-Juif. C'est pas du tout pareil.
Le Juif assimilé… c'est… C'est vraiment n'importe quoi. Si vous voulez, c'est le genre de mec… Il regarde Holocauste les pieds sur la table en bouffant du cochon pas casher.

Il est infoutu de reconnaître le Mur de Berlin du Mur des Lamentations… Quand il voit un mur, il joue au squash…

Ces gens-là sont la honte des synagogues.
En plus, ils n'auront même pas la chance d'être reconnus par les nazis lors de la prochaine.

 

Le Juif-Juif, c'est complètement différent.
Le Juif-Juif , 
comment dire, se sent plus Juif que fourreur. Vous voyez...
Il renâcle à l'idée de se mélanger aux gens du peuple non élu en dehors des heures d'ouverture de son magasin… Bien sûr...
Dès son plus jeune âge, il recherche la compagnie des autres Juifs et ce n'est pas toujours facile.C'est vrai naguère encore, les Juifs avaient les lobes des oreilles pendants, les doigts et le nez crochus et la bite à col roulé. Hein !

 

Depuis que le port de l'étoile est tombé en désuétude, on ne sait pas pourquoi, ce n'est pas évident de reconnaître au premier coup d’œil un petit enfant Juif d'un petit enfant antisémite.


Mais de nos jours, vous comprenez ces gens-là, les Juifs, ils se font tous raboter le pif et raccourcir le nom ; alors, on ne les reconnaît plus. Voyez Jean-Marie Le PenovitchsteinOn dirait un Breton.

Vous savez… Que tous les praticiens de la chirurgie esthétique... sont Juifs.


Tous les médecins sont Juifs. Sinon, tu n'as pas le diplôme…


Tous les pharmaciens sont Juifs.


Tous les archevêques de Paris sont Juifs.


Tout le monde sont Juifs.

 

En tous cas, pour les médecins, je suis absolument formel. Tous les médecins sont Juifs.

 

Enfin, le docteur Petiot, je ne suis pas sûr... 

Vous ne savez pas qui était le Docteur Petiot...Elle est bête… C'est pas grave, ce n'était pas vraiment une gloire nationale

 

Le docteur Petiot, comment vous dire, en un mot… Le Docteur Petiot, si vous voulez, c'est ce médecin parisien qui a démontré en 1944 que les Juifs étaient solubles dans l'acide sulfurique. 

 

Et bien, le Docteur Petiot n'était pas Juif. Alors que le Docteur Schwartzenberg, si.


Cela dit, il n'y a aucun rapport entre Petiot et Schwartzenberg. Je ne sais même pas pourquoi je fais le rapprochement... Je veux dire que Schwartzenberg, lui, il ne fait pas exprès de tuer les gens. Non...

Voilà encore un bruit qui court… Quand on vous dit que les Juifs sont vecteurs de maladies. Regardez Schwartzenberg ; est-ce qu'il est cancérigène ? Non ! 

Comme disait mon copain Le Luron, il suffit de ne pas trop s'approcher.


Les Juifs-Juifs ne se marient qu'entre eux, bien sûr… 

À ce propos, je relisais récemment  un livre d'Harris et Sédouy qui est paru chez Grasset il y a cinq ou six ans :Juifs et Français, dans lequel les auteurs demandaient à une grande journaliste de télévision, pleine de talent, très belle en plus (pas Ockrent, une journaliste qui écrit des articles, qui fait des reportages… j'aime beaucoup Christine Ockrent, mais elle est plutôt mannequin de Télé-7 jours que journaliste… Non, mais c'est bien, c'est un métier… C'est vrai … Un jour, elle pose avec sa mère ; trois semaines après, avec son grand-père ; après ça, elle a posé sur deux pages avec son bébé . C'est incroyable. Je suis sûr qu'elle aurait fait une fausse couche, elle aurait posé à côté du placenta. 

 

Là, je fais allusion à … Harris et Sédouy ont interviewé une grande journaliste de télévision… française, très belle, je le répète, mais dont je tairai l'identité par pure discrétion, vous pouvez le comprendre… Les auteurs demandaient à cette jeune femme si elle aurait épousé Yvan Levaï pour le cas où il n'aurait pas été Juif comme elle.

Et bien, voyez-vous, cette jeune femme a répondu que non, qu'elle n'aurait probablement pas pu tomber amoureuse d'un non-Juif.

 

Mais voyez-vous, moi, je comprends très bien cette attitude qu'on pourrait un petit peu hâtivement taxer de racisme.


Moi-même, qui suis Limousin, j'ai complètement raté mon couple parce que j'ai épousé une non-Limousine.
Une Vendéenne.

Je suis désolé, les Vendéens ne sont pas des gens comme nous.

D'accord, ils ont des petits doigts, des petits lobes et tout ça… Mais, je ne sais pas, moi … Nos patois ne sont pas les mêmes et nos coutumes divergent…

Et dix verges, c'est énorme.


Voilà une femme, n'est-ce pas, qui mange du poisson le vendredi , alors que moi, je mange du bœuf mironton le mardi. Il n'y a pas de compréhension possible ! 

 


Puis, nous avons notre sensibilité limousine.
Nous avons notre humour limousin … qui n'appartient qu'
à nous.
Nous partageons entre nous une certaine angoisse de la porcelaine peu perméable aux 
Chouans.
Il faut avoir souffert à Limoges pour comprendre.

On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle
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Marco Valdo M.I.
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29 décembre 2014 1 29 /12 /décembre /2014 18:20

LES JUIFS

 

 

Chanson française – LES JUIFS – Philippe CLAY – 1975 

Paroles : Henri Djian

http://www.youtube.com/watch?v=bAbvebj0bFM

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui a toutes les raisons de se retrouver ici dans les Chansons contre la Guerre… Une chanson qui poursuit l'antisémitisme et plus exactement, cette inexplicable haine qui roule sournoisement dans nos sociétés et soudain, resurgit au jour et puis éclate en un grand feu de destruction collective. Il n'y a pas d'explication rationnelle à cette maladie de société. Comment expliquer cette barbarie distillée goutte à goutte jusqu'à noyer des peuples entiers dans la fange brune, dans l'ordure noire ?

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I. mon ami. Il n'y a pas de raison dans tout cela. Et surtout qu'on ne vienne pas parler ici de race… Il n'y a, foi d'âne, qu'une seule race humaine. Délirante, autodestructice, irrationnelle, paranoïaque, schizophrène, tout ce qu'on veut et pire encore, mais une seule. Enfin, c'est comme si on disait que les ânes noirs sont d'une autre race que les blancs ; que chez les ânes blancs, ceux qui ont de longues oreilles forment une race différente de ceux qui ont une grande queue… Que sais-je comme autres âneries seraient-ils encore capables d'inventer ?

 

Donc, pour en venir à la canzone, qui se garde d'ailleurs bien d'évoquer cette absurdité de race, elle décortique ce que les gens disent des « Juifs », comme son titre l'indique. D'abord, essayons de dire ce qu'est un Juif… Selon moi, un Juif est celui qui se désigne lui-même comme tel ou celui que d'autres désignent comme tel. Au-delà de cela, on entre dans l'affabulation, la fantasmagorie, la bêtise, la méchanceté, l'odiosité … Elle capte la haine à sa source : dans le ragot, cette rumeur assassine qui n'ose pas dire son nom. Celle-là même qui depuis des siècles rampe dans le marigot et se colporte de bouche à oreille… Sous-entendus susurrés à propos de sous-hommes suspects… C'est le grand air de la calomnie aux grandes orgues et puis, venue du rien, elle éclate dans le néant. Mais, attention, Lucien l'âne mon ami, on la croyait anéantie dans son propre néant et voilà qu'elle se reprend à fuiter de tous côtés.  

 

Oh, la détestable chose..., dit Lucien l'âne en se raidissant de tous ses poils.

 

Un instant, Lucien l'âne, un instant avant que tu conclues… Deux mots encore à propos de la chanson elle-même, qui se trouve en bonne compagnie auprès de La petite Juive [[ 2891]] de Maurice Fanon ou de Anne, ma sœur Anne [[8147]] de Louis Chedid… Pour te faire remarquer combien elle me semble avoir été inspiré d'une chanson du Grand Jacques, publiée dix ans avant elle, intitulée : « Ces Gens-là »… En tout cas, pour la forme… Regarde bien le début


« D’abord, d’abord, il y a l’aîné
Lui qui est comme un melon
Lui qui a un gros nez
Lui qui ne sait plus son nom »

 

et puis, compare avec le début de celle de Philippe Clay :

 

«  D'abord, ils ont un nez
Un nez, un drôle de nez
Et puis, un nom, un nom,
Un drôle de nom »

 

Ceci dit, c'est plutôt flatteur cette ascendance… et sans doute, une sorte de réminiscence et de coup de chapeau. De toute façon, il n'est pas donné à tout le monde et encore moins, à n'importe qui d'écrire comme Brel… Enfin, reprenons notre tâche et à notre tour, tissons le linceul de ce vieux monde idiot, médisant, calomniateur, insensé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

D'abord, ils ont un nez.
Un nez, un drôle de nez
Et puis, un nom, un nom,
Un drôle de nom.

Ils ont comme un accent.
Oui, c'est ça, un accent,
Un drôle d'accent qui fait...
Comment dire... pas français.

On dit qu'ils ont d
e l'argent.
Oh oui, beaucoup d'argent
Qu'ils ont gagné comment ?
Sûrement pas honnêtement !
Ils sont toujours ensemble,
Qu'est-ce qu'ils complotent ensemble ?

Et les commères disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais"...

À propos... et le Christ ?
N'oublions pas le Christ !
De Barabas et lui,
Lequel ont-ils choisi ?
C'est vrai qu'en deux mille ans,
Nous avons eu tout le temps
De le recrucifier...
Oui, mais c'était après.

C'est vrai qu'ils ont payé,
Qu'on leur a fait payer
Un peu trop cher... mais nous,
On n'était pas dans le coup.
Nous, on ne voulait pas,
Nous, on ne savait pas.

Et tous les braves gens disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais".

Mais quoi... c'est le passé.
Le passé... ressassé...
Pourquoi ? pour des ragots
Ou bien quoi ?... quelques mots,
Sur les murs d'un métro
La porte d'un lavabo...
Il n'y a vraiment pas
De quoi fouetter un chat.

Ils sont chez eux, d'accord,
Les autres aussi. Alors,
Ça peut durer longtemps.
Oui, mais pendant ce temps,
Qui paiera l'addition ?

Et au café du Pont Les joueurs de belote disent :
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais",
"C'est pas qu'on ne les aime pas, mais".

Mais moi, je me demande :
Pourquoi toujours ce "mais" ?
Mais moi, je vous demande :
Quand cela va cesser ?
Ils ont bien mérité,
D'avoir enfin la paix
Et qu'on leur dise, comme
À tous les hommes :
Shalom ! Shalom ! Shalom ! 

LES JUIFS
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Marco Valdo M.I.
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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 20:56

ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS

 

ENCORE

 

 

Version française - ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS ENCORE – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Man müsste wieder sechzehn sein (Existenz im Wiederholungsfälle) - Erich Kästner – 1936.

 

Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…

 

Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment ?

 

Vraiment !?

 

 

 

 

 

« Ce beau poème intemporel d'Erich Kästner s'appelle à l'origine « L'existence dans le piège de la répétition » (Existenz im Wiederholungsfälle ). Mais comme pour d'autres de ses poèmes, je trouve le titre un peu mal choisi. J'ai aussi omis la dernière ligne. À la question de savoir si on veut revoir les images d'alors, quand on était jeune, le Kästner répond résolument « Oui ! »
Je voudrais laisser la réponse ouverte. 
», ainsi commentait ce poème tiré de « Lyrische Hausapothek » - « Pharmacie Lyrique », un de ses admirateurs contemporains. [http://nicolaslindt.ch/?id=17&subid=28].

 

 

Eh bien, alors, dit Lucien l'âne un peu ébahi…

 

 

Eh bien, si j'ai cité ce propos, c'est qu'il me sert de parfaite introduction. Ainsi, nous connaissons l’intention de Kästner et sa réponse à la question de savoir, s'il souhaitait revenir à ses seize ans… Il répond carrément oui… Son commentateur semble hésiter et vouloir laisser la « porte ouverte ». Étrange dispute qui repose à mon sens sur un malentendu. Et un malentendu historique. Je dis historique, car la clé de ce poème se trouve très précisément dans la biographie d'Erich Kästner et de tous les jeunes gens de son âge, je veux dire ceux qui sont nés en 1899 ou aux environs. Repartons de là et que constate-t-on ? Quelqu'un (Kästner, par exemple) qui est né en 1899 atteint l'âge de 16 ans en 1915. Et souviens-toi de cette autre chanson de Kästner que je t'ai fait connaître l'autre jour – Jahrgang 1899 – CLASSE 1899 et de ce qu'il y dit :

Nous avons couché avec les femmes,
Tandis que les hommes étaient en France.
Nous nous sommes pris pour des amants ;
Nous étions à peine des confirmands.


Ensuite, on nous prit pour faire des militaires,
Comme chairs à canon.
À l'école, les bancs se vidèrent,
Les mères pleuraient à la maison. »

 

Voilà, les 16 ans de Kästner et de ses camarades adolescents. Et c'était en quelque sorte « l'âge d'or » [[10588]] pour les adolescents. Il est donc facile de comprendre qu'Erich Kästner aurait aimé en rester là et surtout ne pas connaître la suite – Classe 1899 – incorporation 1917. Erich Maria Remarque n'en pensait pas moins (Classe 1898 – incorporation en 1916). Et sans doute, dès qu'ils ont eu un peu de recul sur l'événement, qu'ils ont eu le nez dans la gadoue, le face-à-face avec l’écœurante physionomie de la guerre, tous les jeunes Allemands, Français, Belges, Autrichiens, Italiens, Hongrois, Russes … Indistinctement, tous, sauf quelques malades déments, tels Ernst Jünger, dit Orages d'acier [[37711]].

 

 

Ah, je comprends… Moi aussi, j'aurais voulu rester à mes jeunes années… avant de devenir un âne errant. Quoique… Mais mon sort est bien différent de celui de ces jeunes futurs cadavres, futurs mutilés et futurs restes.

 

 

Mais, car il y a un mais. Il y a mon interprétation… « a posteriori » et elle diffère de celles-là. Je m'en tiens au texte et à la capacité particulière de la poésie d'évoquer autre chose… que ce que l'auteur croit y mettre. Précisément dans la même finale. Regarde :

« On verrait tout, ce qu'on voyait à ce moment...
Et tout ce qui est arrivé depuis ce temps,
Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…
Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment !? »

Sincèrement, Lucien l'âne mon ami, peut-on penser un instant vouloir « revoir les mêmes images » ? Les massacres grandeur nature, la misère, l'inflation, le chômage, les assassinats politiques, la montée des fascismes, la peste brune s'étalant tout au travers du pays les nazis au pouvoir… et ce qui s'en suivra. Vraiment !? D'où vient-elle cette extraordinaire lucidité ? Franchement, je ne peux l'attribuer qu'à cette dimension particulière de la poésie. Et puis, il faut aussi tenir compte du moment où le recueil dont elle est extraite et qui s'intitule très exactement « Doktor Erich Kästners Lyrische Hausapotheke » a été publié en 1936, mais bien évidemment pas en Allemagne (les nazis avaient déjà brûlé les livres de Kästner dès 1933), mais en Suisse. Et se poser aussi la question – en connaissant l'humour ravageur de Kästner – de savoir ce que cette pharmacie lyrique était censée devoir soigner…

 

 

Moi qui ai entendu Cassandre, je ne peux que te dire comme Erich Kästner dans sa fin tronquée : « Ja ! Oui ! ». Mais reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde mercantile, militarisé, âpre et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On devrait avoir seize ans encore
Et oublier tout ce qui est arrivé depuis lors.
On devrait serrer des fleurs rares encore
Et – en grandissant - se mesurer aux portes
Et sur le chemin de l'école, sauter les barrières.

 

On devrait encore la nuit se tenir à la fenêtre
Pour entendre les voix des passants,
Quand elles troublent le sommeil léger des rues.
On devrait s'indigner, quand quelqu'un ment,
Et passer son chemin cinq jours durant.

 

On devrait courir dans le parc encore.
Avec une fille qui doit rentrer chez elle
A peur d'embrasser et veut un baiser.
On devrait avant la fermeture des magasins, avec elle,
Pour deux marks cinquante acheter une paire de bagues.

 

Une fois encore, on amadouerait sa maman,
Car on a besoin de quelques sous pour la foire.
On irait voir l'homme qui plonge longtemps.
Et le singe qui fume le cigare.
Et caresser des dames monstrueuses.

 

On se laisserait séduire par une femme
Et on penserait toujours : « C'est la poule de Monsieur Quidam. »
Ses mains sur la peau, on sentit.
Le cœur dans le corps battait fort et vite,
Comme à la maison, les portes battent la nuit.

 

On verrait tout, ce qu'on voyait à ce moment...
Et tout ce qui est arrivé depuis ce temps,
Cela pourrait arriver une deuxième fois maintenant…
Veux-tu revoir les mêmes images, vraiment ?

Vraiment !?

 
 
 
ON DEVRAIT AVOIR SEIZE ANS  ENCORE
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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 22:43

DON QUICHOTTE

 

Version française – DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2014

d'après la version italienne de PensieriParole

d'un poème turc Don KişotNâzim Hikmet – 1947 

 

 

 

Don Quichotte et Sancho... Rossinante et Lucien

 
 

 

 

 

 

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, encore une chanson à propos de Don Quichotte…

 

 

Je vois, je vois, Marco Valdo M.I., et par un grand poète turc, qui plus est. Et il ne m'étonne pas que tu l'aies incessamment traduite. Car je n'ignore pas combien le personnage te tiens à cœur…

 

 

Certes, mais à toi aussi, Lucien l'âne mon ami, qui fut, si je ne me trompe, l'âne qui porta Sancho tout au long de la traversée de l’Estrémadure et autres lieux inhospitaliers et qui est sans aucun doute, un de ceux qui vit Dulcinée et certainement, le dernier vivant. À propos, je profite de la circonstance, pour te demander si Rossinante était aussi teigneux et aussi cagneux qu'on le laisse parfois penser.

 

 

Alors là, non ! Pas du tout ! C'est une de ces légendes que l'on a créée pour déconsidérer le noble ongulé et son cavalier à la triste figure. Et tant qu'on y est, laisse-moi dire que cette triste figure est elle aussi une médisance. Même s'il faut reconnaître que Don Quichotte était un peu frappé, ce n'était pas une figure de carême et tu peux me croire, avec lui, on riait beaucoup. Mais, tu sais, comme est le monde, toujours en train de répandre la calomnie. Semez, semez, il en restera toujours quelque chose. Quant au plat à barbe qu'il se mettait sur la tête… En voilà encore une histoire à dormir debout dans les bras des moulins à vent. C'était bien sûr une invention de Don Quichotte, cette étrange chose qu'il se mettait sur la tête, mais c'était un casque tout ce qu'il y avait de révolutionnaire pour l'époque et d'ailleurs, la preuve en est qu'il était encore en usage dans les armées britannique et étazunienne (un casque produit à des millions d'exemplaires[[http://world-war-helmets.com/fiche.php?q=Casque-Anglais-Mark-I]]) trois cent cinquante ans plus tard. C'était en tous cas plus protecteur que les casques à pointe en usage dans l'armée allemande de Guillaume (comme toi-même tu l'as raconté dans ta canzone Casques à pointe et Casques d'acier [[37743]] ) et ces « plats à barbe » soutenaient la comparaison avec d'autres casques en usage dans les armées du monde entier.

 

 

D'accord, mais tant qu'à citer une de mes canzones, il eût mieux valu rappeler celle où « le cavalier de l'éternelle jeunesse » s'en va bravement sauver l'Europe[[41719]] de certaine prétentions hégémoniques et de certaines manœuvres politico-financières dont l'ambition serait bien d'instaurer et de renforcer la loi des riches, ainsi qu'il est courant dans la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]]. Et son intervention est d'ailleurs toujours aussi nécessaire, car comme on le disait : « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN.. » et c'est bien ce qui est en cours dans tous nos pays. Grève générale par-ci, grève générale par là… Nul ne sait où on s'en va, mais il est certain qu'on y va...

 

Enfin, bref ce Don Quichotte n'a pas fini de secouer sa cafetière et avec lui, nous, nous tissons le linceul de ce vieux monde caduque, casqué, belliciste, arrogant, ambitieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Le cavalier de l’éternelle jeunesse
Suivit, vers la cinquantaine,
La loi qui battait en son cœur.
Un beau matin de juillet, il partit
Pour conquérir le beau, le vrai, le juste.
Face à lui, il y avait le monde
Avec ses géants absurdes et abjects ;
Au-dessous de lui, Rossinante,
Héroïque et mélancolique.

Je le sais :
Quand on est pris par cette passion
Et un cœur d’un poids respectable,
Il n’y a rien à faire, Don Quichotte,
Rien à faire !
Il est nécessaire de se battre
Contre les moulins à vent.

Tu as raison, Dulcinée
Est la femme plus belle du monde,
Certainement !
Fallait-il le crier à la face
Des boutiquiers,
Certainement !


Ils devaient te tomber dessus
Et te couvrir de coups,
Mais tu es le cavalier invincible des désirs ;
Tu continueras à vivre comme une flamme
Dans ta lourde coquille de fer
Et Dulcinée
Sera chaque jour plus belle.

 

 

DON QUICHOTTE
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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 22:05

CURRICULUM VITAE ABRÉGÉ

 

Version française - CURRICULUM VITAE ABRÉGÉ – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Kurzgefasster Lebenslauf – Erich Kästner – 1930

 

 

 

 

les jeunes dames 

Et les dimanches où toujours il pleuvait.

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, voici que Kästner, le grand Kästner… Bien sûr, c'est au second degré, avec un certain recul, mais quand même je n'en connais pas tellement des poètes, des écrivains, des hommes de cette envergure. Donc, cette fois, la canzone rapporte le curriculum vitae – le parcours de vie, d'Erich Kästner, c'est-à-dire qu'il paraît à le lire, le parcours de vie d'un jeune homme de son époque. Lui ou un autre, qu'importe. Enfin quelqu'un qui a 30 ans environ en 1930. Trente ans, tu imagines encore ce que ça peut être. C'est l'âge de Brel quand il chante Bruxelles… En fait, Brel en avait trente-trois, comme le célèbre tram qu'il ne prendra jamais avec Madeleine… si l'on en croit sa chanson.

 

 

Oh, pour Bruxelles, c'était il y a longtemps, très longtemps… mais j'imagine encore. Si, si, Marco Valdo M.I. mon ami, j’imagine très bien. C'était au temps où Bruxelles rêvait, c'était au temps du cinéma muet ; c'était au temps où Bruxelles chantait, c'était au temps où Bruxelles brusselait… Excuse-moi, mais quand j'enchaîne des mots de Brel… Il faut que je continue, c'est plus fort que moi… Je ne sais d'ailleurs pas si d'autres ont ce réflexe-là…

 

 

Rassure-toi. C'est normal. Ici, on l'a presque tous… Surtout quand c'est cette chanson-là… D'ailleurs, il faudra bien l'insérer dans les Chansons contre la Guerre, si elle n'y est pas déjà… Rien que pour ce « Il attendait la guerre, elle attendait mon père. Ils l'avaient donc fait tous les deux et on voudrait que je sois sérieux ». Donc ici avec Erich Kästner, on serait plutôt à Berlin et vers 1930, juste avant le déferlement de la conjuration des imbéciles, des pires assassins qui soient. Et cette chanson comme beaucoup de chansons de Kästner, c'est sans doute l'effet de l'acide poétique, analyse le cheminement du passé, constate le présent et laisse présager des temps futurs. C'est terrible de décrypter, maintenant, ce qu'il disait sans trop savoir et Kästner, on le voit, ne parlait pas que pour lui, mais pour toute une génération, ou plusieurs, c'est selon :

« Je m'assieds volontiers entre deux chaises.
Je scie la branche sur laquelle nous sommes assis.
Je vais par les jardins des sentiments,
Qui sont morts, et je les orne de mots plaisants. »

 

Et puis, ce début… D'autant qu'il s'agit d'une vraie autobiographie. Au-delà de pensées générales sur l'école, la guerre – qui pourraient être celles de beaucoup de gens de son temps et qui l'ont véritablement été – et quelle amertume, il y a des détails qui ne trompent pas et par exemple  :

Jusqu'à l'inflation et Leipzig, il y avait
La bourse et le bureau, Kant et le gothique, 
L'art, la politique, les jeunes dames 
Et les dimanches où toujours il pleuvait.

 

Analyse : à l'époque de l'inflation – dans les années 20, Leipzig – ville où Kästner fait ses études – Kant et le gothique et Kästner travaille dans une banque – la bourse, le bureau ; il s'intéresse à l'art, la politique et aux jeunes dames … Quant aux dimanches pluvieux, ce n'est pas spécifique, ni pointilleusement vrai ; c'est juste une tonalité. Et puis, Kästner sait qu'il est un survivant… Laconique :

« En résumé, on ne peut dire qu'une chose :
Je suis venu au monde et je continue à vivre. » 

 

 

Ce qui est étrange, vois-tu Marco Valdo M.I., j'ai un peu l'impression que c'est la même chose à présent, que quelque chose se prépare, mais je ne saurais trop dire quoi. Alors, tissons le linceul de ce vieux monde au bord du précipice, aux dimanches pluvieux, aux enfants modèles et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


Celui qui ne vient pas au monde ne perd pas grand chose.
Il s'assied sur un arbre et rit doucement.
Je suis né en ce temps-là enfant,
Et quand j'y repense...

L'école, où j'ai beaucoup oublié,
A consommé la plus grande partie du temps.
J'étais un garçon modèle courant.
Comment c'est advenu ? J'en suis encore tout désolé.

 

Ensuite, on eut une guerre mondiale au lieu de grandes vacances.
Je la fis dans l'artillerie de campagne.
Des artères du globe a coulé un flot de sang.
J'ai continué à vivre. Ne demandez pas comment.

 

Jusqu'à l'inflation et Leipzig, il y avait
La bourse et le bureau, Kant et le gothique, 
L'art, la politique, les jeunes dames 
Et les dimanches où toujours il pleuvait.

 

Maintenant, j'ai environ 31 ans
Et une petite fabrique de poésie.
Ah, à mes tempes, flottent des cheveux, déjà gris
Et mes amis deviennent lentement corpulents.

 

Je m'assieds volontiers entre deux chaises.
Je scie la branche sur laquelle nous sommes assis.
Je vais par les jardins des sentiments,
Qui sont morts, et je les orne de mots plaisants.

 

 

Moi aussi, je dois porter mon sac à dos moi-même !
Le sac à dos grandit. Mon dos n'en devient pas plus large.
En résumé, on ne peut dire qu'une chose :
Je suis venu au monde et je continue à vivre. 

 

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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 20:44

CONVERSATION PATRIOTIQUE 

 

AU LIT

 

Version française – CONVERSATION PATRIOTIQUE AU LIT – Marco Valdo M.I. – 2014

Chanson allemande – Patriotisches Bettgespräch – Erich Kästner – 1930

 

Viens, soignons le recul de la natalité.

Éteins la lumière,

 

 

 

Et voici, Lucien l'âne mon ami, la chanson intime, au plus intime des moments de vie des humains et des humaines.

 

 

Chanson intime ? Moments intimes des huains et des humaines ? Tu ne veux quand même pas me dire que cette chanson se passe dans un lit et au moment intime…

 

 

Et bien, si ! C'est très exactement ça et si tu fais bien attention au texte, tu pourras suivre l'action. Ainsi, voici que soudain, il dit :

« Mon membre s'endort - Il se redresse. Ah ! … »

et elle lui répond un peu plus tard :

« Viens, mon trésor, tirons un coup, jouissons ! »

 

 

Il est vrai que c'est assez intime, mais en quoi est-ce patriotique ?

 

 

Tout simplement car les deux amoureux discutent du fait que le Landtag (le Parlement) et les ministres sont très soucieux de la natalité et condamnent par avance toute pratique qui pourrait ralentir la progression de la population et la fabrication en série d'enfants, si utiles pour les patrons et la nation. C'est une chanson nettement critique à l'égard de la politique nataliste. Politique que décrit si bien Boris Vian dans Le Petit Commerce [[317]], sauf que Erich Kästner écrivait ça en 1930.

 

 

J'imagine qu'elle ne devait pas être plus appréciée par les autorités que les chansons de Vian…

 

 

En effet… Trois ans plus tard, ils brûlaient les livres de Kästner avec ceux d'autres écrivains… Mais ce n'est pas tout, cette canzone au picrate est déjà une chanson de résistance… dans l'intimité. Et scandaleuse avec ça… Une chanson qui parle d'éjaculation et d'avortement, de personnes qui envisagent de se livrer sans complexe aux joies du coït… et pas seulement. Des gens qui envisagent la vie hors des sentiers battus du K.K.K. (Kinder, Küche, Kirche – Enfant, cuisine, église), que préconisait déjà le Kaiser Wilhelm II. Ce K.K.K. qui deviendra bientôt le leitmotive du délirant Troisième Reich.

 

 

Ohlala, dit Lucien l'âne remuant oreilles, tête et queue, on ne peut même plus se livrer aux joies de la conversation intime sans que les autorités politiques et religieuses s'en mêlent. D'ailleurs, ça recommence… Peut-être trouvera-t-on bientôt dans les écoles, dans les classes et jusque les chambres des panneaux « Éjaculation interdite ». Et n'oublie pas, Marco Valdo M.I. mon ami, prends des précautions et éteins la lumière comme il est dit dans la chanson...Non pas pour te voiler la face, si j'ose dire, mais bien pour que les inquisiteurs ne te voient pas dans ces instants de tranquille bonheur ou de furieuse exaltation mystique… du genre de celle qu'atteignait, dit-on, Thérèse ou Mélanie [[9026]]Moi, je ferme un œil pudique et de l'autre, je veille à ta paisible intimité, afin de prévenir toute intrusion malsaine. Quand tu auras fini, nous tisserons à nouveau le linceul de ce vieux monde nataliste, religieux, militariste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

As-tu lu ce qu'on dit dans le journal, ?
Une fois encore, le Landtag est très préoccupé 
Par la diminution de la natalité
Un ministre l'a même déclarée immorale.

 

De mille Allemands naissent par an
Exactement dix-neuf virgule zéro quatre enfants.
Zéro quatre ! - Et voilà ce que cet homme croit.
Que ça ne peut pas être exact, même un aveugle le voit.

Les enfants après la virgule ne peuvent provenir 
Que de lui et des autres ministres.
Et ces morceaux de décimales vont grandir,
Et être à leur tour aussi ministres.

 

Je te demande, en quoi ça concerne l'homme ?
En fait, comme on éjacule de haut en bas,
Il suffit d'un torchon humide.
Mon membre s'endort - Il se redresse. Ah !


Il a dit aussi : le recul de la natalité –

L'histoire l'enseigne – c'est la fin de l'Allemagne.
Puis, il a déploré ta fausse couche.
Et dit qu'il trouverait horrible qu'on ait avorté.

 

Ben oui, nous devons fabriquer des enfants
Pour l'industrie et les militaires,
Pour faire baisser les prix et perdre la guerre.
Ah, c'était ton genou. Sois prudent !


Viens, mon trésor, tirons un coup, jouissons !
Ta poitrine est vraiment encore fameuse.
Si nos parents avaient su ce que nous savons :
Qui ne vient pas au monde, ne va pas au chômage.

 

L'abondance d'enfants ne naît pas de la volonté.
Cachons-nous bien. Je fantasme, lui il tire.
Viens, soignons le recul de la natalité.
Éteins la lumière,
Du Landtag, tenons-nous cachés.

 

 
CONVERSATION PATRIOTIQUE AU LIT
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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 22:03

Le Douanier

 

Chanson sans musique – Le Douanier – Fernand Raynaud – 1972

 

 

 

 

 

 

 

Le Douanier Raynaud

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est vrai, Lucien l'âne mon ami, que Fernand Raynaud n'est pas vraiment connu comme chanteur, mais comme tu le sais pour le texte, la musique n'est qu'un adjuvant, parfois plaisant, parfois moins, parfois soporifique, parfois anesthésique… Dans la chanson, l'essentiel, c'est ce qu'on dit. L'homme est un être parlant ; c'est ce qui le distingue de tous les autres êtres vivants… Quand je dis « parlant », je parle de la parole signifiante, bien évidemment.

 

 

Même quand elle ne signifie rien…

 

 

Oui, même quand elle ne signifie rien, car signifier le rien, c'est déjà signifier quelque chose et précisément, le rien. C'est ce que disait un autre amuseur public de langue française, l’inénarrable Raymond Devos … Une fois rien, c'est rien, deux fois rien, c'est déjà quelque chose, mais trois fois rien, on peut déjà acheter quelque chose. Dans un sketch où la conclusion politique est de toute première grandeur : « Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire aujourd'hui, que nous l'éviterons ? »

 

 

Là, tu m'embrouilles ; je suis, comme qui dirait perdu. Alors, si tu le veux bien, revenons à la chanson sans musique, qui suit cette chanson sans paroles [[48670]] de l'autre jour. De quoi parle-t-elle ? Et en quoi peut-elle intéresser les  Chansons contre la Guerre ?

 

 

En fait, tout d'abord, deux mots sur les amuseurs publics, les comiques, les humoristes… dont on ne peut ignorer l'importance dans la critique sociale et politique ; évidemment, sous un jour différent de celui de la chanson. On en trouve une série dans les Chansons contre la Guerre, mais jusqu’à présent, principalement de langue italienne et ce n'est que normal, s'agissant d'un site commencé et continué par des gens dont la langue est habituellement l'italien. Sans doute, faudrait-il leur réserver une place ou une présentation particulière et les regrouper – toutes langues confondues. Cependant, au fil du temps, le champ linguistique et culturel s'étend à d'autres univers linguistiques. Ici, en l'occurrence de langue française. On trouve déjà parmi les dizaines de milliers de textes et de chansons, certains de Pierre Dac, Jean Yanne et il en est d'autres qu'il faudra bien découvrir. Cette fois, pour répondre à ta question, il s'agit de mettre en évidence au travers du personnage d'un douanier la question du racisme et de l'immigration. Peut-être (on est en 1972), la question – qui est aujourd'hui très cruciale, en Italie – se posait-elle lourdement en France à cette époque en raison des flux de populations venues de colonies et ex-colonies françaises. Bref, le « douanier » de Raynaud – sorte d'incarnation de Français moyen – s'en prend aux « étrangers qui viennent manger le pain des Français » ; d'abord, de façon générale, en quelque sorte théorique, c'est la rumeur, c'est une opinion… Puis de façon directe et personnelle à l' « étranger » du village. Suite dans le texte…

 

 

Voyons donc le texte et tissons le linceul de ce vieux monde idiot, raciste, imbécile et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Je ne suis pas un imbécile moi,

Je suis douanier.

Je n'aime pas les étrangers !

Ils viennent manger le pain des Français...

Ouais !
C'est curieux : comme profession, je suis douanier,

Et puis je n'aime pas les étrangers... 
Quand je vois un étranger qui arrive,

Puis, qu'il mange du pain,

Je dis : "Ça, c'est mon pain !"
Puisque je suis Français,

Et puis, il mange du pain français,

Donc, c'est mon pain à moi.
Je n'aime pas les étrangers

Parce que moi, je suis Français,

Et je suis fier d'être Français.
Mon nom à moi, c'est Koulakiastensky du côté de ma mère...

Et Capuano-Banditi du côté d'un copain à mon père.
C'est pour vous dire si je suis Français !
Je n'aime pas les étrangers,

Ils viennent manger le pain des Français…


Dans le village où on habite, on a un étranger ;

Alors, quand on le voit passer,

On dit : "Tiens, ça, là, ... ».
On le montre du doigt,

Comme un objet… Un étranger… 
Il vient manger le pain des Français...
Quand sa femme passe,

la tête basse,

avec ses petits enfants qui baissent la tête; on dit :
"Ça, ça là, c'est des étrangers :

ils viennent bouffer le pain des Français."

L'autre dimanche, dans mon village,

J'avais été - c'était à la sortie de la messe de dix heures -

J'avais été communier au café d'en face.
Il y a l'étranger qui a voulu me parler.

Moi, j'avais autre chose à faire, pensez,

Parler avec un étranger.
J'avais mon tiercé à préparer... 
Enfin, du haut de ma grandeur, j'ai daigné l'écouter...
Il m'a dit : 
« Ne pensez vous pas qu'à notre époque

1972,

C'est un peu ridicule

De traiter certaines personnes d'étrangères,

Nous sommes tous égaux.
Voilà ce que j'avais sur le cœur,

Je voulais vous dire ça, Monsieur le Douanier,

Vous qui êtes fonctionnaire et très important,

Vous qui avez le bouclier de la Loi...

Nous sommes tous égaux.

On peut vous le prouver :

Quand un chirurgien

Opère un cœur humain,

Que ce soit au Cap, à Genève, à Washington, à Moscou, à Pékin,

Il s'y prend de la même manière :

Nous sommes tous égaux. »

Andouille !

Venir me déranger pour dire des inepties pareilles !
Il a poursuivi...

Ils sont tellement bêtes ces étrangers,

Ils viennent manger le pain des Français.
Il m'a dit... : 
« Est-ce que vous connaissez une race

Où une mère aime davantage

Ou moins bien son enfant qu'une autre race ? »
Là, je n'ai rien compris à ce qu'il a voulu dire...

J'en ai conclu qu'il était bête...
En effet, lorsque quelqu'un s'exprime

Et que l'on ne comprend pas ce qu'il dit, c'est qu'il est bête !
Et moi, je ne peux pas être bête ....

Je suis douanier.

"Va-t-en, étranger !"
Il m'a répondu: « J'en ai ras-le-bol. Chaque race a sa noblesse.»
Il a pris sa femme, sa valise, ses enfants,

Ils sont montés sur un bateau,

Ils ont été loin au delà des mers, loin...
 

Et, depuis ce jour là, dans notre village,

Eh bien,

One mange plus de pain !


Il était boulanger ! 

Le Douanier
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Marco Valdo M.I.
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