Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 23:08

Le Matin du Grand Soir

 

 

Chanson française – Le Matin du Grand Soir – Marc Ogeret – 1968

Chanson de Bertal-Maubon (ou Bertal Maubon) est le pseudonyme collectif de Marcel Bertal (1882-1953) et Louis Maubon (18..-1957), paroliers de chansons, et auteurs de monologues, vaudevilles, livrets d'opérettes, pièces de théâtre – début du siècle dernier

 

 

À dix contre un
Pour arrêter Ravachol
(À l'arrière-plan, le dénonciateur)

 

 

 

 

Évidemment, Lucien l'âne mon ami, tu as déjà entendu parler du Grand Soir, moment révolutionnaire par excellence, moment terrible où le monde va basculer…

 

 

Comme tu le dis si bien, j'en ai entendu parler et entendu chanter, bien évidemment, de ce fameux Grand Soir. D'une certaine manière et pour certains, c'est une chose terrible et sérieuse. Pour ce que j'en sais, le Grand Soir fait très peur aux riches…

 

 

Évidemment… Donc, ce Grand Soir a beaucoup troublé l'ordre bourgeois à la fin du dix-neuvième siècle, au début du vingtième, quand les anarchistes menaient la guerre aux riches à coups de bombes et d'armes diverses. Il y a là comme une utopie de révolution : le Grand Soir aurait vu les pauvres enfin se lever en masse et liquider l'ordre établi. Et la chose s'est produite, mais comme on le sait, elle n'a pas donné les résultats escomptés. En fait, les tenants libertaires du Grand Soir se sont fait avoir par les tenants des Matins radieux et des lendemains qui chantent. Comme le racontait Alexandre Zinoviev, persiflant sur le régime en place dans l'ex-URSS, « Le Communisme est l'avenir radieux du Socialisme ». En finale, il y a Poutine et son régime de services. Pendant ce temps, les tenants du Grand Soir, gens sympathiques au demeurant et généreux, en sont toujours à préparer sa venue. Ce sont des gens patients qui tissent avec une tranquille obstination…

 

 

Bref, pour résumer ton propos, ce fameux Grand Soir est un moment symbolique de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour maintenir leur domination, accroître leurs richesses et leurs pouvoirs, étendre leurs privilèges et conserver leur emprise sur le monde. Le moment où l'humaine nation atteint enfin à l'humanité, débarrassée de la richesse et de l'avidité. 

 

 

C'est bien cela. Mais la chanson-elle parle du Matin du Grand Soir, c'est-à-dire le jour qui aboutira à cette soirée mémorable entre toutes : le Grand Soir. C'est évidemment plein d'ironie et de dérision. Elle est remplie d'humour et tout en faisant circuler l'idée du Grand Soir, elle en montre aussi les limites. D'ailleurs, il suffit de voir quels en sont les auteurs : ce sont des chansonniers, des auteurs d'opérettes… Ce ne sont pas des militants qui font dans le sérieux. Cela dit, tout en sachant que ce qu'elle raconte est pure imagiantion, c'est une chanson qui fait plaisir à entendre ; un peu comme le coup de pied au cul que Charlot donne à ses détracteurs suscite une certaine jubilation. Ou comme le discours d'Hynkel, apparemment aussi utopique que le Grand Soir. Pour tout dire, c'est un bienheureux pastiche d'une supposée chanson libertaire, une fameuse caricature, mais qui donne bien la mesure de ce que les bourgeois ruminaient dans leurs fantasmes d'anarchie. Cela dit, elle est carrément désopilante.

 

 

Alors, écoutons-là et de notre côté, reprenons notre tâche – quelque peu utopique elle aussi – et tissons le linceul de ce vieux monde consensuel, correct, noyeur de poissons d'eau douce, conservateur et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Vive Robespierre et vive Cambronne !

Je suis anarchiste parfaitement,

Vive l’Anarchie, je révolutionne

Et puis à bas le gouvernement !

J’ai des bombes remplies d’Eau de Cologne

Qui sont toutes prêtes à faire sauter

La Chambre, le Sénat, le Bois de Boulogne

Et les chalets de nécessités.

 

Ha ! Ha !

Bande de fripouilles et de scélérats !

Patience… Faudra voir à voir

Quand viendra le matin du Grand Soir !

 

Tous les gens qui nous empoisonnent

Les épiciers, les boulangers,

Tous les marchands d’eau en bonbonne,

Les herboristes, les charcutiers,

On les parquera à la Villette,

On les hachera en petits morceaux

Et en faire de jolies côtelettes

Des pieds de cochon, des fraises de veaux.

 

Ha ! Ha !

Nous allons mettre les pieds dans le plat

Leurs rognons seront vilains à voir

Quand viendra le matin du Grand Soir !

 

Les patrons qui nous horripilent

Qui nous cherchent chicane et tracas

Ce jour-là il faudra qu’ils se tiennent tranquilles

Sinon il y aura des aléas.

On les enfermera en masses

Dans une grande caisse en bois sculpté

Pour en faire de la ragougnasse

À grands coups de machine à bosseler

 

Ha ! Ha ! Pendant ce temps là,

L’orchestre jouera

La valse des yeux au beurre noir

Quand viendra le matin du Grand Soir !

 

Et les chameaux de propriétaires,

Fabricants de quittance de loyers,

Qui nous fichent comme des locataires

Quand on n’a pas de quoi les payer,

Eux autres, on en fera des eunuques,

On leur coupera leurs prétentions

Et si jamais leurs femmes nous reluquent,

Ça sera nous qui les embrasserons !

 

Ha ! Ha ! Ha !

Elles auront toutes un ventre comme ça

Et leur maris tiendront le bougeoir

Quand viendra le matin du Grand Soir !

 

Et les huissiers,

Toutes ces limaces

Qui nous flanquent du papier timbré,

Ha, ils pourront faire la grimace

Mais pour eux nous serons sans pitié.

Nous les installerons sur des chaises

Et pour bien qu’ils s’avouent vaincus,

On les poussera dans la fournaise

En leur fichant le feu au cul.

On leur grillera les poils sous les bras !

Ha !

Ça sera vraiment joli à voir

Quand viendra le matin du Grand Soir !

 

 
Le Matin du Grand Soir
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 18:58

BLUES DES RÉFUGIÉS

 

Version française – BLUES DES RÉFUGIÉS – Marco Valdo M.I.– 2015

d'après la version italienne de Rossella Poli

 

d'une chanson anglaise – Refugee Blues – W.H. Auden – 1939

 

 

Les vieux passeports ne peuvent pas le faire, ma chère, les vieux passeports ne peuvent pas le faire.

 

 

 

 

 

 

Dans les mois précédant immédiatement le déclenchement de la seconde guerre mondiale, Auden écrivit quelques poèmes contre le nazisme et l'horreur qui se profilait à l'horizon, et même, qui était déjà clairement manifeste, du moins pour qui voulait garder les yeux ouverts. Sa composition la plus célèbre de cette période est sûrement « September 1, 1939 », dédiée à l'invasion de la Pologne. Dans ce « Refugee Blues », Auden décrit de façon claire, sèche et dramatique la condition des Juifs dans l'Europe secouée par la fureur de Hitler, en mettant aussi le doigt dans une plaie encore aujourd'hui ouverte, celle de l'indifférence et même du refus que les Hébreux se virent opposer des « démocraties » de l'époque dans leurs tentatives désespérées de trouver refuge et asile, chose qui contribua beaucoup alors à sous-estimer l'ampleur de l'Extermination et qui contribue encore aujourd'hui à alimenter les honteuses thèses négationnistes ou réductionnistes.

 

 

 

 

Mettons qu'il y ait dix millions d'habitants, dans cette ville-ci;

Certains habitent des maisons, d'autres habitent des taudis.

Mais pour nous, il n'y a pas de place, ma chère, mais pour nous, il n'y pas de place ici.

 

Autrefois, nous avions un pays et on y était bien, dans celui-là.

Regarde dans l'atlas et tu le trouveras.

Maintenant, on ne peut plus y aller, ma chère, on ne peut plus y aller, là-bas.

 

Un vieil if se dresse dans le cimetière du village.

À chaque printemps, il bourgeonne.

Les vieux passeports ne peuvent pas le faire, ma chère, les vieux passeports ne peuvent pas le faire.

 

Le consul tape du poing sur la table et dit, en hurlant :

« Si vous n'avez pas de passeport, vous êtes officiellement morts » : officiellement !

Mais nous sommes encore vivants, ma chère, mais nous sommes encore vivants.

 

Je me présentai à un comité : ils m'écoutèrent : poliment.

Ils m'invitèrent à revenir l'an prochain : aimablement.

Mais aujourd'hui où irons-nous, ma chère, mais où irons-nous en attendant ?

 

Au meeting public, un orateur debout déclara :

« Si nous les laissons entrer, ils voleront notre pain », ceux-là.

Il parlait de toi et de moi, ma chère, il parlait de toi et de moi.

 

Il me sembla entendre le tonnerre qui dans le ciel grondait.

Hitler dominait toute l'Europe, « Ils doivent mourir » qu'il disait.

Hélas, c'est à nous qu'il pensait, ma chère, à nous qu'il pensait.

 

J'ai vu un caniche avec manteau blanc.

J'ai vu s'ouvrir une porte et un chat entrer au dedans.

Mais ils n'étaient pas Juifs allemands, ma chère, mais ils n'étaient pas Juifs allemands.‎

 

Descendu sur le port, je m'arrêtai sur le quai.

Je vis les poissons nager en liberté

À seulement trois mètres du bord, ma chère, à seulement trois mètres du quai.

 

Je traversai un bois, je vis les oiseaux dans les arbres,

Ils ignoraient la politique et chantaient à tue-tête.

Ils n'étaient pas de la race humaine, ma chère, pas de la race humaine.

 

Je vis en rêve un immeuble de mille étages,

Mille fenêtres et mille portes ;

Pas une n'était la nôtre, ma chère, pas une n'était la nôtre.

 

J'étais dans une plaine immense, il neigeait.

Dix mille soldats s'avançaient.

Ils nous cherchaient, toi et moi, ma chère, ils nous cherchaient.

BLUES DES RÉFUGIÉS
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 23:43

C'est à l'école qu'on apprend les bêtises

 

Chanson française – C'est à l'école qu'on apprend les bêtises – Henri Dès -

 

 

 

Bataille de polochons dans Zéro de Conduite (Jean Vigo)

 

 

 

Peut-être celle-ci ?, dit Marco Valdo M.I.

 

 

Peut-être quoi ?, demande Lucien l'âne un peu estomaqué.

 

 

Peut-être celle-ci est-elle une chanson utile ? Ou est-ce une chanson inutile ? Moi, je n'en sais rien. Tout ce que je trouve, c'est une chanson contre la guerre. Car…

 

 

Car ?, dit Lucien l'âne en riant.

 

 

Car, Zoum zoum zoum-zoum-zoum
Zoum zouzoum zoum-zoum
C’est à l’école, tagadagada
Qu’on apprend les bêtises… et les bêtises de ce genre mettent à mal l'esprit de sérieux et la discipline qui est la base intangible de l'ordre et des armées. Tous les militaires te le diront. L'armée, c'est du sérieux. Là, on ne rit pas. Comme disait Brel, chez ces gens-là, Monsieur, on ne rit pas, Monsieur, on tire, on obéit, on respecte.

 

 

Ah bon, dit Lucien l'âne. Évidemment, vu comme ça, ce pourrait bien être une chanson contre la guerre et une chanson utile. Surtout, utile. Enfin, je crois. Mais nous ne sommes pas des experts…

 

 

Je dois t'avouer une petite chose, mon ami Lucien l'âne que tu ne répéteras pas. J'ai un peu modifié le texte de la chanson pour la rendre un peu plus malicieuse. J'ai mis des fesses à la place des tresses et la quéquette à la place des baskets. En fait, ça me semblait naturel dans une cour d'école… Enfin, les filles et les garçons chez moi auraient fait comme ça. Tant qu'à faire une chanson sur les bêtises… Et remarque que cette histoire de poil, on la trouve dans toutes les écoles et bien au-delà, par exemples chez les Quatre Barbus, mais nous y reviendrons. Cependant, je suis sûr, moi qui ai élevé six enfants, et comme tu le vois, je ne m'appelle pas Marco Valdo pour rien, je suis sûr que l'esprit de sérieux ennuie solidement les enfants et que la meilleure façon de faire des gens libres et joyeux, des gens qui font un monde pacifique et décontracté, c'est de laisser les enfants apprendre à faire des bêtises. C'est mieux que de les laisser faire des bêtises quand ils sont adultes… car, comme dit Tonton Georges,

« Quand les cons sont braves
Comme moi,
Comme toi,
Comme nous,
Comme vous,
Ce n'est pas très grave.
Qu'ils commett
ent,
Se permettent
Des bêtises,
Des sottises,
Qu'ils déraisonnent,
Ils n'emmerdent personne. »

 

 

Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde utile, sérieux, militaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Le grand Dédé

Poil poil au nez

Devant toute la classe

Monte au tableau

Poil poil au dos

Pour faire des grimaces

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Quand le Julien

Poil poil aux mains

Raconte ses histoires

Elles sont si bêtes

Poil aux chaussettes

Qu’on pleure dans nos mouchoirs

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Et la maîtresse

Poil poil aux fesses

Qui pousse des soupirs

Quand Marion

Poil poil au con

Attrape le fou rire


Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Et puis, il y a moi

Poil poil au doigt

Qui marche à quatre pattes

Pour chatouiller

Poil poil au mollet

Ma voisine de droite

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Il y a la Thérèse

Poil à la chaise

C’est la plus rigolote

Quand elle s’asseye

Poil aux orteils

On lui voit sa culotte

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Heureusement

Poil poil aux dents

Quand vient la sonnerie

Tout le monde s’arrête

Poil à la quéquette

Par ici la sortie.

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

C’est à l’école, tagadagada

Qu’on apprend les bêtises

 

Zoum zoum zoum-zoum-zoum

Zoum zouzoum zoum-zoum

C'est à l'école qu'on apprend les bêtises
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 15:42

Camions ça fait prout

 

Chanson française – Camions ça fait prout – Henri Dès – 1986

www.youtube.com/watch?v=VLUm-zMPkQM

 

 

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout".

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, vous les ânes avez avantageusement été remplacés par les camions, les camionnettes et tous ces engins automobiles… De ce point de vue, c'est utile et c'est une bonne chose. Mais voilà, comme les vaches, comme vous les ânes et nous les humains, les camions ça fait prout. Ça pète et ça empuante l'atmosphère, allant jusqu'à contribuer à faier un trou dans la couche d'ozone. 

 

 

Dis tout de suite que je pète comme un camion…, dit Lucien l'âne en explosant de rire. 

 

 

Pas autant, pas autant. Tout est une question de mesure. Et par exemple, depuis que j'ai suivi – et tu l'as suivi avec moi – le débat à propos de La Rosa Nera de Gigliola Cinquetti (je te la traduirai prochainement, ne t’en fais pas!), je suis perplexe quant aux chansons à proposer aux Chansons contre la Guerre. Un grand trouble m'envahit et par exemple, cette chanson – manifestement engagée dans le sauvetage de la planète et la préservation des populations civiles – ce qui somme toute, est le but des CCG, est-elle « utile » ou « inutile ». Et de façon générale, les chansons d'Henri Dès, car je te garantis qu'il y en a beaucoup d'autres du même tonneau à présenter, sont-elles ou non des chansons utiles, inutiles, dignes de figurer ici, vont-elles embrouiller les esprits simples des adultes intelligents ?

 

 

Ma réponse d'âne est directe. D'accord, je suis un âne, mais j'aime beaucoup ce que fait Henri Dès et j'ai souvent vu combien les enfants ( et les ânes et même des humains adultes) appréciaient ses chansons et son talent. 

 

 

Mais il y a autre chose que je voudrais dire à ce sujet. Je veux dire au sujet de ce que peut ou ne peut pas être une chanson contre la guerre. 

 

 

Ah oui !, dit Lucien l'âne en ouvrant des yeux plus grands qu'une galaxie. Je voudrais bien savoir quoi…

 

 

Eh bien, voilà, dit Marco Valdo M.I. J'ai beau ne pas être un âne, j'ai quand même parfois une idée qui me passe par la tête et mieux encore, une idée que je retiens comme intéressante. Donc, pour ne pas te faire languir, voici ce dont il s'agit. As-tu jamais réfléchi au fait que les meilleures chansons contre la guerre sont les chansons qui racontent la paix ou tout au moins, les moments où on ne se tape pas dessus à coups de massues, plus ou moins atomiques. N'as-tu jamais eu le sentiment que les meilleures chansons contre la guerre sont précisément celles qui n'en parlent pas, celles qui font état de sentiments pacifiques, de relations amicales, de rencontres amoureuses… ou alors, comme celle-ci qui s'adressent aux gens (enfants, adultes ou vieillards comme moi) pour dire certaines inquiétudes, parler de certains dangers, proposer certaines idées… D'ailleurs, qui sait si dans ces camions qui font prout, il n'y a pas des militaires…

 

 

Dans le fond, je crois que tu as raison, les meilleurs moments de guerre, c'est entre deux, quand il y a un peu de paix, au moins une trêve où on peut un peu souffler. Par exemple, La Mer de Charles Trenet est une formidable chanson de paix et une tout aussi formidable chanson contre la guerre… Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, adulte, militarisé, guerrier et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout".

 

Et des files d'autos, 

Des autos, il y en a trop,

Et des files d'autos,

Des autos, il y en a trop.
Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.
Si vous voulez passer,

Je crie danger.

Si vous voulez passer,

Je crie danger.

 

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",
Camions sur la route,

Camions ça fait "prout prout prout".

 

Quand c'est les vacances,

Les autos avancent,

Quand c'est les vacances,

Les autos avancent.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Il y en a sur trois files

Et ça file file.

Il y en a sur trois files

Et ça file file. 

 

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout".

 

Quand il y a trop de voitures, 

Traverser, c'est dur.

Quand il y a trop de voitures, 

Traverser, c'est dur.
Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Attention les minous,

Passez sur les clous.

Attention les minous,

Passez sur les clous.

 

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout".

 

Autos comme des mouches

Qui se touchent touchent.

Autos comme des mouches

Qui se touchent touchent.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.

Ne restez pas messieurs dames 

Sur le macadam dam dam.
Aïe aïe aïe les petits,

Ça me fait du souci.

Aïe aïe aïe les petits, 

Ça me fait du souci.


Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout".

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout",

Camions sur la route, 

Camions ça fait "prout prout prout"….

 
 
 
Camions ça fait prout
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 21:26

Les Chouettes Crucifiées

 

Chanson française – Les Chouettes Crucifiées – Marco Valdo M.I.– 2015

 

 

 

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, tu sais que le lendemain de leur assassinat par des déments – vrais cons cagoulés en vengeurs d'un quelconque prophète – les dessinateurs de Charlie avaient déjà empli le Paradis de dessins de bites… Il y en avait partout et selon la rumeur, le propriétaire des lieux aimait ça. Cette petite introduction pour te dire que si certains aiment dessiner des bites partout, il y en a d'autres qui veulent mettre des crucifix partout.

 

 

D'accord, j'en ai entendu parlé et puis, des bites, j'en ai déjà vues des tonnes. Note que des crucifix, depuis le temps que je me balade, j'en ai vu jusqu'à plus soif, jusqu'à l’écœurement. Alors, comme ton introduction est finie, accouche… N'y va pas par quatre chemins, dis ce que tu as à dire et fais-moi voir ta chanson, car je pense bien que celle-ci, tu l'as écrite…

 

 

Oui, je l'ai écrite aujourd'hui-même, après avoir mis en français un communiqué de nos amis de l'Uaar (L’UAAR, Unione degli Atei e degli Agnostici Razionalisti – Union des Athées et Agnostiques rationalistes), dont j'ai intitulé la version française : « L'affaire Coppoli ou la disparition des crucifix ». Et je pense bien que ce petit texte – version française t'amuserait beaucoup...

 

 

D'autant plus que c'est moi-même qui l'ai commenté. D'ailleurs, le voici :

Pour la version italienne, voir : Procedimento disciplinare per il professeur Coppoli, reo di aver rimosso i crocifissi (http://www.uaar.it/news/2015/01/28/procedimento-disciplinare-per-professor-coppoli-reo-aver-rimosso-crocifissi/)

L'affaire Coppoli

Ou la disparition des crucifix.

 

Ah, dit Lucien l'âne, vues d'Europe, ces nouvelles venant de l'Italie sont des plus surprenantes et ont tout l'air de venir d'un Catholand, où l'intégrisme semble la mesure de toutes choses. Pour un peu, on y retrouverait des bûchers et une sainte inquisition. On dirait un pays resté à la traîne de l'Histoire et nageant dans des relents moyenâgeux.

Voici encore l'exemple d'un laïque poursuivi en tant que tel ; poursuivi pour neutralité scolaire, pour défense de la laïcité de l'école, prévue par la Constitution...

 

Italiens, encore un effort pour devenir laïques !

 

Lucciano l'asino.

 

Note générale : L'asino Lucciano a l'habitude de commenter les traductions – en les interrompant par des réflexions exogènes. Ces escapades sont encadrées de parenthèses et ne reflètent que les émanations de cet esprit curieux.

 

Le Bureau scolaire régional pour l'Ombrie a convoqué, le 5 février prochain, en vue du débat contradictoire dans sa défense, le professeur Franco Coppoli, coupable d'avoir décroché les crucifix du mur de la classe où il enseigne à l'Istituto Tecnico Industriale et Geometri «  Allievi-Da Sangallo » de Terni.

Le Bureau des procédures disciplinaires reproche au professeur Coppoli, auquel l'Uaar prête une assistance légale, « le fait qui d'avoir décroché des murs de quatre classes dans lesquelles il donne cours les crucifix fixés par des vis et de la colle en provoquant des dommages aux murs pendant les heures de cours et que successivement toujours pendant les cours, il ait personnellement rebouché les trous ». [ Si je comprends bien, dit Lucien l'âne, on lui reproche d'avoir réparé les murs de l'école…] Le Bureau « met en évidence que les faits reprochés, les enlèvements des crucifix des salles, ont fait l'objet d'une précédente procédure disciplinaire à son encontre et que par conséquent ils constituent une récidive ».

Une nouvelle, communiquée le 9 janvier, à la quelle ressemble la sentence de la Cour d'Appel de Perugia qui, le 15 octobre passé, a repoussé le recours présenté par le professeur contre la sentence du Tribunal de Terni, de mars 2013, qui retenait inexistante la discrimination dénoncée par Coppoli et légitime la suspension de trente jours infligée pour avoir ôté des crucifix des salles de l'Institut professionnel « Alessandro Casagrande de Terni », où à l'époque il enseignait.

Les faits remontent à 2008 lorsque Coppoli refusa de rétablir les crucifix dans la salle de la classe III a — comme l'avait par contre décidé d'une assemblée de classe et ordonné le dirigeant de l'Institut — et fut pour cela suspendu pendant un mois de l'enseignement.

Pour la Cour d'Appel de Perugia, contre la sentence de laquelle Coppoli a annoncé qu'il présentera un recours en Cassation, « il ne semble pas qu'on puisse trouver de discrimination » car la « décision du dirigeant scolaire, concernant l'exposition de crucifix, étaient adressée pas seulement au professeur Coppoli, mais plutôt à tous les professeurs qui enseignaient dans la classe III a » [ quelle bande de faux culs, dit Lucien l'âne] et donc « ne comportaient pas de différence de traitement vis-à-vis de Coppoli par rapport à celui réservé aux autres enseignants ». La Cour d'Appel retient aussi que Coppoli n'avait pas de titre pour être victime de « supposée violation » des principes de bonne conduite et d'impartialité par l'administration publique et vis-à-vis de la laïcité de l'État puisque ceux-ci (les principes) « se réfèrent non pas à des droits subjectifs des individus, mais plutôt à des intérêts diffus, c'est-à-dire de la collectivité dans son ensemble » [ Évidemment, dit Lucien l'âne, c'est bien là le nœud du problème : soit on considère les gens comme des êtres doués de raison et d'une personnalité propre ; soit on les envisage comme les brebis d'un troupeau et on les traite en masse ou en collectivité… Ah, comme on peut le constater : ce bon vieux fascisme n'est pas mort… Bah, dit l'âne qui en a vu d'autres, ils avaient raison en 68 : Ce n'est qu'un début, continuons le combat !, qu'ils disaient.]. En se référant donc à la maintenant tristement célèbre sentence de 2011 de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l'Homme, la Cour soutient que l'exposition du crucifix dans les lieux de travail « ne peut pas constituer un facteur tel à conditionner et comprimer la liberté de sujets adultes, doués, comme c'est le cas de l'appelant, d'un niveau d'instruction élevé et donc, supposé, doué d'un esprit critique plus détaché que celui de l'homme moyen, intellectuellement et culturellement moins équipé ». [ Mais en fait, la question n'est pas là, dit Lucien l'âne. Pour une personne moyennement douée de sensibilité, ce semi-nudiste, flottant dans l'air tenu par les bras à une croix, donne la nausée… Il est carrément morbide et ne devrait en aucun cas être mis sous les yeux des personnes sensibles, des femmes enceintes et des enfants. La crucifixion à l'instar du pal, n'était pas, me semble-t-il, une partie de plaisir [ sauf peut-être, pour certains adeptes de séances spéciales] et véritablement, si je me souviens bien de la chose, la crucifixion était quand même censée être une séance de tortures… Comme disent les jeunes, c'est un spectacle assez « gore ». Par exemple, juste pour comprendre : Essayez de crucifier, ne fût-ce qu'un lapin dans une classe, évidemment dans la bonne intention de faire comprendre comment fonctionne une crucifixion et les souffrances que l'on inflige à tout crucifié généralement quelconque, fût-il lapin, chien, chat, chauve-souris (ça se fait dans le campagnes…), ou fils de n'importe qui … On criera à l'horreur, au sadisme, à la violence intolérable, on l'interdira dans l'intérêt des enfants, pour les protéger de cette ignominie ; on vous poursuivra en justice ; alors, pensez, tout un homme, même barbu, même en slip. Eh bien, non ! En Catholand, on fait l'inverse. On prône la crucifixion publique comme moyen d'instruction ! Mais bien entendu, pas d'expérimentation sur ces pauvres lapins, chiens, chats, chauves souris… Même pas sur l'homme en slip… Juste une figuration… Un totem.]

 

« Encore aujourd'hui — commente l'Uaar — chercher à enseigner ou à exercer son activité ouvrable en des lieux publics connotés de l'un ou l'autre symbole religieux est difficile et lourd. Il suffit de penser à l'affaire du juge Luigi Tosti, à celle du prof. Davide Zotti et à celle où est impliqué le prof. Franco Coppoli, le chemin des droits civils et de la laïcité de l'État, dans notre Pays [ l'Italie], est encore en montée, mais l'Uaar est et sera un instrument de tutelle [ comprendre : aide et protection] et de solidarité concrète dans ces importantes batailles civiles ». – Fin de « l'Affaire Coppoli. »

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami au regard si noir, voilà, mon point de départ : cette affaire Coppoli, dont tu as dit tout le bien qu'on peut en penser. Mais moi, comme tu le sais, j'ai la foutue manie de faire des chansons – tout ça à cause des Chansons contre la Guerre, comme je l'ai déjà raconté. Alors, forcément, j'ai fait une chanson. En fait,dans cette chanson, deux parties s'expriment : Ceux qui croyaient au crucifix ; ceux qui n'y croient pas et le trouvent vraiment dérangeant. Elles s'expriment alternativement. Les premiers concluent chaque quatrain par un refrain disons « évangélique » :

 

« Petits enfants, si vous croyez,

Bientôt, avec lui, vous serez. »

 

Les seconds, mal-pensants, mécréants, assez proches finalement du Christ de la Cathédrale d'Amiens de Clovis Trouille, lequel Christ était descendu de sa croix et se marrait de voir l'église… s'expriment après chacun de leur quatrain par un refrain qui refuse le crucifix :

 

« Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici. »

 

Mais, contrairement à toutes les attentes, comme dans les meilleurs films, il y a un « happy end » :

 

« c'est Jésus-Christ

Qui crie « Marre du crucifix »... »

 

 

On le comprend, ce Jésus, dit Lucien l'âne. Moi aussi, j'en aurais marre de rester sur ce machin et en plus à des milliers d'exemplaires… Je n'aimerais pas qu'on me fasse ce coup-là et qu'on se paie ainsi ma fiole. Mais je te signale qu'il l'avait déjà fait savoir par Léo Ferré :

« Mais peut-être qu'un jour le crucifié
Lâchera ses clous et ses épines
Sa rédemption et tout le paquet
Et viendra gueuler dans nos ruines

Y en a marre... Y en a marre...
Y en a marre ... »

 

 

Cette fois-ci, dit Marco Valdo M.I. en souriant, il faut le constater, ce n'est plus hypothétique, il le dit nettement : « Marre du crucifix ».

 

 

Et bien, si tu me disais ta chanson maintenant, ça me plairait bien de la découvrir et ensuite, on recommencera à tisser le linceul de ce vieux monde plein de totems, de prophètes et de crucifix, arrosé d'eaux bénites, théophagique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Regardez comme il est beau,

On dirait un grand oiseau.

C'est un fier aviateur,

Son père est un grand créateur.

 

Petits enfants, si vous croyez,

Bientôt, avec lui, vous serez.

 

Quel est donc cet oiseau de malheur ?

Accroché à cette croix,

Il a l'air en mauvais état.

Rien qu'à le voir, on a mal au cœur.

 

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

 

C'est un supplicié ; on aurait pu l'écarteler

On aurait pu l'empaler, le mettre sur un bûcher

Ou tout simplement, comme tant d'autres, le gazer

Mais voilà, on l'a crucifié.

 

Petits enfants, si vous croyez,

Bientôt, avec lui, vous serez.

 

Encore aujourd'hui dans nos hameaux,

On crucifie les oiseaux

On trouve les chouettes crucifiées

Sur la porte des granges martyrisées.

 

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

 

C'est de la superstition

Disent les gens des processions

Qui portent à bout de bras,

En cortège, des christs en croix.

 

Petits enfants, si vous croyez,

Bientôt, avec lui, vous serez.

 

Les grands esprits civilisés

Se moquent des totems

Des autres divinités.

Ils les brûlent, ils les détruisent même.

 

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

 

Il multiplie les pains, un vrai boulanger.

Il marche sur l'eau, il aime les enfants.

On peut boire son sang ;

On peut le manger.

 

Petits enfants, si vous croyez,

Bientôt, avec lui, vous serez.

 

Qui est ce type en slip au-dessus du tableau ?

On dirait qu'il va s'envoler là-haut.

On dirait qu'il est tout nu,

On voit presque le trou de son cul.

 

Qui est ce type en slip au-dessus du tableau ?

Il est triste et pas rigolo...

Ce mec-là, c'est Jésus-Christ

Qui crie « Marre du crucifix »...

 

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici.

Pas de crucifix, mes amis,

Pas de crucifix, ici. …..

Les Chouettes Crucifiées
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 22:14

BERCEUSE DE LA FIN DE LA 

 

GUERRE

 

Version française – BERCEUSE DE LA FIN DE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Ninna nanna della fine della guerra – Giacomo Lariccia – 2011

 

Texte et musique de Giacomo Lariccia
Album: Colpo di sole

 

 

 

 

 

Dors, mon enfant

La guerre est finie.

Du ciel, ne descendront plus maintenant

Sur terre, les larmes en pluie.

 

Dors, mon ange

Dors sur mon sein.

Ferme les yeux ; de la main,

Je te caresse le visage

 

Te souviens-tu de cette maison mystérieuse

Où étaient Blanche-Neige et le prince ?

Et le soir et ta fatigue ?

Et la berceuse que je chante ?

 

Dans mes bras, tu dors

Tu ne peux plus pleurer encore.

Maintenant tout est fini…

Tout est vraiment fini,

Sauf le sommeil où tu dors.

 

N'aies plus peur

Dans cette nuit profonde

Où l'éclair t'a frappé

Où le feu t'a brûlé

Où tes yeux ont oublié ce monde.

 

Je te raconterai nos jeux

Les courses à la mer et les étés.

Et ce qu'on ferait tous les deux

Si ce sommeil était réalité.

 

Dors, mon enfant

La guerre est finie.

Du ciel, ne descendront plus maintenant

Sur terre, les larmes en pluie.

 

Dors mon enfant.

La guerre est finie pour toi,

Maintenant le vent te bercera,

Maintenant le tonnerre chantera,

L'obscurité descend sur cette terre, maintenant !

 
 
 
BERCEUSE DE LA FIN DE LA   GUERRE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 21:22

 

ROME OCCUPÉE

 

Version française – ROME OCCUPÉE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Roma Occupata – Giacomo Lariccia – 2011

 

 

Texte et musique : Giacomo Lariccia





 



 


 

 

la folle tuerie de représailles que les nazis et les fascistes ont perpétrée le lendemain-même





 

On se trouve plongé dans l'immense et déchirante douleur de Rome occupée, dans laquelle la voix de Giacomo se fait souffrante pour chanter la capture et les derniers instants de vie de Renzo Giorgini, un industriel romain et vaillant antifasciste, qui en mars 1944 finit fusillé avec autres 334 personnes aux Fosses Ardeatines.

 

 

À remarquer la présence essentielle du violoncelle d'Anja Naucler

 

 

 

 

 

On devrait reprendre ici les propos que nous avions échangés en introduction à la version française de la chanson « Via Rasella » [[40989]], dit Lucien l'âne un peu pensif.

 

Certainement, dit Marco Valdo M.I. et d'ailleurs, faisons-le à l'instant. J'en profiterai pour corriger quelques fautes de frappe. Donc, on disait, à la suie du commentaire italien des CCG, qui est ici le premier paragraphe :

« Je dédie cette chanson à Rosario Bentivegna, nom de guerre « Paolo » (Roma, 22 giugno 1922 – 2 avril 2012), étudiant en médecine et partisan membre du groupe d'action patriotique (GAP), qui le 23 mars 1944 dans la Via Rasella à Rome actionna une bombe de forte puissance qui tua 32 militaires allemands – des SS (42 au total, si on compte les blessés décédés suite aux blessures) et deux citadins romains de passage, Antonio Chiaretti et le jeune Pietro ‎Zuccheretti.‎.. Comme on le sait – et je renvoie aux chansons comme Il massacro dei trecentoventi (Le Fosse Ardeatine), Le Fosse Ardeatine e Roma Occupata – les représailles allemandes furent immédiates et féroces : plus de dix Italiens pour un Allemand.

 

 

Oh, dit Lucien Lane, Rosario Bentivegna vient de mourir... Je me souviens de lui quand il faisait de la résistance dans les campagnes et poursuivait la lutte contre les nazis, encore après cet attentat de la Via Rasella. Je me souviens aussi que tu as traduit son livre « ACHTUNG BANDITEN ! », c'était ainsi que la propagande des nazis appelait les résistants. 

 

 

 

En effet, j'ai traduit son livre et j'ai même publié sa traduction – du moins de longs extraits sur le blog que j'ai interrompu en 2008. Mais on peut voir l'histoire de l'attentat dans les 4 épisodes Achtung Banditen 20, 21, 22 et 23. En commençant par le dernier, par exemple. L'ensemble comporte près de 40 épisodes... Mais attention, il s'y mêle, un autre « Achtung Banditen ! », celui qui raconte l'histoire de Marco Camenisch.[[3735]]

 

 

 

 

Donc, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as ainsi répondu à l'injonction de la chanson : « Viens le jour, faites honneur / Racontez-la cette histoire »... Tu l'as racontée cette histoire.

 

 

 

Cela dit, Lucien l'âne mon ami, il paraît qu'en Italie, certains révisionnistes voudraient encore faire peser sur les résistants la folle tuerie de représailles que les nazis et les fascistes ont perpétrée le lendemain-même ; ce qui au passage, disqualifie la légende de l'affiche dont l'ennemi aurait peuplé Rome pour annoncer son geste et demander aux Résistants de se rendre sous peine de représailles sur d'autres gens…

 

 

Oh, dit Lucien l'âne, c'est une telle énormité, que j'en reste tout pantois. Et de surcroît, cette affiche, même si elle avait existé, resterait un sordide prétexte destiné à justifier des assassinats massifs. Quand on fait la guerre à des gens, il faut quand même s'attendre à ce qu'ils se défendent et d'autre part, il ne faut pas s'attendre à ce qu'ils cèdent aux chantages.

 

 

Faire un attentat contre l'occupant et se rendre ensuite aurait été un acte de grande stupidité. Ce n'étaient quand même pas les résistants qui occupaient Rome ; ce n'étaient pas les résistants qui avaient répandu la guerre partout. Et puis, il n'y a pas de discussion possible : faire sauter un régiment de SS était un acte nécessaire... et nécessaire n'importe où en Europe. Il le serait encore. Sauf à accepter leur présence, sauf à s'incliner face au nazisme... Qu'ensuite les nazis se soient comportés comme des nazis, il n'y a pas lieu de s'étonner... À ce sujet, ils ont invoqué des représailles, le droit de représailles... Il faut être d'une parfaite mauvaise foi pour oser invoquer l'idée ou le droit de représailles… D'ailleurs qu'y a-t-il de plus abject que des représailles ? Je rappelle que cela consiste à prendre des gens sans défense et à les massacrer sous le prétexte de punir d'autres. Ça n'a évidemment aucun sens. Ce massacre de plus de trois cents personnes civiles par les nazis ne fut jamais qu'un massacre de plus parmi tant d'autres ; une opération régulière, la routine en quelque sorte. Je rappelle, à toutes fins utiles, que le compteur des assassinats engendrés par la folie des nazis et des fascistes a dépassé les quarante millions de victimes... ce qu'on ne saurait oublier...

 

 

Et vouloir imputer les victimes de leurs exactions à ceux qui ont eu le courage de leur résister (comme l'ont prétendu les nazis et tous ceux qui les suivent dans cette argumentation) est une singulière révision de l'histoire, une perversion de l'esprit, une immense connerie et une dérisoire méchanceté. 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane. »

 

 

 

 

 

 

 

Rome occupée, Rome abandonnée

Aux mains des Allemands de Kappler

Qui préparent leur retraite

Rome ville ouverte, Rome qui cache 

Rome où les familles juives sont cachées

Face au risque d'une mort sûre

 

À Libetta, vinrent te chercher les soldats

Et devant ta fille, vite ils t'ont emmené ;

Vinrent quatre uniformes et le traître

Pour te reconnaître les accompagna .

Rome occupée, même le roi s'est enfui

Rome abandonnée, le pape est resté

On a dit qu'on avait placardé des avis :

Qui disaient : Pour chacun de nos soldats tué 

 

Nous prendrons dix de vos frères

Tu étais un de ces dix comme tu l'as découvert.

Dans les cellules de via Tasso, comme tu as souffert

Ils ne te laissèrent pas le temps de te vêtir.

Avec ton tablier et ta casquette, ils te forcèrent à sortir.

 

Le 23 mars, une action partisane

Tuait des soldats SS via Rasella

Ils eurent une réaction inhumaine

À l'horreur et au total, on ajouta

Erreur de calcul, cinq personnes 

Quelqu'un peut-être se trompa.

 

L'après-midi suivant Nicola vit arriver

Des camions allemands remplis de prisonniers

À exécuter

Déchargés dans le noir dans les carrières abandonnées

Couverts de terre et de corps d'autres condamnés

 

Le 4 juin, Rome est libérée

Les Américains sont arrivés en retard 

Le printemps est commencé

On enterre les morts dans le noir

On identifie

Ce qu'on retrouve est rendu aux familles

On se remet des bombardements

C'est la fin du cauchemar

On hurle dans la capitale

C'est le début d'une nouvelle vie

Qui n'a pas encore connu le mal

 

À Libetta, vinrent te chercher les soldats

Et devant ta fille, vite ils t'ont emmené.

Ils vinrent te chercher, ta fin était tracée :

Aux Fosses Ardéatines, elle te mena.

 

 

 

 

 

 

 

 

ROME OCCUPÉE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 21:27

LA FILLE DE KOBANÉ

 

Version française – LA FILLE DE KOBANÉ – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – La ragazza di Kobanê – David Riondino – Novembre 2014

 

 

Sur une route droite avec le fusil en bandoulière.

La fille de Kobané un instant se retourne,

Et continue à marcher vers la ligne de front.

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qu'on dira d'actualité… Elle se situe dans la ville de Kobané, qui se situe là-bas aux confins de la Turquie et de la Syrie, dans une région kurde. Une ville martyr, prise dans les tourbillons des délires de religieux assassins et de nationalistes ahuris. Une bande immense de crétins, bourrés de paroles prophétiques. Bref, tout droit sortis d'Absurdie. Là aussi, la sentence de Jeanson s'applique et on a entendu jusqu'ici les Kurdes crier : « Au secours ! Les cons nous cernent ! ». Des tueurs aussi sanglants et aussi stupides que les Croisés lors de la prise de Jérusalem en 1099. J'ai dit d'actualité, car après des mois de résistance, les Kurdes viennent de chasser ces imbéciles et commencent à dégager la ville, du moins ce qu'il en reste, car tout semble détruit, de l'encerclement. Ils desserrent l'étau et repoussent les agresseurs.

 

 

Laisse-moi te dire, Marco Valdo M.I. mon ami, le destin incroyable de cette petite ville. J'avais connu Kobané à ses débuts, il y a cent ans, quand elle n'était qu'une agglomération naissante que bâtissaient les réfugiés arméniens. C'était déjà une histoire terrible que celle de ces gens fuyant le génocide que leur faisaient subir les Turcs. C'était en 1915. Depuis, les Arméniens sont presque tous repartis vers d'autres cieux et c'est aux Kurdes d'assumer le destin effroyable de cette ville.

 

 

Effroyable destinée, c'est bien le mot. Kobané est libérée, mais que reste-t-il ? Tout est à refaire. Cependant, pour en revenir à la chanson, elle évoque une fille qui hante l'histoire du siège de Kobané et qui participe à la défense et à la reconquête, les armes à la main. Et il est bon que ce soit une femme, bon et symbolique ; car ce sont aussi des femmes qui composent l'armée populaire de résistance aux cinglés prophétiques et dès lors, ce sont des femmes et des jeunes filles qui leur ont infligé cette formidable défaite.

 

 

Oui, Marco Valdo M.I., mon ami, c'est sans doute le fait le plus important que raconte cette chanson. Les femmes kurdes n'ont cure des injonctions prophétiques et n'admettront jamais d'être traitées en esclaves par des hommes atteints de démence furieuse. Elles sont fortes et courageuses car elles ont à défendre leur propre vie, certes, mais surtout celle de leurs enfants, de leurs proches, de leurs amis, des gens avec lesquels elles bâtissent l'avenir au quotidien. Des gens avec qui elles construisent la vie. Elles ont porté la résistance (« Ora e sempre : resistenza!) comme le firent ici d'autres femmes en d'autres temps.

 

 

Et puis, ces femmes kurdes et leurs hommes sont confrontés à un État profondément raciste, une sorte de national-islamisme oriental proche dans sa manière d'être et d'agir du national-socialisme tel qu'on l'a connu ici, lors de sa montée triomphale et de son expansion catastrophique. Il y a là un embryon d'État – qu'ils ont appelé Califat, une bande de truands qui se prennent pour un État, une baudruche étatique qui gonfle, qui gonfle… Elle en était à sa montée triomphale… Rien ne l'arrêtait… Et voilà, patatras... Les femmes de Kobané viennent de le faire...

 

 

Et nous, nous, Marco Valdo M.I. mon ami, nous sommes ici. Il nous revient de dire les choses et de tisser ainsi le linceul de ce vieux monde mortifère, insensé, religieux, prophétique, assassin et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

De la colline, les Turcs observent la bataille.

Un groupe de miliciens lève le drapeau noir.

Le président déclare que la ville est perdue,

Mais les résistants arrachent l'étendard.

 

De la colline, les Turcs observent la bataille.

Les victimes de la furie résistent aux égorgeurs

Du passé surgissent des fantômes d'autres villes :

Sarajevo, Varsovie, Stalingrad.

 

De la colline, les étoiles observent la bataille.

Un groupe de partisans arrache le drapeau noir.

Le jour après, les nazis veulent la relever encore.

Les éclairs des alliés les foudroient du ciel.

 

De la colline, la presse photographie la bataille.

Le journaliste raconte le couteau sur la gorge

Que sous le signe du califat, Dieu l'éclaire

Tragédie de la peur d'une autre nature.

 

De la colline, les filles observent la bataille.

Les mères aux yeux verts contre les marchands d'esclaves.

La fureur des miliciens, l'excitation de la canaille

Quand ils violent les sans défense, pendant les ratissages.

 

De la colline, les anges observent la bataille.

Les diables possèdent les âmes des soldats.

Les images de terreur accompagnent les litanies

Où les démons jurent sur le saint nom de Dieu.

 

De la colline, les femmes observent les mercenaires,

La lie de l'Occident, la vocation au pillage

Et tout l'imaginaire de tristes banlieues,

Entre cinéma d'horreur et basse pornographie.

 

Et le vent de la colline te salue et t'accompagne

Sur une route droite avec le fusil en bandoulière.

La fille de Kobané un instant se retourne,

Et continue à marcher vers la ligne de front.

 

Les feux de la colline t'accompagnent à la guerre

Contre les marchands d'esclaves et de diables de l'enfer,

La canaille nazie et l'indifférence de l'Occident

Les vampires cachés dans les gouvernements.

 

La fille de Kobané va sur la ligne de front.

Elle nous regarde un instant et marche toute seule.

La liberté vient en faisant front.

Ce n'est plus seulement une parole.

 

 
LA FILLE DE KOBANÉ
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 21:52

 

LAMENTATION POUR LA MORT

 

DE TURIDDU CARNEVALI

 

Version française – LAMENTATION POUR LA MORT DE TURIDDU CARNEVALI – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne d'une

Chanson sicilienne – Lamentu pi la morti di Turiddu Carnevali – Ciccio Busacca

 

Poème d'Ignazio Buttitta
Musi
que de Nonò Salamone
Interpr
étation de Ciccio Busacca 


En guise d'introduction, voici l'introduction d'une autre chanson en langues française et italienne - intitulée Salvamort - qui raconte, elle aussi, cet assassinat :





 

Salvatore Carnevale [1923-1955].

Salvatore Carnevale [1923-1955].

Cette chanson relate la mort – l’assassinat d’un militant syndicaliste paysan de Sicile par la mafia, le 16 mai 1955 à Sciara.

La mère de Salvatore, Francesca Serio, a été la première femme dans l’histoire de l'Italie à porter la dénonciation d’un crime mafieux devant un tribunal public.

Le procès,qui en découla est lui aussi emblématique.

D'abord, les hommes de main, puis les carabiniers vinrent tenter de contraindre Francesca, cette femme seule à qui on venait de tuer son fils, à se taire, à passer sous silence ce meurtre.

Elle refusa, elle réclama justice pour Salvatore assassiné.

Prévu à Palerme, le procès fut renvoyé sur le continent. Depuis, c'est devenu une habitude.

Elle persista dans son obstinée revendication de justice.

Le procès eut lieu. Les avocats des parties ne sont pas des inconnus.

 

Pour porter la voix de la justice, la voix de Salvatore assassiné, il y avait Sandro Pertini.

Pour défendre les assassins, il y avait Giovanni Leone.

Tous deux furent des emblèmes des deux Italies, tous deux furent par la suite et successivement Présidents de la République.

Leone, issu de la Démocratie Chrétienne, dut démissionner de son mandat de Président pour corruption.

Son successeur, Sandro Pertini fut un Président respectable, respecté et d'une haute tenue morale.

Les deux Italies qui s'affrontent encore toujours.

 

Encore aujourd'hui, les femmes de Sicile qui – comme Laetizia Battaglia – affrontent la mafia, se regroupent pour combattre « cosa loro », pour crever les yeux de la pieuvre, se réclament de cette mère courage.

Carlo Levi l’a soutenue et a raconté cette histoire dans son livre « Le parole sono pietre » - « Les paroles sont des pierres ».

C’est un texte central dans l’œuvre de Carlo Levi.

 

Francesca Serio avec Carlo Levi

Francesca Serio avec Carlo Levi

 

C'est encore une de ces canzones en deux langues et dont l'auteur espère qu'elles pourront être chantées dans les deux langues le plus souvent possible. Rien n'empêche évidemment de ne chanter qu'en français ou qu'en italien.

 

Pour rappel, l’ensemble des chansons lévianes veulent montrer le caractère poétique de l’écriture et de la pensée de Carlo Levi et ont vocation à être mises en musique et en scène et chantées.

 

Pour les amis de langue française, voici une brève biographie de Salvatore Carnevale :

 

Salvatore "Turi" Carnevale (Galatti Mamertino 23 septembre 1923 – Sciara, 16 mai 1955) - syndicaliste italien.

Ouvrier agricole et syndicaliste socialiste de Sciara (PA) de 32 ans, il fut assassiné le 16 mai 1955 à l'aube tandis qu'il se rendait à son travail dans une carrière de pierres appartenant à l'entreprise Lambertini.

Les tueurs l'assassinèrent sur le chemin muletier des « Cozze secche ».

Carnevale avait donné beaucoup de fil à retordre aux propriétaires terriens pour défendre les droits des travailleurs agricoles.

En 1951, il avait fondé la section socialiste de Sciara et il avait organisé la Camera del Lavoro.

En 1952, il avait revendiqué le partage des produits de la terre pour les paysans et il avait organisé avec les paysans l'occupation symbolique des terres de Giardinaccio, appartenant à la princesse Notarbartolo. Il fut arrêté et sorti de prison, il se réfugia en Toscane pour deux ans, où il découvrit une culture des droits des travailleurs plus forte et plus radicale.

En août 1954, il rentre en Sicile, où il transpose dans les luttes paysannes son expérience acquise dans le Nord.

Trois jours avant d'être assassiné, il avait obtenu pour ses camarades le paiement des salaires en retard et le respect de la journée de 8 heures.

Ont été accusés de son assassinat : Giorgio Panzeca, Antonio Mangiafredda et Luigi Tardibuono, l'intendant de la princesse Notarbartolo.

En première instance, les accusés furent condamnés à la prison à vie. En appel et en Cassation, défendus par Giovanni Leone, les trois accusés furent acquittés.

 

 

 

 

 

Voici venir Cicciu Busacca

Pour vous faire entendre l'histoire

De Turiddu Carnivali

Le socialiste mort à Sciara

Assassiné par la mafia.

Pour Turiddu Carnivali

Pleure sa mère

Et pleurent tous les pauvres de la Sicile

Car Turiddu Carnivali

Mourut assassiné

En défendant le pain des pauvres

Et maintenant

Écoutez

Car il y a à apprendre

Dans l'histoire

De Turiddu Carnivali,

Son histoire vous dit :

 

C'était un ange et il n'avait pas d'ailes

Ce n'était pas un saint et il fit des miracles

Il monta au ciel sans cordes et escalier

Et sans parachute, il en descendit ;

Son capital était l'amour,

Et il partageait cette richesse avec tous :

Turiddu Carnevale, il était né

Comme le Christ, il est mort assassiné.

 

Petit, il ne connut pas son père

Il grandit près de sa malheureuse mère

Compagne de douleur et de peines,

De pain noir et de dure sueur ;

Le Christ du ciel le bénit, il lui dit :

« Toi, mon fils, tu mourras assassiné ;

Les maîtres de Sciara, ces damnés,

Tuent tout qui veut la liberté ».

 

Sciara

Pour qui ne le sait pas

C'est un petit pays

De la province de Palerme

Aujourd'hui encore

Règne et commande la mafia

Donc

 

Turiddu

Turiddu avait ses jours comptés,

Mais rencontrant la mort, il en rit,

Car il voyait les frères condamnés

Sous les pieds de la tyrannie,

Les chairs par le travail broyées

Sur le billot torturées,

Et il ne pouvait supporter l'abus

Ni du baron, ni du mafieux.

Turiddu

Il rassembla les pauvres avec tant d'amour,

Les couche-à-terre, les faces à trident,

Les mange-peu au souffle court :

Le tribunal des pénitents ;

Et il fit loi de cette chair et ce cœur

Et arme pour combattre les puissants

De ce pays désolé et sombre

Où l'histoire avait trouvé un mur.

 

Il dit au journalier : « Tu es nu

Et la terre est vêtue en grande pompe.

Tu la pioches et tu sues comme un mulet

Et tu es plat comme une lasagne ;

Vienne la récolte et à coup sûr,

Le patron accapare le produit

Et toi qui chaque jour travaille la terre,

Tu tends les mains et ramasses les pleurs.

 

Aies courage, tu ne dois pas trembler,

Viendra le jour où descend le Messie,

Le socialisme avec son manteau ailé

Qui porte paix, pain et poésie ;

Viens si tu le veux, si tu es décidé,

Si tu es ennemi de la tyrannie,

Si tu embrasses cette foi et cette école

Qui donne l'amour et console les hommes.

 

Oui,

 

Par sa parole le socialisme

Prend les hommes à terre et les élève

Et coule comme l'eau de la source

Et où elle passe, elle rafraîchit et assainit

Elle dit que la chair n'est pas de cuir

Ni même farine à pétrir :

Tous égaux, pour tous du travail

Mange le pain qui sue et travaille».

 

Il dit au journalier : « Vous dormez dans les grottes,

Dans les tanières et dans les étables,

Vous êtes comme les rats des égouts.

Vous vous rassasiez de haricots et de trognons ;

Octobre vous laisse des lèvres sèches

Juin avec les dettes et les cals

De l’olivier, vous avez les brindilles

Des épis, le chaume et la paille ».

 

Il dit : « La terre est à qui la travaille,

Prenez les drapeaux et les houes ! » :

Et avant que sorte l'aube

Ils firent des cuvettes et creusèrent des fossés :

La terre sembla une table dressée,

Vivante, de chair comme une personne ;

Et sous le rouge de ces drapeaux

Géant sembla chaque journalier.

 

Les carabiniers arrivèrent en courant

Avec les menottes et les fusils à la main

Turiddu cria: « Arrière maintenant!

Il n'y a ici ni voleurs ni assassins,

Ce sont les journaliers exploités, chiens,

Qui dans les veines n'ont plus de sang :

Si vous cherchez des voleurs et des brigands

Vous les trouverez dans les palais, avec les amants ».

 

Le maréchal fit un pas en avant,

Il dit : « La loi ne permet pas cela ».

Turiddu lui répondit fièrement :

« Celle-là est la loi des puissants,

Mais il est une loi qui ne se trompe pas et pense

Et dit : pain pour les ventres vides,

Habits pour ceux qui sont nus, eau aux assoiffés

Et à qui travaille honneur et liberté ».

 

Exact, disait Turiddu Carnivali

Même dans la Bible

Sont écrites ces paroles :

« Habits aux nus ! Eau aux assoiffés !

À qui travaille honneur et liberté ! »

Mais la mafia que pense-t-elle ?

 

La mafia pensait à coups de fusil ;

Cette loi ne plaisait pas aux patrons,

Ils étaient comme des chiens enragés

Les dents enfoncées dans les jarrets.

Pauvres journaliers malchanceux

Avec ceux-là sur le dos qui vous mordent!

Turiddu connaissait ces bêtes

Et il était vigilant quand il voyait des haies.

 

Il rentra un soir sans ailes

Le regard et la pensée dans le vague :

« Mange, mon fils, cœur loyal… » ;

Plus elle le regarde, plus elle le voit sombre :

« Fils, ce travail te fait mal »,

De la main, il s'appuyait au mur.

« Mère », dit Turiddu et il la regarda :

« Je me sens bien ». Et la tête se pencha.

 

Ce fut la dernière fois

Que Turiddu fut menacé par la mafia

Je dis la dernière fois

Parce que

Ils l'avaient menacé des centaines de fois

Tant de fois peut-être

Ils avaient essayé de le séduire

En lui offrant de l'argent

« Turiddu, fais attention

Tu fais fausse route

Tu es contre les patrons

Et tu sais

Qui se met contre les maîtres

Peut connaître une laide fin

D'un jour à l'autre

Il peut t'arriver

Un malheur »

 

Turi à ces menaces

Répondait toujours

De la même façon :

« Je suis prêt à mourir

Pour les paysans

Je suis aussi un paysan

J'ai eu la chance

De lire des livres

Et je sais ce que ce vous devez aux paysans :

Ce qui leur revient

Et vous patrons, vous devez leur donner ».

« Turiddu

Fais attention à ce que tu fais

On t'a averti tant de fois

Fais attention »

Turiddu, ce soir-là

Était rentré chez lui

Avec cette menace

Encore gravée dans son cerveau

Et dès qu'il entra

Sa mère lui servit la soupe prête

Comme tous les soirs

Dès qu'elle le voit arriver

Elle est contente

« Turiddu

Tu es rentré

Mon fils

La soupe est prête

Mange ».

Mais Turi

Ce soir

N'avait pas faim

« Maman

Laisse…

Ce soir

J'ai tant de choses

À penser

Je n'ai pas faim »

La mère a compris

qu'ils

Avaient menacé Turiddu

Encore une fois.

 

« Fils, tu as été menacé ;

Je suis ta mère, ne pas avoir de secrets ! »

« Mère, mon jour est arrivé » ; et soupirant

« Christ fut tué et il était innocent ! »

« Fils, mon cœur s'est arrêté :

Tu y a mis trois épées affûtées ! »

Gens qui êtes ici, criez fort :

La mère voit en croix son fils mort.

 

Cette fois

Les mafieux

Ont tenu leur promesse

Le lendemain matin

Alors que Turiddu allait travailler

À la carrière

Sur le sentier

Ils lui ont tiré deux coups de lupara

En plein visage

Pour le défigurer

On n'oubliera jamais ce matin :

Du seize mai

Mil neuf cent cinquante cinq.

 

Seize mai. L'aube au ciel brille,

Et là-haut, le château domine Sciara

Face à la mer resplendissante

Comme un autel sur d'un cercueil ;

Entre mer et château ce matin

On voit une croix dans l'air clair

Sous la croix, un mort, et avec les oiseaux

Tel un déluge, le pleur des pauvres.

 

Et comment pourra-t-on jamais oublier

Ce seize mai à Sciara ?

Une heure après que Turi ait quitté la maison

Sa mère entend frapper à la porte

Furieusement

(Sa mère était encore au lit)

C'était l'aube

« Francesca !

Madame Francesca !

Madame Francesca, ouvrez !

Ouvrez, il y a eu un malheur !

Ils ont assassiné Turiddu

Ils ont assassiné votre fils Turiddu

Ils lui ont tiré deux coups de lupara dans la figure

Ils l'ont défiguré

Ils l'ont assassiné

Turiddu,

Ils l'ont assassiné ! »

Le dire ainsi

C'est facile

Mais vous pensez

Pour cette pauvre mère

Qui avait ce seul fils

Comme elle s'habille en vitesse et en fureur

Et commence à courir

Par toutes les rues du village

En criant

En appelant les pauvres à la suivre

Pour aller pleurer

Sur le cadavre de son fils.

 

Elle criait : « Fils ! » par les rues et des ruelles

La mère angoissée qui courait

Vers le mort en tourbillons tempétueux

Monceaux de sarments qui brûlait

Dans le four avec le vent aux trousses :

« Courez tous pleurer avec moi !

Pauvres, sortez de vos tanières,

Il est mort assassiné pour votre pain ! ».

 

Ils sont arrivés

Les pauvres

Où se trouvait le cadavre de Turiddu

Mais

Personne ne pouvait passer

Personne ne pouvait regarder Turiddu

pour la dernière fois

Turiddu

Il était entouré de carabiniers

La mère

S'agenouille face aux carabiniers

 

« Carabinier, si vous êtes un homme…

Ne me touchez pas, partez d'ici,

Ne voyez-vous pas que mes mains sont des torches

Et je m'enflamme comme poussière dans le feu ;

C'est mon fils, garez-vous,

Laissez mon pleur et ma douleur s'épandre,

Laisser la colombe blanche s'envoler

Qu'il tient dans sa poitrine du côté gauche.

 

Carabinier, si tu es un homme

Ne vois-tu pas qu'il perd son sang fin

Laisse-moi approcher que je soulève

Cette pierre qu'il tient comme coussin,

Que sous son visage, je lui mette les mains

Sur sa poitrine, je pose mon cœur

Qu'avec mon pleur, je soigne ses blessures

Avant qu'il fasse jour demain matin.

 

Qu'avant qu'il fasse jour je trouve l'assassin

Et que j'arrache son coeur avec mes mains

Je le porte au prêtre :

Et je dise : sonnez les cloches, sacristain !

Mon fils avait le sang d'or fin

Et celui-là, pour sang a la pisse de marécage

Appelez-le un tigre pour qu'on le piège.

Je creuse sa fosse avec mes mains !

 

Fils, que dis-je, je perds la tête ;

 LAMENTATION POUR LA MORT   DE TURIDDU CARNEVALI
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 21:16

SOIXANTE SACS DE CHARBON

 

 

Version française – SOIXANTE SACS DE CHARBON – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Sessanta sacchi di carbone – Giacomo Lariccia – 2014

 

Tête de mineur

Peinture en public par Charles Szymkowicz 
Bois du Cazier – 1 mars 2009

 

 

 

 

 

 

 



Survivre n'était pas chose facile.

Par une aimable concession, nous autres garçons

Dans l'Europe épuisée par la guerre

On nous a échangés contre des sacs de charbon.

 

Signé en juin 1946, le Pacte

Sur cette feuille rouge semblait un poème

Mots faux et froids comme des lames

Une mutuelle courtoisie, un échange.

 

Combien vaut un homme est difficile à estimer.

À ce moment, c'était clair comme le jour :

Un homme vaut soixante sacs de charbon.

 

La volonté peut tout faire faire;

La faim peut encore davantage.

Sur le train, on monta à mille à Milan à la gare

Comme des bestiaux en route pour l'abattoir.

 

D'Italie, cinquante mille mineurs

Avec la peur et leur chapeau entre les mains

L'accueil n'était pas des meilleurs

« Entrée interdite aux chiens et aux Italiens »

 

Combien vaut un homme est difficile à estimer.

À ce moment, c'était clair comme le jour :

Un homme vaut soixante sacs de charbon.

 

Des baraques de tôle de la guerre

Froides l'hiver, torrides l'été,

Le matin dans le noir, on descendait

À mille mètres sous la terre.

 

Le blanc de la neige dans les rues,

Le lait et le beurre comme seuls remèdes

Comme si le noir dans nos poumons encré

Était une couleur qu'on peut effacer.

 

Combien vaut un homme est difficile à estimer.

À ce moment, c'était clair comme le jour :

Un homme vaut soixante sacs de charbon.

SOIXANTE SACS DE CHARBON
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article