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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 19:28

LE DÉBUDE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 

 

(avec l'aide d'un imitateur de voix animales)

 

 

Version française – LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914 (avec l'aide d'un imitateur de voix animales) – 2015

Chanson allemande – Der Beginn des Weltkrieges 1914 (unter Zuhilfenahme eines Tierstimmenimitators) – Einstürzende Neubauten – 2014

 

 

 

 

Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener ...

 

 

 

 

Maintenant, Lucien l'âne mon ami, je pense qu'elle va bien te plaire cette canzone, qui est une authentique Canzone contre la Guerre, mais en même temps une chanson drôle où interviennent les animaux. En somme, c'est le début de la Guerre mondiale vu par les animaux.

 

 

En effet, cela devrait me plaire et j'ai hâte de la découvrir. Cependant, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, parmi tous ces animaux qui assistent au début d'une des plus grandes tueries parmi les hommes, y a-t-il un âne ?

 

 

Malheureusement non. Mais depuis ton intervention ici-même, oui. Cependant, je voudrais te rassurer en rappelant que La Déclaration Universelle des Droits de l'Âne [[49337]] – et cette fois, de l'âne seul – se voulait valoir pour toutes espèces, l'humaine y compris. Inversement, ici, les animaux qui apparaissent et se manifestent parlent pour tous les animaux et donc, aussi bien pour les ânes et les humains.

 

 

Mais en quoi est-elle contre la guerre… ? Peux-tu me le dire ?

 

 

Certainement, Lucien l'âne mon ami. En premier lieu, il est évident qu'elle ne contient aucune condamnation explicite de la guerre, ni des armées, ni rien de ce genre. Cependant, elle utilise une autre voie : elle présente ce grand moment de l'histoire de manière ridicule, elle vise à la noyer dans l'acide comique. Elle l'évoque avec une ironie décapante et lui signifie son mépris par les cris des animaux. L'oie fait « zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… », approuvée par son époux le canard qui dit : « nanana coincoin. nanana coincoin » ;

le chien déclare « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! » ;

la poule : « cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE » et « kodaakSOLDAAATS… kodaak SOLDAAATS »… et pour finir , un paon qui s'exclame « HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER ».

 

 

Je comprends et j'apprécie beaucoup. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde grand faiseur de guerres, hautement belliqueux, matamoresque et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

ATTENTION

 

Nous entendons maintenant le début de la guerre mondiale en 1914
Les jours d'août 1914 sont encore inoubliables pour nous tous :
L'excitation qui saisissait alors l'humanité entière était si grande que même la faune fut saisie par elle.

 

Il suffisait seulement d'avoir des yeux et des oreilles.
Moi-même, j'eus l' occasion en Alsace de conforter mes observations à ce sujet.
Déjà la mi-août 1914, nous étions installés dans un petit village des Vosges ; et en plus de nous, il y avait là encore 
Une oie
Une oie correcte
Une oie merveilleuse
— qui avec un canard, ainsi que je l'ai appris plus tard, eut une fille illégitime, comme j'ai pu comprendre : elle l'avait couvée et par reconnaissance, les deux furent inséparables.

 

Ainsi : Ces deux dames, ne soupçonnant rien, s'en vont promener sur la route,
Quand tout à coup des nuages de poussière se mettent à tourbillonner
Et derrière lesquels se profilent en rang
Des masses grises d'une armée qui se rapproche.

 

L'oie, dont la vigilance est bien connue depuis le Capitole, est aussi dans ce cas la première qui remarqua le chahut, car elle fit demi-tour immédiatement, vînt jeter l'alarme dans la basse-cour :
« zschzschGUERRE. ZschzschGUERRE… » ; le canard placide cancane derrière elle, disant « nanana coincoin. nanana coincoin ».
Ils alertent le chien de garde : « zschzschGUERRE guerre
KRIIIGKRIIIGOU ! »
« OÙ ? Woua ? Où Woù ? »

 

Arrive la famille des poulets, la poule, une dame très curieuse et plus âgée qui veut vérifier la chose de ses propres yeux. Alors, elle saute sur le mur, avec un effort (par suite de son obésité) :« cotcot-GUERRE, cotcot-GUERRE »
Elle est maintenant en haut et elle voit maintenant aussi ce qui arrive :
Et correctement, elle énonce : « kodaakSOLDAAATS… kodaakSOLDAAATS »
Le coq, son époux, beaucoup plus jeune qu'elle, qui en outre se dit, toutefois en tant que son mari 
Très rigoureux, il se dit :
Soldats, c'est une notion fort large, mais « Quelle sorte de soldats, quelle sorte de soldats ? ? »
Avec facilité, il saute sur le mur et lève les yeux à sa manière et constate
« IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! IIINFANTRIIIIE ! ! ! ! » 

Alors, s'approche également le dindon pépère, il demande au coq qui est encore là en haut :
« CAVALERIE là-bas ?»
« CAVALERIE là-bas ?»
Et maintenant, la cavalerie passe vraiment ; sur un air de musique
CAVALERIE ! ! ! ! CAVALERIE ! ! ! !

 

L'oie arrive près du mouton : « GUERRE… « Bêêê - bêêê » : le mouton stupide n'y croit pas ! Maintenant nous aussi, nous n'y avions en partie pas cru…
Voici la vache, la vache vorace – elle ne peut manquer d'en dire aussi quelque chose, comme elle entendait subitement la musique :
« MUUUH-SIK ! MUUUUH-SIK »

 

Et comme l'artillerie lourde défilait devant lui, le porc l'apprécia entretemps tellement disant : « Couiik Artillerie, Couiiik Artelleriiiie »


Mais le paroxysme sera atteint par le fait qu'un paon historique qui avait déjà participé à celle de 1870, sauta sur la plus haute colonne de l'entrée et de là-bas en haut, il reconnut son Excellence le Generalfeldmarschall Graf Нäsе 1ег et de manière plus amusante encore lorsqu'il passa à cheval.

 

Le paon lui présenta les honneurs d'une roue grotesque en paonnant :
« HIITLER, HIIIIITLER, HIIIIITLER »

LE DÉBUT DE LA GUERRE MONDIALE EN 1914
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Marco Valdo M.I.
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 22:37

 

SOUVENIRS D'UN VAINCU

 

Version française – SOUVENIRS D'UN VAINCU – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version espagnole de Caballero Bonald (RECUERDOS DE UN VENCIDO)

d'une chanson catalane – Records d'un vençut – Joan Isaac – 1977

 

 

 

 

Parc Güell, le dimanche.

 

 

 

 

 

L'histoire d'un vaincu de la guerre civile. L'exil en France, la tentative de recommencer une nouvelle vie, le rêve – qui pour beaucoup ne fut pas possible ou fut trop tardif – d'un retour dans une patrie libérée de la dictature.

 

 

 

Vois-tu, Lucien l'âne mon ami, c'est une chanson qu'on dira – à juste titre, antifranquiste et conséquemment, antifasciste, antiféloniste et d'une façon doublement particulière :

 

d'une part, car ce sont les remembrances d'un vaincu, d'un de ceux qui durent connaître le dur exil – pour des raisons que nous connaissons et qui pèsent encore et que l'on appelle communément « real politic » ou en jouant sur les mots : de « reale politica », celle qui sévit toujours aujourd'hui en Espagne (Una, grande...) ;

 

d'autre part, car c'est une chanson catalane, chose qu'on ne peut ignorer. Et c'est de ce dernier sens que j'aimerais que nous parlions un peu.

 

 

Pourquoi pas ? Il me semble, à moi, tout âne que je suis, moi qui ai parcouru depuis bien des siècles, bien des régions, bien des villages, bien des pays, il me semble que la langue est un des éléments les plus importants de la vie de l'humaine nation ; bref, tu as raison, il faut en parler.

 

 

Moi, comme tu le sais, mon ami l'âne Lucien, je vis dans un pays artificiel, dont la plus grande partie parle une autre langue (le flamand) que celle que je m'efforce de connaître et de pratiquer (le français). Et ces gens-là (comme disait Brel) ont parfaitement le droit et même raison de parler leur langue et de vivre en elle, puisque comme pour nous tous, c'est au travers de la langue que l'on pense et que se traduisent les émotions. Donc, c'est ainsi que transite la vie, la sensation de vie. Cependant, on m'obligea – dès l'enfance et pendant des années – à me farcir l'indigeste apprentissage de langues (flamand, anglais) qui, du coup, me donnèrent la nausée. On se sent ici comme dans certaines colonies… Ah, si j'avais pu choisir ; au lieu de perdre plus de douze ans d'apprentissage inutile et humiliant, j'eusse choisi l'une ou l'autre langue. Pour se convaincre que je n'ai rien contre le fait de m'efforcer de connaître d'autres langues que le français, il suffit de voir que je traduis des langues que je ne connais même pas et surtout qu'on ne m'a pas imposées de force.

 

 

Je connais çà, ces langues qu'on impose… Ora e sempre : resistenza !

 

 

Et, il faut comprendre, Lucien l'âne mon ami, que la langue devient enjeu politique à partir du moment où on l'impose pour museler les aspirations des êtres, mais aussi pour leur imposer une domination et une exploitation, y compris économique, y compris politique. Pour que nos amis italiens comprennent bien : la partie flamande de ce faux pays est sous la houlette de ce qui ressemble à la Ligue du Nord (en Italie) ou au national-radicalisme de Madame Le Pen (en France) et ces gens-là imposent en bons nationalistes leur conception de la société. Et leur moteur est la langue ; un peu comme pour le pangermanisme, celui des Allemands de souche, fut pareillement porté par d’autres nationalistes d'un autre temps.

 

 

Rien d'étonnant dès lors que les gens d'où qu'ils soient, n'aiment pas qu'on leur impose d'autres langues que la leur. J'imagine que c'est ton cas…

 

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, cela se passe ici même, mais c'est aussi le cas par exemple au Québec, en Suisse romande, en Catalogne, en Euzkadi… Je n'en dirai pas plus. Je préfère laisser courir la réflexion au fil du temps.

 

 

Je pense que tu fais bien, car la chose est complexe et à mon sens, elle se dénouera d'elle-même. Cela dit, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde nationaliste, oppresseur, tyrannique et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Parfois, on le trouve au café

Accroché à un verre,

Les yeux à demi-fermés

Et la bouche sèche.
Parfois, sur un banc vert
Dans un parc éloigné,
Admirant son petit-fils dont il est toqué.

 

Il est né quand est passé
Le siècle dernier.
Fils d'un petit commerçant,

Il alla à l'école jusqu’à quatorze ans ;
Puis, on le mit à travailler.
Apprenti ou je ne sais.

 

Il conserve au creux de sa main

Le parfum parisien

Des vingt ans d'une fille

Nuage déjà dissipé

Et son canotier de paille beige

Illumine les cafés

Ou les concerts du parc Güell, le dimanche.

 

Il garde dans le fonds d'un tiroir discret
Certain très vieux « Diluvio »
Où dorment des mots
Que le temps a défaits.
S'ils savaient le bien qu'ils t'ont fait,
Vaincu peu t'appelleraient .

Ce dix-huit juillet de trahison

Cent mille fois maudit

Te vola ton sourire

Et une volée de compagnons,
Peur, sang, bombes et canons,
Témoins d'un triomphe 
Qui t'a rejeté très loin d'ici.

 

Puis, l'exil, les Pyrénées, la France,
Des gens de coutumes différentes
Et l'ardeur vrillée dans la poitrine
Qui garde l'espoir que ton temps revienne.
Nous combattons tous dans cette espérance.

 
 

 

 
 SOUVENIRS D'UN VAINCU
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Marco Valdo M.I.
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 22:17

Le Bouffon de Franziska

 

Chanson française – LBouffon de Franziska – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 5

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Harlekin, tu es mon non-sens

Pure invention, je te garde bouffon.

 

 

 

 

 

 

Cette fois, Lucien l'âne mon ami, notre Arlequin, amoureux et déserteur, est aux prises avec ses maîtres. Il y a bien sûr l'Arlecchina à laquelle il se doit de rendre des comptes, auprès de qui il veut trouver le sens de sa propre vie ; en qui il met toutes ses espérances.

 

 

On ne peut en effet être Arlecchino que si on joue la comédie de l'amour avec son Arlecchina et que toujours, à cette figure, on reste obstinément attaché, sinon fidèle. C'est donc bien là, sa vraie maîtresse. La chose est évidente, mais quels sont ses autres maîtres ?

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, il te souviendra que Matthias le déserteur avait abouti dans le château de la petite ville de Bohème,d'où il était issu, car il ne supportait pas d’être loin du pays, mais aussi, car finalement, c'est là qu'il avait trouvé refuge contre l'hiver et une situation – sans aucun doute provisoire – mais où il mangeait et avait chaud. Cependant, il y périssait d'ennui et le printemps venant, il voulut reprendre son errance. C'était compter sans la Comtesse, une Hohenfeld, qui s'ennuyait dans son château tout autant que lui. Elle l'avait recueilli pour en faire le conseiller in teatro de son auguste mari, le Comte Wallenstein et voilà qu'elle le surprend à s'éclipser avant même que le Comte ne soit revenu de Vienne. Mais elle le retient, l'Harlekin déserteur en lui chantant ce petit refrain :

« Regarde, Harlekin, là dans la cour

Passer cet officier au pied de la tour.

C'est le responsable de ton régiment.

Harlekin, mon ami, sois prudent ! »

 

 

C'est du chantage, tout simplement, dit Lucien l'âne estomaqué. Mais dans le fond, comment tient-on les gens ?

 

 

Et puis, le Comte revenu est bien content de pouvoir discourir avec cet inconnu, bombardé par son épouse, conseiller in teatro. Il lui parle des affaires militaires, telles qu'elles sont perçues à Vienne où l'on craint par dessus tout dieser Bonapart et ses Français. Ils ne se trompaient pas ces prévisionnistes viennois. Il y faudra encore bien des années avant de mettre hors de combat l'Empereur auto-proclamé sur les cendres de la République. Une manie française qui se répétera. Mais, il convient de se souvenir que nous sommes tout au début du siècle, c'est-à-dire bien des années avant qu'à Vienne, précisément, on réduise en mille morceaux cet Empire trop audacieux. Leurs craintes pourront à loisir se révéler fondées.

 

 

Mais, dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, il y a quelque chose qui souvent m'intrigue dans ces canzones de ton Arlequin : que veux-tu dire dans ces refrains étranges ? Parfois, c'est à n'y rien comprendre. Qu'en sais-tu ?

 

 

Moi, rien ; je suis comme toi, je découvre. Peut-être Arlecchino, en sait-il quelque chose ? Ce n'est pas sûr, mais il se laisse soliloquer en confiant le sens des choses à la poésie et la suite de son aventure.

 

 

Et puis, il change continuellement de nom… Explique-moi un peu.

 

 

Mais c'est simple, Lucien l'âne mon ami. Pour nous, il est Arlequin, Matĕj, alias Matthias, Matys, Matysek, Mathieu Kuře, qui signifierait poussin, poulet…D'où, le Pollo que lui lance son Arlecchina pour qui il est Arlecchino. Pour le Comte et la Comtesse, il est Luigi Sevastiano, le conseiller in teatro… Pour la Contessa, sa padrona, qui se prénomme Franziska et qui est Allemande, il est aussi Harlekin. Et puis, au fil de son histoire, on lui trouvera sans doute de nouveaux noms. Mais que veux-tu quand on est déserteur, quand on doit vivre dans la clandestinité, on vit de faux noms, de faux papiers.

 

Alors, voyons la suite de l'aventure de notre Arlequin amoureux et tissons nous aussi le linceul de ce vieux monde réactionnaire, militaire, ennuyeux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ach, dit la comtesse Franziska,

Le comte adore l'opéra.

L'opéra italien… pour tout dire.

Ah, padrona, je ferais mieux de repartir.

 

Repartir ? Où étais-tu auparavant ?

Je me suis enfui du régiment.

Je n'aimais pas la tenue militaire.

Elle ne me va pas. Elle n'a pas bel air.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Harlekin, tu es mon non-sens

Pure invention, je te garde bouffon.

Arlechinna, ô délice de vie, mon espérance !

Arlecchino, tu es fin saoul. Comme un cochon...

 

Harlekin, où pars-tu comme ça ?

Que fais-tu, mon garçon ?

Mais que fais-tu de ce baluchon ?

Je m'en vais, Contessa. Loin d'ici, padrona.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Tu t’en vas, tu t'enfuis… Mais pourquoi ?

Je m'ennuie, Arlecchina. On s'ennuie ici, padrona.

Moi aussi, Harlekin… Ne t'en va pas !

Sois mon fou ! Au moins, on s'amusera.

 

Regarde, Harlekin, là dans la cour

Passer cet officier au pied de la tour.

C'est le responsable de ton régiment.

Harlekin, mon ami, sois prudent !

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Hé, Matthias, la Flûte enchantée, tu connais ?

Pensez bien ! La Zauberflöte, autrefois, à Prague !

L'Histoire, Bonapart et ses Français

L'art, l'art… Les guerres sont plus puissantes.

 

Luigi Sevastiano, vilain Bohème

Bateleur errant, il nous faudrait un miracle

Ou un décor marin où des cormorans

Voleraient contre le soleil éternellement.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,

Oui, Monsieur Chi,

Oui, Monsieur Nelle,

Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 
Le Bouffon de Franziska
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Marco Valdo M.I.
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26 avril 2015 7 26 /04 /avril /2015 20:28

LE CROISÉ

 

Version française – LE CROISÉ – Marco Valdo M.I. - 2015

Chanson italienne – Il crociato – Joe Fallisi – 2006

 

 

 

 

 

 

 

En chantant de joie, nous levons la main ;

 

Pour notre Seigneur, élevons nos prières !

 

Très pure Vierge et Église de Rome

Nous vous offrons la proie enchaînée maintenant domptée.

 

 

 

 

 

 

 

Texte inédit envoyé par Joe. 
« 
Pour illustrer la barbarie de la conquête et les attitudes particulières de ses acteurs, voilà les réflexions de deux parmi rares critiques blancs contemporains des événements. Lmissionnaire dominicain espagnol Bartolomé de Las Casas écrivait dans sa Brevísima relación de ldestruyción de las Indias (1552) :

 

« Ils entraient dans les villages et ne laissaient ni enfants, ni vieux, ni femmes enceintes ou parturientes, si ce n'est après les avoir éventrées et coupées en morceaux. Ils pariaient lequel savait déchirer un homme d'un seul coup de couteau, ou lui coupait la tête d'un coup de pique, ou lui mettait à nu les viscères. Ils arrachaient les petits du sein des mères et leur claquaient la tête sur les roches. D'autres, de dessus leurs épaules, les lançaient dans les fleuves ; ils les embrochaient sur une épée avec leurs mères. Ils élevaient de longs gibets auxquels ils attachaient des groupes de treize personnes, en honneur et référence à notre Rédempteur et ses douze apôtres ; ils y mettaient feu et ils les brûlaient vifs. Les hommes et les nobles, ils les tuaient ainsi : sous les gibets, ils alimentaient un feu ténu, pour qu'ils rendissent l'âme lentement, en des hurlements atroces. J'ai vu toutes les choses que j'ai dites et bien d'autres, innombrables. Ne serait-il pas convenable d'appeler diables ces chrétiens et de confier les Indiens aux diables de l'enfer plutôt qu'aux chrétiens des Indes ? ».

 

Et, quelques années après, le voyageur italien Girolamo Benzoni dans son Historia del Mondo Nuovo (1565) : « En voyant la manière de vivre et les très grandes cruautés qu'on commettait partout, les Indiens n'ont non seulement jamais voulu admettre que nous soyons chrétiens, mais encore maintenant certains ne veulent pas croire que notre réalité est que nous sommes nés sur la terre et disent ainsi qu' « on a congelé la mer et nourri l'écume et que nous sommes venus sur la terre pour détruire le Monde.Disant que les vents ruinent les maisons, tronquent les arbres et le feu les brûle, mais que ceux-là dévorent tout, consument la terre, forcent les fleuves, ne sont jamais tranquilles, ni au repos, vont toujours en courant d'un côté et de l'autre en cherchant l'or et l'argent, en ne s'en rassasiant jamais ; ensuite, les jouent, font la guerre, se tuent, volent, jurent, renient, ils ne disent jamais le vrai, et sont privés de nos maintiens. Et finalement, ils maudissent la Mer qui a mis dans la terre de si mauvais et de si âpres fils. » (on peut trouver les deux les citations à l'intérieur du cap. II - pp. 33-52 - P. Coppo, Passages. Éléments de critique de l'anthropologie occidentale, I libri dell’Oroboro, Edizioni Colibrì, Milano 1998. Cfr. N. Chomsky, An 501, la conquête continue. L'épopée de l'impérialisme du génocide colonial à nos jours, Gamberetti Editrice, Roma 1993.)

 

Commettre des massacres abominables au nom du « Rédempteur » et de la « civilisation » était du reste une attitude avec de solides racines chez les chrétiens d'Occident. Il suffit de rappeler, bien avant l'Inquisition, le comportement des croisés dans le victorieux assaut de Jérusalem de 1099 : «  Une fois une brèche faite, les croisés purent monter l'escalier d'assaut et entrer par effraction dans Jérusalem. Les portes furent ouvertes, et les chrétiens s'essaimèrent au cri de « Dieu le veut, Dieu nous aide ! » dans les rues. Et commença l'horrible massacre des fugitifs :

 

« Les nôtres les poursuivirent de près, en les tuant à coups d'épée, jusqu'au temple de Salomon, où ils firent un tel massacre qu'on pataugeait dans le sang jusqu'aux chevilles. Pas une maison ne fut épargnée. Le simple meurtre de vieux, de femmes et d'enfants ne leur suffisait pas . Pour cela, certains furent forcés de se jeter des tours, d'autres furent jetés des fenêtres pour que la rupture de l'os du cou leur donne une mort lente ; et les enfants furent arrachés du sein maternel et lancés contre des murs et des poutres pour en faire jaillir le cerveau. Certains, enfin, furent rôtis à feu lent, à d'autres, ils ont déchiré le ventre pour vérifier s'ils avaient avalé de l'or ou des bijoux.

 

« Ce furent des choses admirables à voir, » trouve le clerc Raimondo d'Agiles. « D' innombrables sarrasins furent décapités , d'autres tués avec les flèches, d'autres flanqués des créneaux des tours, d'autres encore torturés pendant des jours et puis, livrés aux flammes. Les routes étaient couvertes de tas de têtes, de mains et de pieds coupés, et partout il fallait s'ouvrir un passage entre des chevaux morts et des cadavres humains. » Personne n'échappa au massacre. Les Juifs, réfugiés dans la synagogue principale, furent enfermés dedans et tous brûlés.

 

Entre 40 et 70.000 êtres humains, selon les chroniqueurs, perdirent la vie en un jour de la main des pèlerins venus au nom de la croix. Et un autre chroniqueur écrit : « Personne n'a jamais vu, ni entendu de tel massacre parmi les païens. » Et ce même chroniqueur, ayant fait le relevé des meurtres et des pillages, se hâte d'ajouter : « Dès lors, heureux et pleurant de joie, les nôtres allèrent vénérer la tombe de Notre Sauveur » (J. Lehman, I crociati, Garzanti, Milano 1996, pp. 127-128) Cfr. Historiens arabes des croisades, par F. Gabrieli, Einaudi, Torino 1987 ; . À Maalouf, les croisades vues des Arabe, SIX, Torino 2001 ; Bernard Lewis, What went wrong ? Western impact and Middle Eastern response, Oxford University Press, 2002 ; plus en général, sur le rôle de la chrétienté : http://www.uaar.it/documenti/cultura/numeri/numeri04.html. 

On peut lire semblable évocation horrible chez Ludovico Ariosto : «.../leurs destriers nageront jusqu'au ventre/dans le sang humain dans toute la campagne... » (Orlando furioso, III, 55). »

(de J. Fallisi, Maradona e l’emisfero australe, in preparazione)

 

 

 

Nous partîmes de la Lorraine par un froid matin

En selle vers la gloire et le salut divin.

Eustache et Baudouin, mes chers frères

Sous peu nous attendent des jours splendides.

Un fleuve de sang d'infidèles

Lavera les plaies du Christ notre Seigneur,
Jérusalem nous apparaîtra dans sa splendeur,

Nous en enlèverons les murailles pour le Rédempteur !

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

De se répandre en ville par les brèches, est venue l'heure,

Nos épées seront féroces comme nos cœurs.

Juifs, musulmans tremblez et implorez,

Le cœur des chevaliers est sans pitié.

Jésus Homme-Dieu, Christ rené, de toi

Notre Condottiere, j'écoute la voix.

Nous sommes les instruments du destin divin,

Du Dieu unique, du droit chemin.

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Oh Sainte Jérusalem en flammes, tu flamboies

Nous exultons de la gloire que tu nous dois.

L'amour chrétien guide notre main

Et ouvre la route à un futur lointain.

Ô Christ de vie mort, tu veux que je donne la mort

Et la mort et encore la mort et toujours plus, la mort.

Christ, avec Christ, du Christ, de Christ
Oh Duce terrible, très saint Christ !

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Arrachez les petits enfants aux seins tremblants ;
Jetez-les en repas aux chiens grondants !

Islam et Mahomet et dieux païens,
Pour vous maudits, il n'y a plus de lendemain.

Égorgez, mes preux, éventrez, pendez ;

De toutes les manières possibles, détruisez !

Brûlez la synagogue, brûlez-les vifs,

Cette race de déicides, ces infâmes Juifs 

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Dans le sang jusqu'aux chevilles, nous marchons vainqueurs ;

Baisse la tête infidèle et puis, meurs !

On n'entend plus une plainte, pas une jérémiade ;

Seul reste le silence du Saint Sépulcre.

En chantant de joie, nous levons la main ;
Pour notre Seigneur, élevons nos prières !

Très pure Vierge et Église de Rome

Nous vous offrons la proie enchaînée maintenant domptée.

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

Quand je pense à cette histoire

Et me regarde dans le miroir,
Je vois un monstre, un damné.

Je suis Godefroid le croisé.

 

 

LE CROISÉ
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Marco Valdo M.I.
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22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 14:24

MAFIA ET PRÊTRES

 

 

Version française – MAFIA ET PRÊTRES – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson sicilienne – Mafia e parrini – Rosa Balistreri – 1973

 

Texte : Ignazio Buttitta (1963)

Musique : Otello Profazio (1967), Joe Fallisi (2004)

Le texte d'Ignazio Buttitta, fut mis en musique et chanté d'abord par Otello Prefazio (1967).
Récemment, il a été repris et remis en musique par Joe Fallisi (2004).

 

 

 

 

Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, 

la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. 

Et inversement.

 

 

 

 

 

 

Voici, Lucien l'âne mon ami, une chanson qui ne mâche pas ses mots. Une chanson dont on ne peut penser qu'elle accepte le règne de l'omerta, de cette « loi du silence » qui écrase les pauvres de Sicile et enterre dans le silence leurs cris de détresse ou leurs protestations contre les humiliations et l'exploitation qu'ils subissent. C'est une chanson de dénonciation de l'alliance de la mafia et du goupillon.

 

 

Aussi loin que je m'en souvienne, dit Lucien l'âne, la mafia s'est toujours fort bien entendue avec l'Église catholique. Et inversement.

 

 

 

 

 

La mafia et les prêtres
La main se donnèrent.
Pauvre citoyen,
Pauvre paysan !

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 

Mafia et prêtres :
Éternelles sangsues,
Le bât sur nos épaules
Et la corde qui nous étrangle.

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 

L'un montre la croix,
L'autre cible et tire
L'un de l'enfer menace
Et l'autre de la lupara.

 

Sicile, de combien de peines,
De pleurs, ton cœur se défeuille :
Soutane et scapulaire
T'ont couverte de deuil.

 

N'avons-nous plus d'oreilles, de langue ? ? !
Brisons les chaînes !
La Sicile veut la gloire !
Pas la mafia ou les prêtres !

 

Mafia et prêtres
Se sont donné la main.
Mafia et prêtres
Se sont donné la main.

 
 
 
MAFIA ET PRÊTRES
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Marco Valdo M.I.
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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 21:15

BEAU PAYS L'ITALIE

 

Version française – BEAU PAYS L'ITALIE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Bel paese l'Italia – Olindo Guerrini – 1901

Publiée le 21 février 1904 dans le n°. 5, anno I d'« Action Socialiste », hebdomadaire de la section socialiste de Brindisi (« Soyez des hommes, et pas des moutons fous !  », un des exergues en première page).

 

 

 

 

 

Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme

 

 

 

Chanson superanticléricale publiée dans le journal des socialistes des Pouilles, aux idées proches de celles du philosophe marxiste Antonio Labriola, pour déplorer comment après 1901 en Italie – alors gouvernée par Giolitti (libéral), mais traversée par de forts courants nationaux-catholiques – on avait déversé des bandes de religieux de tous ordres, surtout des Jésuites, chassés de France où le gouvernement de défense républicaine de Pierre Waldeck-Rousseau (celui qui auparavant avait légalisé les syndicats des travailleurs) avait promu une loi sur l'associationnisme qui soumettat à juste titre les congrégations religieuses, surtout celles qui s'occupaient de l'éducation des enfants, à la reconnaissance et à l'étroite vigilance de la part de l'État. Cela avait amené la fermeture de centaines d'instituts religieux et la migration en masse de milliers de « corbeaux » vers le « sein de la Sainte Mère l'Église ».

Et la « pédéraste armée de moines » encore aujourd'hui, à 110 ans du moment  fut composée cette chanson caustique, continue dans ses infamies : à Malte, deux prêtres viennent d'être condamnés par tribunal ordinaire à de discrètes peines de détention pour avoir abusé de nombreux mineurs dans un orphelinat religieux ; et en Irlande, on a vu ces derniers jours la publication du « rapport Cloyne » dans lequel le gouvernement dénonce le fait que les crimes sexuels au détriment de mineurs accomplis par des prêtres jusqu'il y a peu furent cachés par les évêques et le Saint-Siège qui chercha « à bloquer une enquête dans un État souverain, démocratique et républicain, il y a pas plus de trois ans, pas il y a trente ans », a déclaré le premier ministre irlandais Enda Kenny.

« Quel beau pays ! La descente des corbeaux des Alpes françaises dans la plaine italienne a suscité les colères de toute la démocratie, même de la tricolore qui a jusqu'ici flirté avec le Vatican. Et les journaux sont encombrés de protestations sensationnelles ; on voudrait rien de moins que l'application rigide de la vieille loi sur les congrégations… Mais plutôt que de s'abandonner à de mélancoliques considérations sur les lois , il vaudrait mieux relire les vers caustiques du poète Olindo Guerrini :  »

 

 

 

Sans relever toutes les allusions que contient ce texte, juste deux mots concernant Garibaldi… qui apparaît tout à la fin à Mentana. Il s'agit de la dernière bataille que livra Garibaldi à Mentana face aux troupes françaises de Napoléon III , en novembre 1867. Bataille perdue face aux nouveaux fusils Chassepot. Le coup tordu de Napoléon le Petit sauva la Papauté et le Vatican, ouvrant ainsi la voie à la reconquête de l'Italie par les tenants du catholicisme. À cet égard, plus d'un siècle après la chanson, la situation n'a fait qu'empirer. On peut à présent constater que l'Italie de la fin du XIXième siècle, qui était un pays moderne et laïc, a basculé (aidée en cela par le fascisme, qui signa les infâmes accords du Latran) dans la bigoterie institutionnalisée au point d'être devenue une sorte de Catholand ou de Katholikistan. Pauvre Garibaldi, en effet !

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

La pédéraste armée de moines 
Que nous a envoyée la France
À présent, dans ses béates fainéantises

S'épand parmi nous et déroule sa panse

 

S'abattent les louches compagnies 
Leurs instruments et leurs professeurs sacrilèges
Qui distillent poisons et eaux-de-vie
Et fondent des collèges.

 

Beau pays, l'Italie belle 
Pour les tripes sacrées des charognards
Qui parmi les poux de leurs immondes cellules 
Sèment les bâtards.


Beau pays ! Si l'Autriche impose 
Son veto, si se bouge l'Espagne
Voici qu' accourent les frères
En ce merveilleux pays de Cocagne

 

Comme les brames de leurs bandes immondes
Sont pour nous des ordres,
S'ils veulent téter, notre mère l'Italie 
A de grandes mamelles

 

Ici, leurs clergés puants 
Ici, trouvent la terre qu'ils préfèrent
Ici, parmi nous où croissent les couvents
Et croulent les écoles.

 

Et les juges du roi servent la messe 
Avec le cierge par devant
Et la bannière de l'Italie est remise
À la garde du Vatican.

La prison est prête pour qui ne croit pas 
À la vertu des saints et des vierges !
Quel beau pays pour le Saint-Siège 
Et les moines aux semelles de bois.

 

Hélas, c'est ce déferlement 
De prêtres et de bandits
Qu'à Mentana, tu combattis vainement
Pauvre Garibaldi !

 

 
BEAU PAYS L'ITALIE
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Marco Valdo M.I.
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20 avril 2015 1 20 /04 /avril /2015 16:54


LE PAUVRE ECHILEO

 

Version française – LE PAUVRE ECHILEO – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Il povero Echileo – Gruppo Padano di Piadena – 1966

 

Texte de Sergio Lodi

Musicassette autoproduite par le Gruppo Padano di Piadena pour le spectacle « Ci ragiono e canto » créé en 1966.

Puis dans la première édition du spectacle « Ci ragiono e canto (vol. 2) » de Dario Fo – 1969

 

 

 

 

 

 

 

Le pauvre Echileo

Après avoir beaucoup souffert est mort
Si gracile et pourtant si fort

 

C'est qu'il faut du courage
Pour repousser le prêtre
C'est qu'il faut courage
Pour s'enterrer au cimetière

Sans bénédictions

 

 

Il n'y avait pas de prêtre
Mais derrière son cercueil
Il y avait le drapeau de la liberté

  LE PAUVRE ECHILEO
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Marco Valdo M.I.
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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 21:48

UNE QUESTION

 

 

Version française – UNE QUESTION – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson allemande – Eine Frage – Kurt Tucholsky – 1931

 

 

Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le pseudonyme de Theobald Tiger dans Die Weltbühne du 27 janvier 1931

Elle a été aussi mise en musique et chantée par l'artiste néerlandais Robert Kreis.






 

La chaîne de montagne continue à produire
Des marchandises pour des clients qui n'existent pas.
Vous avez détruit votre propre clientèle, comme ça.

Par les licenciements et les diminutions de salaire 


 

Une chanson écrite à la veille de l’avènement du nazisme, dans la phase plus aiguë de la crise de 29 et de l'agonie de la République de Weimar, mais je crois qu'il parle un peu même de nos temps…

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, je suis toujours étonné, stupéfait et parfois même, pantois de constater la lucidité de certaines chansons et évidemment, de leurs auteurs.

 

 

Voilà bien une étrange déclaration que tu aurais pu faire depuis longtemps et à propos de nombreuses chansons et dès lors, de nombreux auteurs, spécialement dans les Chansons contre la Guerre.

 

 

Oui et non. De façon globale, tu as certainement raison. Mais quand même, si toutes les chansons et tous les auteurs sont égaux ; il en est de plus égaux que d'autres. Parmi tous ceux-là, cette fois, je distingue Tucholsky et particulièrement, dans sa façon de faire surgir dans l'air et en quelques vers, claire et transparente comme du verre, la manière dont les riches entendent traiter les pauvres, la façon dont les propriétaires des entreprises entendent réduire ce qu'ils appellent les frais, c'est-à-dire la part des travailleurs. Car c'est de cela qu'il est question dans la chanson. Et ce que Tucholsky disait clairement en 1931 s'applique tout autant aujourd'hui et si on continue à laisser faire les riches et leurs sectateurs, cela continuera. En fait, il met le doigt sur le processus indigne de l'exploitation, qui se répète de génération en génération.

 

 

Mais ce que tu dis pour cette canzone, pour Tucholsky, pourrait être étendu à d'autres…

 

 

Oui, sans aucun doute et à bien des autres et dans diverses langues. C'est aussi au caractère de révélateur – au sens où on l'entend en photographie, par exemple – de la canzone, telle qu'elle est conçue dans les Chansons contre la Guerre, que j'entends faire allusion. À la chanson comme un art particulier, créateur et diffuseur de pensée, créateur et diffuseur d'histoires.

 

 

Oh, la chose n'est pas neuve…, dit Lucien l'âne. Et Homère, par exemple, n'est pas sorti tout armé de la tête d'Apollon. Il est lui-même, au travers de ses grands chants que sont l'Iliade et l'Odyssée, le continuateur de poètes et chanteurs inconnus. L'histoire de la chanson se confond avec celle des hommes.  

 

 

Cependant, j'aimerais insister sur le point, qui me paraît essentiel, c'est qu'elle est porteuse de la parole… et qu'elle le fait avec une souplesse, une malléabilité, une ductilité qui lui sont particulières. Elle peut être courte, longue, bruyante, quasiment susurrée, hurlante ou sans voix, portée par la foule ou fredonnée en cachette. Elle a beaucoup de défauts, mais elle supporte mal les flonflons, les flagorneries et les fanfares. Son principal mérite est sans doute de dire ce qui ne peut plus être dit ailleurs, de faire courir la parole par mille bouches et de la faire parvenir jusqu'aux confins les plus réservés ou de l'en faire sortir.

 

 

Arrêtons-nous là. Je sais que tu pourrais encore en dire, mais il nous faut conclure ici sans pour autant négliger de tisser le linceul de ce vieux monde avide, trop avide, ambitieux, trop ambitieux, exploiteur, trop exploiteur, et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Devant les contremaîtres – homme face à hommes. 
Le directeur leur parle et les regarde : 
« Il paraît qu'il y a ici un syndicat ! 
Il paraît qu'il y a des plaintes et quoi ?
Il faut travailler beaucoup plus, ici ! 
Faire tourner les rouages ! Augmenter la production !» 
Juste une petite question : 
Pour qui ?

 

Il dit : Les machines doivent tourner. 
Qui donc va acheter votre marchandise ? 
Vos employés ? Ceux dont vous avez déjà
Réduit le salaire au plus bas . 
Et malgré tout, les marchandises 
Ne sont pas devenues moins chères
Et toujours les rouages doivent tourner ici… 
Pour qui ?

 

Pour qui les publicités et les affiches ? 
Pour qui les tableaux et les voitures ? 
Pour qui les cravates ? Les coupes en verre ? 
Vos travailleurs ne peuvent pas payer ça. 
Pour les autres, peut-être ? Dans ce cas,
Vous avez vos trusts et vos cartels, quand même ! 
Il dit : C'est l'économie qui commande.
Une belle économie ! 
Pour qui ? Pour qui ?

 

La chaîne de montagne continue à produire
Des marchandises pour des clients qui n'existent pas.
Vous avez détruit votre propre clientèle, comme ça.

Par les licenciements et les diminutions de salaire 
Car l'Allemagne existe par les travailleurs et les employés !

– Les millionnaires sont une rareté – 
Et votre bilan tout d'un coup présente
Un solde catastrophique.

 


Tandis que les millions qui vont pointer. 
Eux savent pour qui.

UNE QUESTION
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Marco Valdo M.I.
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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 14:21

CALENDRIER 1913

 

Version française – CALENDRIER 1913 – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Kalender 1913 – Erich Mühsam – 1913 

 

Texte d'Erich Mühsam (1878-1934), anarchiste et poète, une des premières victimes du nazisme triomphant : arrêté en 1933, juste après l'incendie du Reichstag, il fut lâchement assassiné dans le camp de concentration d'Orianenburg, le 10 Juillet 1934.Musique de Dieter Süverkrüp et de Walter Andreas Schwarz dans leur album « Erich Mühsam : Ich Lade Euch Zum Requiem » publié en 1995.
Plus récemment, elle a été mise en musique 
par Christoph Holzhöfer.


 

Erich Mühsam boit un café

 

 

Une poésie que je devine très proche du parcours, non formalisé mais transversale, de La Guerre de Cent mille ans que les riches ont fait, font et feront aux pauvres.
Il 
y faudrait donc une urgente traduction des excellents Marco Valdo M.I et son inséparable ami Lucien Lane, que je remercie d'avance.

 

 

 

Évidemment, Lucien l'âne mon ami, on ne pouvait refuser ça.

 

 

Certes, Marco Valdo M.I. mon ami, tu as bien fait, sauf que tu as mis du temps à établir cette version française… Alors qu'il t'était bien dit par Bartleby que c'était urgent…

 

 

En effet, mais j'avais placé cette canzone d'Erich Mühsam dans la liste des travaux en cours, mais il y en a tellement et puis, d'un autre côté, Bartleby lui-même a réclamé La Déclaration Universelle des Droits de l'Âne... Il y a aussi les événements de la vie quotidienne. Comme tu le sais, tout cela est très prenant. Par ailleurs, il me paraît que je suis atteint d'un curieux syndrome, que j'appellerais volontiers le syndrome de la création ou celui de l'homo faber intellectualis (est-ce bien ainsi que l'on dit ? Je n'en sais plus rien…), qui fait que j'ai de plus en plus tendance à manquer de temps pour faire ce que j'ai vraiment envie de faire…

 

 

Somme toute, ça tourne à la passion…, dit Lucien l'âne d'un air de deux airs.

 

 

De fait, et tu le vois bien, je démarre tôt le matin et je termine tard le soir… Je refuse mille sollicitations extérieures. J'ai beau trier, écarter, user de sévérité… Rien n'y fait. Cependant, tu le vois aussi très bien, je ne m'en porte que mieux. Donc, faire, c'est passionnant, mais l’inconvénient, c'est qu'on n'en voit jamais la fin. Imagine, il suffit de parcourir les Chansons contre la Guerre pour déterminer l'ampleur du phénomène…

 

 

Je le vois, je te vois là devant ton appareil, cette machine à écrire perfectionnée, dont on dirait qu'elle pense en couleurs. Je t'y vois dans les rares moments où tu n'es pas tenu à faire autre chose.

 

 

Et oui, Lucien l'âne mon ami, on ne fait pas que ça… Il y a les amis, un peu d'activités que je qualifierai de sociales… Et puis, les lectures, sans compter la maison – oikos qu'il faut bien faire tourner. Donc voilà, Le Calendrier 1913 de Mühsam s'était un peu enlisé dans toute cette vase de vie. Et il y avait pire encore, voyant qu'il s'agissait de Mühsam, je l'avais mis dans ma liste sans lire la petite note introductive… Ce fut là mon horrible erreur… Je me jette un tas de cendres sur la tête.

 

 

Si je te comprends bien, comme c'était de Mühsam, à qui si je ne m'abuse, tu as consacré une chanson dans tes Histoires d'Allemagne, il était certain que tu allais le traduire...

 

Quant à la canzone elle-même, elle aussi m'a joué des tours… Traduire Mühsam n'est vraiment pas simple, surtout quand on ne connaît pas l'allemand. Et en donner une version française que je puis relire sans honte, ce n'est pas simple non plus. Évidemment, comme on le faisait remarquer récemment, il existe peut-être des traductions françaises de ce texte…

 

 

Depuis le siècle qu'il est écrit, c'est bien possible !

 

 

Mais ç'eût été, comment dire ? : malhonnête de priver Bernart Bartleby de ce qu'il demandait : c'est-à-dire : une traduction de notre main. Et pour tout révéler, je n'ai même pas cherché à savoir s'il en existait uneJ'ai pris ce calendrier par le début et j'ai été jusqu'au bout sans me retourner. Cela dit, si quelqu'un trouve une autre traduction en français du Kalender 1913, qu'il l'envoie en vitesse. Rien que pour comparer les versions ; j'aime beaucoup vérifier. On ne sait jamais, je peux certainement me tromper ou ne pas comprendre… ou ne pas avoir compris… mais la voici quand même cette version française de ma main.

 

 

Avec toutes tes explications, je ne sais toujours pas ce qu'elle raconte, cette canzone de ce poète assassiné. C'est fou d'ailleurs ce que les gens ont tendance à s'assassiner eux-mêmes en prison… dans les communiqués officiels.

 

 

Oui, ce doit être une vieille coutume. Quant au Kalender 1913, c'est une canzone qui se présente sous la forme… d'un calendrier, c'est-à-dire en 12 mois, très bien ordonnés de janvier à décembre. Elle raconte une histoire d'Allemagne, un peu comme Günter Grass fera plus tard avec tout le siècle dernier (voir à cette adresse  )

Je te détaille les douze mois :

 

janvier : le riche a chaud, le pauvre gèle ;

février : au carnaval, le riche séduit la pauvre qu'il laissera tomber ;

mars : quel recul, en mars 1848, c'était la révolution en Allemagne ;

avril : le mouvement s'enlise ;

mai : défilé « révolutionnaire » autorisé ;

juin : le pauvre en balade inquiète les autorités ;

juillet : le riche se baigne, le soldat combat ;

août : il y a de grands massacres qui se préparent et tout le monde s'en fout ; septembre : retour à l'école, souvenirs de vacances ;

octobre (je te rappelle que 1914 suit 1913...) : rappel des troupes : le plaisir d'être soldat ;

novembre : on gèle, mais le manteau est gagé ;

décembre : le temps des cadeaux : l'enfant riche en reçoit plusieurs, le pauvre s'en confectionne un.

 

 

Alors, oui, Bartleby avait bien auguré de ce que cette canzone aurait à voir avec La Guerre de Cent Mille Ans… Et le voilà servi. Maintenant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde flottant à la dérive dans cette Guerre de Cent Mille Ans, ballotté entre les privilèges des uns et les nécessités des autres, écrasant, mortel et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Janvier :


Le riche remonte sa fourrure,
Et le poêle doucement rougeoie.
Pour ne pas geler, le pauvre colmate, 
Sa fenêtre avec du papier d'emballage.

 

Février :


Au carnaval, l'homme riche regarde
Une fille pauvre avec appétence.
Combien l'amour était tendre,
On le saura en novembre.

 

Mars :


En l'an quarante-huit du siècle passé,

Des temps nouveaux sont arrivés.
C'était en mars et savez-vous, mon ami
Qu'on n'est pas encore à l'avant-mars aujourd'hui

 

Avril :


Celui qui veut devenir diplomate,
Prendra modèle sur avril.
L'ouragan éclata le bleu tranquille 
Et personne ne fit rien ensuite .

 

Mai :


Le Révolutionnaire se sent fort.
Le prescrit des riches pour lui, c'est du petit lait.

Il célèbre fièrement le premier mai.
Seulement, il demande à la police... d'abord

 

Juin :


Avec la femme et l'enfant dans la nature
Pour les bains, les soins, le grand air, la cure.
Mais le misérable qui promène,
Fait sourciller le digne gendarme.

 

Juillet :


Comme une piscine rafraîchit quand même
Quand tombe du ciel l'ardente canicule
Le soldat sert la patrie
Par trente degrés, il se bat encore.

 

Août :


Dans le monde se passent des choses horribles ; 
On le constate dans des conférences.
On parle joyeusement, on boit, on danse,
Et on maintient le statu quo terrible.

 

Septembre :


Les vacances sont bien finies.
L'enseignant tient prête sa règle.
Un enfant a vu la montagne et la cascade,
L'autre seulement une porcherie.

 

Octobre :


Les manœuvres d'automne rappellent déjà
Le territorial et le réserviste.
Le casque pèse, la jambe se blesse.
Ô quel plaisir d'être soldat !

 

Novembre :


Le jour raccourcit. Le froid menace.
On sent le besoin de tenues chaudes 
Ah, si le reçu de la caution pouvait réchauffer
Comme le paletot qu'on a fourgué !

 

Décembre :

 


Maintenant le bon Saint-Nicolas va partager 
Les beaux cadeaux de fin d'année.
Le pauvre enfant se l'est fabriqué,
Au riche, ils seront apportés. 

CALENDRIER 1913
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Marco Valdo M.I.
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15 avril 2015 3 15 /04 /avril /2015 23:22

L'homme qui répare les femmes

Chanson française – L'homme qui répare les femmes – Marco Valdo M.I. – 2009

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'inconvénient avec les articles de journaux, c'est qu'ils ne durent qu'un moment. On tourne la page.
On passe à une autre histoire. 
Le poème, la canzone quant à elle est faite pour durer. Alors, parfois, quand c'est nécessaire, sans forfanterie, sans en tirer de gloire particulière, simple relais, Marco Valdo M.I. écrit une canzone.

Cette chanson a une histoire particulière et elle entend saluer d'un poing levé et les femmes du Kivu et la journaliste qui depuis tant d'années dénonce ces horreurs ( et d'autres) du centre de l'Afrique, du pays de Tintin, du pays de l'uranium et du diamant. Cette journaliste avec courage et obstination tient au cœur de l'Afrique un journal des exactions; elle s'appelle Colette Braeckman, elle écrit dans un journal belge appelé Le Soir.
À l'entendre, et il faut l'entendre et il faut la croire, il se passe là-bas (la zone est assez vaste : plusieurs fois certains pays d'Europe), une sorte de génocide qui n'ose pas dire son nom. Dont le monde n'ose pas dire le nom.
Cette canzone est directement issue d'un article de Colette Braeckman paru dans le Soir du 12 janvier 2009.
Elle entend raconter crûment l'histoire de ce médecin africain (Docteur Denis Mukwege) qui recoud les vagins de ces femmes violées en série, puis rejetées dans une sorte de décharge au centre de nulle part où leur destin serait de crever purement et simplement. Canzone pour dire le mérite et le courage de ces femmes et de cet homme, le courage de retourner vers la vie, chaque jour, chaque fois. 
Tels sont les vrais héros de ces guerres infinies et occultées.

Pendant ce temps-là, « Business as usual » pour les trafiquants, les marchands, les sociétés et les gouvernements. Comme disait Léo Ferré, « Pendant que l'Europe bavarde ».

Juste un épisode particulier de la guerre de cent mille ans, celle que les riches font contre les pauvres, les parasites contre les paysans. Ici, là, partout, par tous les moyens et tous les temps.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Note additionnelle du 15 avril 2015

 

 

 

Cette canzone précède de presque 6 ans le film qui porte exactement le même titre : L'HOMME QUI RÉPARE LES FEMMES. Ce film a comme auteurs un cinéaste – Thierry Michel et une journaliste, Colette Braeckman, cette même journaliste qui n'a jamais cessé d'en parler.

Nous avons voulu mettre cette canzone en italien afin prolonger le travail journalistique… Ce n'est pas grand-chose mais c'est une chanson qui dénonce la guerre faite aux femmes, faite à tous au travers des femmes. Elle a sa place ici… et – bonne ou mauvaise – elle devrait être traduite dans un maximum de langues afin que nul n'en ignore.

Il le faut absolument, dit Lucien l'âne. C'est notre manière, ce sera celle de ceux qui nous écouteront, manière de tisser le linceul de ce vieux monde violeur, brutal, stupide, méchant, odieux et cacochyme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Désespérance ou désespoir,
Aux femmes qui viennent le voir,
Le docteur ne pose plus de questions.
Il les examine, puis il les répare.
Tout en douceur, de ses doigts plein d'attention
Il recoud le génital détruit.
Doucement, il tente de ressusciter la vie.
Il ne veut même plus entendre les répons
Ces mots simples des femmes du Sud-Kivu
aux ventres labourés par les tessons
aux entrailles ouvertes aux plantoirs 
Serialviols, matraques, fusils, partout.

 

 

Désespérance ou désespoir,
Aux femmes qui viennent le voir,
Le docteur ne pose plus de questions.
Dans cette histoire à répétition.
Femmes échappées de l'horreur
À travers la forêt, à travers les pillages,
Marquées à jamais de sang et de terreur.
Rejetées des familles, écartées des villages,
Adultes ou jeunes ou petites filles d'abord
Marquées au fer de honte dans leur corps
Mutilées, méprisées mais femmes encore

 

 

Désespérance ou désespoir,
Aux femmes qui viennent le voir,
Le docteur ne pose plus de questions, 
Dans cet atroce feuilleton.
Horreur absolue dans les campagnes du Kivu
Serialviols, matraques, fusils, partout.
Ventres de femmes en pagaille
Nouveaux champs de bataille
Femmes, dernier pilier du monde rural
Saignées à blanc, trop tard à l'hôpital
Les soins trop longtemps attendus
Nouvelles martyrs, éternelles proies
Elles errent dans la ville et saignent dans les rues
Par centaines, elles meurent parias
Honte, honte, honte pour qui les rejette
Réparer la femme et la fille défaite
Fistule, reconstruction vaginale
Refaire, redonner une vie normale.
Désespérance ou désespoir,
Aux femmes qui viennent le voir,
Le docteur ne pose plus de questions.
Elles reviennent un peu plus tard
Nouveaux viols, nouvelle destruction
Aux femmes qui viennent le voir,
Désespérance ou désespoir,
Le docteur ne pose plus de questions.

 

 

L'homme qui répare les femmes
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Marco Valdo M.I.
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