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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 20:17

CSÁRDÁS DE BIRKENAU

 

Version française - CSÁRDÁS DE BIRKENAU – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne de Bernart Bartleby

d'une chanson polonaise – Czardasz Birkenau – Aleksander Kulisiewicz – 1979

Paroles de Roman Friedlein, un jeune Polonais – 1944

Sur une mélodie du compositeur hongrois Ferenc Lehar (1870-1948).

 

 

Les pieds dansent, dansent

 

 

 

 

 

 

Dans son livre « Auschwitz » (traduit en Anglais sous le titre « Auschwitz : True Tales From a Grotesque Land) l'auteure Sara Nomberg-Przytyk, une survivante, raconte que Roman Friedlein était un étudiant de Cracovie interné à Auschwitz II-Birkenau et qu'il écrivit ce poème en regardant une gamine gitane qui dansait une « csárdás » hongroise pour obtenir quelque chose à manger des gardes du camp. Roman Friedlein était à l'époque déjà gravement malade de tuberculose et peu avant de mourir, il lui advînt aussi d'assister à l'élimination des Gitans dans les chambres à gaz, sa Marika avec tous les autres…

 

Les Gitans, qui à Birkenau étaient concentrés dans une section qui leur était spécialement destinée, furent liquidés tous ensemble au début août 1944, après qu'une première tentative en mai avait échoué en raison de la résistance désespérée des victimes qui, armées d'objets contondants, avaient réussi à tenir tête momentanément aux SS… Alors les nazis transférèrent un millier d'entre eux, surtout les jeunes hommes, à Buchenwald et la nuit du 2 août 1944, ils éliminèrent en masse les 3.000 restant : vieux, femmes et enfants. Ainsi, tout à coup, Birkenau tomba dans silence : il n'y avait plus les Gitans qui chantaient et dansaient…

 

 

 

 

Je n'ai personne
J'ai craché du sang sur ma paillasse dégoûtante.
Tes beaux pieds dansent une 
csárdás.

Dis-moi, mon Dieu , pourquoi je crève ici ?
Je te maudis, Birkenau dégoûtant
e
Les pieds dansent, dansent
La mort me berce vers le sommeil
Viendras-tu dans le feu avec moi, Marika ?

CSÁRDÁS DE BIRKENAU
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Marco Valdo M.I.
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10 mai 2015 7 10 /05 /mai /2015 21:07

LE TRAVAIL

 

Version française – LE TRAVAIL – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Il lavoro – Piero Ciampi – 1971

 

 

 

 

 

 

Je t'emmène nager,

Je te fais voir l'écume blanche de la mer...

 

 

 

 

 


[...] La très dure rencontre de Ciampi avec le monde social (voir la chanson Il Lavoro) est à l'enseigne du silence et de l'incompréhensible : ils ne lui ont pas donné de travail, mais surtout « ils ne lui ont rien dit » ; il ne sait pas, il ne comprend pas, il fait comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé, faisons l'amour, allons voir l'écume blanche de la mer. Combien de précarité dans ce trou inhumain où son ombre doit chercher du travail. Pour un instant, l'abandon sentimental le tire pala manche, mais l'ombre s'est maintenant installée comme un poids.
Enrico De Angelis, 
Tutta l'opera (di Piero Ciampi), ARCANAEditrice, 1992, p. 15.

 

 


Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.


Je t'ai apporté quelque chose qui te plaira,
Voilà le journal et un paquet de cigarettes
Et derrière moi, il y a une surprise,
Un hôte, un nouveau locataire :
C'est mon ombre qui demande asile
Car malheureusement cette fois encore
Je dois te dire que ça s'est mal passé.

Mais il ne s'est rien passé, il ne s'est rien passé,
Fais comme si de rien n'était, il ne s'est rien passé,
Allume une cigarette, ferme la fenêtre
Et déshabille-toi…
Je t'emmène nager,
Je te fais voir l'écume blanche de la mer,
Pas un son, toi et moi seuls,
Toi et moi seuls, toi et moi seuls.

Te rappelles-tu ce matin ? Quand je suis venu te chercher
Pour aller nous marier et quand nous sommes entrés

Dans ce bureau… tu m'as dit « mais où m'as -tu amenée ?  »,
Je t'ai dit « ah… Je t'ai amenée ici pour t'épouser »

Et toi tu riais, ensuite peu à peu, tu es devenue sérieuse et ensuite,
Tu pleurais et je riais… te rappelles-tu ce matin ?
Il était comme celui-ci, je t'aime comme alors.


Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour, faisons l'amour,
Faisons l'amour…
Ne pas parler, ne pas demander d'explications,
Ne pas me créer de complications,
Rien n'est changé, je m'en occuperai,
Demain, c'est dimanche et je t'emmène nager
Jusqu'à minuit.

Le travail ? Je ne sais pas encore.
Ils m'ont pris ? Ils ne m'ont rien dit .
Et alors ? Je t'ai dit, je ne sais rien.
Et alors ? Alors, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas,
Je ne sais pas, je ne sais pas.

 
 
 
LE TRAVAIL
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Marco Valdo M.I.
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9 mai 2015 6 09 /05 /mai /2015 21:52

CHANSON DE LA GUERRE

 

 

 

Version française – CHANSON DE LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson allemande – KriegsliedLinard Bardill - 1991

 

Poème de Matthias Claudius [1778]
Musi
que de Linard Bardill

 

 

C'est la guerre hélas - et je désire

 

Ne pas en être responsable !

 

 

 

 

 

C'est la guerre ! C'est la guerre ! Ô ange de dieu, défends-moi,
Et parle, toi !
C'est la guerre hélas - et je désire
Ne pas en être responsable !


Que ferais-je, quand dans mon sommeil triste
Sanglant, blême et pâle,
Les esprits des victimes viendront à moi,
Et pleureront devant moi ?


Quand hommes braves qui cherchaient l'honneur,
Mutilés et à demi-morts
Rouleront dans la poussière devant moi, et me fuiront
Dans leur danse de mort ?

 

Quand par milliers épouses, mères, pères, 
Si heureux avant la guerre,
Maintenant tous malheureux, tous pauvres gens,
Viendront à moi se lamentant ?

 

Quand la faim, l'épidémie maléfique et leur malheur
Ami, ami et ennemi dans la tombe
Se rassembleront, et chanteront en l'honneur 
D'un cadavre ?

 

Que ferais-je de la couronne, du pays, de l'or et de l’honneur ?
Ils ne me pourront pas réjouir !
C'est hélas la guerre - et je désire
Ne pas en être responsable !

 

 

 
CHANSON DE LA GUERRE
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Marco Valdo M.I.
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8 mai 2015 5 08 /05 /mai /2015 21:44

Une statue ne porte pas de caleçon

 

Chanson française – Une statue ne porte pas de caleçon – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 6

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

 

 

Finalement, on jouera Don Juan

Et toi, Meister Sevastiano, conseiller in teatro,

Tu seras le Commandeur

 

 

L'histoire de notre Arlequin déserteur, alias Matĕj, Matthias, Mathieu est assez tortueuse ; il te souviendra, Lucien l'âne mon ami, que notre « héros » s'était confié à la comtesse Franziska qui l'avait dissuadé de repartir et l'avait recommandé comme dramaturge à son époux le comte Wallenstein, qui rentrait de Vienne.

 

 

Certes, je m'en souviens fort bien. Et si j'ai bien compris, d'un certain côté, c'était une bonne nouvelle. Il me semble comprendre que la comtesse lui voulait plutôt du bien.

 

 

En effet, et le comte qui aimerait inauguré son nouveau théâtre, a ramené de Vienne deux pièces qu'il entend faire jouer au château. Il est très ravi d'avoir enfin un conseiller in teatro, censément napolitain. Voilà notre Arlequin invité à mettre en scène un Don Juan, dans lequel, après discussions, lui qui se voyait en Sganarelle, se retrouve à jouer le rôle de la « statue du Commandeur ». Ce Commandeur est un être d'outre-tombe. Personnage austère, pétrifié et terrifiant. Un rôle qui ne convient pas du tout à notre Matthias qui doit rester immobile sur un piédestal durant tout le dernier acte et le comte estimant qu'une statue ne porte pas de caleçon, exige qu'il joue nu seulement enveloppé d'un grand tissu. D'où le titre.

 

 

Je me demandais bien d'où pouvait venir un titre aussi étrange. Me voilà fixé. Cela dit, il me semble que cela augure un dénouement comique....

 

 

 

Tu dis juste, Lucien l'âne mon ami. Le rôle de notre ami est – en théorie – fort simple. Il suffit de conserver une immobilité de pierre en se tenant raide sur un piédestal. Mais le piédestal est branlant et la statue respire. De plus, le clown qui sommeille toujours dans notre Arlecchino ne peut s'empêcher de loucher, de faire des grimaces, pour faire rire (en catimini) le public. Et ça marche. Le drame, c'est que le dit-public s'intéresse plus aux fantaisies du Commandeur qu'aux tirades du Comte. Et puis éclatent des fou-rires.

 

 

C'est mal parti…

 

 

Et pire encore, ensuite, le Commandeur comme il se doit invité au festin par Don Juan, prend des libertés avec la pièce ; il refuse de manger et le dit même en tchèque – langue qu'Arlequin-Sevastiano, conseiller in teatro, est censé ignorer, lui qui se dit originaire de Naples, manière comme une autre, de se camoufler. Finalement, le piédestal s'effondre et Arlequin se retrouve tout nu, à quatre pattes sur la scène, montrant au public son cul… Bref, une catastrophe. Et forcément, c'est le renvoi. Huit florins et dehors.

 

 

Je trouve que le comte est encore généreux. Quand même, huit florins, c'est beaucoup d'argent. Matthias Sevastiano a de quoi se retourner...

 

 

De fait, il se rend à l'auberge et se paie un bon repas et à boire. Mais manque de chance, l'auberge est remplie de soldats de son régiment (celui dont il a déserté) et le capitaine Benda reconnaît le déserteur, qui n'a que le temps de fuir dans la nuit et se réfugier au couvent. Il s'y colle pour l'hiver, attendant là le printemps pour reprendre son errance… Et à nouveau, fuir, fuir loin de ce régiment.

 

 

Et bien, il n'a pas de chance notre ami Arlequin. Il semble ne jamais pouvoir trouver la paix.

 

 

Non, il ne peut pas. D'une part, car telle est sa vie, son destin. Mais il doit aussi beaucoup – cette fois en tout cas – à son tempérament farceur, à son penchant pour le comique. En cela, remarque, il est tchèque. Tout se complique quand son déguisement tombe, quand il est mis à nu… Là, le déserteur n'a plus qu'une voie de salut : la fuite.

 

 

Ce doit être terrible d'être comme ça tout le temps sous l'emprise de la peur d'être reconnu, de devoir tout le temps se cacher, de ne pouvoir être soi-même…

 

 

C'est, en effet, très difficile à vivre cette fausse vie, faux papiers, faux nom. Ne même pas pouvoir utiliser sa propre langue dans son propre pays… Et toujours cette menace d'être reconnu. Et cette fois, il l'est et c'est la fuite éperdue.

 

 

Allons, voyons voir ce qu'il en est et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde où nous vivons si lourd, si méfiant, si sécurisé, si contrôlé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

À l'Histoire, il n'y a pas d'échappatoire !

L'Histoire, c'est toute une histoire ;

Mais l'Histoire, Matthias, ne se soucie pas de toi,

L’Histoire ne te connaît pas.

Le sergent-recruteur, lui, se souvient de toi.

Longtemps après, il te retrouvera.

Matĕj, Matthias, Mathieu le déserteur,

Cache-toi dans le trou du souffleur.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Faust, mon cher Faust, regarde-moi !

Arlecchina, je te reconnais, c'est bien toi :

Ces épaules nues, ce corps dans la soie.

Suc de pavot, mon rêve, Arlecchina.

Oh, Pollo Sevastiano, je suis ta mie

Tu parles tchèque, n'est-ce pas ?

Was ist Leben ? Qu'est-donc la vie ?

À quoi peut bien rimer tout ça ?

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Finalement, on jouera Don Juan

Et toi, Meister Sevastiano, conseiller in teatro,

Tu seras le Commandeur, nu sur un monument ;

Un beau rôle, un grand numéro.

Compris, Luigi, une statue ne porte pas de caleçon

Et ne t'avise pas de choir. Patatras, trop tard !

Elle rit, la Gräfin au sang de poisson.

Bravo ! Bravo, ballerino ! Ton dernier soir.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Sevastiano est viré. Huit florins dans la main.

Finie la vie de château, il faut s'exiler.

Pluie, pluie, averses, septembre a commencé.

Arlecchina, ma colombe, où coucher, demain ?

L'auberge, mauvais lieu, trop de soldats.

Le galonné te reluque tout le temps.

Hauptmann Benda, officier du régiment.

Fuis, Arlequin déserteur, cache-toi.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 

Chez les moines, la prière

À voix haute, le pater

Et le bénédicité, deux fois

Le lait ne refroidira pas.

Arlecchino, encore toi, mécréant!

Garde-moi en cellule, notre Père !

Au couvent, tout l'hiver.

Dans les champs, au printemps.

 

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

 Une statue ne porte pas de caleçon
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Marco Valdo M.I.
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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 20:30

MARCHE DE LA LIBERTÉ

Version française – MARCHE DE LA LIBERTÉ – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version espagnole – MARCHA DE LA LIBERTAD d'une

Chanson en polonaisMarsz o WolnościKrystyna Żywulska1944

Texte de Krystyna Żywulska (1914-1992, de son vrai nom Sonia Landau), juive polonaise, originaire de Łódź.
Sur l'air
d'une chanson russe « Moskva mayskaya » de Dmitri & Daniel Pokrass, 1937.

 

 

 

 

 

Avec le temps, tu te rappelleras ton cher lit de bois,

 

 

Chanson prophétique, composée seulement une semaine avant que, sous la pression des troupes soviétiques, les nazis décident d'évacuer les camps d'Auschwitz, en forçant les prisonniers déjà épuisés à une « Todesmärsche », une marche de la mort en plein hiver (en janvier 1945). Pour beaucoup, ce fut la fin ; pour d'autres, comme Żywulska, ce fut vraiment la marche vers la liberté. 

 

Je suis forcé – pour l'instant - à proposer la version allemande de l'original polonais, que je n'ai pas réussi à trouver à l'exception du fragment « Tańcz, tańcz dziewczyno / władze ci każą, z przyjemną miną / są dziś w humorze panowie śmierci, tańcz… », les seuls vers présents sur le Net.

Après l'invasion allemande, Sonia Landau se retrouva avec sa famille dans le ghetto de Varsovie. Mais en 1942, elle décida de passer à l'action ; elle fuit du ghetto, adopta une identité fausse (Zofia Wiśniewska) dans la « partie arienne » de la ville et rejoignit la Résistance. Capturée en 1943, elle fut identifiée comme prisonnière politique, et pas comme juive, car elle donna de faux renseignements d'identité en assumant le nom qu'ensuite elle conserva de Krystyna Żywulska.


Internée à Auschwitz-Birkenau (Brzezinka), elle commença à écrire des poèmes qurapidement, se répandirent de bouche en bouche parmi les prisonniers polonais du camp. Krystyna Żywulska dut littéralement la vie à une de ces poésies, « Apel » (« l'appel »). Un prisonnier de longue date, bien placé, fut frappé par ces vers, en chercha l'auteur et ainsi il sauva presque moribonde Krystyna en la faisant transférer à l'« Effektenkammer kommando », le magasin où ils étaient ramassés les effets personnels confisqués aux nouveaux arrivés. La vie était beaucoup moins dure que celle réservée aux autres prisonniers, forcés d'oeuvrer dans les équipes de travail en plein air. Krystyna Żywulska reprit des forces et put continuer à décrire à la vie et la mort dans le camp au travers de ses poèmes, dont quelques-uns furent mis en musique et représentés au cours d'un cabaret satirique clandestin préparé des prisonniers dans le grand magasin. Un de ceux-ci, composé à la fin de 1944, s'intitulait « Marsz o Wolnosci » (« la marche de la liberté ») et fut entonné par les prisonniers, Żywulska comprise, lorsqu'en février 1945, ils furent forcés à évacuer le camp devant l'imminente arrivée des troupes soviétiques.

 

Żywulska survécut à cette marche de la mort et dans l'après-guerre, elle créa une famille et continua à écrire des mémoires (« Przeżyłam Oswiecim », « J'ai survécu à Auschwitz »), des poèmes et des chansons (c'était aussi compositrice), dont quelques-unes devinrent populaires en Pologne dans les années 50 et 60. (source :  ”Krystyna Zywulska. The Making of a Satirist and Songwriter in Auschwitz-Birkenau is Discovered Through Camp Mementos., dBarbara Milewski, Assistant Professor of Music au Swarthmore College, Pennsylvania, USA.)

 

 

 

 

 

 

Il est un lieu sur Terre,

Ni conte de fées ni rêve,
Sais-tu qu
'il s'y passe
Des choses indignes et macabres ?
Cinq cheminées 
rejettent une fumée

Comme une espèce de magie noire.
À l'intérieur, le sang à grands jets s'écoule

Et crame en un incendie horrible et inimaginable.

 

Alors, tirtes sabots et ton vêtement à rayures,

Relève ta tête rasée, relève-la !
Re
ntrtranquillement chez toi,

Avec une chanson joyeuse sur tes lèvres !

 

Avec le temps, tu te rappelleras ton cher lit de bois,

Et comme tous voulaientse battre,

Et comme tu livrais des batailles sanglantes

Pour prendre un bain une fois par mois.
E
t comme durant l'appel, tu restais là, 

Ravalant tes larmes. 
Le kapo du 
camp et la Gestapo

Trendront visite dans tes rêves, tantôt.

 

Alors, tirtes sabots et ton vêtement à rayures,

Relève ta tête rasée, relève-la !
Re
ntrtranquillement chez toi,

Avec une chanson joyeuse sur tes lèvres !

 

Des « Zugangs », on en a par dessus la tête
De les avoir entendus ici encore et encore,

Marre de ces « Lager-ruhe »
E
t de l'orchestre qui joue pour nous-autres.
A
dieu, Auschwitz horrible,
A
dieu, Birkenau terrible,

L'hiver, sur les baraques vides

 

Seul un vent plaintif souffle. 

Alors, tirtes sabots et ton vêtement à rayures,

Relève ta tête rasée, relève-la !
Re
ntrtranquillement chez toi,

Avec une chanson joyeuse sur tes lèvres !

MARCHE DE LA LIBERTÉ
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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 21:18

DANSE, FILLE

 

Version française - DANSE, FILLE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson en langue allemande – Tanz, Mädchen – Krystyna Żywulska – 1944

Texte de Krystyna Żywulska (1914-1992, de son vrai nom Sonia Landau), juive polonaise, originaire de Łódź.
Sur l'air 
populaire tchécoslovaque d'« Ešče já pohár vínka », dans l'adaptation qu'en avait faite le musicien polonais Krzysztof Jażdżyński durant leur présence commune au camp d'extermination nazi d'Auschwitz-Birkenau.

 

Les chiens aboient, l'orchestre joue.

 

 

Je suis forcé – pour l'instant - à proposer la version allemande de l'original polonais, que je n'ai pas réussi à trouver à l'exception du fragment « Tańcz, tańcz dziewczyno / władze ci każą, z przyjemną miną / są dziś w humorze panowie śmierci, tańcz… », les seuls vers présents sur le Net.

Après l'invasion allemande, Sonia Landau se retrouva avec sa famille dans le ghetto de Varsovie. Mais en 1942, elle décida de passer à l'action ; elle fuit du ghetto, adopta une identité fausse (Zofia Wiśniewska) dans la « partie arienne » de la ville et rejoignit la Résistance. Capturée en 1943, elle fut identifiée comme prisonnière politique, et pas comme juive, car elle donna de faux renseignements d'identité en assumant le nom qu'ensuite elle conserva de Krystyna Żywulska.


Internée à Auschwitz-Birkenau (Brzezinka), elle commença à écrire des poèmes qurapidement, se répandirent de bouche en bouche parmi les prisonniers polonais du camp. Krystyna Żywulska dut littéralement la vie à une de ces poésies, « Apel » (« l'appel »). Un prisonnier de longue date, bien placé, fut frappé par ces vers, en chercha l'auteur et ainsi il sauva presque moribonde Krystyna en la faisant transférer à l'« Effektenkammer kommando », le magasin où ils étaient ramassés les effets personnels confisqués aux nouveaux arrivés. La vie était beaucoup moins dure que celle réservée aux autres prisonniers, forcés d'oeuvrer dans les équipes de travail en plein air. Krystyna Żywulska reprit des forces et put continuer à décrire à la vie et la mort dans le camp au travers de ses poèmes, dont quelques-uns furent mis en musique et représentés au cours d'un cabaret satirique clandestin préparé des prisonniers dans le grand magasin. Un de ceux-ci, composé à la fin de 1944, s'intitulait « Marsz o Wolnosci » (« la marche de la liberté ») et fut entonné par les prisonniers, Żywulska comprise, lorsqu'en février 1945, ils furent forcés à évacuer le camp devant l'imminente arrivée des troupes soviétiques.

 

Żywulska survécut à cette marche de la mort et dans l'après-guerre, elle créa une famille et continua à écrire des mémoires (« Przeżyłam Oswiecim », « J'ai survécu à Auschwitz »), des poèmes et des chansons (c'était aussi compositrice), dont quelques-unes devinrent populaires en Pologne dans les années 50 et 60. (source :  ”Krystyna Zywulska. The Making of a Satirist and Songwriter in Auschwitz-Birkenau is Discovered Through Camp Mementos., dBarbara Milewski, Assistant Professor of Music au Swarthmore College, Pennsylvania, USA.)

 

 

Danse, danse vite, fille !
Malgré ton agonie,
Essaye de sourire,
Tu ne peux pas choisir.

 

Aujourd'hui, nous sommes

De bonne humeur ;
Nous, les surhommes,
Les SS de malheur.

 

Bien que de l'abîme
À ce moment

Frère et sœur,
Soient si près,
Les chiens aboient,
L'orchestre joue.
Bien que tu sois
Happée par la tristesse,
Danse encore, fille,
Les messieurs regardent.

Danse, danse vite, fille.
Ce n'est pas ta faute.
Ce n'est pas ta faute.
Danse un tango
Avec dignité, avec patience.
Joue un bon rôle,
Joue sans manières,
Les messieurs veulent
S'amuser.

Danse, danse rapidement, fille,
La Czardas, danse !
Élan, saut, élégance.
Danse légère et souple, détendue.
Ta mère est brûlée maintenant. Danse !
Danse vite, par la danse
Oublie l'enfer.

 

Ne vit plus la mère

Le temps accélère.

 
 
DANSE, FILLE
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Marco Valdo M.I.
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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 17:19

TU L'APPELLES DIEU

 

Version française – TU L'APPELLES DIEU – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Tu lo chiami Dio – Bisca 99 Posse – 1995

 
 

 

 

 

 

 

Seulement, j'ai vu mourir trop de gens 
Au nom du saint-esprit, du fils et du père.

 

 

De fait, l'ami Lucien l'âne, il s'agit bien de ça dans cette chanson, mais il y a autre chose qui me paraît plus radical, plus profond aussi et surtout, plus original. D'abord, il y a là deux interlocuteurs et deux Dieux, chacun le sien. Un des interlocuteurs s'en tient au Dieu officiel, celui reconnu par l'Église, estampillé, en quelque sorte, « Made in Vatican » et l'autre interlocuteur, celui qui parle dans la canzone, entretient d'excellentes relations avec son Dieu personnel ; il l'appelle : « Mon Dieu à moi ». Et ainsi avance la canzone, en alternant « Ton Dieu » et « Mon Dieu à moi ».

 

 

Là, je ne suis pas bien. Il y aurait donc deux sortes de Dieux ?

 

 

Exactement et ils sont très différents ces deux Dieux. L'officiel, c'est un Dieu imposé, évanescent et théorique ; il niche dans le ciel ; c'est un Dieu imposant, une marionnette gigantesque aux mains de l'Église, une sorte d'épouvantail dont elle use pour apeurer les gens, pour justifier les massacres et les croisades, pour assurer sa domination sur l'humaine nation. En somme, c'est le Dieu de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches font aux pauvres pour accroître leurs richesses, renforcer leurs privilèges, perpétuer l'exploitation… En plus, il est inaccessible, planqué là-haut dans son ciel de pacotille.

 

 

Celui-là, je le connais, c'est un ectoplasme et puis, il a déjà fait tant de dégâts, tant de malheur, c'est un Dieu destructeur, c'est un grand dictateur ; il a déjà tellement servi qu'il est usé de tous les côtés ; il s'effrite. Mais l'autre dont parle la canzone, quel est-il ? Que fait-il ?

 

 

L'autre est un Dieu personnel, concret, vivant et un agréable compagnon de vie, qui se tient dans la panse humaine et se laisse caresser. Je te cite la canzone :

 

« Mon Dieu à moi ne vit pas au ciel, il ne sait pas voler. 
Quand j'ai besoin de lui, il ne me faut pas prier.
Il ne divise pas les eaux, il ne multiplie pas les pains.
Mon Dieu à moi, c'est ma panse et je la caresse avec mes mains. »

 

En somme, il veille au bien-être quotidien de la personne. Être à soi-même son propre Dieu, voilà qui plaît à l'âne. Un Dieu qui ne pousse ni à l'intolérance, ni à l'inquisition, ni à la croisade, ni à rien, ni à se soumettre à une foi, à une église, à une religion, car pour lui se soumettre, ce serait cesser d'exister.

 

 

Voilà un Dieu comme je les aime, dit Lucien l'âne en brayant de satisfaction, car pour l'âne, ce Dieu sera à l'image de l'âne, pour la femme, à l'image de la femme, pour l'hirondelle, il lui poussera des ailes… Un tel Dieu est bien utile, ce n'est plus un seulement Dieu du ciel, c'est un alter-ego réel et allant ainsi à deux, à condition de bien s'aimer soi-même et donc l'aimer aussi, on ne s'ennuie pas dans la vie.

 

 

De fait, avec un tel Dieu, on n'est jamais seul et il vous suit partout ; un ami fidèle et discret qui mourra de votre mort. Dès lors, vu ainsi, un Dieu est acceptable et regarde bien où la logique conduit : un tel Dieu ne peut être qu'athée, condition sine qua non de sa propre existence au sein de son empire ventral. Je me demande même si ce Dieu intestinal ne se résoudrait pas finalement dans une ultime bactérie… ou dans l'interaction confuse et entropique de ces milliards d'êtres grouillant dans la panse.

 

 

Restons-en là, dit Lucien l'âne et reprenons notre tâche ; tissons le linceul de ce vieux monde croyant, dominateur, dogmatique, religieux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Tu l'appelles Dieu mais moi, je ne le connais pas 
Je le trouve un peu louche et de mes amis, il n'est pas
Dieu doit être important car en lui est concentré
Le sens sacré de l'empire créé

 

Dieu doit être important mais attention attention,
Je ne discuterai pas de Dieu avec celui qui prône une religion.
Tu l'appelles Dieu, mais moi, je ne le connais pas 
Il vit au ciel ton Dieu et nous sommes ici-bas.

 

Ses contradictions, mon Dieu à moi ne les justifie pas 
Il ne renvoie pas à demain, il s'engage et se bat, 
Il ne doit pas incarner mes aspirations ; 
Il mange avec moi, nous avançons à tâtons.

 

Seulement, j'ai vu mourir trop de gens 
Au nom du saint-esprit, du fils et du père.
Mille générations tourmentées par le doute, 
Torturées avec calcul, c'est dément, c'est dément.

 

J'ai vu des femmes en des combats inhumains,
Violées dans leur intimité et traitées de putains. 
Mille générations plongées dans le doute et les tourments,
Torturées avec calcul, c'est dément, c'est dément

 

J'ai vu des vies détruites dans le sourire d'un prêtre 
Qui parlait de foi, calme et rassurant. 
Mille générations, c'est dément, c'est dément 
Et lui sourit calme dans son cloître

 

Tu l'appelles Dieu mais moi, je ne le connais pas.

Ma spiritualité ne s'exprime pas au travers du culte ; 

Mon Dieu à moi ne vit pas au ciel, il ne sait pas voler. 

Quand j'ai besoin de luiil ne me faut pas prier.

Il ne divise pas les eaux, il ne multiplie pas les pains.

Mon Dieu à moi, c'est ma panse et je la caresse avec mes mains.

TU L'APPELLES DIEU
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Marco Valdo M.I.
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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 20:59

ET POURTANT ELLE TOURNE

 

 

 

Version française – ET POURTANT ELLE TOURNE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Eppur si muove – Carmen Consoli – 2002

 

 

 

 

Coupable d'avoir osé

Ce coup de dent à cette pomme

Sacrée 

 

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, une chanson de libération, une chanson écrite par une femme, Carmen Consoli, une chanson qui agit comme un philtre libératoire…

 

 

Un philtre libératoire, une sorte de purgation, veux-tu dire ? Mais de quoi ?

 

 

Mais bien évidemment de cette écrasante atmosphère, de cet étouffant environnement que l'on ressent en Italie où l'Église se répand partout, où s'inhalent des senteurs de catholicité, où s'exhalent par tous les pores du pays des relents de cléricalisme. Et que la chanson soit écrite et interprétée par une Sicilienne est encore plus remarquable. Et de surcroît, ce n'est pas une chanson ancienne… Ce qui montre bien que la chape de plomb divin pèse toujours là-bas presqu'autant que le soleil d'été à midi. Au cœur du dispositif oppressant dont parle la canzone, on trouve l'histoire du péché originel, lequel est une pure invention d'on ne sait quel religieux sadique, qu'on inculque aux humains dès leur plus petite enfance.

 

 

En somme, on les marque au fer d'une culpabilité dont ils ne sont en rien coupables. Et après, bonne chance pour s'en débarrasser d'autant plus qu'il y a de multiples piqûres de rappel, que de catéchisme en prêches, on rebat sans cesse le clou du péché. Donc, au départ, un lavage de cerveau et ensuite, sans cesse, la menace d'un châtiment éternel… en insistant bien sur la faute primordiale.

 

 

C'est bien de cela que parle la chanson et ce dont elle entend libérer les gens. Le grand Galilée lui-même eut le plus grand mal à affronter cette engeance et ne s'en tira que par une feinte soumission. Comme durent le faire des millions d'autres ; comme des millions d'autres doivent le faire encore aujourd'hui. Silence, elle tourne ! Et la chanson est libératoire car elle dit cette chose simple : il suffit de se débarrasser de ce sentiment de culpabilité et l'on peut enfin vivre… Se débarrasser de l'Église, de Dieu et du péché est le premier pas vers la liberté humaine.

 

 

Enfin, je me réjouis grandement d’être un âne, car nous les animaux, nous ne subissons pas cette vindicte divine, même si bien évidemment, elle est purement imaginaire et qu'il suffit de ne plus y croire pour y échapper. Mais j'y pense, c'est le moment de ressortir notre antienne : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme ») et j'ajoute : et heureux de l'être.

 

 

Je me rallie entièrement à ce « et heureux de l'être ». Car, je le suis aussi.

 

 

Alors, saluons la chanteuse et sa chanson et reprenons notre tâche sempiternelle et tissons le linceul de ce monde rongé par ses sentiments de culpabilité, étouffé par les croyances, écrasé par les religions et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Coupable d'avoir osé

Ce coup de dent à cette pomme

Sacrée et pour avoir contesté

Leur théorie géocentrique.

 

Et pourtant elle tourne,

Malgré l'inertie imposée,

Leur envahissant obscurantisme,

Et leur répression despotique.

Au fond, il ne reste qu'à effacer

Mes sentiments de culpabilité.

Un grand merci, sans façon,

Une poignée de main, évidemment,

Un au revoir, des félicitations,

Et mes plus respectueux sentiments.

 

Coupable d'une pensée

Impure jamais confessée,

Pour avoir mis en doute

Les anges et les croisades.

 

Je me souviens de cette enfant,

Affectée de troubles mentaux graves,

Jugée diabolique cependant

Pour avoir mâché l'hostie.

 

Au fond, il ne reste qu'à effacer

Mes sentiments de culpabilité.

Un grand merci, sans façon,

Une poignée de main, évidemment,

Un au revoir, des félicitations,

Et mes plus respectueux sentiments. 

ET POURTANT ELLE TOURNE
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Marco Valdo M.I.
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 19:40

DANS LA TRANCHÉE

 

 

Version française – DANS LA TRANCHÉE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson flamande – In de loopgraf – Einstürzende Neubauten – 2014

Texte – Poème : In de loopgraaf – Paul van den Broeck – 1916

 

 

 

 

Un coucou appelle.

Comment puis-je danser maintenant?

Comment puis-je danser un, deux, trois ?

Dans ma tombe, c'est trop étroit.

 

 

 

 

Ou je me trompe, ou voici un terrible jeu de mots en néerlandais et même, plus exactement, en flamand… Et j'espère bien qu'il en soit ainsi. Car, vois-tu Lucien l'âne mon ami, l'orthographe habituelle est « loopgraaf » qui signifie en français : tranchée. Cependant, il est nettement écrit : « loopgraf ». D'ailleurs, le poème original s'intitulait : « In de loopgraaf ».

 

 

Et alors, dit Lucien l'âne un peu stupéfait ?

 

 

Et alors, dit Marco Valdo M.I., il me semble que cette « erreur » est volontaire et au lieu d'avoir « un endroit creusé où l'on court » (graven est le verbe qu'on peut traduire par creuser) – c'est-à-dire effectivement une « tranchée » ; on aurait « une tombe où l'on court » (graf étant la tombe, le tombeau). Tu me diras que vu du côté de l'Yser, il y a cent ans, c'était du pareil au même. Les tranchées n'étaient en définitive que des « boyaux de la mort ». Donc, je me rallie à l'erreur volontaire. Par ailleurs, je me dois d'insister sur le fait que cette chanson est en flamand et pas en néerlandais (ABN), deux langues proches, mais il y a des nuances et s'agissant de la guerre de 1914-18, d'une incidence pas seulement linguistique. Et, je t'assure que je ne dis pas ça gratuitement. J'ai au moins deux bons arguments à avancer : le premier, c'est que l'auteur du texte est un Flamand – il s'agit de Paul van den Broeck (1882 -1940), pacifiste, connu comme « de "mysterieuze Vlaamse oorlogsdichter" (Le mystérieux poète de guerre flamand), dont on ne connaît que les deux poèmes repris dans les Chansons contre la Guerre ; ce qui soit dit en passant est fort dommage. Il aurait été proche de Paul Van Ostaijen, un autre poète flamand plus connu et comme lui, proche des mouvements dada et de l’expressionnisme. Le deuxième argument est la présence du mot « manillen », qui est recensé comme un mot du néerlandais de Belgique, autrement dit du flamand. La « manille » est un jeu de cartes venu de France et qu'on jouait dans les tranchées pour tuer le temps, en espérant ne pas être tué soi-même. J'ajoute un troisième argument – de taille celui-là – c'est que ces fameuses tranchées se trouvaient dans le réduit derrière l'Yser, donc en pays flamand et que les Pays-Bas (Nederland) se disaient neutres et n'intervenaient en rien directement dans ces histoires de tranchées, tout en donnant passage et refuge aux troupes allemandes en déroute et en donnant asile à l'Empereur Guillaume II[[38007]] – au point qu'à la fin de la guerre, l'armée néerlandaise était prête à envahir « préventivement » la Belgique, qui demandait réparation de cette fausse neutralité.

 

 

Et bien, Marco Valdo M.I., on en apprend tous les jours avec toi… Il y a bien longtemps qu'on ne m'avait plus parlé de cet épisode qui faillit – n'était l'intervention des Alliés – relancer immédiatement une autre guerre. Dis-moi, la chanson elle-même

 

 

C'est vraiment un très étonnant poème fait de notations sobres, qui rappelle les danses de morts du Moyen-Âge. Quant au coucou, en effet, on l'entendait tous les jours dans les tranchées… Mon aïeul, qui y fut 4 ans, quand il entendait un coucou, tressaillait encore des dizaines d'années plus tard.

 

 

Alors, voyons cette chanson et reprenons, à notre tour, notre tâche – des plus pacifiques – et tissons le linceul de ce vieux monde qui va de guerre en guerre vers sa propre disparition, inconscient et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Comment puis-je danser dans 
ces boyaux étroits ?Cette nuit est si calme ;

La lune est ronde et pleine.

 

Je veux danser,
Je veux danser.
Mais comment puis-je danser dans ces tranchées étroites ?
Les camarades, jusqu'aux os, sont épuisés.
Les camarades ont un accordéon et du genièvre. 
Ils jouent
Avec leurs os enfoncés dans la boue.

 

Je veux danser un, deux, trois,
Dans mon boyau étroit ;
Pas dans mon abri,
Mais, libre dans la nuit.

 

 

Je veux danser, encore avec les dernières étoiles
L'aube apporte les salves et les grenades
Entre les lignes.
Imperturbable, malgré le grondement,
Un coucou appelle.
Comment puis-je danser maintenant?
Comment puis-je danser un, deux, trois ?
Dans ma tombe, c'est trop étroit.

DANS LA TRANCHÉE
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1 mai 2015 5 01 /05 /mai /2015 09:26

ARRIÈRE-PAYS

 

 

Version française – ARRIÈRE-PAYS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson flamande - Achterland – Einstürzende Neubauten – 2014

 

 

 

Font l'acier 

Fondent les rails 

Et les mortiers

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire

 

 

 

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !

Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !

Ils vivent uniquement de notre sang

 

Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :

Producteurs d’obus,

Fournisseurs de rations, 

Poudre à canon, balles,

Tous dans l’arrière-pays

Des pays neutres.

 

Chauffeurs, filles, brancardiers, docteurs

Font l’acier, 

Fondent les rails, 

Et les mortiers.

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire

(on devra aussi enlever mes pensées comme les poux)

De sang, ils vivent ailleurs.

 

Ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire ne pas le dire !

Ici, le repos veut dire :

Chasser les poux !

Ils vivent uniquement de notre sang

 

Mais

De sang, d’autres vivent ailleurs :

Producteurs d’obus,

Fournisseurs de rations, 

Poudre à canon, balles,

Tous dans l’arrière-pays

Des pays neutres.

 

 

 

 

 

ARRIÈRE-PAYS
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Marco Valdo M.I.
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