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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 15:13

T'ES QUI, TOI ?

 

Version française – T'ES QUI , TOI ? – Marco Valdo M .I . – 2012

Chanson italienne – Tè chi t'èi – Yo Yo Mundi

 

 

 

 

 

Le pré qui remue ressemble à la mer ;

Émerge des flots un visage

Que je ne peux nommer.

 

 

 

 

 

Tè Chi T’éi? (T'ES QUI, TOI ?), chanté en italien et en arabe, raconte l'histoire de deux personnes qui dialoguent ( le Monferrato a été historiquement un lieu de passage et d'intégration), et en dialoguant se connaissent et se découvrent mutuellement. Piémont et Moyen-Orient, des cultures qui se rencontrent (et ne s'affrontent pas), qui se contaminent. Un texte splendide et profond ; un des meilleurs du disque. www.storiadellamusica.it

 

 

 

Le pré qui remue ressemble àla mer ;

Émerge des flots un visage

Que je ne peux nommer.

Ce regard me déniche et me transperce ;

Je fais un pas en arrière,

La flèche est déjà partie.

 

Mais toi qui tu es ? D'où tu viens ?

Que cherches-tu sur ma terre?

Le récit d'une vie,

Les flots de la mer ,

Les promesses, les désirs

Qui ont exilé mes jours,

 

Nous sommes comme une lumière qui envahit l'horizon ;

Ou peut-être seulement une graine

Qui veut germer.

Nous sommes la neige qui protège et régénère ;

Nous fuyons le brouillard

Qui confond tout.

 

Tu es qui qui que t'es, t'es qui toi, qui qui que

Toi tu es ? Toi qui tu es, qui tu es, toi qui tu es ?

 

Tu mâches ta langue au lieu de parler.

Tu as les yeux qui sourient

À un ciel renversé.

Tu calmes ton chien sans menace aucune

Et tu as divisé le pain,

Versé un peu de vin.

 

Mais toi qui tu es ? D'où tu viens ?

Que cherches-tu sur mon visage ?

Je suis ton égal ;

Je ne sais plus mon nom ;

J'ai soif et faim et une vie à rêver.

Nous sommes une lumière venue d'autres horizons

Ou peut-être seulement une fleur amoureuse du soleil

Et du vent de la liberté.

Nous sommes la neige qui porte en son giron

La vie qui palpite, nous fuyons dans la brume

Et là nous nous perdons...

 

Tu es qui qui que t'es, t'es qui toi, qui qui que

Toi tu es ? Toi qui tu es, qui tu es, toi qui tu es ?

 

 

 

T'ES QUI, TOI ?
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Marco Valdo M.I.
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26 mai 2015 2 26 /05 /mai /2015 21:10

VERMINES

 

 

Version française – VERMINES – Marco Valdo M.I. – 2015

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson serbe – Crv – Angel's Breath – 1994

 

 

Texte : Milan Mladenović 

 

Musique : Milan Mladenović - Mitar Subotić "Suba"

 

Album : Angel's Breath

 

 

 ...une face qui n'est jamais devenue visage.


« Cet album représente une continuation de mon travail de lutte contre le primitivisme de la culture d'aujourd’hui, qui a obtenu son lot de victimes grâce aux impitoyables jeux politiques du pouvoir et a causé un éloignement général de la spiritualité.  » – Milan Mladenović.

 


L'histoire du groupe Angel's Breath est tragique comme tragique est la période de leur pays dans cette période. 1994, les guerres yougoslaves encore en cours, l'expatriation et la conscience de la destruction de tout un esprit, outre la destruction matérielle et humaine. Mais faisons un pas en arrière, à 1985. Cette année-là, le musicien serbe Milan Mladenović, né le 21 septembre 1958 et fils d'un Serbe et d'une Croate, est le leader du rock band belgradois Ekatarina Velika ; avec deux autres musiciens rock yougoslaves, Mitar « Suba » Subotić (né le 23 juin 1961 à Novi Sad) et Goran Vejvoda (né en 1956 à Londres et fils de l'ambassadeur yougoslave au Royaume-Uni Ivo Vejvoda, ancien combattant dans la Guerre d'Espagne et ancien partisan), décide de fonder un « projet » qu'ils appellent, en serbo-croate, Dah Anđela (« le souffle de l'ange »). Les trois commencent à écrire et à composer, en se produisant plusieurs fois à Belgrade ; mais, pour des raisons et des obligations personnelles, le groupe se délite bien vite et le projet cesse d'exister.

 

 

Au début des années 90, peu avant le début des guerres yougoslaves, Mitar Subotić se transfère à São Paulo au Brésil, où il continue à travailler comme musicien et producteur ; par contre, Mladenović continue à vivre en Serbie, en assistant à la dissolution violente de la Yougoslavie et à prédominance des « faces sans visage » qui sont les protagonistes de ce morceau. Au printemps 1994, Milan Mladenović rejoint Mitar Subotić à São Paulo, décidé à réactiver leur projet maintenant intitulé, en anglais, Angel's Breath et à graver tout ce qui avait été écrit auparavant. Le projet Angel's Breath « renaît » donc au Brésil, avec les musiciens brésiliens Fabio Golfetti (guitare), João Parahyba (percussions), Madalena et Marisa Orth (choristes). L'album Angel's Breath sort chez Imago en 1994, avec toutes les chansons écrites de Milan Mladenović.

 

Même s'il parlait de la situation yougoslave de ce temps, l'album entendait avoir une valeur de dénonciation plus générale et, pourrait-on dire, globale ; selon les mots du même Mladenović, c'était une « continuation de son travail de lutte contre le primitivisme de la culture d'aujourd’hui, qui a fourni son lot de victimes grâce aux impitoyables jeux politiques du pouvoir et a causé un éloignement général de la spiritualité. » Malgré cela, Crv (« Vermine »), quen est le morceau le plus représentatif et le plus célébré, se réfère manifestement à tout ce que l'auteur avait dû vivre, voir et expérimenter dans ces années de « brouhaha désordonné et insensé » ; d'égoïsmes, de cruauté. Les guerres yougoslaves et leurs protagonistes, en somme ; les agitateurs nationalistes de chaque « ethnie », les « figures sans larmes et sans visage », les danseurs des danses rituelles en transe « dans un monde qui existe seul dans leurs têtes ». Le refrain du morceau énumère leurs caractéristiques : « Cicatrice, cercueil et vermine. Visage, poil et sang.». Dans ces simples mots, ils peuvent tous se reconnaître : Tuđman comme Milošević, Karadžić comme Mladić, les oustachis, les violents, les violeurs, les agitateurs stipendiés et tous ceux qui les soutenaient de n'importe quel côté dans ce massacre de la chair et de l’esprit.

 

J'ai eu l'occasion de voir de mes yeux, ces années-, les résultats de ce massacre ; une des tant de choses qui, alors, me frappèrent fut la présence palpable d'une « colonne sonore ». Rock bands serbes, croates, bosniaques et de chaque côté qui incitaient à la guerre nationaliste et au massacre. Une chanson comme celle-ci, de la part d'un rock band exilé, pourrait être considérée comme une exception de la part de ceux-là qui s'étaient refusé à hurler avec les loups.

 

Milan Mladenović, en 1994, ne resta pas à Brésil ; il alla d'abord à Paris, où il enregistra la vidéo pour « Crv » – VERMINES (que nous proposons, restaurée, dans cette page) et ensuite il retourna à Belgrade, où il entendait réactiver son band, Ekatarina Velika. Le 24 août 1994, il donna un concert à Budva, au Montenegro, à l'occasion du festival Pjesma Mediterana (« Chanson Méditerranéenne »), mais le lendemain fut pris d'un malaise et hospitalisé ; on diagnostiquun cancer au pancréas sans aucun espoir. Il mourut un peu plus de deux mois après, le 5 novembre 1994 à Belgrade, à l'âge de 36 ans. Son ami Mitar Subotić resta par contre au Brésil, où il sortit un album comme soliste : « São Paulo Confessions ». L'album sortit à la fin octobre 1999, dédié à la mémoire de Milan Mladenović ; quelques jours après, le 2 novembre 1999, Mitar Subotić se trouvait dans son studio d'enregistrement en compagnie de l'artiste Bebel Gilberto, qu'il avait récemment découvert, lorsqu'éclata tout à coup un incendie dû à un court circuit. Dans une tentative de sauver le matériel à peine enregistré, Mitar Subotić mourut asphyxié par la fumée ; il avait 38 ans. Le matériel qui avait tenté de sauver était celui de l'album Tanto tempo de Bebel Gilberto, qui, à sa sortie, devînt l'album brésilien plus vendu de tous les temps hors du Brésil. 

 

 

Vous les aveugles, vous les sourds, vous les gens égoïstes
Qui faites un brouhaha désordonné et insensé
Sans pourquoi, sans comment,
Sans une question qui pourrait dessécher
Un sourire fier sur une figure sans larmes,
Sur une face qui n'est jamais devenue visage.

 

Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.
Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.

 

Vous qui dansez muets votre danse rituelle,
Vous les béats en transe
Dans un monde qui existe
Seulement dans vos têtes,
Gens sans pitié, gens sans scrupules,
Gens sans mémoire,
Vous qui ne connaissez pas l'orage,
Un son, une couleur, une fragrance,
Vous les gens sans mémoire.

 

Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.
Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.

 

Vous les gens sans mémoire.

 

Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.
Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.

 

Vous les gens sans pitié.

 

Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.
Cicatrice, cercueil et vermine.
Visage, poil et sang.

 

Vous les gens sans pitié.

 
 
VERMINES
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Marco Valdo M.I.
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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 22:31

VENEZ AVEC NOUS

 

Version française – VENEZ AVEC NOUS – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson allemande – Geh mit uns – Gerd Semmer – 1962

 

 

Contre toutes les bombes, la guerre doit être bannie

 

 

 

 

Voici donc, Lucien l'âne mon ami, une chanson allemande du début des années soixante. C'était partout dans cette Europe qu'on appelle occidentale le temps de grandes marches de protestation contre la « bombe atomique ». C'était la grande peur des gens, une formidable phobie …

 

 

Ce pourrait l'être encore. Ce devrait l'être encore. Un pétard de ce genre et hop, une ville disparaît. Et, crois-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l'âne, ce n'est pas nécessairement impossible, car il existe actuellement des bombes à risque qui se trouvent ou pourraient se trouver demain dans les mains de réels déments, capables cette fois de réellement se servir de ce genre de machine à détruire, sans trop se soucier des conséquences. L'équilibre de la terreur qui fonctionnait en ce temps-là reposait sur l'idée qu'on voulait (les puissants – en gros, les USA et l'URSS – et leurs alliés respectifs) dominer le monde, mais pas le détruire.

 

 

Exactement. Et cette grande peur était terriblement irrationnelle, mais elle reposait sur une vision positive de l'avenir. La « bombe » avait une fonction essentiellement dissuasive. Elle neutralisait les deux camps et même chez les plus acharnés, personne ne songeait vraiment à user de cette arme pour détruire l'autre camp, sachant que la réciproque en découlerait immédiatement. Il y avait quand même une sorte de consensus sur la nécessité de ne pas aller trop loin ; il y avait quelque part une limite ; il était quand même question de – comment dire ? – de ne pas mettre en danger l'espèce entière. Et bon an, mal an, c'est ce qui s 'est produit. Mais quand même, il y avait cette peur d'une auto-destruction de l’humanité et elle mobilisa énormément de gens. C'est à de telles manifestions qu'appelait tout un courant de la chanson dite de « protestation », auquel se rattache cette chanson. Ici, on les appelait les marches anti-atomiques ; elles attiraient de grandes foules – des rassemblements de plusieurs centaines de milliers de personnes n'étaient pas rares. Elles étaient d'ailleurs assez pacifiques et étaient souvent l'occasion de concerts… Elles s'inscrivaient dans tout un courant culturel assez dynamique (rock, folk...), qui conduisit aux « événements » de 1968 et à ce qui s'ensuivit.

 

 

Enfin, on ne va pas réécrire l'histoire de ces manifestations qui des marches antiatomiques sont passées aux marches contre l'OTAN, puis contre la guerre au Viet-nam, etc, etc. Voyons donc cette chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde encore toujours nucléaire, en guerre, erratique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 


Restez, ne passez pas à côté de nous, halte !
Attention à notre avertissement, écoutez notre cri.
Contre toutes les bombes, la guerre doit être bannie
Et ne mettez pas comme l'autruche la tête dans le sable.

 

Venez avec nous tels que vous êtes, sans peur.
Venez avec nous, chrétiens ou libre penseurs 
Venez avec nous et ne soyez pas aveugles plus longtemps,
Comme le sont les puissants du monde et leurs servants.

 

Ne voyez-vous pas ceux qui ont faim le monde ?
Ne savez-vous pas les questions qui se posent à présent ?
Ce qu'un homme pense, c'est votre devoir maintenant.
Bientôt vous serez peut-être morts, pas vos enfants.

 

Venez avec nous tels que vous êtes, sans peur.
Venez avec nous, chrétiens ou libre penseurs 
Venez avec nous et ne soyez pas aveugles plus longtemps,
Comme le sont les puissants du monde et leurs servants.

 

Laisserez-vous détruire ce monde ?
Les souffrances d'Hiroshima ne vous dérangent pas ?
N'avez-vous rien appris des souffrances ?
Protestez, protestez, détruisez la bombe, sinon elle vous détruira.

 

Venez avec nous tels que vous êtes, sans peur.
Venez avec nous, chrétiens ou libre penseurs 
Venez avec nous et ne soyez pas aveugles plus longtemps,
Comme le sont les puissants du monde et leurs servants.

VENEZ AVEC NOUS
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Marco Valdo M.I.
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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 19:50

LA MARCHE DES SUICIDÉS

 

 

 

Version française – LA MARCHE DES SUICIDÉS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La marcia dei suicidi – Davide Giromini – 2013

 

Texte de Gianni Symbolo, alias Fabio Ghelli
Interprétée par Davide Giromini

 

 

 

 

 

RÉVOLUTIONS SÉQUESTRÉES
… et 
ce fut ainsi que je devins un robot

 

 

 

 

 

 

 

 

« C'est très simple. Un jour je vis un spectacle théâtral sur la guerre d'Espagne. Le théâtre était très petit, les acteurs âgés et du vingtième siècle. Nous étions cinq ou six au parterre. Un acteur maigre et grisonnant, dont on voyait que jeune, il avait été un bel homme, mais maintenant chenu et décadent, interprétait le rôle d'un intellectuel anarchiste du nom de Camillo Berneri et il en disait en monologue un discours. La définition de « Révolutions séquestrées » qu'il donnait, toucha en moi quelque chose d'universel. Toutes les révolutions de l'histoire ont été tôt ou tard séquestrées par quelqu'un qui les avait transformées en quelque chose d'autre. Peut-être est-ce vraiment le concept de révolution qui est destiné à ça mais pourquoi parmi les êtres humains le résultat doit-il être toujours dégénératif ? Où finissent les utopies pour lesquelles on verse du sang dans les moments révolutionnaires ? La réponse qu'on me donna était la suivante. Les êtres humains ont besoin de grandes idées pour accomplir des gestes surhumains. Mais précisément parce que des gestes surhumains sont destinés à durer peu, car l'homme ne peut pas régir toute cette sur-humanité. »

Davide Giromini, “Rivoluzioni Sequestrate” ( p. 54)

 

 

Ce n'est pas la première fois que le thème du suicide fait irruption dans ce site, quoique du point de vue personnel et pas strictement semblable (par exemple, dans un Extra comme Ιδανικοί αυτόχειρες, les « Suicides idéaux » du suicidé Karyotakis) ; avec cette chanson écrite par Fabio Ghelli, sous son nom actuel de Gianni Symbolo pour les « Rivoluzioni Sequestrate – Révolutions Séquestrées » de Davide Giromini, nous sommes en présence par contre du suicide comme d'un acte précis, même politique, de rébellion extrême. Ce n'est pas un hasard si dans le texte sont récupérées les figures classiques de Jacopo Ortis et de son prédécesseur Werther (les « mauvais exemples, instigateurs de la jeunesse »). Cette chanson provient même du temps actuel où le suicide est quotidien, gentiment distillé par la crise d'argent et de vie, par des conditions impossibles, en réponse à la répression, accompli maintenant par un nombre toujours croissant de personnes qui désertent. Dans cette « marche », les suicidés semblent assumer pleinement une identité collective, comme s'ils avaient pleine conscience de la valeur révolutionnaire de leur geste ; une valeur, du reste, qui est ancienne (on pense, par exemple, à Masada). « Prefiero la muerte », semble le cri de bataille qui, de quelque façon qu'on veuille le voir et le considérer, est même une suprême affirmation de vie. Vie niée, vie détruite, vie dont on désire de toute façon disposer totalement au dernier instant, alors que pour toute sa durée ce furent par contre d'autres à en disposer pour leur profit. Une chanson jouée sur des fils très subtils et délibérément dangereux, écrite par Fabio Ghelli et chantée rauquement par Davide Giromini avec son rythme pressant et avec sa structure métrique acrobatique faite d'assonances continues et de vertigineux enjambements polysémantiques (une caractéristique plus unique que rare dans une chanson en langue italienne). [RV]

 

 

 

Il y a celui qui le nomme désertion
Le nomme geste désespéré,
Celui qui pour nous éprouve de la compassion,
Celui qui le considère comme un délit

 

Et celui qui nous trouve du courage,
Une aveugle et stupide lâcheté,
À nous morts pour outrage,
Esclaves de la liberté.

 

Pour nous pas de pierre tombale,
Aucuns marbres ni ors;
Puis avec le sel des larmes,
La rage séchera la douleur.

 

Il restera un geste sans sens,
Si ce n'est le sens de vide que
Notre infini silence
Jette au visage à tous vos parce que.


Ce ne sera pas temps de maudire
Et de pleurer et de remercier
Celui qui a su vous étonner
Par la force d'un impérissable


Désir vif comme le fer

Qu'on assimile à l'éternité,
Et vous de votre côté,
Y préférez l'enfer.

 

L'enfer des bonnes manières
Contre qui nous nous rebellons
Car à tort ou à raison,
Nous sommes ce que nous sommes.

 

Nous sommes les mauvais exemples,
Instigateurs de la jeunesse,
Les Ortis, les Werthers d'autres temps,
Et de Camus, les Sisyphes.

 

Nous qui beauté et amour
Avons plein les veines,
Convaincus que la vie est toujours
Plus que réunir quelques cellules.

 

Unis dans silence,
Nous vous observons des barricades
De notre fière impertinence
Comme des sentinelles de jade.

 

D'une guerre et d'un avant-poste

Reculé d'une frontière,
Rétifs à la défaite,
À la paix, à la peur,

 

La peur qui nous tient tous debout
En équilibre instable sur l'abîme.
La différence entre nous et vous
Alors sera seulement un pas.

 

Pas après pas, roulent
À travers les siècles
Inutiles, fragiles,
Stupides, ridicules

 

Marionnettes d'un théâtre
Enveloppé de flammes,
Avec des yeux de cire
Et des faces de bitume.

 

Moi, moi, de vos applaudissements,
Non, je ne m'en fous pas
Et déjà leur grondement
Dans la rumeur de mon sang se noie.

 

Déniez-moi une tombe,
Déniez-moi la mémoire,
Mais ne me refusez pas l'espoir
De prêter l'oreille

 

À celui qui voulait vivre 
D'une unique caresse,
Malade de désespérance,
Ou peut-être de trop de tendresse.

 

Et lorsque la fin aura sonné 
Et qu'à votre ciel, vous irez 
Dans les rangs des justes
- comme il est écrit dans l'Évangile

 

Regardez la noire vallée
Du haut des portes de l’Élysée
Et vous verrez nos ombres
Se dresser dans l'aveuglante lumière

 

Du suicide.

 

 
LA MARCHE DES SUICIDÉS
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Marco Valdo M.I.
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22 mai 2015 5 22 /05 /mai /2015 13:28

AMBARADAN

 

 

Version française – AMBARADAN – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Ambaradan – Alessio Lega – 2015
Texte et musique de Alessio Lega

Nous avons fait seulement un peu d'ambaradan,

Nous les braves gens, nous de purs Italiens.

 

 

Quel étrange titre que porte cette canzone d'Alessio Lega. Marco Valdo M.I. mon ami, peux-tu m'expliquer ça ?

 

 

Certainement, Lucien l'âne mon ami. Pour comprendre cet ambaradan, il faut d'abord dire qu'il s'agit à présent d'une expression populaire qu'on pourrait aisément traduire en français par une sorte d'embarradame ; un étrange mot, je te le concède, qui semble vouloir dire à son tour : un « embarras de dame », une sorte d'embrouillamini, de chahut chaotique, de chose pas claire, mais bruyante et déplaisante. En somme, un foutu bordel. Mais contrairement à ce que je viens de te dire, il ne s'agit pas d'une sorte d'onomatopée évoquant un fameux foutoir, mais bien de la dérive d'une dénomination géographique précise : l'Amba Aradam, un massif montagneux d’Éthiopie, où se déroula en 1936 une bataille entre les Éthiopiens et l'armée de l'envahisseur italien. C'était au temps où Mussolini, en plein délire, construisait à coups de massacres un Impero s'étendant à l'intérieur de l'Afrique jusqu'à l'Océan Indien. Sans doute, si on l'avait laissé faire, avant de conquérir le monde entier et pourquoi pas, la planète Mars [[3816]].

 

 

Mais dis-moi maintenant, Marco Valdo M.I. mon ami, que viennent faire les « marò » dans cette affaire éthiopienne ?

 

 

D'abord, il faut souligner que cette bataille n'est certes pas une action glorieuse compte tenu des armements de la partie italienne, composée d'éléments de l'armée, de miliciens fascistes et d'auxiliaires africains, engagés de force dans cette « croisade ».On lança l'aviation. Au sol, on commença par les gaz, puis on y alla au canon, à la mitrailleuse, au lance-flammes contre des populations civiles. Mais, comme on le sait, en face, ce n'étaient que des Éthiopiens, des gens de couleur noire. Et puis, on ne colonise pas sans une bonne dose de massacres et de terreur. Ceci nous amène aux marò, ceux-là même qui il y a quelque temps avaient mitraillé sans remords des pêcheurs indiens, gens on ne peut plus civils et pacifiques. L'Inde a eu l'idée saugrenue de vouloir appliquer ses lois, de poursuivre les assassins et ce fut un grand «Ambaradurambaradirambaradan ambaradurambaradin bamberou Ambaradurambaradirambaradan» dans toute l'Italie, jusqu'au sommet de l'État. Quand même, ces Indiens, ils exagèrent… Pour qui se prennent-ils ? S'en prendre à des fusilliers marins ITALIENS… lesquels, remarquez, ne faisent que leur devoir : ils fusillaient. Il y eut du remous dans le landerneau. À ce égard, je rappelle ce que disait ma grand-mère : « On ne laisse pas les enfants jouer avec des allumettes... » et je complète « ni les militaires avec des mitrailleuses, des canons et toutes ces sortes de choses ». Dans le fond, ces « maròs » n'étaient que des hommes de paille ; les vrais responsables étaient restés à Rome.

 

 

Moi, dit Lucien l'âne en souriant doucement, je me demande ce qui se serait dit, si la Marine indienne avait flingué deux pêcheurs italiennes en vue des côtes siciliennes, sardes ou toscanes ? Ou alors, rien que pour l'exemple, que l'on charge la Marine italienne de la sécurité de la côte belge et qu'ils mitraillent un bateau de pêche flamand qui approcherait la côte ? Et qu'ils tuent deux pêcheurs ? Pour le reste, attendons de voir ce qui va se passer au large de la Libye… D'ici là, tissons le linceul de ce vieux monde mitrailleur, condescendant, expansif et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou

 

 

Que peut bien vouloir dire « ambaradan »,
Un mot si chaotique ?
Mais bordel, qu'est-ce qu'ambaradan ?
Une réminiscence abyssine.

 

Sur le haut plateau de l'Amba Aradam,
Nous nous y sommes seulement sali les mains,
Nous avons fait seulement un peu d'ambaradan,
Nous les braves gens, nous de purs Italiens.

 

 

Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou

 

 

Dans les grottes de l'Amba Aradam,
Il y avait des femmes avec des vieux et des enfants
Dans les grottes de l'Amba Aradam
Nos soldats arrivèrent triomphants.

 

Avec le gaz d'arsine et les bombes à l'ypérite,
Ils font sauter au lance-flammes,
Braves chrétiens qui blessent durement,
Le cœur sacré de toutes les mamans,

 

Cinq centaines de moines coptes,
Cinq centaines de nègres assassinés,
Jette les pâtes, ils sont tous morts,
La petite négresse est cuite et mangée.

 

Nous avons fait juste un peu d'ambaradan,
Puis nous sommes rentrés, domptés et vivants,
Coulés dans le mythe des bons Italiens,
Plus ineptes, mais pas moins mauvais.

 

 

Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou
Ambaradurambaradirambaradan 
ambaradurambaradin bamberou

 

 

Que pourrait bien vouloir dire « ambaradan » ?

Colonialistes meilleurs et plus forts,
Nous avons apporté les routes dans le désert
Pour le grand voyage de tous ces morts.

 

L'Amba Aradam est la tache sur l'oubli,
C'est le monument à Rodolfo Graziani,
Les enseignes de Nassiriya,
Ce sont les deux marò qui fusillent les Indiens.

AMBARADAN
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Marco Valdo M.I.
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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 22:12

La Confession d'Arlequin

 

 

Chanson française – La Confession d'Arlequin – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 8

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Que dis-tu ? Tu ne crois pas en Dieu ?

Père Prosper, j'aimerais croire

À la Sainte Église et même au bon Dieu.

Enfin, si, presque, c'est-à-dire, peut-être…

 

 

 

 

 

Donc, Lucien l'âne mon ami, il te souviendra que notre Arlecchino, déserteur de son état, avait été proprement viré du château et de son titre ronflant de conseiller in teatro après avoir chu sur la scène et avoir ainsi montré son cul aux invités du Comte Wallenstein. Il avait touché son salaire et s'en était allé malencontreusement dîner à l'auberge, endroit où il fut reconnu par le capitaine Benda et n'eut que le temps de prendre ses jambes à son cou et de filer se réfugier chez les pères piaristes. Là, il avait circonvenu le Père Prosper et par d'étonnants mensonges, il avait obtenu un hébergement, au moins provisoire. On en était là.

 

 

Je m'en souviens très bien, dit Lucien l'âne.

 

 

Mais notre brave Arlecchino se retrouve ainsi dans une situation très périlleuse. Il ne peut sortir du couvent sous peine d'être reconnu à nouveau et arrêté comme déserteur ; puis sans doute remis sous l'uniforme, sans compter les sanctions qui le frapperaient. Et puis, c'est l'hiver – on est au début de janvier, ce n'est assurément pas le moment de filer sur les chemins de campagne et de dormir à la belle étoile. Il lui faut donc convaincre les Piaristes de le garder ; il essaye bien de faire croire à sa subite vocation… Mais c'est intenable. Cependant, le gaillard a plus d'un tour dans son sac et à bien réfléchir (la nuit porte conseil), il se résout à demander la confession.

 

 

La confession ? Et pourquoi ?, dit Lucien l'âne en dressant ses oreilles en points d'interrogation. Il faut me l'expliquer, absolument.

 

 

Alors, allons-y doucement. En premier, la confession est cette pratique catholique qui consiste à vider son sac dans l'oreille compatissante d'un prêtre. C'est une sorte d'autocritique.[[https://www.youtube.com/watch?v=W6GqCJEflxA&gl=BE]] Mais elle a ceci de très particulier, c'est que le prêtre est (en théorie) tenu au plus grand secret sur ce qu'il peut apprendre à l'occasion de cette confession et ne peut dès lors faire usage de ces informations à l'encontre de celui qui se confesse.

 

 

Et alors ?, dit Lucien l'âne un peu abasourdi. Ça le mène où notre Arlecchino de se confesser ?

 

 

Eh bien, ça lui permet de révéler sa situation réelle, celle de déserteur poursuivi et d'obtenir ainsi l'asile chez les Piaristes. Concrètement, dans la première partie de la chanson, il raconte au Père Prosper des histoires de son invention ; dans la deuxième partie, il dévoile sous le sceau de la confession au même Père Prosper ses mensonges et lui révèle sa vérité de déserteur et la nécessité de le garder au moins pour l'hiver.

 

 

Bien, le voilà planqué… Quant à nous, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce monde persécuteur, punitif, disciplinaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Content Maestro ? Le pain est bon ?

Pain au cumin, malaxé à la main

Et cuit au four de grand matin.

Pain quotidien et puis, confession.

 

Père Prosper, père prieur

Abracadabra, hardi mon gars !

Raconte donc l'attentat

Invente, invente, n'aie pas peur !

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

Père Prosper, Tchèque, je suis

Tuer Bonaparte, je fus à Paris

Mais on n'a pas réussi

Alors, je suis revenu ici.

 

Je vous parle de ma mère, Père Prosper

Un noble dame d'ici qui avait fauté

Je suis l'enfant de cette illégitimité

Il faut me cacher pour l'honneur de ma mère.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Appelez-moi, Matthias, je n'ai plus de nom

Gardez-moi dans cette sainte maison

Jusqu'à la fin de mes jours, sans rémission.
Le Père recteur n'y voit pas d'objection.

 

Matthias, c'est le matin

La clochette sonne l'heure

Il est cinq heures

Le jour s'en vient

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Montreur de marionnettes, funambule,

J'ai dansé avec un ours, j'ai mendié, moi.

J'ai vagabondé, j'ai volé à l'église.

Parfois, je vois Dieu danser sur le toit.

 

 

Que dis-tu ? Tu ne crois pas en Dieu ?

Père Prosper, j'aimerais croire

À la Sainte Église et même au bon Dieu.

Enfin, si, presque, c'est-à-dire, peut-être…

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Père Prosper, naguère

Vous me donniez du maestro, de l'expert.

Je vous ai menti, la belle affaire.

Et puis, que puis-je faire ? C'est l'hiver.

 

Mon père est mort avant cinquante ans,

Il me reste à peine huit ans.

Par force, je suis un Arlequin maintenant.

Je repartirai au printemps.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 
 
 
La Confession d'Arlequin
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Marco Valdo M.I.
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 21:17

LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI

 

Version française – LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La ballata di Piero dei fossi – Pino Bertelli -

Texte de Pino Bertelli
Musique de Massimo Panicucci

 

Dans cette longue ballade de l'anarchiste Pino Bertelli, on parle de Piero Ciampi, de Livourne et de beaucoup d'autres choses. Pour le reste voir le CCG blog. [RV]



 

Les chiffonniers, les solitaires et les poètes,

Les voleurs, les putains et les différents,

 

 

 

à Piero Ciampi,
anarchiste de Livourne, qui a chanté l'amour, la liberté et l'anarchie comme jamais personne

 

 

I

 

Piero des Fossi
La Livourne populaire et corsaire te pleure
Et le vin chaud des vieux matelots
Te mène sur les quais de Venezia Nuova.

 

Les chiffonniers, les solitaires et les poètes,
Les voleurs, les putains et les différents,
Les esprits gentils et forts des « presque adaptés »
Aux espoirs en fleurs t'aiment encore.

 

Piero des Fossi
Ange triste, inquiet et rageur
Qui chante les histoires de celui qui n'a pas de voix,
Des exclus, des derniers, des âmes en croix,
Le souffle de tes pas s'enfuit
Par-dessus le ciel du port et des bombes de 43
Jusque dans ces tavernes qui sentent le cigare
Et le poisson bleu jeté sur le feu.

 

Piero des Fossi
Toi qui aimais les bouches rouges en amour
Et ces bas noirs avec leur couture tordue
Et les talons aiguilles du Marché Américain.

 

L'amitié ensorcelée des bains nus sous la lune
Les fêtes aux Scali Olandesi, aux Bottini dell’Olio
Et les courses sur les plages l'hiver pour voir les bateaux ivres
De lumières, de blues et d'esclaves enchaînés.

 

Piero des Fossi
C'est là qu'ont été abolies la torture et la peine de mort ;
C'est là que chaque exilé ou errant a son cimetière de roses
Et chaque hérétique évangélique son île enchantée.

Là où même les lépreux ont eu un père ;
Là où chaque homme trouvait un toit de rouges espoirs
Quand les barricades étaient faites de charrettes, de tables et de lits
Et les femmes jouaient à cache-cache dans le bois avec les soldats.

 

Piero des Fossi
Toi qui jouais aux cartes au « ciuco » avec les scaphandriers
Et les Quatre Mori dans les cabines dévergondées des Pancaldi
Quand l'Amerigo Vespucci emportait dans ses cales

Les mains coupées de Victor Jara liées à un grain de sable
Et l'asthme libertaire d'Ernesto « Che » Guevara, et un chanteur
Des déshérités disait qu'il ne naît rien des diamants 
Et que du fumier naissent les fleurs des humiliés et des offensés
Piero des Fossi
La vision en transparence de tes marranes de lumière
Laissait au dernier refuge des tyrans d'une époque en armes
Le langage oublié des camarades de rue

 

À tous ceux qui sont morts pour une bonne nouvelle,
Qui ont connu la prison et la mise au ban
En échange d'une existence plus juste et plus humaine
Où chacun est roi car personne n'est esclave.

 

Piero des Fossi
Tu nous as enseigné qu'il ne suffit pas de regarder ensemble
Dans la même direction, il faut aussi abolir les différences
Et construire une spiritualité de l'écoute et du geste

 

Notre recueillement et notre respect te sont dédiés
Et dans les yeux grand ouverts dans la nuit qui adoucit les choses
Tu as fait de la ruine d'une culture sans amour

Les meilleures années de notre vie

 

 

II

 

Piero des Fossi
Ta musique juive, française ou africaine
Glissait sur les fraises au rhum et les baisers à la neige
Sur les murs jaunes ou dans les marrons chauds de fous incompris

 

Il y a le cœur volant des rebelles dans tes chansons, 
Les prostituées, les mauvais garçons à la station
Et les huîtres, la morue séchée, le cacciucco et la faim de l'océan
Qui amène les baleines à s'enliser à la bouche du fleuve

 

Piero des Fossi
Tu te perdais dans l'odeur de pétrole du cinéma désert
Avec les secrets des enfants avec des poux sur la tête
Et tu attendais derrière le fanal la tombée oblique du soir.

 

Là où les princesses de la nuit bleue
Sont des garçons de bourg, de caves, de trottoir
Qui dansent la Violetera avec un prêtre ouvrier
Entre le sable de Tirrenia et le « ponce » de terres lointaines.

 

Piero des Fossi
C'est le bonheur d'une société sans saints ni héros
Qui reste en mémoire dans ce que tu as écrit, rêvé
Et répandu dans les innocences des hommes et des femmes.

 

Tu connaissais sans savoir ce qui est donné aux êtres spéciaux
Tu connaissais aussi l'oubli de la douleur et tu pleurais tout seul
Parmi les marchands de café et les barbares aux moustaches de carton
Qui descendaient des blancs voiliers de partout.

 

Piero des Fossi
Dans les cornemuses désespérées de ton noble sourire,
Dans tes silences déchirés des pluies d'été,
Tu as recueilli l'instant des francs-tireurs.

Tu as donné aux conspirateurs de l'égalité
La richesse vive de quelque chose de grand et de beau
Qui déjà existait chez les vagabonds de l'arc-en-ciel
Et dans la fraternité sans barrières des pauvres du monde.

 

Piero des Fossi
Jamais l'aube n'est si proche que lorsque la nuit se dénoue
Dans les bras des amants ou dans le droit d'avoir des droits
Où les chemins se croisent sans jamais se confondre.

 

C'est à partir de l'accueil et de l'hospitalité
Que chacun devient signe, pont, champ de blé,
Là où même ce qu'on oublie revient et efface
Le reflet que chacun donne au spectacle de soi.

 

Piero des Fossi
Tu parlais de tant de gens qui chaque jour meurent
Sans connaître l'amour et tu distillais dans le temps
Ce malheur merveilleux et étranger à soi-même

 

Comme l'eau sauvage plus éternelle que la pierre
Qui coule sur les grilles de fer-rouillé des Dominicains
Ou dans les chambrettes silencieuses, presque vides du Paradisino
Où les maîtres ont la voix et les caresses des fées.

 

 

III

 

 

Piero des Fossi
là sous le pont de marbre, parmi des rames, des ancres et des cordages
Les chiens errants qui te léchaient le sang du museau
Sont là couchés dans ce coin entre les filets et les chaînes

 

Tu es allé à la rencontre à l'aube des poètes
Sans épée ni drapeau, pour connaître le souffle
De la vie avec les ailes, qui vend l'âme au diable
Entre les clowns de Mascagni et les bandes partisanes.

 

Piero des Fossi
Tu criais avec les clochards de la rue Grande
Et le fou de Rodez que- « vivre est se surpasser soi-même » -
C'est le désir qu'on pousse jusqu'où la passion s'enflamme

 

Ta faim de beauté, tu l'as laissée sur la table des justes
Et si les opprimés de la planète bleue se rendaient compte
Qu'il y a des hommes et des femmes qui respirent les étoiles,
Il y aurait la rébellion de la joie dans les rues.

 

Piero des Fossi
Les vrais artistes ont existé seulement dans les cloîtres
Et ce sont eux qui ont offert à chacun
L'imagination du magique et du prophétique

 

Le cœur n'a pas besoin d'apprendre pour grandir
Et les enfants n'ont pas besoin de contes pour être heureux.
Tous les grands ont été des enfants, au moins une fois,
Mais peu d'entre eux s'en souviennent -, disait le Petit Prince.

 

Piero des Fossi
Tu avais sur toi l'odeur du génie sans frontières.
Aventurier de l'âme et déserteur d'écoles,
Tu dansais aux bras de la douleur et de la stupeur d'exister

Même les coups de fouet d'amours vécues ou défleuries,
Tu les portais imprimés comme des marques sur ta peau.
Ta folie était un acte de suprême créativité
Et tu laissais mourir les stupides en paix.

 

Piero des Fossi
Tu as été pauvre en tout mais pas en dignité.
Tu as chanté une mer au milieu des terres
Et les voies lactées des rencontres nomades.

 

Tu as ouvert une route à travers le désert des idées.
Il y a un temps pour un silence et temps pour les mots
et le chant qui donne le nom à la terre chantée
Continue d'exister dans l'imaginaire des peuples

 

Piero des Fossi
Dans ta ville de sel même le dernier des Mohicans
Raconte tes utopies d'amitié, de liberté et d'amour
Et là où le jour mange le crépuscule et naît le vent,

 

La flamme de la bougie danse avec les lucioles de mai
Et l'imagination descend dans les rues avec la poésie
Où ton égal qui est dans l'autre de tes rêves extrêmes
Est devenu le jardin enchanté des rêves de beaucoup…

 

Piero des Fossi
Tu riais des dames nues des calendriers parfumés des coiffeurs,
Tu savais que l'oubli du cœur réunit les dissemblables
Détruit les formes, les vieilles valeurs et modifie les lieux.

 

… portons des lis des champs et des baisers au parfum de myrte
Aux anges tombés de notre mélancolie bleue
Car les vraies, les seules utopies amoureuses que nous avons connues
Sont celles que nous avons perdues, que nous ne perdrons jamais plus…

 

 
LA BALLADE DE PIERO DES FOSSI
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Marco Valdo M.I.
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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 16:03

NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS

 

Version française – NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Non siamo tutti eroi – Piero Ciampi – 1962

 

 

 

 

Ainsi chantaient les héros

Parmi les vols de vautours

 

 

 

 

 

« Ce que vous êtes nous avons été,
Ce que nous sommes vous serez,
Si vous y arrivez. »

 

Ainsi chantaient les héros
Parmi les vols de vautours
Et des arcs-en-ciel rouges
Paraissant des cimeterres.
Un berger placide qui passait par là
Abandonna ses chèvres pour se joindre aux héros.

 

Et si vous passez par là, vous pourrez encore voir
Ce pauvre berger qui cherche ses chèvres
Et dit à son mâtin et à chaque pèlerin :
« Dans cette vie, nous
Nous ne sommes pas tous des héros. »

 

 
NOUS NE SOMMES PAS TOUS DES HÉROS
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Marco Valdo M.I.
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 16:55

La Pécheresse aux jolis doigts

 

Chanson française – La Pécheresse aux jolis doigts – Marco Valdo M.I. – 2015

 

ARLEQUIN AMOUREUX – 7

 

Opéra-récit historique en multiples épisodes, tiré du roman de Jiří Šotola « Kuře na Rožni » publié en langue allemande, sous le titre « VAGANTEN, PUPPEN UND SOLDATEN » – Verlag C.J. Bucher, Lucerne-Frankfurt – en 1972 et particulièrement de l'édition française de « LES JAMBES C'EST FAIT POUR CAVALER », traduction de Marcel Aymonin, publiée chez Flammarion à Paris en 1979.

 

 

 

Cette Maria de Magdala,

Santa Maria Maddalena,

Cette pécheresse aux jolis doigts,

C'est toi, Arlecchina !

 

 

Je pense avoir déjà dit que notre déserteur, notre Arlequin amoureux n'avait que de brèves rencontres avec son Arlecchina, laquelle suit son théâtre ambulant. Il ne la voit que très rarement et entretemps, il y rêve. Mais pour donner un peu de consistance à ces égarements songeurs, il s'est procuré une image, un portrait de sa belle. Ce portrait est une pièce de toile peinte qu'il a découpée d'un tableau qui portraiture une femme dont Arlecchino dit qu'elle est la représentation exacte de son amoureuse, Mademoiselle La Tournesse.

 

 

C'est bien possible…, dit Lucien l'âne un peu interloqué.

 

 

Bien sûr, mais il se trouve que ce n'est pas n'importe quel portrait de femme. Il s'agit d'une Marie de Magdala, d'une Marie Madeleine – celle qui exerça le métier de femme qu'on appelle « le plus vieux métier du monde », autrement dit le mariage multiple et tarifé, Marie Madeleine qui, selon « L'Évangile selon Jésus-Christ » (O Evangelho Segundo Jesus Cristo) que transcrivit José Saramago, séduisit Jésus Christ, lequel l'épousa et lui fit beaucoup d'enfants et de ce fait, ne s'en fut pas mourir sur le Golghota. Quant au tableau, il s'agit d'une copie d'un panneau de bois peint par le Perugino, dont je te rappelle qu'il fut un des maîtres de Raphaël ; panneau qui, à présent, se trouve à Florence dans la Galerie Palatine. Cette toile découpée, il l'emporte dans toute sa longue fuite, roulée au fond de son sac, la sortant et la dépliant avec précaution, il contemple ce visage craquelé comme un amoureux regarderait la photo de sa bien-aimée. Dans ces moments-là, il entretient avec elle un étrange commerce ; il mène de longues conversations ; il brise sa solitude et trouve auprès d'elle la force de poursuivre son chemin.C'est son talisman et l'incarnation de sa liberté. Elle lui tient chaud au cœur et il en a bien besoin, lui, l'éternel persécuté.

 

 

Sais-tu quoi, Marco Valdo M.I. mon ami ? Cette Arlecchina, La Tournesse ou tout autre nom dont on pourrait l'affubler, elle me fait penser à la Dulcinée du Toboso, la toujours lointaine et fantasmagorique compagne et inspiratrice de Don Quichotte, alias Alonso Quichano 

 

 

Et à moi, Lucien l'âne mon ami, elle me fait songer à cette jeune personne pour qui, selon la légende colportée depuis des siècles, tu cherches depuis si longtemps des roses. En réalité, comme toujours dans un univers romanesque ou poétique, et parfois même dans la vie de tous les jours, les événements, les choses, les personnages ont plusieurs rôles à la fois. Ainsi, il me paraît que La Tournesse, actrice de son état, par une sorte de transmutation s'inscrit dans le portrait de Maria Maddalena, et par une autre pirouette, se révèle n'être autre que la liberté que suit comme son ombre, notre déserteur.

 

 

N'épiloguons pas plus loin, Marco Valdo M.I. mon ami, et reprenons notre tâche cent fois, mille fois recommencée, et tissons le linceul de ce vieux monde persécuteur, effrayant, impitoyable et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Cette pièce de toile roulée

Au fond de la boîte à chaussures,

Cette peinture craquelée

D'une femme en petite fourrure,

 

Cette Maria de Magdala,

Santa Maria Maddalena,

Cette pécheresse aux jolis doigts,

C'est toi, Arlecchina !

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

Une copie certes tardive d'un tableau

Du maître de Raphaël, dit Perugino

Copie volée, sans valeur

Longtemps dans le sac du déserteur.

 

Mêmes traits, même figure ;

Joli menton, belle chevelure ;

Tes joues, tes yeux, tes paupières,

Tes lèvres à la saveur amère.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 

 

N'est-ce pas toi, le déserteur Matýsek,

Qui l'emmena dans ton bagage,

Tout au long de ton long voyage

Dans ton sac, bien au sec ?

 

Regarde-la, cette Madeleine

Que partout je promène,

C'est notre amour, Arlecchina.

Je ne pourrais me passer de toi.

 

 

Oui, Monsieur Po, oui, Monsieur Li,
Oui, Monsieur Chi,
Oui, Monsieur Nelle,
Oui, Monsieur Polichinelle.

 
 
 
La Pécheresse aux jolis doigts
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Marco Valdo M.I.
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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 20:50

    QUARANTE SOLDATS, 

 

QUARANTE SOEURS

 

 

Version française – QUARANTE SOLDATS, QUARANTE SOEURS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Quaranta soldati, quaranta sorelle – Piero Ciampi – 1971

Texte : Piero Ciampi

Musique : Gianni Marchetti

 

Sur la clairière en effet gisent

Quarante fusils 

 

 

Dans la clairière, quarante sœurs

Calmes prenaient leur quatre-heures
Leurs voiles candides se levaient au vent
Avec l'herbe heureuse du jeu plaisantant.

 

Un peu plus loin, quarante soldats
Nettoyaient absorbés leurs fusils
Tendaient le bras d'un geste précis
Serrant sur leur arme les doigts.

 

Un chasseur en plein délire
Tire un coup de feu et les fait fuir
Changeant le destin de quatre-vingts cœurs :
Quarante soldats quarante sœurs.

 

 

Sur la clairière en effet gisent
Quarante fusils et quelques cerises
Quarante soldats quarante sœurs
Fuirent ensemble chercher le bonheur. 

 QUARANTE SOLDATS,   QUARANTE SOEURS
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Marco Valdo M.I.
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