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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 21:27

ACHATS

 

 

Version française – ACHATS – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Einkäufe – Kurt Tucholsky – 1919

 

Publié – sous le pseudonyme Theobald Tiger – le 21 décembre 1919 sur “Ulk”, revue satirique berlinoise ( que les nazis fermeront en 1933, après plus de soixante ans de publication ininterrompue).

Musique : Hanns Eisler
Interprète : Ernst Busch in « Ernst Busch Singt Tucholsky Und Brecht – Deutsches Miserere »

 

 

 

 

Un cochon tire-lire rose et gras ?

 

 

Tucholsky, évidemment, comment faire autrement ? Tu avais déjà donné une version française de ce Chant de Noël chimiquement corrigé [[46608]] d'Erich Kästner, qu'on apprend encore aujourd'hui en Allemagne dans les bonnes écoles. Deux journalistes, deux poètes, ceux-là. Ça ne m'étonne donc que très peu que tu les suives pas à pas.

 

 

Pour tout te dire, Lucien l'âne mon ami, j'aurais bien aimé les rencontrer en ces temps-là. Car de tels journalistes, aujourd'hui, je n'en connais pas et la chose, je pense, s'explique assez bien par l'évolution des journaux et autres grands médias. Il y a là une sorte de banalisation du monde et du discoursune sorte d'industrialisation du travail journalistiqueOn produit aujourd'hui de l'information comme on produit des vêtements au prix d'une standardisation renforcée et évidemment, au moindre coût. Les journaux de combat ont pour l'essentiel disparu au profit d'organes d'information, au sens orwellienMais le filon n'est pas épuisé pour autant ; les textes intéressants passent ailleurs. Heureusement ! La pensée ne peut jamais se soumettre ; elle glisse comme l'eau dans tous les interstices et comme l'eau, elle vient à bout de tous les obstacles. Dans ces Chansons contre la Guerre, par exemple. Bref, ils empruntent d’autres voies. Je nuancerais quand même ceci en disant cela : ni Tucholsky, ni Kästner ne publiaient dans la « grande presse » de leur époque. Ils empruntaient eux aussi déjà des chemins de traverse. Karl Kraus, un Viennois, tenait haut et seul son Fanal.

 

 

Arrête-toi là. Je connais tes admirations. Si tu continues, tu vas évoquer Günter Grass. Dis-moi plutôt qui est ce Michel et ce qu'il vient faire dans les chansons contre la guerre.

 

 

Lucien l'âne mon ami, je sais que ta question est purement rhétorique et que tu sais aussi bien que moi qui est ce Michel, car on en a déjà parlé ensemble. Néanmoins, précisons qu'il s'agit tout simplement de l'incarnation du petit peuple allemand, de l'Allemagne elle-même, de l'esprit national allemand ou quelque chose dans le genre ou même tout cela à la fois. Finalement, ça dépend des périodes, du contexte, de celui qui en parle. Ici, Tucholsky désigne le peuple allemand, un peuple allemand considéré comme un grand enfant qu'on peut manipuler, ce qui est effectivement le cas à ce moment où les forces politiques sont en pleine effervescence, où le pays est sous tension, où la violence domine les rues. On est en 1919, l'épisode révolutionnaire est passé, la République de Weimar s'est installée en août… On est à la veille de Noël … Et Tucholsky énumère avec ironie toutes sortes de cadeaux (à décrypter, ce qui demande de la réflexion, une connaissance de l'histoire allemande et sans doute un peu de recherche ; mais on n'a rien sans rien... ), c'est-à-dire qu'il énumère tout ce qui est à redresser dans le pays (et qu'on ne fera pas) et dénonce cette réaction déjà en place qui finira par asphyxier la République et qui fera le lit du régime nazi.

 

 

Me voilà servi. Au fait, j'ai depuis un bon bout de temps la sensation que cette République de Weimar avait quelque parenté avec l'Union Européenne… Quand on voit ce qu'ils font aux Grecs, par exemple [[41719]]. Pour le reste, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde répétitif, embourbé dans le trop, réactionnaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Que vais-je offrir au petit MichelPour cette fête de Noël glaciale ?Un bavoir Un ballon ?
Un coussin 
en caoutchouc qui ne perce pas ?
Une petite 
bougie de savon ?
Il n'a pas encore 
ça. Il n'a pas encore ça !

 

Choisirais-je la boîte de construction ?
Vais-je encore lui offrir du papier à lettres, des crayons ?
Un objet avec des touches noir-blanc-rouge ;
Un piano patriotique ?
Un conseil de guerre qui ne triche pas ?
Il n'a pas encore ça. Il n'a pas encore ça !


Lui offrirais-je un pot de chambre à roulettes ?
Offrirais-je un moratoire ?
Un cochon tire-lire rose et gras ?
Un joli crématoire miniature ?
Une nouvelle Cour suprême du Reich intelligente ?
Il n'a pas encore ça. Il n'a pas encore ça !


Ah, chers oncles, tantes, cousins –
Offrez-lui quelque chose. J'ai du mal à.
Vous êtes sérieux et malins,
Accrochez-les sous le sapin.
Mais ne lui offrez pas de Réaction !
Il a déjà ça. Ça, il a déjà !

 

 
ACHATS
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Marco Valdo M.I.
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5 juin 2015 5 05 /06 /juin /2015 21:20

ODE À ANATTORIA – UNE COLONNE DE CAVALIERS

 

Version française – ODE À ANATTORIA – UNE COLONNE DE CAVALIERS – Marco Valdo M.I. – 2015

 

d'après la version italienne de Gian Piero Testa de la version en grec moderne d' Odysseas Elytis d'une chanson grecque - Ο]ἰ μὲν ἰππήων στρότον (Ode ad Anattoria /Frammento 16 V.) – s.d.

 

 

 

Elle, dont je préfère la fière démarche

Et le lumineux visage ovale

Mille fois face à toutes les armes

 

 

 

 

 

 

 

Célèbre chanson de la poétesse de Mytilène Σαπφώ, de Sappho de Lesbos, qui vécut entre de VII et VIᵉ siècle (avant Zéro).
Que dire ? Qu'ajouter ? Dans une époque où dominait la musculature guerrière des mâles, Sappho avait osé en affirmer la vacuité, la bêtise, l'inutilité, l'absurdité face à l'Amour, qui est le seul à pouvoir donner un sens aux actions des hommes, à leurs vies.
Même cette grande « truie » d'Hélène, exemple commun d'adultère et de déshonneur familial et de cause de tous les maux, guerre comprise, est par Sappho non seulement réhabilitée comme victime innocente d'Aphrodite (alias Vénus, alias Cypris), mais montrée comme responsable de son choix, comme femme courageuse parce que libre dans le sentiment, « en naviguant jusqu'à Troie » en abandonnant aussi le « très excellent » Ménélas et toute autre affection pour s'unir à Paris, celui que l'Amour lui désignait.
Et comme pour Hélène, pour Sappho aussi, les guerres et « toutes les armes

Des Lydiens et des hoplites, fiers soldats » ne sont rien face à «  la fière démarche » et au « lumineux visage ovale » de l'aimée, maintenant lointaine, de sa disciple Anattoria…

 

 

Dis-moi, Lucien l'âne mon ami, toi dont tout le malheur – mais peut-être n'en est-ce pas un – disons, tout le destin a brutalement viré en des temps si anciens que je n'arrive même pas à les situer, toi qui traînas tes sabots tout autour de la Méditerranée et dans les monts lointains de l'Inde et de l'Afrique, toi qui as croisé tant et tant de gens et de gentes dames, n'aurais-tu pas croisé cette Sappho et cette Anattoria dont nous parle la chanson ?

 

 

Marco Valdo M.I. mon ami, si j'étais un être prudent et pusillanime, je prendrais la tangente et je te dirais tel un Normand : peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Je n'oserais l'affirmer, mon souvenir est vague, c'était il y a si longtemps. Mais je ne me chauffe pas de ce bois-là. Bien au contraire, l'âne que je suis a une mémoire d'âne, laquelle transcende les siècles. Tous comptes faits, il n'y a jamais qu'un peu plus de deux millénaires et demi que Sappho, Alcée et l'adorable Anattoria ont vécu à Lesbos, en Ionie. Et donc, non seulement j'en ai gardé la mémoire, mais je m'en souviens tant que j'en tremble encore. Imagine l'effet que pourrait te faire d'avoir porté – disons dans tes bras (moi, c'était à cru sur mon dos...), Sappho et Anattoria. Ce sont là des choses qu'on n'oublie pas. Jamais. Je te rappelle que je ne suis âne que par un maléfice, mais que mon cœur est celui d'un jeune homme d'à peine vingt ans… Je dis mon cœur, mais il te faut comprendre ainsi le lieu du sentiment, de l'émotion et de la pensée. Formulé différemment, je dirais : en moi-même, en mon être. Pour en revenir à ces souvenirs, il me revient qu'ensuite, j'emmenai Alcée en exil jusqu'en Égypte en passant par la Palestine avec mes sabots d'albâtre.

 

 

Et donc, te voilà bien placé pour apprécier cette chanson d'amour… Par ailleurs, tu le verras, une anticipation de ce slogan des années 60 du siècle dernier : « Make love, not war ». Tu verras, c'est un peu ça, mais évidemment en beaucoup plus poétique et chantant dans une haute musique.

 

Certes, « Faites l'amour, pas la guerre », j'aimerais bien moi… Mais dis-moi, ô dis-moi, Marco Valdo M.I. mon ami, où sont les roses qui me délivreront un instant, rien qu'une heure seulement ? Avant de conclure, laisse-moi égrener encore un bout de souvenance et te dévoiler combien la main de Sappho était caressante et celle d'Anattoria, douce et fragile. Laisse-moi te dire comme leurs voix aguichaient mes longues oreilles et réveillaient en mon corps d'étranges émotions. Avec ces femmes-là et ces regards-là, je me serais noyé dans leur éternité. Là-bas, Marco Valdo M.I. mon ami, tout n'était que beauté, calme et volupté  De quoi ne jamais regretter ma métamorphose… Quoique… Un heure seulement... Dès lors, reprenons ici notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde guerrier, matamore, priapique  et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Certains trouvent que sur notre noire terre Les cavaliers sont la plus belle chose ; D'autres, les matelots et d'autres, les hoplites ;

Pour moi non, c'est ce que chacun aime,
C'est chose facile à comprendre.
Ainsi Hélène à la beauté incomparable

Abandonna soudain son mari, homme remarquable

Et mit le cap sur Troie
Sans jamais se préoccuper ni de sa fille

Ni de ses parents ; le corps par l'amour comblé,
Elle était ensorcelée par Vénus. Ainsi pour un rien
Toujours incline femme ! Tant son cerveau est pris

Par ce qui dévore son esprit
Et ne voit pas plus loin !

Comme à présent Anattoria aussi
Qui s'en est allée loin de nous, oui,

Qui donc d'elle se rappelle ?

Elle, dont je préfère la fière démarche
Et le lumineux visage ovale
Mille fois face à toutes les armes

Des Lydiens et des hoplites, fiers soldats
À la bataille, mais je sais qu'on n’admet pas
Que d'une fortune sans temps nous espérions
Mais ne peut-on souhaiter juste un soupçon, 
Là où on ne l'attend pas.

 

 
 ODE À ANATTORIA – UNE COLONNE DE CAVALIERS
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Marco Valdo M.I.
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4 juin 2015 4 04 /06 /juin /2015 13:08

LA BOMBE CHINOISE


Version française – LA BOMBE CHINOISE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – L'atomica cinese – Francesco Guccini – 1967

 

 


En Mongolie occidentale est montée dans le désert ;
Une nuée de mort, un nuage spectral qui va,
Qu
i va, qui va !


Sur les champs de Chine, les temples et les rizières,
Elle survole le Fleuve Jaune, passe la muraille et va,
Et va, et va !


Sur les buffles qui ruminent, une civilisation séculaire,
Sur les drapeaux rouges, les portraits des prophètes,
Sur les portraits des seigneurs,
Sur les impassibles tombes des anciens empereurs.


Elle couvre un continent, court vers la mer,
Couvre le ciel aussi loin que l’œil peut voir, et va,
Et va, et va !

 

Sur le vol des mouettes qui tombent à la mer,
Sur les poissons qui flottent et couvrent la plage, et va,
Et va, et va !

 

Les pêcheurs lèvent les yeux vers le ciel si livide :
Les vagues semblent s'arrêter, on n'entend que le silence
Et de cadavres d'argent, les filets s'emplissent.


Puis les nues se cassent et la pluie lente tombe
Sur les toits des maisons, sur les pierres des routes,
Sur les arbres qui meurent, sur les champs qui se dessèchent,
Sur les petits des hommes, sur les troupeaux qui la boivent.
Sur les plages abandonnées, une pluie qui empoisonne,
Qui tue lentement, une pluie sans arc-en-ciel, qui va,
Qui va, qui va !

 

 
 LA BOMBE CHINOISE
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Marco Valdo M.I.
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2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 21:39

ALLEMAGNE

 

Version française – ALLEMAGNE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson allemande – Deutschland – Bertolt Brecht – 1933


Texte de Bertolt Brecht tiré de “Svendborger Gedichte”, recueil de poèmes écrit durant la première phase de son exil au Danemark – 1933-1938. 
Musi
que de Hanns Eislertiré de ‎‎“Deutsche ‎Symphonie op. 50 (1936-1958)”.‎

 

 

Ô Allemagne, blême mère !

 

 

D'autres peuvent parler de leur déshonneur,

Je parle du mien.

 


Ô Allemagne, blême mère !
Comme tu es assise toute sale
Parmi les peuples.
Parmi les taches
Tu t'étales.

 


De tes fils le plus pauvre
Gît crevé.
Comme sa faim était grande
Tes autres fils ont levé
La main sur lui.
Ça fit du bruit.

 

 

Avec leurs mains si haut levées
Levées sur leur frère
Avec insolence, ils tournent autour de toi
Et te rient au visage.
Cela se voit.

 

 

Dans ta maison,
On hurle haut le mensonge.
Mais la vérité, non !
On doit la taire.
Est-ce bien ainsi ?
Pourquoi les oppresseurs t'apprécient
Quand les opprimés t'accusent ?
Les exploités
Te montrent du doigt, et
Les exploiteurs louent le système
Instauré dans ta maison-même !

 


Et avec ça, tous te voient
Cacher le pan de ta jupe,
Ensanglanté du sang
De ton meilleur enfant.

 

 

Entendant les discours qui sortent de ta maison, on rit.
Mais celui qui te voit, du couteau se saisit
Comme à la vue d'un prédateur ennemi.



Ô Allemagne, blême mère !
Comme tes fils t'arrangent.
Te voila assise parmi les peuples
Une dérision ou une panique !

 

 

 
 ALLEMAGNE
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Marco Valdo M.I.
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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 20:39

LUCIOLES À LA FRONTIÈRE

 

 

Version française – LUCIOLES À LA FRONTIÈRE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Lucciole sul confine – Yo Yo Mundi – 1996

 

 

 

 

 

 

 


C'est une chanson relative au conflit bosniaque-bosniaque, au drame de ces peuples. Une chanson de paix et de douleur. Une chanson contre la guerre.

« La guerre comme 
bouleversement des rôles sociaux, religieux, ethniques et de cohabitation. Réfugiés sans plus de maison, sans plus de droits, avec un futur incertain de réfugiés à la recherche désespérée d'un Dieu auquel pouvoir avoir confiance. »
(notes de l'album)

 

 


Lucioles à la frontière même si nous nous tenons par la main,
C'est comme si nous nous sentions perdus et seuls.

 

Connais-tu une prière facile à se rappeler
Pour que je puisse continuer à raconter ?

 

Lucioles à la frontière

Et toutes vos promesses aveuglent l'espoir.
Une petite lumière volante en échange de la sueur,
De celui qui a une maison et sent les murs s'écrouler,
De celui qui ne veut pas partir et ment même à sa douleur.


Lucioles à la frontière

Apprends-moi une prière simple à se rappeler,
Parle-moi d'un dieu en qui je peux avoir confiance.

Apprends-moi une prière facile à se rappeler,
Parle-moi d'un dieu qu'il ne faut pas prier.

Apprends-moi une prière facile à se rappeler,
Parle-moi d'un dieu qu'il ne faut pas prier.

 

 
 
LUCIOLES À LA FRONTIÈRE
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30 mai 2015 6 30 /05 /mai /2015 17:48

 

 

LA SOLITUDE DE L'ABEILLE

 

Version française – LA SOLITUDE DE L'ABEILLE – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – La solitudine dell'ape – Yo Yo Mundi – 2008

Auteurs : Paolo E. Archetti Maestri - Alessio Lega

 

 

 

 


C'est l'histoire de l'abeille ouvrière

 

 

 

 

 

Rouge comme l'orange écrasée sur le mur
Assortie à l'idée
Solitaire et pourpre

Parfois tu entrevois le futur :
Seules dans la marée
Une étoile traîne
Et une abeille qui tâtonne
Sa ruche est une maison lointaine
Qu' un vent malveillant
A couvert de son désherbant
Des usines
Données à l'ennemi
De ces belles villes

C'est la solitude de l'abeille
Qui maudit son âge
C'est une habitude qui ouvre
Pour la vie des bribes de honte

C'est l'histoire de l'abeille ouvrière
Qui les ailes brûlées 
Pleure la solitude
Qui nous rend égaux
Tant qu'on peut parler d'unité.

 

 

LA SOLITUDE DE L'ABEILLE
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Marco Valdo M.I.
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 21:49

L'ENFANT DU MASSACRE

 

Version française – LE GAMIN DE L'ABATTOIR – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Il bimbo del macello – Yo Yo Mundi – 1994

 

 

Des jeunes veaux en file indienne, très inquiets

 

 

Le sang sur les mains et les crochets pendus au soleil de banlieue,
Les grands yeux des bêtes qui ne reverront pas le ciel,
Je suis assis sur le ballon à cerner le sens de l'odeur âcre
Dégagée par les cheminées fumantes.


Combien de pourquoi je laisserai sans réponse ;
Je n'aurai aucune pitié, j'y suis habitué : le gamin de l'abattoir.


Des jeunes veaux en file indienne, très inquiets
De la photographie de leur dernier meuglement sur des boîtes de fer
Ne veulent pas entrer dans les salles aseptiques.
Sans doute savent-ils qu'ils n'en sortiront jamais.


Combien de pourquoi je laisserai sans réponse ;
Je n'aurai aucune pitié, pour ceux comme vous : 
Le gamin de l'abattoir.

 

 
L'ENFANT DU MASSACRE
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Marco Valdo M.I.
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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 19:37


ATTENDS-MOI 


Version française – ATTENDS-MOI – Marco Valdo M.I. – 2015

à partir de la version allemande de Klara Blum d'

 

Chanson russe Жди меня и я вернусь de Konstantin Simonov / Константин Михайлович Симонов – 1941

 

 

 

 

Valentina et Constantin réunis

 

 


Attends-moije reviens,Mais attends bien.
Attend
squand la pluie tombeJaune, drue et maussade.

Attends, quand la tempête de neige fait rage,
Quand l'été cogne.
Attends, quand les autres
Depuis longtemps se sont lassés attendre.
Attends, quand de ce pays lointain
Aucune lettre ne te parvient.
Attends, jusqu'à ce que rien
N'égale ton attente.



Attends-moi, je reviens,
Écoute froide et fière.
Quand le mêle-tout déclare : 
« Tu attends inutilement ! »
Quand les amis fatigués d'attendre
Portent déjà mon deuil,
Quand pleurant assis à la fenêtre
Mère, fils, frère,

Pensant à moi comme à un mort
Boivent le vin amer.
Toi ne bois pas – attends encore 
Courageuse, forte, seule.



Attends-moi, je reviens.
Oui, je brave le destin,
Qui cent fois, mille,

Jour et nuit me menace.
Pour la liberté de mon pays
Combattant, je le sens, je le vois
Comment dans le combat
Ton attente me protège.
Ce qui me retient à la vie,
On le sait toi et moi :
Il n'y a que toi, qui pourras, 
Comme personne, m'attendre.

 

 

 

 
ATTENDS-MOI
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28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 14:05


MAIS À STALINGRAD : NON !

 

 

Version française – MAIS À STALINGRAD : NON ! A – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Chanson italienne – Ma a Stalingrado no ! – Yo Yo Mundi – 2005

 

Tu es le berger des âmes...

 


15 janvier 1945 : 13 partisans de la Brigade Tom de Casale Monferrato sont assassinés. 15 janvier 2005, à soixante ans de distance, « Yo Yo Mundi » sur la loge du théâtre du XVIIIe siècle de Casale donnent vie, avec d'autres musiciens et des voix de Fabrizio Pagella et de Giuseppe Cederna, en un récital-concert, justement à cette histoire,
13 partisans, 13 musiciens sur la 
scène, étranges coïncidences !
« Résistance », un double cd, précieux témoignage audio et 
vidéo de comment pour « Yo yo mundi » la musique toujours été et doit continuer à être : un véhicule de culture, de mémoires, de souvenirs, d'histoires et de poésie.

 

« Merci, maintenant et toujours, à tous les hommes et les femmes qui ont vécu ces années de lutte et d'espoir et qui ont lutté – au prix de leur vie – pour libérer l'Italie du fascisme et des nazis. Merci à tous ceux qui continuent à lutter pour les mêmes idéaux contre les nouveaux fascismes ». Ainsi lit-on dans les premières pages du petit livret très soigné, pendant que du lecteur cd commencent à se répandre les premières notes du concert, qui s'ouvre sur un fragment de la poésie « Partigia » de Primo Levi.
L'une après l'autre, les plages du cd se laissent écouter sans nul besoin de commentaires, parce que chaque mot pourrait sembler inutilement et irrémédiablement déplacé.


La musique de Yo Yo Mundi voyage en équilibre instable entre la chanson d'auteur et les ambiances liées à la musique populaire et acoustique faite d'accordéons, guitares, violons et percussions. Parmi les morceaux plus beaux du cd, on remarquera « Eurialo et Niso » ballade écrite par Massimo Bubola, « Brigade Partisane Alphaville », et « Le dernier témoin ». À signaler en outre « Mais à Stalingrad non ! » fragment, inséré dans le concert, tiré d'un vieux vinyle des « Lettres de Stalingrad » avec la voix d'Arnoldo Foà, et enfin une nouvelle version, presque rock de « Bella ciao ».

 


Lettre de Stalingrad

 


Tu es le berger des âmes, père, et dans l'ultime lettre, on dit seulement la vérité, ou bien ce qu'on considère vrai.

J'ai cherché Dieu dans chaque trou, dans chaque maison détruite, dans chaque coin, dans chaque camarade, quand j'étais dans la tranchée, et dans le ciel.

Dieu ne s'est pas montré, quand mon coeur criait après lui.

Les maisons étaient détruites, les camarades étaient trop héroïques ou aussi lâches que moi; sur la terre, ce n'était que faim et homicide et du ciel tombaient les bombes et le feu.

Seul Dieu n'y était pas. Non, père, il n'y a aucun Dieu.

Je l'écris à nouveau, et je sais que c'est une chose terrible et pour moi irréparable. Et si vraiment il doit y avoir un Dieu, c'est seulement chez vous, dans vos livres de psaumes et dans vos prières, dans les pieux mots des prêtres et des bergers, dans le son des cloches et dans le parfum de l'encens.

Mais à Stalingrad, non !

 

 

 
 MAIS À STALINGRAD : NON !
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27 mai 2015 3 27 /05 /mai /2015 21:07

FEMMES AUX GRANDS YEUX

Version française – FEMMES AUX GRANDS YEUX – Marco Valdo M.I. – 2015

Chanson italienne – Donne dagli occhi grandi – Yo Yo Mundi – 1996

 

 

 

 

Ce sont les femmes aux grands yeux

Que nous nous obstinons à ne pas comprendre

 

 

 

 

 

 

Elles collectionnent les regards et certaines fragrances
Et la mémoire se fait légère,
Les parcours deviennent limpides et étendus et les mots récits
grâce aux expressions du visage, et puis,
Ces récits presque légendaires
Vécus par de petites ouvrières, pauvres et sans défense.

 

Ce sont les femmes aux grands yeux
Que nous nous obstinons à ne pas comprendre,
Avec leurs histoires de femmes aux grands yeux
Que certains hommes ne veulent pas entendre.

Et ces yeux ressemblent à des lacs gelés

Entre montagnes et reflets
Ce sont des propos distillés par l'envie
Il y a tant de courage
dans les silences profonds comme les valises de l'exil
Avec au cœur, le songe
Et puis que reste-t-il ?

 

Ce sont les femmes aux grands yeux
Que nous nous obstinons à ne pas comprendre,
Avec leurs histoires de femmes aux grands yeux
Que certains hommes ne veulent pas entendre.

Ce sont les femmes aux grands yeux
Que nous nous obstinons à ne pas comprendre,
Avec leurs histoires de femmes aux grands yeux
Que certains hommes ne veulent pas entendre.

 

Ces yeux tant désirés et trop de fois abandonnés.

FEMMES AUX GRANDS YEUX
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