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9 janvier 2016 6 09 /01 /janvier /2016 22:21

LE CHANT DES LOCATAIRES

 

DÉDIÉ AUX EXPLOITÉS

 

 

 

Version française – LE CHANT DES LOCATAIRES – Marco Valdo M.I. – 2016

(À chanter sur la musique de l’hymne à Garibaldi).

 

Chanson italienne - CANTO DEGL’INQUILINI, DEDICATO AGLI SFRUTTATI – ANGELO GALLI - 1906

(Da cantarsi sulla musica dell’inno a Garibaldi).

 

 

 

 

 

Il y a parfois de ces choses étranges et parfois surprenantes, de stupéfiants détours qui nous entraînent en des lieux inconnus, à découvrir de magnifiques raretés. C’est un des charmes de cette aventure d’errance dans le labyrinthe des chansons. Et c’est ce qui m’est advenu l’autre soir en cherchant des renseignements à propos de l’anarchiste Galli, dont Carlo Carrà fit en 1911 un tableau (depuis lors devenu célèbre) qui représentait ses funérailles. J’ai été amené à cette découverte – une merveilleuse rareté – en faisant la version française de la « Ballata per un ferroviere » (LA BALLADE DU CHEMINOT) [[3075]].

 

 

« I funerali dell’anarchico Galli » 

 

 

 

 

Je me souviens très bien de cela et du tableau d’Enrico Baj, qui illustre notre discussion, notre dialogue, prétexte à mille supputations et à d’infinies digressions de ta part.

 

Soit, je digresse, mais en cela j’ai de grands prédécesseurs, à commencer par Lucien. J’y ajouterais Cervantès, Rabelais, Montaigne, Sterne (surtout), Diderot, Voltaire, Günter Grass et sans doute bien d’autres. À propos de digression, en voici une qui m’a tout l’air d’être née de cette maïeutique qui nous est propre. Je m’explique. La « Ballade du Cheminot » nous a conduits à considérer le destin de Giuseppe Pinelli ; arrivé là, je voulais (et j’y tiens assez) illustrer notre réflexion par une image, j’ai trouvé pour ce faire le tableau d’Enrico Baj dont le titre était pour moi un véritable signal, qui me renvoyait bien des années en arrière. « I funerali dell’anarchico Pinelli », ce titre était pour moi éclairant de ce que pensait Enrico Baj à propos de la mort de Pinelli. En choisissant ce titre pour son tableau, plutôt inspiré du Guernica de Picasso, il signifiait qu’il était persuadé que Pinelli avait été suicidé lors de son séjour à la questure de Milan. Ce tableau m’apparaissait immédiatement comme une accusation de 36 m².

 

Mais Marco Valdo M.I., comment peux-tu prétendre ça ? Tu en as parlé à Enrico Baj ?

 

Absolument pas. Mais le titre renvoyait à cet autre tableau qui portait au nom près le même titre : « I funerali dell’anarchico Galli » et donc, à la mort d’Angelo Galli, qui avait été assassiné par un sbire. Par parenthèse, il existe aussi une musique expérimentale de Massimo Croce qui s’intitule de la même façon : « I funerali dell’anarchico Galli » (http://freemusicarchive.org/music/Massimo_Croce/Luigi_Russolo_Tribute/SFIRE011_04_-_Massimo_Croce_-_I_funerali_dell_anarchico_Galli_vbr). J’en viens maintenant à la rareté dont je te parlais en commençant. Dès le moment où je me suis intéressé à la vie d’Angelo Galli, à chercher des éléments le concernant, sa photo, par exemple. C’est en faisant cette recherche que j’ai trouvé une carte postale où figuraient la photo de Galli et une chanson qu’il avait écrite et qui avait été publiée peu après sa mort dans le journal « Grido della Folla » (« Cri de la foule ») du 29 juin 1906. C’est cette chanson, la rareté que je propose. C’est une chanson typiquement anarchiste, car elle s’en prend avec virulence aux propriétaires. Souviens-toi de Pierre-Joseph Proudhon qui disait : « La propriété, c’est le vol ». C’est le thème de la chanson dont le titre est sans équivoque : « Chant des locataires, dédié aux exploités ». Je te laisse découvrir le détail, mais grosso modo, elle dit que par les loyers, les locataires, surtout quand il s’agit de gens pauvres et de logements miteux, travaillent pour entretenir les propriétaires.

 

C’est, en effet, souvent le cas, dit Lucien l’âne en se raidissant.

 

C’est souvent le cas, en effet. Mais la chanson de Galli ne fait pas que dénoncer les infâmes pratiques des propriétaires, elle revendique également que, puisque les maisons sont payées par les locataires, elles leur reviennent de plein droit. « Les maisons sont à nous », tel aurait pu être le titre de la chanson.

 

En fait, on est pile-poil au cœur d’une des formes de la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants (et les propriétaires) font aux pauvres afin d’étendre leurs propriétés, d’accroître leur fortune, de renforcer leur domination et de parfaire l’exploitation. Cela dit, voyons donc la chanson et ensuite, comme elle, comme Angelo Galli, comme Enrico Baj, tissons le linceul de ce vieux monde propriétaire, voleur, menteur, tricheur, exploiteur, criminel et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Les portes s’ouvrent, les exploités fatigués,
De leur nouveau droit se lèvent armés

Et, serrés en un faisceau, rappellent l’histoire
L’amour, l’honneur – de l’Italie et la victoire.


Les maisons d’Italie sont faites pour nous

Criaient, en combattant, en mourant, les héros
Qui mirent en fuite les insatiables étrangers. 
Seigneur pansu, où étais-tu alors ?

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.


Ces forts mourront, resteront les demeures,
L’étranger fuit, mais le voleur est resté,
Et, oubliant les héros, triste propriétaire,
Il exige de nous – un loyer plus élevé.


Les bêtes ne payent pas, les oiseaux ne payent pas,
Les poissons ne payent pas,

Et nous, nous rebelles devons te payer la dîme haïssable,
L’infâme tribut – cruel propriétaire ?

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.

À nos enfants, tu refuses un abri :
Par toi sans pain, par toi sans-logis
Ils seraient nus, et par toi, dans la rue,
Pour dire ce qu’elle est – l’autel des riches.


Depuis des siècles peut-être te fut déjà payé
Le sombre taudis par toi mis e location,
L’étroit atelier, la modeste maison,
Mais le peuple se rebiffe – il ne veut plus payer.

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.

 

C’est vrai : les artisans qui avaient fabriqué
Les maisons que tu exploites, tu les as sans doute payés ;
Mais seulement une fois, le travail fourni
Qui créa ton trésor – croissant toujours plus.
Mais nous sommes forts de notre droit,
Cynique propriétaire : « Te payer est un délit ;
Allons, totalise bien les loyers reçus
Tu verras que les propriétaires – c’est nous, ce n’est pas toi.

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.

 

Allons, calcule aussi les entretiens,

Les locations perdues, les impôtsô propriétaire ;

Les comptes bien faits, tu verras que les locataires
Comme des animauxtravaillent pour toi
Le sol usurpé sur lequel tu 
bâtis,

Le droit de gens exploités que tu omis,

En faisant tes comptes, pensant bien
qu’éternel serait le gouvernement – du pape, du roi.

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.

 

La terre est à tous : ce sol usurpé.
Qu’il soit même vendu par des aïeux ou acheté,
Pour mille raisons, revient de droit, 
Aux premiers propriétaires – et à nous reviendra.
C’est nous ta force, c’est nous les locataires
Qui emplissons ton coffre de tant de sous ;
C’est nous qui montons la garde à ta banque
Et le pain nous manque ; – qui ne le sait pas déjà ?

 

 

Dehors, propriétaire, sors de chez moi ;
À toi le loyer – personne ne payera.

LE CHANT DES LOCATAIRES
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Marco Valdo M.I.
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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 21:51

BALLADE POUR UN CHEMINOT

Version française – BALLADE POUR UN CHEMINOT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Ballata per un ferroviere – Gruppo sei Genova – 1970

 

 

 

« I funerali dell’anarchico Pinelli » 

 

 

 

La "Ballata per un ferroviere"est une chanson écrite et enregistrée sur un disque 45 tours du poète et parolier génois Riccardo Mannerini, ami de Fabrizio De André.

Composée en 1970, elle fut enregistrée par Mannerini avec le Gruppo 6 de Gênes.


Le morceau raconte l’aventure humaine – jusqu’à sa mort dramatique suite à une chute par la fenêtre de questure de Milan, où il était retenu pour des vérifications – du cheminot anarchiste Giuseppe Pinelli, qui était soupçonné d’avoir participé à l’attentat à la Banca Nazionale dell’Agricoltura en décembre 1969.

Quoique en désaccord avec les thèses officielles, Mannerini rapporte le fait que Giuseppe Pinelli n’est pas mort de façon accidentelle, ni ne s’est suicidé. Ce disque racontant l’assassinat de Pinelli lors de son interrogatoire suscita un grand intérêt au niveau national et eut un grand écho dans la presse.

Cette chanson fut longtemps censurée et ne pouvait être transmise à la radio ou la télévision.

 

 

Ah, Marco Valdo M.I. mon ami, une chanson sur un cheminot, une ballade même, la chose n’est pas courante. Voilà qui m’intrigue fort. Sans doute, y a-t-il là un mystère, une raison particulière pour qu’on ait écrit une chanson à ce sujet.

 

En effet, Lucien l’âne mon ami, cette chanson été écrite à propos d’un cheminot, sans doute; mais surtout, à propos de son assassinat par les policiers qui l’interrogeaient à la questure de Milan à la Noël 1969. Ce cheminot s’appelait, retiens bien son nom, Giuseppe Pinelli, c’était un homme tranquille, qui avait des idées libertaires et de ce fait, était très mal considéré par les « autorités ».

 

Jusque-là, rien que d’ordinaire ; les libertaires sont toujours très mal considérés par les « autorités ».

 

Et précisément, selon ces mêmes « autorités », il se serait envolé par la fenêtre du bureau où un aimable commissaire lui faisait la conversation. Mais l’affaire ne s’arrête pas là, puisque le-dit commissaire, un certain Calabresi, finira lui aussi assassiné (le 17 mai 1972), le jour (coïncidence encore) du vernissage de l’exposition où Enrico Baj (https://fr.wikipedia.org/wiki/Enrico_Baj) présentait son tableau « Les funérailles de l’anarchiste Pinelli », un tableau monumental de 12 mètres de long sur trois mètres de haut pour lequel était prévue une salle spéciale au Palazzo Reale de Milan. Tout comme on (les « autorités ») avait censuré la chanson « Ballata per un ferroviere », on ferma l’exposition et il faudra attendre 40 ans pour qu’en 2012, le tableau soit présenté au public dans ce lieu conçu pour lui. Entretemps, il avait connu d’autres salles dans d’autres villes dans le monde. Je t’en dirai quelques mots de plus si tu le désires, car l’histoire de ce tableau est plus complexe qu’il n’y paraît.

 

Évidemment que je le souhaite d’autant plus que j’aime assez ce que fait le peintre Enrico Baj, qui était – comme toi, très proche de la revue Phantômas, de ton ami Théodore Koenig.

 

Dès lors, allons-y. Et pour satisfaire ton penchant à me demander des explications à partir du titre, je vais commencer par t’indiquer le titre exact de ce tableau de Baj, lui-même anarchiste et milanais, à savoir : « I funerali dell’anarchico Pinelli » (« Les funérailles de l’anarchiste Pinelli ») et ce titre n’est plus que certainement pas fortuit. C’est sans aucun doute une référence directe à un autre tableau du peintre futuriste italien Carlo Carrà, dont le titre était très exactement : « I funerali dell’anarchico Galli » (« Les funérailles de l’anarchiste Galli »), peint en 1911. Si le tableau de Baj renvoie à celui de Carrà, c’est parce qu’il s’agit, dans les deux cas, de l’hommage à un anarchiste assassiné par des gens du pouvoir. Dans le cas de Carrà, l’assassinat de Galli eut lieu lors d’une grève générale, déclenchée suite à un premier massacre perpétré par la Garde Royale qui avait tiré dans la foule le 6 mai 1906. Angelo Galli, anarchiste, participait à cette grève et organisait un piquet devant une usine quand il fut poignardé par un sbire. Le 13 mai, lors de ses funérailles, les carabiniers à cheval vont charger le cortège en frappant tout sur leur passage, y compris les femmes et les enfants. Voici ce qu’en dit Carrà  : « Io che mi trovavo senza volerlo al centro della mischia, vedevo innanzi a me la bara tutta coperta di garofani rossi ondeggiare minacciosamente sulle spalle dei portatori; vedevo i cavalli imbizzarrirsi, i bastoni e le lance urtarsi, sì che a me parve che la salma cadesse da un momento all’altro e che i cavalli la calpestassero. Fortemente impressionato, appena tornato a casa feci un disegno di ciò a cui ero stato spettatore. Da questo disegno presi più tardi spunto per il quadro Il funerale dell’anarchico Galli ... » (Carlo Carrà, La mia vita. Feltrinelli, 1978.). Je te traduis : « Moi qui me trouvais sans le vouloir au centre de la mêlée, je voyais devant moi le cercueil couvert d’œillets rouges tanguer dangereusement sur les épaules des porteurs ; je voyais les chevaux s’emballer, les bâtons et les lances se heurter, de sorte qu’il me parut que la dépouille allait tomber d’un instant à l’autre et que les chevaux la piétineraient. Fort impressionné, à peine rentré chez moi, je fis un dessin de ce dont j’avais été spectateur. De ce dessin, je pris plus tard modèle pour le tableau « L’enterrement de l’ anarchiste Galli... »

 

Maintenant, dis-moi, la chanson, que raconte-t-elle ? Il faudra bien que tu m’en dises un peu avant de conclure.

 

La chanson, comme son titre l’indique, est l’histoire d’un cheminot, un anarchiste, de Milan qui travaillait aux chemins de fer. La police l’avait arrêté pour l’interroger à propos d’événements auxquels elle croyait qu’il aurait être mêlé. C’est au cours de cet interrogatoire, sans doute quelque peu musclé (mais on n’a pas le rapport d’autopsie), que Giuseppe Pinelli finit par passer par la fenêtre du bureau, qui était situé au quatrième étage. Il finit ainsi dans la cour de la Questure.

 

Habituellement, on ne saute pas par la fenêtre d’un bureau situé au quatrième étage, dit Lucien l’âne en fronçant les paupières.

 

En effet, c’est rare ; c’est même assez curieux. Et il faut écarter le suicide, qui n’était ni dans le tempérament de cet homme tranquille, ni une nécessité, car en vérité, du point de vue strictement pénal, il ne risquait pas grand-chose, pur ne pas dire rien du tout.

 

Alors quoi ? Dit Lucien l’âne en secouant vigoureusement la tête.

 

Alors ? La seule conclusion possible, c’est qu’on l’a suicidé. Qui ? Ceux qui étaient dans le bureau. Il y avait là le commissaire et un inspecteur.

 

C’est bien ce qu’il me semblait. Il nous reste à faire remarquer que c’est là un épisode classique de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres pour assurer leur pouvoir, renforcer leur domination, accroître leurs richesses, multiplier leurs profits… Reprenons dès lors avec plus d’obstination encore notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde policier, menteur, tricheur, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Un cheminot était ce martyr
Qui choisit Noël pour mourir.
Il entra dans l’histoire par la fenêtre,
Une histoire de faim, pas de gloire

 

Il avait deux filles, une idée, un métier ;
Il croyait à la parole, pas au silence
Et pour garder nette sa conscience
Il risquait sa vie entre les voies ferrées.


Il accrochait des voitures, des wagons,
Rêvant à des temps meilleurs,
Mais quand le destin n’est pas bon,
La mort vient avant l’heure.


Elle lui offrit, un bel équipage,
Un vol nocturne du quatrième étage
Et le réduisit en un rien de temps
En un tas de haillons et d’ossements.

Pino Pinelli était ce martyr
Qui choisit Noël pour mourir.
Il entra dans l’histoire par la fenêtre,
Une histoire de faim, pas de gloire.

 

À l’aube, la nuit n’est pas seule à mourir,
Meurt aussi l’homme et son devenir,
Et le sang chaud qui baigne le pavé
Est un discours à peine commencé.


Passées stupeurs et consternations,
Naissent des bruits, des supputations,
On cherche en somme d’étranges excuses
Comme un poète aidé par des Muses.

Mais le mort reste, le sang entre les dents ;
Ils ne l’ont pas tué en le poussant.
Un peu de chagrin, la presse accourt,
Et fait du cheminot la vedette du jour.

Au chemin de fer, on écrit :
Le manœuvre est parti.
Pour créer un vide dans le monde ouvrier,
Il n’est pas nécessaire de tuer un millier :
Il suffit d’un seul drame, du mystère, de l’enquête,
Et suit qui pleure, qui hurle, qui proteste.


Pino Pinelli était ce martyr
Qui choisit Noël pour mourir.
Il entra dans l’histoire par la fenêtre,
Une histoire de faim, pas de gloire.


On cherche le TNT, la drogue, les femmes,
Et quand on fouille, cherche, enquête,
On découvre la feuille de paie,
Qui montre de manière évidente
Que celui qui travaille rien ne gagne.

 

À l’aube, la nuit n’est pas seule à mourir,
Meurt aussi l’homme et son devenir,
Et le sang chaud qui baigne le pavé
Est un discours à peine commencé.

 

 

 
BALLADE POUR UN CHEMINOT
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Marco Valdo M.I.
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7 janvier 2016 4 07 /01 /janvier /2016 13:10

ANTONIO SOFFIANTINI, DIT TUNIN‎

 

Version française – ANTONIO SOFFIANTINI, DIT TUNIN – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Antonio Soffiantini, detto Tunin – Anna Melato – 1973


Paroles de Nino Rota et Lina Wertmüller
Musi
que de Nino RotaTirée du film “Film d’amore e d’anarchia ovvero: stamattina alle 10, in via dei ‎Fiori, nella nota casa di tolleranza...” « Film d’amour et d’anarchie ou bien : ce matin à 10 heures, dans la rue des Fleurs, dans la célèbre maison de tolérance… », de Lina Wertmüller.‎
Anna Melato 
est accompagnée par l'orchestre dirigé par Carlo Savina.‎

 

 

 

 

Les gens disent : « Il est fou celui-là »… 

 

Mais non, il n’est pas fou, mon Tunin !

 

 

 

 

 

 

 

 


En 1932, un paysan lombard, Antonio Soffiantini, dit Tunin (Giancarlo Giannini), après le meurtre de son compagnon anarchistpar des carabiniers, se rend à Rome pour assassiner Mussolini. Dans la capitale, il entre en contact avec Salomé (Mariangela Melato), une prostituée amie d’un anarchiste du groupe, qui le reçoit dans la maison closoù elle travaille en le présentant pour un parent. Tunin tombe amoureux d’une autre prostituée, Tripolina (Lina Polito), auquel il dévoile la cause qui l’a conduit à Rome. Le matin de l’attentat, il se réveille en retard. Angoissé, il perd la la raison et commence à tirer sur les forces de l’ordre quétaient dans le bordel seulement pour un contrôle de routine. 
Arrêté et 
battu par la police politique, Tunin meurt en prison mais on fait passer sa mort pour suicide. (it.wikipedia) 

Après le grand 
succès international de « Mimi métallurgiste blessé dans son honneur », Lina Wertmüller repropose la prodigieuse figure avec des yeux strabiques de Giancarlo Giannini (montrée dans beaucoup de premiers plans) dans un autre rôle de héros malheureux. Elle lui remplit le visage de taches de rousseur, le place, comme un poussin dépaysé, dans un bordel romain symbole d’une Italie divisée entre ses dialectes, et elle en fait une icône en piteux état mais puissante de la lutte antifasciste. Il est typique du cinéma de cette réalisatrice de présenter des œuvres formellement raffinées, grâce aussi à son mari le décorateur/costumier Enrico Job, dans lesquelles elle introduit des personnages immondes et des manières vulgaires variées : la première partie, dans la maison de tolérance, se déroule parmi des prostituées triviales (parmi lesquelles grande Mariangela Melato, putain « compagne » de Bologne) peintes, jusqu’aux poils et aux pores de la peau, dans toute leur joyeuse véracité, avec modalités plus felliniennes (ce n'est pas un hasard si Nino Rota a composé la musique) de la précédente œuvre (qui était plus germanique) ; la partie centrale se plonge, avec une tendresse unique, dans l'histoire d’amour romantique ; la fin voit le triomphe de l’Idéal, la politique des malheureux aux couilles pleines de Duce, en un cri désespéré et tragique, marqué d’une citation d’Errico Malatesta (« Ces assassins sont même des saints et des héros… et seront célébrés le jour où on oubliera le fait brutal pour se rappeler seulement l’idée qui les éclaira et le martyre qui les rendit sacrés »). Des vitales, sanguines, atypiques fortes teintes dans les mélanges de sarcasme comique/paradoxal, du sentiment, de la tragédie, de l’engagement civil et la caricature (celle mémorable de la chemise noire grossière et hâbleuse, sur laquelle le doux personnage de Giannini déverse sa colère). Une poétique qui anoblit la misère, le charnel et vulgaire, en les transfigurant en d’élégantes visions d’auteur. (Niccolò Rangoni Machiavelli, recension sur ‎‎Gli Spietati)

 

Le personnage d’Antonio Soffiantini, dit Tunin, interprété par Giancarlo Giannini, est probablement inspiré par la figure et à l’aventure de l'anarchiste Michele Schirru qui en 1931 arriva à Rome de New York avec l’idée d’attenter à la vie du Duce, il tomba amoureux d’une danseuse, fut arrêté alors qu’il commençait seulement à mettre au point son plan, tenta de se suicider et fut fusillé « pour n'avoir pas commis le fait »…
Je renvoie à la chanson Kenze neke du groupe homonyme de Siniscola.

 

Il serait bien aussi de jeter un coup d’œil à d’autres chansons, notamment « Attentats au Duce » , ou celles concernant Giuseppe Pinelli, par exemple La ballata del Pinelli , ou Gaetano Bresci , par exemple. Ce doit être une habitude anarchiste de se faire suicider en prison. Voir aussi Tortures et suicides d'État .

 

Ainsi disait Lucien Lane

 

 

 

Hé, où vas-tu Tunin ?
Tunin s’en est allé un matin
Faire la guerre alors que Guerre, il n'y a pas.
Les gens disent : « Il est fou celui-là »… 
Mais non, il n’est pas fou, mon Tunin !

 

Tant de nuages s'en vont au loin… 
Les années passent ainsi, elles volent… 
Le dimanche, tous dansent… 
On dit qu’il est inutile de se battre comme Tunin…

 

Les années passent, elles volent ainsi… 
Sous le chêne, il m’embrassa le Tunin…
Sous le chêne, « Je m’en vais, qu’il me dit,
Je veux me sentir un homme moi aussi »
Mais non, il n’était pas fou mon Tunin…

 

 
ANTONIO SOFFIANTINI, DIT TUNIN‎
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Marco Valdo M.I.
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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 22:49

Le Talisman rouge et noir

 

Chanson française – Le Talisman rouge et noir– Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 20

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXV)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

 

Croà ! Croà ! À l’appel des oiseaux

D’un pas pesant, ils vont au bûcher.

 

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingtième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les dix-neuf premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)

 

 

 

La mort de Claes, le charbonnier qui se consumait avec son bûcher sur la place publique du village, était le sujet de la précédente chanson. Cette mort du père de Till le Gueux est – dans ce cycle venu du Moyen-Âge – un de ces moments-clés qu’on ne peut ignorer. C’est un des degrés qui conduisent Till – dont la dimension symbolique n’est pas sans importance et qui dès lors, incarne plus que lui-même – à la révolte la plus profonde contre les pouvoirs de son temps. En ce sens, Till le Gueux est un récit initiatique.

 

Un récit initiatique ? Qu’est-ce à dire ? Il me semble que là, tu y vas un peu fort, Marco Valdo M.I. mon ami.

 

Je ne sais pas si j’y vais fort, comme tu dis, Lucien l’âne mon ami. Mais, ce que je sais, c’est que lentement et sans se presser, l’histoire de Till le Gueux, de Till le révolté se met en place. Et cette lenteur a son importance, car elle donne le tempo de ce crescendo qui est le sens de la vie. Il s’agit de découvrir le sens de la lenteur, de retrouver la lenteur, d’échapper à ce monde où on finirait par oublier qu’il y a un long chemin de la naissance aux autres âges de l’existence et – par parenthèse – que ce chemin est l’existence elle-même. De l’homme, on ne voit trop souvent de nos jours qu’une silhouette, une sorte d’ombre chinoise, entrevue un moment, enfermée dans cet instant, enfermée dans son âge et dans son rôle. Quand ce n’est pas seulement qu’une esquisse, un reflet fuyant dans le coin d’un regard.

 

Quel rapport, dis-moi Marco Valdo M.I. mon ami, avec la chanson ? Ne te laisses-tu pas dériver ?

 

Pas du tout. Il s’agit également de donner au personnage une consistance et de montrer les nœuds de sa vie – similaires aux nœuds du bois – où viennent s’accrocher les grands pans de son aventure. On ne passe pas de la naissance à la révolte sans une histoire, sans des circonstances éclairantes, sans des événements catalyseurs. On ne naît pas révolté on le devient et c’est ce devenir qu’il nous revient de suivre. Ceci est vrai pour tout le monde. Il n’est pas sûr – je suis même persuadé du contraire – qu’on naisse avec tel ou tel caractère ; on le fait, on le forge à coup sûr dans le temps de sa vie, comme si on sculptait sa propre histoire au milieu de toutes les autres.

 

Certes, mais que dit la canzone ? Je veux dire que raconte-t-elle concrètement ? Après la mort de Claes, que se passe-t-il ? Car, vois-tu, Marco Valdo M.I. mon ami, j’aimerais le savoir et je suppose que c’est de cela qu’elle doit parler.

 

Évidemment, Lucien l’âne mon ami, c’est ce qui se passe dans la nuit après ce crime religieux d’État qu’elle nous conte. La mort du père intronise le fils ; c’est un phénomène universel. C’est à cette accession de ce roi sans royaume, de ce roi sans règne qu’elle nous convie. Je te rappelle qu’on a déjà assisté à celle de Philippe, le roi avec royaume, transmis par un père vivant encore. Quant à al chanson, pour répondre à ta question, elle raconte la visite nocturne de Soetkin et de Till au cadavre de Claes, encore toujours attaché à son poteau. Dans cette chanson, on y rencontre les oiseaux, vrais croque-morts, le soldat chargé de veiller le cadavre et d’en interdire l’approche, sa complaisance pour la veuve et l’orphelin, et puis, la confrontation avec ce qui reste de Claes. Elle raconte Till qui prend les cendres du cœur de son père et puis, plus tard, le sachet rouge et noir que Soetkin confectionne pour les mettre au cou de Till et le serment de vengeance qui y est lié et qui trace dès lors l’avenir de Till. Ici, meurt Till l’espiègle qui traversait le monde insouciant des conflits qui s’y développent et le structurent. C’est ici que l’histoire bascule ; Till entre en résistance.

 

Il lui faudra aussi, dit Lucien l’âne, tirer vengeance de cet odieux dénonciateur, de ce parfait sycophante.

 

Ne t’inquiète pas. Attends la suite de l’histoire ; le poissonnier paiera. Mais la révolte de Till ira beaucoup plus au-delà, comme tu pourras le voir.

 

J’espère bien, dit Lucien l’âne. Mais voyons d’abord cette chanson et puis, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde cruel, brutal, lâche, délateur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Sans parler, sans pleurer

La tête basse, les mains jointes

La mère debout, comme une sainte,

Tient le fils embrassé.

 

Effrayé de la fièvre de feu

Qui torture le corps de sa mère

Craquant de toutes ses dents, Till serre

La rage de mort qui ferme ses yeux.

 

Croà ! Croà ! À l’appel des oiseaux

D’un pas pesant, ils vont au bûcher.

Tac ! Tac ! Les becs des corbeaux

Picorent le corps du cadavre consumé.

 

Sorcier, ne cherche pas les mains de gloire !

Car, les mains brûlées sont des mains noires.

Messire sergent, je ne suis pas sorcier,

Je suis l’orphelin de cet homme attaché.

 

Avec mère, on vient saluer père,

Honorer sa mémoire, chercher ses cendres.

Fais ce que dois, dit l’homme d’armes.

Ils baignent le visage du martyr de leurs larmes.

 

À l’endroit du cœur, où

La flamme a creusé son trou,

Le fils prend les cendres du père mort.

L’aube les trouve là, pleurant encore.

 

D’un morceau de soie rouge, d’un morceau de soie noire

De deux rubans, la mère fait un talisman.

Dedans, elle enferme la poussière du désespoir.

Puis, le noue au cou du fils, doucement.

 

Voici le cœur de mon homme fondu dans la souffrance.

Le rouge est son sang, le noir est sa mort.

Porte sur ta poitrine, mon fils, le feu de vengeance

Partout où tu iras, fais payer aux bourreaux le prix fort.

 

 

 

 

 

 
 
Le Talisman rouge et noir
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Marco Valdo M.I.
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5 janvier 2016 2 05 /01 /janvier /2016 16:10

SOLEIL SANS REAGAN

Version française – SOLEIL SANS REAGAN – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Sonne statt Reagan – Joseph Beuys – 1982


Paroles d Alain Thomé et Manfred Boecker
Musi
que de Klaus Heuser, musicien et producteur, une des figures saillantes du rock allemand, membre pendant presque 20 ans du groupe BAP, un des plus importants en Allemagne

 

Gueule de rides, le film est fini,
Remmène tes fusées au pays !

 

 

 

 

 

Une chanson pop vraiment particulière, interprétée par un des plus grands artistes allemands du XXème, Joseph Beuys. Sur lui, sur son art fondu avec la vie et la nature, sur mouvement néo-dadaiste Fluxus dont il fit partie, sur ses installations et ses performances innovatrices et provocatrices, sur son anarchisme et son soutien inconditionnel aux luttes politiques radicales dans les années 60 et 70 ainsi qu’au mouvement écologiste, je renvoie au podcast du bel épisode dédié il y a quelques jours par Nicolas Ballario, conducteur du programme ContempoRAI sur Radio1.

 

Amusante chanson contre un des pires bellicistes de l’histoire de l’humanité, « Sonne statt Reagan » (SOLEIL SANS REAGAN) joue sur l’assonance entre le nom du président américain Ronald Reagan et le terme allemand « regen », qui veut dire « pluie » :« Nous voulons le soleil, pas la pluie ! »

 

En 1982, invité à l’exposition « dOCUMENTA 7 » à Kassel, Beuys présenta une installation composée de milliers de pierres de basalte disposées en pointe de flèche qui visait un jeune chêne à peine planté.


Beuys dit qu’aucune de ces pierres ne pouvait pas être ôtée si à sa place n’avait pas été planté un autre chêne. On en planta 7.000 à Kassel entre 1982 et 1987. Beuys mourut en janvier1986, mais son installation de pierres froides qui se transformaient en plantes vivantes lui survécut, et n’est pas encore épuisée, car les chênes sont des arbres centenaires et continueront à croître :la vitalité de l’art vainc même la mort et le temps.

 

 

 

Du pays, qui se détruit lui-même
Et nous dicte son « way of life » encore,
Reagan vient et apporte armes et mort.
S’il entend paix, il voit rouge.

 

Il déclare comme président des USA :
Guerre nucléaire ? – Oui, je vous prie, là et là ;
En Pologne, au Moyen-Orient, au Nicaragua.
Il veut la victoire finale, c’est clair ça.

 

Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
Que rouillent les fusées !

 

Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
Que rouillent les fusées !

 

À l’est, il veut provoquer des bonshommes
Qui ne lésinent pas non plus avec les atomes 
Mais ta guerre autour d’objectifs ténébreux
Reagan, ça ne passe pas – nous sommes nombreux!

 

Bas les pattes avec tes stratégies nucléaires,
Ta haine des Russes, ta pluie de fusées !
Gueule de rides, le film est fini,
Remmène tes fusées au pays !


Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
La guerre froide, c’est la peste !

 

Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
La guerre froide, c’est la peste !

 

Ce Reagan est un marchand d’armes
Mais les gens des Étazunis n’en veulent pas – jamais !
Et il y aura seulement la vraie paix
Quand tous les hommes vivront sans armes.

 

Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
Que rouillent les fusées !


Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
La guerre froide, c’est la peste !

 

Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil sans armées ;

À l’ouest, à l’est :
Que rouillent les fusées !

 


Au lieu de Reagan, qu’on déteste :
On veut le soleil…

SOLEIL SANS REAGAN
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4 janvier 2016 1 04 /01 /janvier /2016 19:02

MONTE CANINO

 

Version française – MONTE CANINO – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson italienne – Monte Canino – anonyme – Massimo Bubola – 2005

 

 

Le "long train" au retour

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le « long train » qui donne le titre au dernier album de Massimo Bubola semblerait renvoyer à un des « tòpos » habituels du folk et du blues américains ; il s’agit au contraire d’un titre tout italien, tiré de chant des Alpins.
"Quel lungo treno" est un album consacré à la Première Guerre Mondiale, pour le nonantième de l’entrée en guerre de l’Italie, un album concept, comme on disait dans les années ’70. Bubola reprend des chants de la tradition populaire vénitienne : certains célèbres(Era una notte che pioveva e Monte Caninoe d’autres moins connus Il Disertore (o "Ero povero ma disertore"), Ponte de Priula e Adio Roncoréarrangés à la manière country ou même, tex-mex. 

 

C'est une des chansons les plus connues de la Première Guerre Mondiale ; on l’entendit même dans « La Grande Guerre » (1959) de Monicelli, qui, avec « Des Hommes contre » (1970) de Francesco Rosi, a été un des très rares grands films italiens sur la Première Guerre Mondiale.


 


Souvenez-vous, c’était en avril de la guerre,
Ce long de train qui allait à la frontière.
Qui transportait des milliers d’Alpins :
Debout, debout vite : c’est l’heure de partir !
Qui transportait des milliers d’Alpins :
Debout, debout vite : c’est l’heure de partir !

Après trois jours de chemin de fer,
Et deux autres du chemin encore à faire,
Nous sommes arrivés au Monte Canino
Et sous le ciel serein, on put se reposer…
Nous sommes arrivés au Monte Canino
Et sous le ciel serein, on put se reposer…

Si vous avez faim, regardez loin ;
Si vous avez soif, la tasse à la main.
Si vous avez soif, la tasse à la main,
S’il fraîchit, la neige, y viendra.
Si vous avez soif, la tasse à la main
S’il fraîchit, la neige, y viendra.


Plus de couverture, plus de draps propres.
Pas non plus le goût de tes baisers chauds.
On entend seulement des cris d’oiseaux,
Dans tourmente et le fracas de la canonnade. 
On entend seulement des cris d’oiseaux,
Dans tourmente et le fracas de la canonnade. 

Le lieutenant nous réveille au matin ;
Dans la foulée, il nous rassemble 
Et sur les sommets des hauts ravins
On tire au fusil tous ensemble.
Et sur les sommets des hauts ravins
On tire au fusil tous ensemble.

Plus de vingt, j’en ai vu mourir ;
Tous les autres, je les ai vu s’enfuir
Et on les entendait crier
« Si nous nous rendons, nous serons prisonniers »
Et on les entendait crier
« Si nous nous rendons, nous serons prisonniers ».

 
 
 MONTE CANINO
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 21:11

MIGRANTES

 


Version française – MIGRANTES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Migrantes – Casa Del Vento – 2004

 

 

 

 

 

Comme dit Le Monde :

« Sur la route, les femmes migrantes plus vulnérables face aux violences » (http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/10/12/sur-la-route-les-femmes-migrantes-plus-vulnerables_4787830_3214.html)

 

 

 

Le dernier espoir
Le dernier argent
Le dernier baiser
Je pars au loin.

Pour une fin d'histoire
Sûrement déjà écrite
Mieux vaut se risquer
Dans la nuit sombre

Adieu à mon père
Adieu à ma mère
Et mes frères
Sont là à prier

Que dans l'écume
On ne puisse pas couler.
Que par des poissons en nourriture
Ne finisse mon aventure.

Dans mon pays
Rien ne pousse
Nous sommes vraiment
La décharge de l'Occident

Plus que deux heures
Pour arriver
À la mare d'eau
Où on peut boire

 

Et la vague est géante
Et elle court loin devant
Et la vague géante
Est faite de gens

 

Migrantes, migrantes, migrantes, 
Migrantes, migrantes, migrantes.


En un mélange
Attendrissant
et ce plomb
Qu'il me faut mâcher

Sur le trottoir
À marcher
Ta saleté
Tu me feras manger

Sous ces corps,
Il y avait un souffle;
Elle s'appelle Fatima
Elle ne veut pas mourir

 

Et la vague est géante
Et elle court loin devant
Et la vague géante
Est faite de gens

 

Migrantes, migrantes, migrantes, 
Migrantes, migrantes, migrantes.

MIGRANTES
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1 janvier 2016 5 01 /01 /janvier /2016 18:43

La Mort de Claes, le charbonnier

 

Chanson française – La Mort de Claes, le charbonnier – Marco Valdo M.I. – 2015

 

Ulenspiegel le Gueux – 19

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXIV)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

La flamme monte longue, étroitement

Et le cri fend l’air et le vent.

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la dix-neuvième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les dix-huit premières étaient, je te le rappelle :

 

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

 

 

 

 

VoisLucien l’âne mon ami, je t’apporte une chanson terrible ; elle conte une histoire horrifiante ; celle de la mort de Claes, le charbonnier, que l’on fait brûler, car l’Inquisition l’a fait condamner au bûcher. C’était là, tu t’en souviens certainement, le récit de la chanson précédente de ce cycle de Till le Gueux : Procès et condamnation.

 

Oui, je me souviens très bien de cette canzone au titre construit sur le juron : « Enfer et damnation » et ce procès m’avait glacé les poils et les os de la pointe des oreilles au bout de la queue, sans oublier de descendre jusqu’à mes noirs sabots.

 

Alors, sans plus attendre, je te laisse découvrir cette scène atroce au travers de cette nouvelle chanson. Elle est assez réaliste, mais comme qui dirait, elle raconte cette exécution publique avec une sorte de pudeur, avec une distance de bon aloi. Bref, elle ne fait pas dans le sensationnel, ce qui aurait été à l’encontre du sentiment du peuple venu assister, laissant percer sa rage impuissante, Claes dans son dernier sursaut. Le populaire, comme l’appelle Charles De Coster, est furieux – la canzone dit « colère » – contre cette exécution et il n’a rien à voir avec certains publics d’exécutions capitales enthousiastement sadiques. Il est venu par compassion – pour partager la passion – de Claes, pour lui tenir la main dans l’épreuve, à défaut de pouvoir le sauver du supplice.

 

Je suis heureux de l’entendre, dit Lucien l’âne, car ceux qui tirent jouissance du malheur des autres me répugnent au plus haut point.

 

Donc, la chanson n’offre pas prise au sensationnel, qui était pourtant un écueil prévisible ; ni dans le compassé, l’éteint, ce qui en était un autre. Cependant, dans sa première version, telle que je l’avais établie directement en partant du texte de Charles De Coster, elle sonnait faux, elle ne rendait pas le bon son et même si je percevais fort bien ce défaut, je ne comprenais pas d’où venait cette sensation.

 

Cela arrive souvent, dit Lucien l’âne, et il n’est pas toujours facile d’en voir le pourquoi et ni de savoir comment faire pour la faire disparaître.

 

C’est exactement là que j’en étais après avoir imprimé cette version première et je me demandais ce qui clochait – tu verras combien ce verbe est approprié. Puis d’un coup, la solution m’a sauté aux yeux. Je vais la formuler de façon générale : pour qu’un récit devienne une action, il faut le mettre au temps présent. Et suivant en cela le conteur De Coster, j’étais resté à raconter au passé.

 

C’est, en effet, le temps des contes, Dit Lucien l’âne en fronçant l’œil.

 

Dès que j’ai eu mis les verbes au présent, ma chanson est entrée dans le monde de l’action. Un peu comme l’on passe de l’image fixe à l’image animée, de la peinture ancienne au cinéma. Évidemment, on sait bien que l’événement est passé et que c’est là pure mise en scène. Mais la sensation est beaucoup plus forte et dans ce cas-ci, c’était ce qu’il fallait produire. Le temps de la réflexion (du reflet) vient seulement ensuite.

 

En l’occurrence, dit Lucien l’âne, ce temps second est aussi celui de l’indignation et de la condamnation. Oh, pas la condamnation du bourreau, ce lampiste, simple exécutant de ce que lui impose comme tâche la société, mais celle des juges obéissant à l’ordre et surtout, de l’Inquisition, la mauvaise fée du monde de Till. Le juge, selon nous les ânes, n’est pas là pour servir le pouvoir et les règles qu’il édicte, mais bien pour établir la justice. Le juge aussi doit faire usage de la liberté de conscience que son état d’être humain lui impose. Il ne peut pas se réfugier derrière son rôle d’exécutant, car il est complice du pouvoir.

 

Oh, Lucien l’âne, voilà un grand débat et qui nous emmènerait bien loin si on se mettait en tête de le mener ici. Mais sur le fond, les ânes ont parfaitement raison. Même si certains font un mauvais usage de la liberté de conscience en en faisant un prétexte pour finalement se soumettre à un dogme émanant d’une puissance supérieure. Il est indigne de l’humaine condition de détourner la liberté et son usage au profit d’une entité qui se veut et se prétend supérieure à elle.

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I., ces gens-là sont indignes, mais restons-en là. Reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde à l’ordre, aux ordres, discipliné, dogmatique et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

La mère et le fils s’en vont

Voir le père en sa dernière prison.

Le roi hérite des biens des martyrs

Et moi, dit Claes, je vais tantôt partir.

 

Fils, pèlerin courant les grands chemins

Traînant en route comme un mauvais garçon,

Ne laisse pas ta mère seule face au destin.

Tu lui dois défense et protection.

 

Pendant le supplice, les voisins et les voisines

Enferment enfants et femme.

Tous entendent les cris, tous voient la flamme.

« Faites un trou, l’âme veut sortir », dit Katheline.

 

Les bourreaux empilent les fagots et le bois,

Le peuple colère gronde d’une seule voix,

Claes attend la suite posément,

Les cloches des morts égrènent leur chant.

 

La fumée, la fumée du bûcher

Au nom des Dieux père, fils et saint-esprit allumé,

Lèche le corps attaché au poteau.

Till ne veut plus adorer le dieu des bourreaux

 

On n’entend plus que le bois crépiter

Les hommes gronder, les femmes pleurer

Les cloches battre le martyre.

« Faites un trou, l’âme veut sortir ».

 

La flamme monte longue, étroitement

Et le cri fend l’air et le vent.

Claes brûle d’immenses douleurs,

Où est le roi, que je lui arrache le cœur ?

 

Le bûcher consumé s’affaisse ;

Le corps tout noir s’affale.

Un feu de fièvre dévore la veuve ;

Till ne veut plus prier le Dieu du Pape.

 
 
La Mort de Claes, le charbonnier
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Marco Valdo M.I.
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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 20:53

Le Bulletin De Santé

 

Chanson française – Le Bulletin De Santé – Georges Brassens – 1966

 

 


Ne dites pas: "C’est tonton Georges qui expire"

 



L’autre jour, mon cher Lucien l’âne, mon ami, j’avais proposé une chanson de Francesco Guccini, une chanson qui curieusement était absente du site des Chansons contre la Guerre… Enfin quand je dis curieusement, nous nous comprenons. Ça n’a rien d’étrange, car il y a beaucoup plus de chansons qui ne sont pas dans ce site que le contraire. Et puis, bien que ce site soit très mondial, il n’en est pas pour autant une multinationale et c’est déjà « extraordinaire » (au sans premier du terme : qui sort de l’ordinaire) qu’un tel site existe et perdure ; et encore plus quand on sait qu’il est fait par des bénévoles et qu’il est le fait d’une petite équipe héroïque, essentiellement italienne.

 

J’opine, dit Lucien l’âne en riant. J’opine complètement, car moi aussi, je suis très admiratif de ce qui est fait par l’ « Antiwarsongs staff ». Et comme la chanson s’intitule « Le Bulletin de Santé », j’en profite pour dire qu’il me semble en tant qu’âne que le site se porte bien. Ce qui me réjouit hautement.

 

Je reprends à partir de la canzone de Francesco Guccini qui disait : « J’ai encore la force », mais en italien : « Ho ancora la forza » [[51228]]. Dans notre dialogue quasi-socratique, façon de parler, j’avais évoqué cette chanson de Tonton Georges. Parenthèse : c’est dans cette chanson-ci qu’il (Georges Brassens) se désigne lui-même par cette locution : « Tonton Georges »Je cite le quatrain :

 

« Et si vous entendez sourdre, à travers les plinthes
Du boudoir de ces dames, des râles et des plaintes,
Ne dites pas : « C’est tonton Georges qui expire »,
Ce sont tout simplement les anges qui soupirent. »

 

 

À elle seule, cette citation valait d’insérer la chanson. Et tant qu’on y est, outre tout ce qui fut dit à propos de celle de Guccini, raisons sur lesquelles on peut revenir, n’aurais-tu pas une bonne raison pour justifier la présence de cette chanson dans les Chansons contre la Guerre ?

 

 

Eh bien, si. J’en ai une et elle figure dans le texte de la chanson elle-même.

 

« Et si vous entendez crier comme en quatorze :
« Debout ! Debout les morts ! », ne bombez pas le torse,
C’est l’épouse exaltée d’un rédacteur en chef
Qui m’incite à monter à l’assaut derechef. »

 

Voici donc un passage où il est nettement question de guerre et de la façon qu’ont les « bonobos » d’en sortir.

 

 

D’accord, dit l’âne Lucien en se trémoussant de rire. Fameuse manière que celle des bonobos de mettre fin aux conflits. D’ailleurs, elle est souvent utilisée dans les ménages ; et même, chez les ânes et les ânesses, je l’admets. Cependant, je ris, car j’ai soudain la vision d’une partouze mondiale pour mettre fin à la guerre. Il faudrait qu’on se dépêche, car comme ce sera déjà bien compliqué à sept milliards, que sera-ce demain, à neuf milliards ? Je n’ose imaginer plus tard encore au temps du « only stand up » imaginé par un démographe statisticien. Et si en plus, on crie « Debout ! Debout les morts ! ». Ah, vous les humains, vous me faites bien rire.

 

 

Tu ris, tu ris, mais c’est ce qui est prévu lors du Jugement Dernier… Tout le monde est réveillé. Imagine le mari assassin se retrouvant en présence de sa femme et de sa maîtresse ou de ses femmes et de ses maîtresses. Fameux jugement en perspective. Allons, Lucien l’âne, pense un instant à Ménélas retrouvant Hélène et Pâris ou à Henry VIII, ses épouses avec ou sans tête…

 

 

Et ce pauvre Landru… Comment s’en sortira-t-il, ce vieux séducteur tout feu tout flamme ? Mais tout ça, nous éloigne de la chanson. Que raconte-t-elle vraiment ?

 

 

 

Oh, l’affaire est simple. La presse (en 1965, par là) avait remarqué que Tonton Georges avait subitement maigri et avait lancé la rumeur qu’il souffrait d’un mal incurable qui devait l’emporter rapidement. Il le rejoindra, mais quinze ans plus tard. Et Tonton Georges de répliquer par cette chanson. Sur un mode où l’acide ironique coule à gros bouillons et tant qu’à prouver sa santé autant le faire avec virilité – dérision de la dérision. Pour le reste, comprenne qui pourra.  

 

 

 

On y pourvoira, dit Lucien l’âne en balançant des épaules. En attendant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde cancanier, malveillant, rancunier et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

J’ai perdu mes bajoues, j’ai perdu ma bedaine,
Et, ce, d’une façon si nette, si soudaine,
Qu’on me suppose un mal qui ne pardonne pas,
Qui se rit d’Esculape et le laisse baba.

Le monstre du Loch Ness ne faisant plus recette,
Durant les moments creux dans certaines gazettes,
Systématiquement, les nécrologues jouent
À me mettre au linceul sous des feuilles de chou.

Or, lassé de servir de tête de massacre,
Des contes à mourir debout qu’on me consacre,
Moi qui me porte bien, qui respire la santé,
Je m’avance et je crie toute la vérité.

Toute la vérité, messieurs, je vous la livre :
Si j’ai quitté les rangs des plus de deux cents livres,
C’est la faute à Mimi, à Lisette, à Ninon,
Et bien d’autres, je n’ai pas la mémoire des noms.

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses,
C’est que je baise, que je baise, que je baise
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute,
Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut !

Qu’on me comprenne bien, j’ai l’âme du satyre
Et son comportement, mais ça ne veut point dire
Que j’en ai le talent, le génie, loin s’en faut !
Pas une seule encore ne m’a crié « bravo ! »

Entre autres fines fleurs, je compte, sur ma liste
Rose, un bon nombre de femmes de journalistes
Qui, me pensant fichu, mettent toute leur foi
À me donner du bonheur une dernière fois.

C’est beau, c’est généreux, c’est grand, c’est magnifique !
Et, dans les positions les plus pornographiques,
Je leur rends les honneurs à fesses rabattues
Sur des tas de bouillons, des paquets d’invendus.

Et voilà ce qui fait que, quand vos légitimes
Montrent leurs fesses au peuple ainsi qu’à vos intimes,
On peut souvent y lire, imprimés à l’envers,
Les échos, les petits potins, les faits divers.

Et si vous entendez sourdre, à travers les plinthes
Du boudoir de ces dames, des râles et des plaintes,
Ne dites pas: "C’est tonton Georges qui expire",
Ce sont tout simplement les anges qui soupirent.

Et si vous entendez crier comme en quatorze:
« Debout ! Debout les morts ! », ne bombez pas le torse,
C’est l’épouse exaltée d’un rédacteur en chef
Qui m’incite à monter à l’assaut derechef.

Certes, il m’arrive bien, revers de la médaille,
De laisser quelquefois des plumes à la bataille…
Hippocrate dit: « Oui, c’est des crêtes de coq »,
Et Gallien répond « Non, c’est des gonocoques… »

Tous les deux ont raison. Vénus parfois vous donne
De méchants coups de pied qu’un bon chrétien pardonne,
Car, s’ils causent du tort aux attributs virils,
Ils mettent rarement l’existence en péril.

Eh bien, oui, j’ai tout ça, rançon de mes fredaines.
La barque pour Cythère est mise en quarantaine.
Mais je n’ai pas encore, non, non, non, trois fois non,
Ce mal mystérieux dont on cache le nom.

Si j’ai trahi les gros, les joufflus, les obèses,
C’est que je baise, que je baise, que je baise
Comme un bouc, un bélier, une bête, une brute,
Je suis hanté : le rut, le rut, le rut, le rut !

Le Bulletin De Santé
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Marco Valdo M.I.
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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 12:02

Noël est à nous

 

(Cantate de Noël – Chant du solstice d’hiver)

 

Chanson de langue française – Noël est à nous (Cantate de Noël – Chant du solstice d’hiver) – Marco Valdo M.I. – 2012

 

 

 

Noël, c’est le Nouvel an de chez nous

Au solstice, la nuit rebrousse chemin

 

 

 

 

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, voilà-t-il pas que tu chantes Noël à présent… Tu te mets à composer des cantates… J’en suis bien surpris…

 

Allons, Lucien l’âne mon ami, toi qui circules partout depuis si longtemps, que peux-tu bien trouver de si surprenant à ce que je fasse une cantate sur le thème de Noël. Nous sommes à la fin décembre, que je sache. C’est le début de l’hiver, c’est le moment où les jours sont les plus courts, la nuit la plus longue et où tout va basculer insensiblement. On fête ça depuis toujours ici, aussi loin que tu remontes dans le temps et dans des temps prébibliques, du temps de ces préadamites dont parlait le Duc d’Auge à son chapelain.

 

 

Ah, dit l’âne Lucien un peu interloqué. Tu connais aussi le Duc d’Auge et son chapelain… Tu m’en vois fort surpris. Je les avais accompagnés dans le temps entre Lascaux et Altamira où le Duc faisait découvrir à son chapelain les peintures rupestres datant d’avant la création de l’homme selon la Bible. Le chapelain ne savait plus où il en était avec son Paradis et son Enfer, avec son Adam et sa côtelette. Et en effet, le Duc aimait beaucoup évoquer les Préadamites et cela faisait enrager le chapelain. Mais au fait, peut-être, connais-tu Cidrolin ?

 

 

Évidemment, mon ami Lucien l’âne. Je connais bien le dénommé Cidrolin et son goût prononcé pour l’essence de fenouil à l’eau plate. Mais, excuse-moi, ce n’est pas le sujet de la chanson. J’y viens donc. Ce n’est pas que j’aie l’instinct propriétaire, ni le goût de l’accaparement, mais j’aime la vérité et je n’aime pas que l’on trompe sciemment les gens. La chose me fâche et d’autant plus, si elle dure longtemps. Et la vérité ici, c’est qu’il y a eu une manipulation du calendrier pour déplacer la grande fête hivernale qui en bonne logique coïncide avec le solstice afin d’en faire une fête de propagande religieuse.

 

 

Ah, dit l’âne Lucien un peu interloqué. Tu serais donc fâché…

 

 

Et comment donc Ça fait près de deux mille ans que ça dure et je dis assez, basta ! Je dis assez de clowneries, assez de menteries, assez de mensonges, halte à l’escroquerie. Halte au vol de Noël par certaine confrérie ecclésiastique. Ces gens se sont emparé de Noël pour en faire leurs choux gras, ils l’ont détourné de son sens originel pour remplir leurs chapelles et meubler leurs discours de réclame religieuse. Mais, Lucien mon ami l’âne, toi qui viens des temps anciens, tu le sais bien que Noël est une fête populaire, une fête pour tout dire, laïque – de laios qui en grec doit bien vouloir dire le peuple, les gens. Noël n’a que faire de l’Orient, Noël n’est pas né en Palestine, c’est évident. Il fallait être assez au Nord pour imaginer le sapin, la neige et vénérer le solstice pareillement. Avant même l’arrivée des Romains (disons même clairement l’invasion), les druides – saints hommes de ce moment – coupaient le gui, coupaient le houx et bien entendu, fêtaient Noël en Finlande comme dans le Morbihan. Telle était l’Europe, à ce moment ; telles sont ses racines. Il est temps de remettre les pendules à l’heure, crois-moi.

 

 

Certes, et je me souviens qu’en Gaule et bien avant qu’elle ne s’appelle ainsi, du temps de Cro-Magnon, à Lascaux, à Altamira, on fêtait Noël, on se rassemblait, on faisait un grand festin autour d’un feu de bois et chacun apportait un cadeau, généralement de la nourriture, car c’était ce qu’il y avait de plus précieux au milieu de l’hiver. Pour la viande et le poisson, c’était assez facile de s’en procurer… Mais les légumes et les fruits, enfin tout ce qui pouvait accompagner ce morceau de renne, de caribou, d’auroch, de volatile ou de poisson, tout cela était chose rare, précieuse, car on était au moment de plus grande pénurie. On chantait, on se regroupait, on se rassurait. C’est ainsi que, plus tard, quand il y eut des maisons, des cabanes, des habitations, les animaux domestiques furent les bienvenus ;d’ailleurs, ils vivaient dans le même habitat et souvent, comme des radiateurs, tenaient les gens au chaud. C’est ainsi que j’ai souvent passé des nuits avec la vache auprès de la litière où la famille mettait à dormir le petit enfant. C’était la coutume chez les paysans. Quant au Père Noël et aux rennes tractant son traîneau dans le ciel, c’est pure allégorie… Cependant, une chose est sûre, il n’y eut jamais de rennes au Moyen-Orient… Dès lors, tu as raison, Noël est bien une invention d’ici, une coutume de nos pays où l’hiver est rude, les jours très courts et les nuits très longues. Mais quand même, pour ne pas le laisser filer, pour le reprendre aux imposteurs, pour nous le réapproprier, chantons Noël et son beau sapin, son Père Noël, son traîneau et ses rennes; si on peut faisons un festin et offrons des cadeaux (oh, modestes, sûrement modestes) et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, dupé et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

  

 

 

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël à pleine voix

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël et reprenons nos droits

Noël est à nous, Noël est à nous

Noël, c’est le nouvel an de chez nous

 

Noël, c’est ici qu’on l’a inventé

Noël n’est pas ce spectacle importé

De je ne sais quel Orient

Il y a à peine deux mille ans

Par je ne sais quels propagandistes

D’un consortium monothéiste

Ils ont occulté le solstice, ils ont déplacé le nouvel an

Ils ont tout pris : l’âne, le bœuf, la mère et l’enfant

On ne peut laisser notre Noël à ces gens.

Ils nous racontent des fables, un vrai roman

Des récits de déserts, des légendes de pêcheurs,

Des histoires de foi, des contes d’aviateur.

Avec leurs évangiles et leurs croix

Ils ont massacré le monde à tour de bras

 

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël à pleine voix

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël et reprenons nos droits

Noël est à nous, Noël est à nous

Noël, c’est le nouvel an de chez nous

 

C’est l’an qui finit, c’est l’an qui commence

Le bébé dans la litière animale

Au milieu de la pièce familiale

C’est l’an qui finit, c’est l’an qui commence

En dépit des homélies de leurs prêtres

Noël est à Cro-Magnon et à nos autres ancêtres

À ces gens-là qui dans des grottes affrontaient le froid

Il y a dix mille ans et plus et qui fêtaient Noël dans nos bois

Et la verdeur du sapin dans les frimas

Noël est à nous autres, ça ne se discute pas

Noël, c’est le tournant des jours

Ici, depuis toujours

À Noël, la nuit rebrousse chemin

À Noël, avance le matin

 

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël à pleine voix

C’est la Noël, c’est la Noël

Chantons Noël et reprenons nos droits

Noël est à nous, Noël est à nous

Noël, c’est le Nouvel an de chez nous

Au solstice, la nuit rebrousse chemin

Au solstice, avance le matin.

 

 

Noël est à nous
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Marco Valdo M.I.
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