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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 23:15

L’AMOUR AUX TEMPS DU CHAOS

Version française – L’amour aux temps du chaos – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – L’amore ai tempi del caos – Modena City Ramblers – 1997

 

 

 

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

 

 

 

 

 

La radio appelle, le marchand crie.

Le journaliste court après des mensonges.

En silence, mon amour sourit,

Elle connaît le vrai, elle connaît les songes.

Au milieu des guerres saintes pour de nobles engagements,

Des gens vont à la chasse aux places sûres.

Mon amour me parle gentiment,

Elle ne craint pas les rêves, elle ne craint pas le futur.

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

Mon amour chemine tranquille,

Aucun temps ne peut la piéger.

 

Le jour se presse, se dépêchent les années ;

Les montres poursuivent leurs aiguilles.

Mon amour chemine tranquille,

Aucun temps ne peut la piéger.

C’était un jour d’hiver

Et dans la rue, j’ai rencontré mon amour

Tandis que les gens couraient tout autour,

Criaient des certitudes, vendaient des faits divers.

Dehors, il pleuvait épouvantablement.

Elle m’a pris par la main et m’a recueilli.

Le temps est arrivé”, m’a-t-elle dit doucement.

Elle m’a séché et m’a offert un abri.

 

 

 

 
L’AMOUR AUX TEMPS DU CHAOS
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Marco Valdo M.I.
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 22:05

Viva la Vida, Muera la Muerte !

 

 

Version française - ! Viva la Vida, Muera la Muerte !- Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne - ! Viva la Vida, Muera la Muerte ! - Modena City Ramblers

 

 

 

 

 

 

 

 

« ...C'est seulement en se mettant en jeu pour améliorer un peu la vie qu'on réussira à « défaire » la mort. ! Viva la Vida, Muera la Muerte! Est la phrase avec laquelle les représentants des communautés zapatistes du Chiapas concluent leurs discours de bienvenue aux hôtes qu’ils considèrent comme des amis. »

 

 

 

C’est ton temps, faut pas le laisser

Un vent qui passe et qui ne reviendra jamais.

Cours vite, sans hésiter.

Ne regarde pas en arrière le temps qui s'en va

C'est ton temps, il se tient au fond de ton cœur

Il bat avec ton sang et cours fort dans tes veines

C'est ta respiration, ne le méprise pas.

Il brûle en un regret, si tu te perds à attendre

Des politiciens, des gens qui se taisent.

Des temps de guerre, mais en temps de paix.

Temps modernes à consommer.
Suis le rythme maintenant, c'est le temps de sauter !


Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !

Il n'est plus temps de se lamenter

Et d'appeler publiques les affaires privées.

Ce n'est plus le temps des modérés

Toujours à l'arrêt au centre, sans volonté de changer

Des politiciens, des gens qui se taisent

Des temps de guerre, mais en temps de paix

Des songes précaires à consommer

Suis à présent le rythme, c'est le temps de sauter !

Viva la vida, muera la muerte !
Viva la vida, muera la muerte !
Que viva, la vida !

 

 

 

 
Viva la Vida, Muera la Muerte !
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Marco Valdo M.I.
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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 21:08

Telle est la Question

 

Chanson française – Telle est la Question – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 22

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXVIII)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

La Question est, je le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition.

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et unième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt et une premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir [[51272]] (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l’encan [[51310]] (Ulenspiegel – I, LXXVI)

 

 

Mon cher ami Lucien Lane, je m’en vas faire une chose que je ne fais jamais habituellement…

 

Ah ! Et laquelle ? Je suis bien curieux de l’apprendre…

 

Oh, ne t’attends pas à quelque chose de très extraordinaire. Je vais tout simplement résumer les épisodes précédents pour – en quelque sorte faire le point dans cette longue histoire de Till le Gueux. On a commencé fort logiquement, comme dans Tristram Shandy, du moins comme ç’aurait dû être dans Tristram Shandy, par la naissance de Till et celle concomitante de Philippe, le fils de Charles-Quint. Ce qui avait son importance vu que le récit est justement bâti sur l’opposition de ces deux personnages : Till, l’enfant de gens pauvres et le fils d’un Empereur, Philippe, qui lui-même régnera sur un véritable empire intercontinental. Ce sont là, les deux premières chansons.

 

De cela, je me souviens fort bien, dit Lucien Lane. Mais ensuite ?

 

Ensuite, il y a trois chansons qui sont consacrées à Philippe et à ses cruautés et ses exactions.

 

De cela aussi, je me souviens. Et puis ?

 

Et puis, viens la condamnation de Till à un exil de trois ans et à l’obligation qui lui est faire d’aller quérir la bénédiction papale. Ce qui le conduit à Rome et l’entraîne à mille aventures, dont celles qu’il partage avec Jef, l’âne du Diable. Du côté de Philippe, on assiste à l’abdication de Charles-Quint et à l’accession de Philippe au trône d’Espagne, notamment. Enfin, il y a ce moment grandiose où Till fait un miracle en faisant renaître le chien mort.

 

Nul besoin d’être grand clerc pour comprendre l’ironie de cette résurrection. Et vu le climat de l’époque, j’ai même l’impression que Till jouait là avec le feu.

 

Certes et la dame l’eût-elle dénoncé à l’Inquisiteur qu’il eût illico fini sur un bûcher. Les chansons suivantes, les quatre dernières sont plus noires et entrent comme qui dirait dans le vif du sujet, touchant directement au thème fondamental de l’histoire de Till le Gueux en racontant l’oppression religieuse à l’encontre de ces hérétiques que l’Église poursuit, fait torturer, condamner et exécuter de diverses manières. Mais, voici le point important : ce qu’on découvre tout doucement dans cette histoire, c’est la lutte pour la liberté de conscience et son prolongement logique, la liberté de pensée. Tel est le sens de toute cette saga, comme on pourra le découvrir au fur et à mesure de son déroulement. En somme, c’est l’affrontement entre d’un côté, les femmes et les hommes libres ou entrain de se libérer et la religion, quelle qu’elle soit, car toute religion finit par condamner et vouloir éliminer – au besoin physiquement – ceux qui mettent à mal son fondement, sauf pour elle de renoncer à tout dogme et à toute prééminence de la croyance et de la foi sur la raison et sur les faits.

 

Serait-ce donc, Marco Valdo M.I. mon ami, que cette histoire du XVIᵉ siècle qui s’en prend à la religion catholique, vaudrait aussi pour les autres religions, y compris celles d’aujourd’hui ?

 

Bien entendu. C’était le projet de Charles De Coster il y a 150 ans, c’est le nôtre aujourd’hui de mettre en accusation toutes les religions : les religions du Livre (juive, chrétienne, musulmane) comme toutes les autres, y compris les religions athées ou laïques. En fait, les religions (avec ou sans Dieux, avec ou sans Églises) sont des acteurs majeurs dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles. Dans cette guerre, elles sont soit directement le pouvoir, soit les instruments du pouvoir, soit les alliés du pouvoir et quoi qu’elles disent ou racontent, elles sont toujours dans le camp des riches et des puissants, à de très rares exceptions près, lesquelles ont toujours été très minoritaires et déconsidérées ou persécutées par l'establishment.

 

Il te reste à me dire quelques mots de la chanson qui porte un titre si shakespearien.

 

Le titre « Telle est la question » est en effet tiré d’une réplique du monologue d’Hamlet, mais c’est aussi une interpellation ironique, car en fait de question, il s’agit de la torture que l’on va infliger à Till et à sa mère Soetkin, pour les obliger à révéler où sont cachés les 700 carolus que le Messager avait apportés à Claes, le charbonnier, de la part de son frère Josse, déjà brûlé sur le bûcher. Un terrible héritage. La Question est, je te le rappelle, cette méthode d’interrogatoire musclé, brutal et souvent, assassin qui avait été formalisée par l’Inquisition. Comme on les supplicie l’un en face de l’autre (supposant que de voir souffrir l’un sa mère, l’autre son fils, les amèneraient à céder) avec des tas de raffinements atroces (dont je t’épargne le détail), ils vont – tout au contraire – s’encourager et s’affermir mutuellement par la formule : « Le poissonnier, haine et force ! » et malgré la dureté des souffrances, ni l’une ni l’autre, ni la mère, ni le fils ne vont craquer. Et comme le conclut la chanson, ils sont finalement libérés ; quant au poissonnier, il n’aura rien et en sera fort dépité.

 

Voilà une fin bien morale. Dis-moi donc la chanson et ensuite, reprenons notre tâche et tissons, comme Till et les hérétiques tenants de la liberté de pensée, le linceul de ce vieux monde religieux, trop religieux, croyant, crédule et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Le matin à dix heures

On emmène Till et sa mère

À la grange de torture

Pour leur faire grande douleur.

 

Il y a le bailli, les échevins, le greffier,

Le bourreau, son valet et un chirurgien-barbier.

De moi, vous ne pourrez rien obtenir.

Je n’ai rien, dit-elle, je ne peux rien détenir.

 

Till parle sans ambages

Des sept cents carolus de l’héritage.

Mais, dit Till, le voyageur est reparti

Et les carolus sont partis avec lui.

 

Avouez, avouez le recel et vous serez pardonnés.

Qui n’avoue pas doit subir la Question.

Prenez-moi à sa place, messires ! Pas question !

C’est mensonge et médisance de poissonnier.

 

Le bourreau prépare les outils de vérité.

Il faut commencer par la femme,

Le fils ne pourra le supporter.

Le poissonnier, haine et force !

 

On met les baguettes aux mains ;

On met les baguettes aux pieds.

On serre pour faire parler.

On brise les mains, les pieds, en vain.

 

Les os craquent, le sang coule.

La femme résiste. Haine et force !

Torturez donc son fils maintenant !

Réveillez-la, qu’elle voie son enfant souffrant !

 

Malgré les baguettes et le feu sous les pieds,

Mère et fils n’ont rien avoué.

Les juges les déclarent libres et libérés.

Le poissonnier est fort dépité. 
Telle est la Question
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Marco Valdo M.I.
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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 22:03

LA TRÊVE DE NOËL

 

Version française – LA TRÊVE DE NOËL – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La tregua di Natale – Wu Ming Contingent – 2015

 

 

 

 

Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,

Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.

 

Juste deux mots à propos de cette peinture d'Oskar Kokoschka qui représente un village de l'Isonzo au travers duquel passe la tranchée entre les Autrichiens et les Italiens. Kokoschka fit cette peinture en 1916 quand il combattait dans ce village – côté autrichien; il faillit y être tué; la chapelle, prise dans le même bombardement, n'en réchappa pas.. 

 

 

 

 

 

 

 

La tregua di Natale (La trêve de Noël) est le premier morceau (se dit encore individuel ?) de l’album Schegge de shrapnel (Éclats d'obus).

 

 

Le texte est tiré de l’interview d’un rescapé cameranese (du village de Camerano, près d’Ancona) de la Grande Guerre, recueillie il y a maintenant trente ans par Alberto Recanatini et publiée dans le volume Di che brigata sei? La mia ha i colori di Camerano… (Camerano, 1994).

 

À ce qu’il paraît, il ne s’agissait pas d’un individu « contraire à la guerre », ni d’un antimilitariste convaincu. Ceci, selon nous, augmente le sens de sa stupeur face à une trêve spontanée, décidée grâce à des regards d’entente, des mots bredouillés au hasard et des lancements de cadeaux dans les tranchées opposées. Le témoignage a une valeur particulière, car il n’y a pas beaucoup de documents qui parlent des « trêves Noël » sur le front d’italien (ici sommes proches de Kambreško, dans la haute vallée d’Isonzo), alors que bien davantage a été écrit et chanté autour du Christmas Truce entre les Allemands et les Britanniques, dans les Flandres, à l’occasion de Noël 1914 (celle ici décrite se déroule deux ans après).


« Des épisodes isolés, vite effacés par la violence de la guerre, de brefs instants qui toutefois suffirent à faire crouler une perception abstraite de lennemi proposée par la propagande : les Autrichiens se révélaient également déchirés, accablés et fatigués, ils nourrissaient le même désir de paix et de repos. Auprès de la sensation de partager avec les soldats ennemis les mêmes conditions de vie et le même destin, affleure parfois une perception plus profonde : s’il avait été possible de s’arrêter sur ces sentiments de partage, si de l’ennemi, on avait entendu la voix, ou aperçu le visage, si on en avait connu les sentiments, l’agression n’aurait pas été plus possible. »
(B. Bianchi, La follia e la fuga. Nevrosi di guerra, diserzione e disobbedienza nell’esercito italiano (1915 – 1918) 
[La folie et la fuite. Névroses de guerre, désertion et désobéissance dans l'armée italienne (1915-1918)] (Roma, Bulzoni, 2001), pp. 353-354)

 

 

 

Sans qu’on s’en aperçoive, Noël arriva ;
Un matin quelqu’un dit étonné « Aujourd’hui, c’est Noël ».
Au long de la tranchée, la nouvelle courut de bouche à oreille.
Elle étonna si fort le cœur endurci de tous les gars
Que l’envie de tirer nous manqua ce jour-là

 

Les Hongrois n’attaquaient pas ;
Quelqu’un commença à chanter, d’abord à mi-voix
Mais peu après, elle remplit toute la vallée.
Un objet tomba dans notre tranchée 
On pensait que c’était une bombe à retard
Mais c’était seulement un paquet de cigares


On répondait d’un lancer de chocolat
Quelqu’un sortait la tête du parapet 
Et les tireurs ne tiraient pas !
Les visages de quelques Hongrois apparaissaient ;
De timides mots en italien sans sens, qu’ils disaient.


On se tendait les mains,
Les officiers laissaient faire,
Bouleversés eux aussi par ce climat irréel et humain
Pour une tranchée dans cette seconde année de guerre.
On rivalisait pour s’échanger quelque chose, 
Un peu de vin, des fruits secs, des galettes.


Pauvres choses, comme était pauvre notre Noël,
Et pauvres, nous étions dans cette guerre de riches.
La trêve dura jusqu’au soir ; on nous déplaça dès le lendemain,
En affectant à un autre secteur notre brigade.
Par la suite, on sut que le commandement autrichien avait fait pareil… et il faisait bien,
Car jamais plus, nous ne nous serions tirés dessus, c’est certain.
Après cette trêve de Noël ! ! !

 

 

 

 

LA TRÊVE DE NOËL
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Marco Valdo M.I.
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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 10:24

MONDE NOUVEAU

 

Version française – Monde Nouveau – Marco Valdo M.I. – 2016 (2008)
Chanson italienne – Mondo Nuovo – Francesco Guccini – 1978

 

 

 

Et déjà s'ouvre la route obscure

Vers une nouvelle réalité

 

 

Je ne sais plus trop pourquoi ni comment je suis retombé, dans mes pérégrinations, sur cette chanson de Francesco Guccini dont j’avais fait une version française, il y a quelques années. C’était en 2008, une éternité déjà. En (re)lisant le commentaire à une voix (Tu n’étais pas encore là, Lucien l’âne mon ami) et la version française, je me suis dit que j’allais la corriger et introduire cette nouvelle version (2016) par notre habituel dialogue. Mais d’abord, voici le commentaire que je faisais à l’époque :

 

 

« Francesco Guccini a raison de méditer :

 

L’homme nouveau fut le leitmotiv de bien des utopies, il fut chanté, encensé, annoncé, pressenti, appelé, réclamé, cherché, adulé par les religions, par certains philosophes, par quelques écrivains, par d’inspirés poètes, mais aussi par les hurleurs délirants, par les éructeurs en rut qui se groupèrent en axe peu avant le milieu du siècle dernier. Généralement, l’homme nouveau annonce le retour victorieux du bipède au cerveau de lémure, le retour de la bête immonde. Tel était un des hommes nouveaux qu’on nous a présenté à grand renfort de trompes. Blecktrommel, tambour de fer blanc menait la danse.

Il eut plein de cousins, tous aussi inquiétants.

Il faut se méfier des hommes nouveaux et des ordres nouveaux et on peut espérer que nous ne les connaîtrons jamais, nous autres de ce monde ancien perclus de rhumatismes.

Va be’ pour changer le monde, d’accord, pour changer la vie, partant pour une autre façon de vivre…

Les nouveaux mondes – j’entends Dvorák qui dirige son orchestre – ont la fâcheuse habitude de nous retomber lourdement dessus et d’écraser l’homme présent sous l’ambition nouvelle.

On est toujours entre deux; c’est le sort du présent de se trouver entre le passé qu’il vient de quitter et le futur qu’il s’apprête à dissoudre, le transformant à l’instant où il le touche en passé, que déjà, il a quitté.

L’avenir a toujours été ce vide hallucinant à remplir de gré ou de force, le plus souvent – et c’est tant mieux – par ces gestes quotidiens dont on croit qu’ils comptent pour rien.

 

Nous, les hommes, les frères humains qu’on balance, pendules dérisoires, aux rythmes de l’histoire, n’avons en finale qu’une vie courte, courte, courte… »

 

Eh bien, Marco Valdo M.I. mon ami, c’était un excellent commentaire et terriblement d’actualité, toujours et encore d’actualité. Et ce sera le cas tant que durera cette fichue Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres et aux faibles afin d’assurer leur domination, d’asseoir leur pouvoir, de multiplier leurs richesses, de tirer profits de l’exploitation des gens et de la nature.

 

À propos, comme je ne crains pas l’anachronisme, je dirai que cette chanson de Guccini pourrait s’intituler : « Dernières nouvelles de la Guerre de Cent Mille Ans » et si mon commentaire de l’époque te semble si actuel, c’est tout simplement parce que la chanson de Francesco Guccini elle-même est d’actualité » et le sera encore longtemps. Car, vois-tu, Lucien l’âne mon ami, pour dire les choses de la façon triviale dont on use ici : « Nous ne sommes pas sortis de l’auberge ».

 

Je le pense bien, dit Lucien l’âne en mâchouillant son bout de branche. J’ai en tête l’idée que ce vieux monde ne sait plus trop où il en est et distingue pas ce qui pourra lui succéder. Si tant est toutefois qu’il ait une succession, ce qui reste à démontrer. D’ailleurs, en ce qui me concerne, je suis plus que dubitatif pour ce qui est de la conception de successions de mondes différents. Mon sentiment est qu’il s’agit plutôt d’un continuum, meublé sans doute de hauts et de bas, un continuum qui avance comme des vagues sur la mer et qui sont toujours la même eau.

 

Ainsi, selon toi et je m’empresse de dire que je te rejoins complètement, il n’y aurait pas une succession de mondes, une succession de périodes nettement différenciées, mais qu’il y aurait un seul et même mouvement, fait des interactions des milliards et des milliards d’événements singuliers. De fait, je pense comme toi que chaque grain de sable d’une plage est un événement unique du monde. Mais revenons à la chanson de Guccini. Même si le grain de sable, l’homme ne le comprennent pas, on est toujours

« dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

et une nouvelle inconcevable vie »

 

 

Pour en terminer avec ces réflexions sur le « Monde Nouveau », reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde inconcevable, finissant, indifférent et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Il court rapide, mais dans quel sens

Notre temps inconnu et étrange

Et nos yeux pleins d’épouvante

Regardent ce qui nous entoure

Et ne peuvent croire au sortilège technique

Indifférent qui peu à peu nous enlève

Et nous entraîne vers une réalité

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Et l’homme confus s’en va

Vers ce qu’il ne comprend pas,

Ce qui a programmé sa vie, il ne sait

Ni qui c’est, ni où ; mais

Ce qui importe seulement est ce qui le fait

Douter déjà de son équilibre

Et déjà s'ouvre la route obscure

Vers une nouvelle réalité

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Ni le pourquoi ni le comment, nous ne saurons.

Nous sommes dans une ère de transition

Entre une civilisation quasi-finie

Et une nouvelle inconcevable vie

Si désormais presque personne ne croit plus

Quelle pourra bien être la foi nouvelle,

Quels pourront bien être nos nouveaux buts

Qui éteindront notre soif éternelle

De pouvoir être soi-même

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

Même quand l’un ou l’autre succombera

Je ne sais lequel de nous deux sera

Cet homme nouveau,

Qui moi aussi me passionnera,

Dans le monde nouveau

Que nous ne verrons jamais,

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais

Au milieu d’ordinateurs et d’entités

Que nous verrons jamais,

Au milieu de villes et de tableaux chiffrés

Que nous ne verrons jamais…

 

 
 
MONDE NOUVEAU
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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 21:44

LE ROI DE FRANCE

 

Version française – LE ROI DE FRANCE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson sefardite en Judeo-espagnol - El rei de Fransia – anonyme – circa Xième siècle

d’après la version italienne de Riccardo Venturi.

Provenance attestée : Smyrne (Turquie), XVIème siècle

 

 

 

Smyrne vers 1500

 

Il doit être, je pense, assez connu maintenant que, de temps en temps, l’ici présent a besoin de quelque « retour » dans le temps, et même fort en arrière. Avec l’espoir d’être accompagné aussi par celui qui éventuellement lit et écoute les délibérément très inactuelles pages du genre, ce soir je voudrais vous emmener dans l’Espagne sefardite du onzième ou douzième siècle, époque à laquelle sans doute ce chant doit trouver son origine. Un chant que, si possible, je vous conseillerais d’écouter dans le noir, ou les yeux fermés ; il parle d’un rêve. Le beau rêve d’une très jeune fille, peut-être encore une enfant, fille d’un fabuleux roi de France, qui brode, et qui ne veut pas être réveillée par sa mère. Sa mère, cependant, le lui interprète : en extrême synthèse, le sujet de cette ancienne composition en Juif-espagnol, langue qui à l’époque correspondait à l’espagnol commun (avec ses évidents judaïsmes) mais qui, avec l’expulsion à l’époque de la reine Isabelle (le 12 octobre 1492, le jour-même de la « découverte de l’Amérique » par Colomb), s’en alla très loin, sur les rivages orientaux, pour y rester cristallisée ; de sorte que les juifs sefarades, peu nombreux, restés dans cette région parlent encore l’espagnol d’il y a huit siècles. El rei de Fransia (LE ROI DE FRANCE) est réapparu au seizième siècle environ, dans des canzoniers écrits en alphabet hébreu et arabe, provenant de la ville de Smyrne. Et il fait partie de la tradition musicale de la ville de Smyrne ; on dit qu’il fut chanté en grec. Alors qu’il était déjà tout un mélange de langues, d’exodes, de peuples. Au fond, j’aurais été tenté de ne pas mettre ce chant parmi les « Extras », comme tout ce qui provient de n’importe quelle diaspora de n’importe quel temps : fils d’exils, de chasses, de violences, de traditions et de chansons qui suivaient et suivent les peuples éradiqués. Et ainsi, pendant qu’une reine très catholique chassait les Juifs d’Espagne, ceux-ci emportaient la chanson de rêve de bonheur et de joie de la fille d’un roi. [RV]

 


LE ROI DE FRANCE


Le roi de France
Avait trois filles
Une travaillait
L’autre cousait.

 

La plus jeune
Brodait
Et de travailler, travailler
Vint le sommeil.

 

Sa mère qui la vit
Voulut la réveiller :
« Ne me réveillez pas, mère,
Non vous ne me réveillerez pas.

 

Je faisais un rêve
De joie et de bien-être. »

« Vous faisiez un rêve,
Et je vais vous le traduire. »

 

« J’étais sortie à la porte,
Je vis la lune pleine,
Je me suis mise à la fenêtre,
Je vis Vénus l’étoile.

 

J’étais allée au puits
Je vis un pilier d’or
Avec trois petits oiseaux
Qui becquetaient l’or. »

 

« La lune pleine
Est ta belle-mère,
Vénus l’étoile
Est ta belle-sœur.

 

 

Les trois petits oiseaux
Sont tes petits beaux-frères,
Et le pilier d’or
Est le fils du roi,
Ton fiancé. »

LE ROI DE FRANCE
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Marco Valdo M.I.
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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 19:03

ON NOUS A ENSEIGNÉ

 

Version française – ON NOUS A ENSEIGNÉ – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Ci hanno insegnato – anonyme - 1976

 

 


Bergoglio libro ? Non, merci !

 

Bergoglio libro ? Non, merci !

La signification est polysémique :

le livre de Bergoglio (la Bible) : non merci !

ou Bergoglio libre : Non merci ! - Je rappelle à ce sujet que depuis plus d'un siècle le Pape est cantonné au Vatican, même s'il semble (voir la télé) régner sur l'Italie entière. 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, toi qui erres depuis des temps immémoriaux, toi qui as vu, de tes yeux vu, la condition que les hommes ont laissée aux femmes dans leur société.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, bien sûr que je l’ai vue et ce n’est pas à la gloire de la partie mâle de l’espèce humaine. Tiens, ils traitent souvent leurs femmes comme ils nous traitent nous les ânes et parfois même, pire. Enfin, presque. Heureusement, la plupart du temps, ils nous évitent, à nous les quadrupèdes, leurs caresses et ils ne nous obligent pas à certaines pratiques. Sur ce plan-là au moins, nous sommes exemptés de service.

 

Deux choses à ce sujet, au sujet de la manière dont les hommes traitent les femmes : d’une part, il est important de dire que ce n’a pas toujours été le cas – il fut un temps où l’homme et la femme traitaient en véritables partenaires de vie ; c’était d’ailleurs le même temps où les sorcières étaient reconnues d’utilité publique en raison même de leur savoir, de leur compréhension et de leur sollicitude, en raison de leurs capacités à soigner hommes et bêtes ; raisons pour lesquelles on les a pourchassées ; on, c’est-à-dire principalement les prêtres.

 

Je me souviens de cela aussi. En fait, les sorcières étaient de redoutables concurrentes pour ces messieurs du sacerdoce et de ce fait, elles gênaient le développement des religions.

 

En effet. D’autre part, si l’humaine nation arrive un jour à s’humaniser, cette façon méprisante et méprisable de traiter les femmes humaines et en corollaire, les autres espèces vivantes, cette façon disparaîtra. Alors, nous en serons à la fin de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent contre les pauvres et les faibles.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, il n’y a rien de gênant à être pauvre ou faible ; le vrai problème, c’est le culte de la force et de la richesse d’où surgissent l’ambition, l’avidité, l’arrogance et l’absurde désir de paraître. Tout ce baratin, tous ces grands discours sur la force et l’énergie, sur les énergies, relèvent d’une mentalité de dominateur paranoïaque. Les rodomontades de ces matamores de la croissance perpétuelle conduisent – sauf à modifier la trajectoire à temps – à une fin misérable. Mais, dis-moi, la chanson ?

 

La chanson ? C’est une chanson féministe, donc, une chanson de femmes, faite par des femmes qui se dressent face à la société masculine, c’est-à-dire la société patriarcale d’antan couverte du voile de la modernité. Une chanson toute simple qui dénonce l’endoctrinement auquel sont soumises les petites filles, les jeunes filles et les femmes (mais aussi, en sens contraire, les garçons, petits et grands, adolescents et les hommes). Dans nos régions (et c’était plus encore le cas lorsque fut écrite la chanson en 1976), cet endoctrinement est le fait de la religion chrétienne (Bergoglio libro ? Non merci !). Mais comme tu le sais en la matière, la doctrine d’une autre religion qui s’installe aussi dans nos pays, celle qui s’inspire du Coran, n’est pas moins oppressante, ni moins opprimante. Il n’y a là rien d’étonnant puisque toutes ces religions (y compris la religion juive) proviennent du même magma déicole, magma qui trouve ses racines sur un continent voisin – l’Asie occidentale.

 

Vues d’ici, ce sont des doctrines d’importation et elles sont extrêmement oppressives vis-à-vis des femmes. Il est plus que temps d’y mettre le holà, on ne peut tergiverser encore face à cette sorte de racisme qui n’ose dire son nom. Je dis bien racisme, car il est manifeste que dans ces doctrines, la femme, les femmes sont considérées comme une espèce inférieure à l’homme. Et comme tu sais, nous les ânes, nous sommes très sensibles sur ce chapitre. D’ailleurs, je ne saurais trop conseiller de lire et relire notre Déclaration Universelle des droits de l’âne et des autres espèces. Les religions feraient bien de s’en inspirer plutôt que de répandre leurs calembredaines. Par ailleurs, il est invraisemblable qu’on laisse l’enseignement aux mains des religieux, toutes religions confondues et plus encore, qu’on le subventionne. De ce pas, reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde déicole, oppressant, oppresseur, oppressif, opprimant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

On nous a enseigné sur les bancs de l’école
Que ce sont les hommes qui font l’histoire.
Ils ont fait les guerres et un tas d’inepties
Et entre temps, sur les bûchers brûlaient les sorcières.

 

Huit millions de femmes mises à cuire,
Car elles voulaient comprendre la science ;
Mais les livres le taisent,
Mais les livres devront le dire.


On nous a enseigné sur les bancs de l’école
Que Dieu a créé l’homme,
Que femme est une insignifiante partie de lui,
Que c’est juste et que c’est bien que je l’apprenne aussi.

 

On nous a enseigné à nous soumettre à un homme,
Que c’est lui le poète, le guerrier, l’artiste
Et nous toujours invisibles, mais c’est juste une sottise.
On est là dans le mythe des très douces amies,
On est là dans le lit à caresser leurs fatigues.


Mais maintenant nous avons compris que cette culture,

C’est la vanité du mâle nourrie de nos silences
Et nous avons infiniment de choses à dire,
Infiniment de façons de convertir
En défi, le faix d’être des femmes,
En lutte, la joie d’être femme.

 

 
ON NOUS A ENSEIGNÉ
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Marco Valdo M.I.
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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 15:41

 

La Vente aux enchères

 

Chanson française – La Vente aux enchères – Gilbert Bécaud – 1970

Paroles : Maurice Vidalin. Musique : Gilbert Bécaud – 1970

 

 

Monsieur Pointu : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu

 

 

 

 

 

 

L’autre jour, en racontant l'histoire de Till le Gueux, on en était arrivé à « La Vente à l'encan [[51310]] », au cours de laquelle le poissonnier qui avait dénoncé Claes le charbonnier aux « autorités », achetait tous les meubles de l'homme qu'il avait vendu. Et dans notre dialogue, j'avais parlé indifféremment de vente à l'encan, vente à la chandelle, de vente aux enchères. 

 

Je m'en souviens très bien et même de la vente à la chandelle, dit Lucien l'âne prouvant ainsi qu'il n'est pas endormi.

 

Et donc, et c'est là où je veux en venir, donc, dis-je, l'évocation de cette vente aux enchères a subitement ramené à ma mémoire une chanson française à résonance québecoise, dont le titre est précisément celui-là : « La Vente aux enchères ». Ce n'est pas à proprement parler une chanson du folklore (mais elle pourrait le devenir ; elle en a toutes les qualités nécessaires), ni une chanson fort ancienne (quoiqu'elle eût pu l'être). C'est une chanson qui avait été écrite par Maurice Vidalin pour Gilbert Bécaud et sans doute, Monsieur Pointu vers 1970.

 

Certes, mais comment expliquer cette résonance québecoise ? dit Lucien l'âne en pointant les deux oreilles vers le ciel au-dessus de l'océan.

 

Cet accent, ce parfum québecois, qui sonne si fort à nos oreilles, arrive droit à travers l'Atlantique sous le chapeau boule de Monsieur Pointu. Monsieur Pointu (https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu) est un étrange personnage et pour tout dire, un violoneux qui a atteint – après cette chanson – une réputation quasiment mondiale, au moins dans le monde de culture française.

 

Un violoneux ? Qu'est-ce ce que c'est encore ?

 

Un violoneux est comme le violoniste, un joueur de violon. Tous deux sont des artistes. Mais si le violoniste joue dans des orchestres et disons, généralement de la musique, dite, classique, et donc dans des salles de concert, dans des églises, le violoneux est plutôt un artiste de rue ou de place, un de ces musiciens qui animent les fêtes de village, qui suivent les cirques, qui font danser les gens et même, s'il joue du violon, il s'agit d'un art fort différent. Comme violoneux, Monsieur Pointu est un des plus grands et des plus électriques qu'on a connus jusqu'à présent. Il existe même un petit film qui illustre son art : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monsieur_Pointu.

 

 

Et la chanson ? Marco Valdo M.I. mon ami, qu'en dis-tu ? Raconte-la-moi un peu…

 

Bien volontiers. C'est l'histoire d'un gars qui vend ses souvenirs aux enchères. Peut-être a-t-il besoin d'argent ? On ne sait.Pour le reste, c'est une vente aux enchères comme on en voit dans les salles de vente avec ce commissaire-priseur qui interpelle les acheteurs potentiels et les pousse à faire monter le prix des lots. C'est tout un métier ça, commissaire-priseur ; il y faut du bagout, du rythme, de l’œil. C'est l'art de la persuasion à l'état brut; un art vif, un art vivant. Et puis, il y a cette fin finale avec la mort du héros, mort d'un coup de fusil.

 

Les héros, ça dit toujours mourir ; ils en sont plus héroïques et ça se vend mieux, dit Lucien l'âne en prenant un grand air.

 

Dans la chanson, on vend le coup de fusil, avec le fusil, ajoute Marco Valdo M.I.

 

Bien, dit Lucien l'âne, je m'en vais écouter la chanson et voir la performance de Monsieur Pointu. Ensuite, je reprendrai ma tâche et avec toi, je tisserai le linceul de ce vieux monde à vendre, à acheter, à louer, à détruire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

Approchez, Messieurs Dames, approchez, s’il vous plaît ! 
Approchez, approchez, serrez, serrez le rond ! 
Messieurs Dames, s’il vous plaît, 
Approchez, approchez à la vente aux enchères ! 
Préparez la monnaie ! 
Moi je suis là pour vendre et vous pour acheter… 
Des lots exceptionnels,

Des prix exceptionnels… 
Du rêve pour pas cher

À ma vente aux enchères… 

Moi qui ai des souvenirs 
À ne plus savoir qu’en faire, 
Vous pouvez vous les acheter comme ça 
À ma vente aux enchères, 
Tiloué ! 
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc ! 
Approchez, serrez le rond ! 
Ça va commencer, ouais. 
Bonnes bonnes gens, approchez donc ! 
Serrez le rond ! Ça va commencer ! 

Monsieur Pointu, s’il vous plaît. 
Premier lot,

Premier lot. 
La grande aventure ! 
Un coup de pied au cul, 
Mon père n’avait pas tort. 
Je vole aux étalages et je couche dehors, 
Je saute dans un camion qui file vers le nord. 
Ce coup de pied au cul m’a rapporté de l’or. 
S’il vous plaît, un coup de pied au cul. 
Un coup de pied au cul,

Parfaitement ! 
Mise à prix ?

Mise à prix :

Cinq sous. 
Cinq sous, allons messieurs, s’il vous plaît. 
Cinq sous, cinq petits sous. 
Cinq sous, c’est pas beaucoup ! 
Cinq sous, allons allons, cinq sous. 
Cinq sous, à qui dit mieux, 
Cinq sous le monsieur. 
Monsieur est généreux, merci ! 
Six sous, allons allons, six sous, c’est peu, 
Un coup de pied au cul. 
Sept sous, la dame en bleu. 
Une fois, deux fois, huit sous le soldat. 
Bravo, caporal ! 
Ce coup de pied au cul te fera général ! 
Un petit effort 
Un petit effort 
Un coup de pied au cul en or. 
Neuf sous, j’ai entendu, 
Neuf sous, le barbu, 
Dix sous, le soldat. 
Un deux trois, vendu au soldat,

Monsieur Pointu. 

Moi qui ai des souvenirs 
À ne plus savoir qu’en faire, 
Vous pouvez vous les acheter comme ça 
À ma vente aux enchères. 
Tiloué ! 
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc ! 
Approchez, serrez le rond ! 
Ça va continuer, ouais. 
Bonnes bonnes gens, approchez donc ! 
Serrez le rond !

Ça va continuer ! 

Monsieur Pointu, s’il vous plaît. 
Deuxième lot,

Deuxième lot. 
Un grand chagrin d’amour. 
C’est triste, c’est triste, 
Un grand chagrin d’amour, 
Un grand, un vrai de vrai. 
J’ai vendu la boutique et j’ai pris les billets. 
Elle est partie sans moi. 
Là, j’ai failli crever. 
Tenez, vous pouvez constater, 
C’est pas cicatrisé. 
La cicatrice,

La cicatrice.

 

Mise à prix 
Mise à prix 
Dix sous. 
Dix sous. 
Bravo, Messieurs Dames, s’il vous plaît ! 
Dix sous, dix petits sous, 
Dix sous, c’est pas beaucoup ! 
Dix sous, allons allons, dix sous. 
Dix sous à qui dit mieux, 
Onze sous le monsieur. 
Monsieur est amoureux, 
Tant mieux ! 
Onze sous, allons allons, 
Onze sous, c’est court ! 
Un grand chagrin d’amour, 
C’est comme du velours. 
Une fois, deux fois, treize sous monsieur l’abbé, 
Voyons monsieur l’abbé, 
Un beau chagrin d’amour. 
Monsieur l’abbé est sourd. 
Qui a levé la main ? 
Le monsieur dans le coin ? 
Vous avez dit combien ? 
Putain ! 
Quinze sous la dame en noir, 
Quinze sous la dame en noir. 
Vingt sous le vieillard 
Un deux trois… Vendu ! 
C’est le vieillard,

Monsieur Pointu. 

Moi qui ai des souvenirs 
À ne plus savoir qu’en faire, 
Vous pouvez vous les acheter comme ça 
À ma vente aux enchères 
Tiloué ! 
Bonnes, bonnes, bonnes bonnes gens, approchez donc ! 
Approchez, serrez le rond ! 
Ça va continuer, ouais. 
Bonnes bonnes gens, approchez donc 
Serrez le rond !

Ça va continuer ! 

Monsieur Pointu, s’il vous plaît. 
Troisième lot,

Troisième lot.
La mort du héros. 
C’est est dommage ! C’est vraiment dommage ! 
Une superbe mort que j’avais gardée pour moi, 
Sans curé, sans docteur, 
Une mort de gala, une mort en pleine vie, 
Tout debout et bien droit, 
Un beau coup de fusil. 
Pan ! C’est pas beau ça ? 
La mort du héros. 
La mort du héros avec fusil,

Avec fusil. 
Mise à prix 
Mise à prix 
Un franc. 
Un franc, allons,

Messieurs, s’il vous plaît, allons ! 
Un franc,

 

Un petit franc de rien du tout,
Un franc, c’est pas beaucoup ! 
Un franc, allons allons, un franc. 
Un franc, la mort jolie, 
Deux francs, monsieur a dit. 
Monsieur n’a peur de rien, 
C’est bien ! 
Deux francs, la mort jolie, jolie, jolie.
Un beau coup de fusil joli joli. 
Une fois, deux fois ! 
Une mort comme ça, 
Si vous n’en voulez pas, 
Je la garderai pour moi ! 
Une mort en pleine vie. 
Tout debout et bien droit, 
Un bon coup de fusil. 
Pan ! Salut !

 

La Vente aux enchères
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Marco Valdo M.I.
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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 23:11

La Vente à l'encan

 

Chanson française – La Vente à l'encan – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 21

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXVI)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

Et tout ce qui est ainsi saisi est mis en vente immédiatement devant la maison de Claes

 

 

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et unième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière [[50627]] (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe [[50640]](Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique [[50656]](Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame [[50666]](Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! [[50687]](Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till [[50704]](Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till [[50772]](Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée [[50801]](Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne [[50826]](Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée [[50862]](Ulenspiegel – I, LI)

11. Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants ! [[50880]](Ulenspiegel – I, LII)

13Indulgence [[51015]] (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable [[51076]] (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? [[51124]] (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection [[51150]] (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme [[51196]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation [[51215]] (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier [[51256]] (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir [[51272]] (Ulenspiegel – I, LXXV)

 

 

Après la mort de Claes, le charbonnier sur le bûcher, il s'agit d'accorder au délateur le prix de sa dénonciation, lequel est constitué par la moitié des biens du défunt ; l'autre moitié revient au souverain, qui a inventé cette belle disposition. C'est une règle odieuse, certes, mais du point de vue des « autorités », il s'agit de l'appliquer ; ce que ne peuvent manquer de faire les officiers publics et les juges. Même si en leur for intérieur, ils n'en pensent pas moins.

 

Personnellement, dit Lucien l'âne en se cabrant, je ne ferais jamais une chose pareille. Je refuserais d'appliquer une telle loi…

 

C'est bien pour cela que tu n'es pas et ne pourrais pas être un officier public ou un juge. Et, si par extraordinaire, tu l'eus été et que tu n'eus pas appliqué cette loi ou n'importe quel autre règlement, tu aurais été limogé, démissionné ou plus gravement sanctionné encore. On ne badine pas avec ça en haut lieu. Cependant, pour en revenir à notre histoire, elle se résume à ceci : le poissonnier a dénoncé le charbonnier pour hériter de la moitié de ses biens. De tous ses biens. Le désormais héritier, pour pouvoir s'assurer de son héritage, fait saisir par voie de justice tout : berceau, lit, meubles, vivres « jusques au dernier clou ». Remarque bien ce dernier clou, car il ne s'agit pas d'une expression, mais d'une réalité, on saisit bien jusques au dernier clou, car, à cette époque lointaine, comme le fer est cher, les clous ont de la valeur et on les arrache tous des murs de l'habitation. Et tout ce qui est ainsi saisi est mis en vente immédiatement devant la maison de Claes. C'est une vente au plus offrant, une vente à l'encan, une vente aux enchères à la chandelle, dont la durée est fixée par le temps que met la chandelle à se consumer. Celui qui a offert le plus au moment où la chandelle s'éteint emporte le lot. Une particularité de cette vente, dans notre histoire, c'est que le poissonnier est gagnant à tous les coups, puisqu'il bénéficie de la moitié du prix. Ainsi, personne ne peut le concurrencer et lui-même a intérêt à faire monter les prix, vu qu'il ne paiera jamais que la moitié du prix qu'il annonce et que l'éventuel enchérisseur devra régler le prix plein. Sauf qu'en ce cas précis, personne d'autre que lui ne veut acheter les biens du condamné défunt. C'est ainsi que le poissonnier finit par acheter – pas cher – tous les biens de Claes.

 

L'attitude de ce poissonnier est assez déroutante pour la morale universelle, la morale commune, la « common decency », la pure et simple décence, celle qui veut qu'il y a des choses qu'on ne fait pas, dit Lucien l'âne d'un ton amer.

 

Tu as raison et d'ailleurs, il va s'en rendre compte. Mais ce n'est pas tout, il va faire pis encore, car il n'a pas obtenu ce qu'il cherchait… Ce qu'il visait en dénonçant le charbonnier, c'était les 700 carolus d'or (une véritable fortune) que Claes avait reçus de son frère Josse, via le messager. Comme Till les a cachés hors de la maison paternelle, on ne les y trouve pas. Enragé par cette disparition, le poissonnier va dénoncer une deuxième fois ; il va accuser la veuve et l'orphelin – Till et sa mère Soetkin, qui vont être menés en prison afin d'être torturés pour qu'ils révèlent où se trouve cette fortune. Durant le trajet, qu'ils parcourent ligotés et escortés par les sergents de la ville, au moment où ils passent devant la demeure du poissonnier, les accusés en criant lancent la malédiction contre leur dénonciateur et lui prédisent la « male mort ». C'est ainsi que le gens du village apprennent cette deuxième forfaiture et se rebiffent. De colère et de honte, ils mettent le poissonnier en quarantaine comme on fait d'une bête malfaisante ; ils font le siège de sa maison, lui jettent des pierres. Ainsi commence la vengeance de Claes. La peur qui saisit le poissonnier est elle qu'il n'ose plus sortir de chez lui.

 

Oh, dit Lucien l'âne, quelle histoire terrifiante que celle-là ! Une vague de honte devrait emporter cet homme-là. C'est une vraie scène de guerre. Si on y songe, des histoires de dénonciateurs, on en a connu lors de toutes les guerres…

 

À qui le dis-tu, Lucien l'âne mon ami. Je sais que tu le sais, mais quand même je le rappelle, j'en garde toujours mémoire : mon propre père a été ainsi dénoncé, torturé et est mort du chef d'un traître de ce genre.

 

Dans toutes les guerres, et toutes les occupations, dans les guerres de religion ou dans les guerres dites civiles, on trouve des actes de traîtrise, de dénonciation ou délation comme celui-là. Je n'ose imaginer la suite, mais je la sens très angoissante. Reprenons pourtant notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde honteux, obscène, avide, traître et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Claes mort, pour la vente de justice

On met les meubles sur la rue

Le berceau où le père et le fils sont nés

Le lit où la mère a accouché.

 

La huche où se serre le pain,

Le bahut, les poêles, les faitouts,

La tonne à bière et les flacons de vin,

Tout jusques au dernier clou.

 

Le crieur allume la chandelle,

On vend à l'encan même la vaisselle.

Seul le poissonnier achète et comptant,

Il sourit de toutes ses dents.

 

Le dénonciateur, dit la veuve de Claes.

Je sais, dit le fils de Claes,

Il n'héritera pas du sang du père,

Se jurent le fils et la mère.

 

Et le poissonnier accuse à nouveau

Pour trouver l'héritage tant convoité.

Il veut ses carolus, l'insensé ;

L'argent lui brûle le cerveau.

 

Il dénonce la veuve et l'orphelin

Par écrit entre les mains du bailli

Et les juges entendant les témoins

Poursuivent des gens déjà meurtris.

 

Le fils et la mère en allant au bourreau

Maudissent publiquement le vilain barbeau ;

Ils lui prédisent la male mort

Et tout le bourg comprend. Alors,

 

De toutes les maisons, de toutes les rues,

Chez le délateur, les gens se ruent

Le huent, lui jettent des pierres

Et l'infâme cagot affolé se terre.

 

 

 

 

 
La Vente à l'encan
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Marco Valdo M.I.
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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 17:39

LA MONIALE

 

Version française – LA MONIALE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La monacella – anonyme – avant 1900

 

 

 


Je maudis les prêtres et les frères,
Même l’amour et qui me l’enseigna.

 

 

 

 


Chanson populaire du dix-neuvième siècle, mais qui trouve ses origines bien avant.
Texte trouvé sur l’ Archivio delle tradizioni popolari della Maremma grossetana (Archive des traditions populaires de la Maremme grossetana), avec le commentairsuivant :


« L’histoire de la moniale par force, forcée à vivre au couvent après avoir éprouvé une déception d’amour. C’est une chanson répandue dans une grande partie de l’Italie centrale et septentrionale et connue dans beaucoup de zones de la Maremme. […] Une version très semblable à celle qui suit (surtout dans les premières strophes) a été publiée dans le livre de Marcello Conati : Chants populaires du Val d’Enza et de Val Cedra, édité à Parme en 1976, pag.193. Parmi les notes de Conati, on lit qu« le noyau thématique a des origines du XVIII et même du XVIIe siècle remontant aux temps où dans les zones de petits propriétaires terriens et de métayers, la nécessité de maintenir complète l’insuffisante propriété oblige à la transmettre aux nés et la difficulté de former la dot pour les filles célibataires, contraignait celles-ci à finir cloîtrière forcée… » Roberto Leydi, dans le dossier annexe au disque « Italie Vol. 2 - la Chanson Narrative/Spectacle Populaire » (Albatros, 1970) écrit à propos de cette chanson (intitulée « La moniale forcée » et recueillie dans le bergamasque) : « Tant le texte que la musique […] sont du dix-neuvième siècle et il n’est pas improbable que la matrice directe soit à rechercher dans le répertoire du cantastorie (trouvère, chanteur de rue, baladin), mais la composition enfonce ses racines dans un terrain antérieur. » 

Au-delà d
disque, la chanson se trouve – avec des variantes – dans beaucoup de traditions populaires, de la Lucanie (comme celle recueillie par Lomax et Carpitella dans les années 50) à la Lombardie (p.e dans le répertoire de Nanni Svampa et du Canzoniere populaire de la Brianza), de l’Ombrie (les Chantres d’Assise) à la Toscane et à tout le centre Italie. En particulier, on la trouve sur un disque de Betty Curtis de 1975 (« Betty Curtis Folk »), dans un de Michele L. Straniero, toujours de 1975 (« Lorsque j’étais moine… Chansons gaies, malicieuses et mordantes tirées de la tradition populaire et du vaudeville ») et dans un des Amis du Vent de Silvano Spadaccino, 1969 (« Notes populaires »).

 


La moniale était fille d’un grand seigneur,
Elle s’est cloîtrée à cause de la douleur
De l’abandon de son premier amour.
Elle s’est cloîtrée à cause de la douleur
De l’abandon de son premier amour.

 

Le jour où la moniale est entrée au couvent,
Elle écrivit à son papa lui disant
Qu’elle était malade et qu’il vienne la chercher.
Elle écrivit à son papa lui disant
Qu’elle était malade et qu’il vienne la chercher.

 

Elle reçut cette belle réponse de son papa :
« Si tu es malade, tu dois rester là
Et dans ce couvent, tu mourras.
Si tu es malade, tu dois rester là
Et dans ce couvent, tu mourras. »

 

« Je maudis la première pierre de cet endroit
Et l’ingénieur qui la dessina,
Et le maçon qui la fabriqua.
Et l’ingénieur qui la dessina,
Et le maçon qui la fabriqua.

 

Je maudis amis et parents, ma mère, mon père.
Je maudis les prêtres et les frères,
Même l’amour et qui me l’enseigna.
Je maudis les prêtres et les frères,
Même l’amour et qui me l’enseigna.

 

LA MONIALE
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Marco Valdo M.I.
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