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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 14:25

LA MINE EN FLAMMES.

 

Chanson italienne – Miniera – Gianmaria Testa – 2006

Version française – La Mine en flammes – Marco Valdo M.I. – 2008

 

 

 

Alors que dans chaque auberge mexicaine

ils dansent tous au son de l'hawaienne

Un chant vient de loin, si effroyablement triste.

C'est le mineur brun là-bas émigré.

Sa chanson est le chant d'un exilé.

Ciel d'étoiles, ciel couleur de mer

Tu es le même ciel que sur ma terre

Ramène-moi en rêve vers ma patrie

Rapporte-lui un cœur qui meurt de nostalgie


Dans la mine, tout est en flammes

Pleurent enfants, sœurs, mères et femmes

Mais le mineur au visage brun subitement

dit aux sauveteurs, si chacun est chancelant

J'irai seul en bas moi que personne n'attend



et dans la nuit, un cri soulève les cœurs

Mammas, ils sont saufs, ils reviennent, les mineurs

Il manque seulement celui au visage brun

Mais pour le sauver lui, il n'y en a aucun.

Ciel d'étoiles, ciel couleurs de mer

Tu es le même ciel que sur ma terre

Ramène-moi en rêve vers ma patrie

Porte-lui mon cœur qui meurt de nostalgie.

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 19:20

À FRANCO

Chanson italienne – A Franco – F.F. Rossi

Version française - À Franco – Marco Valdo M.I. – 2008



Tu avais vingt ans et tu es mort

après une agonie de trois jours

Tu es mort en héros en silence

sans demander l'aide du bourreau.


Victime choisie par le destin

qui t'a voulu symbole de la liberté,

liberté portée par un drapeau

avec le “A” rouge sur le tissu noir.

Tu n'a jamais eu de toit

tu étais un pauvre enfant trouvé.

Ils étaient dix et ils t'ont pris,

ils t'ont massacré le cerveau.


Ils sont déversé sur toi

la peur millénaire

qu'a le pouvoir de voir

la révolte prolétaire.

Si tu es mort sans faute

comme un martyr d'autres temps

Sur ta tombe, nous nous agenouillerons

comme des fidèles dans un sanctuaire.

Ton visage encore à présent

reste gravé dans les têtes

de tout pauvre prolétaire

comme un symbole libertaire.

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Marco Valdo M.I. - dans F.F. Rossi
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 17:35

UNE PETITE HISTOIRE SORDIDE


Chanson italienne – Piccola storia ignobile – Francesco Guccini – 1976

Version française – Petite histoire sordide – Marco Valdo M.I. – 2008




C'est arrivé près de vous, de chez nous, ici, là-bas, ailleurs, avant, maintenant et rares, en effet, sont ceux qui ont assumé leur devoir d'homme, c'est-à-dire ne pas laisser la femme – même la passagère du destin, celle de passage, celle qu'on a croisée un peu par hasard et qu'on a un peu par hasard marquée pour toujours – seule face à la douleur, seule face au remords. Même si dans certains pays, il n'y a plus la honte légale.


Bon sang de bonsoir, elle ne l'a pas fait toute seule et si tu t'es rapproché d'elle – même si tu n'es pas le seul à avoir goûté à ses charmes, à avoir partagé avec elle le plaisir de vie, si elle t'appelle (au secours) et elle t'appelle, sinon tu ne le saurais même pas... Si elle t'appelle, tu dois (impératif moral...), homme, l'accompagner, la secourir, l'aider et partager avec elle et face au monde, la douleur de l'enfantement rompu.

Il y a peut-être de bonnes ou de mauvaises raisons pour rompre le processus de vie, mais voilà, vous l'avez mis en branle ensemble et s'il faut l'arrêter – c'est là une décision intime et singulière – elle ne doit pas être seule face à l'angoisse. Tiens-lui la main, mon frère ! C'est la meilleure chose que tu puisses faire...

Car la comme ailleurs, l'argent ne suffit pas; l'argent ne suffit jamais à faire un homme. Il a « payé », dit la chanson. La belle affaire... Tu rigoles ? Ça change quoi ? Il a payé pour évacuer son angoisse propre, mais l'angoisse de celle qu'il laisse souffrir seule, cette angoisse-là demeure. Si tu as participé à l'action, ta simple dignité d'être humain te commande d'être là, tout entier, et de tenir la main de cette « mater dolorosa ».

Bien sûr, depuis 1974, quand cette chanson fut écrite et courage d'un homme, elle fut chantée, les choses ont évolué dans certains pays et dans le bon sens.

Certains pourtant voudraient enclencher la marche arrière.... Ne l'oublions pas, non plus.

Face à ceux là, comme face à d'autres nostalgiques de la restauration, un seul mot d'ordre : Ora et sempre : Resistenza !








Quelle petite histoire sordide qu'il m'échoit de vous conter

Si commune, si banale

qu'elle ne mérite même pas deux colonnes dans un journal

ou une musique ou des paroles un peu rimées

qu'elle ne mérite même pas l'attention des gens

Tant ils ont de choses plus importantes à faire.

Si tu l'as voulu, cela ne leur importe en rien,

Ils te l'avaient dit que tu finirais mal.


Mais si ton père savait quelle a été ta faute

Il suffoquerait de douleur.

Quelqu'un qui pouvait dire : “Je regarde tout le monde la tête haute”.

Il imagine à peine son déshonneur,

lui qui, quand tu es née, mit de côté cette bouteille

pour l'ouvrir le jour de ton mariage.

Il te voyait diplômée, il était fier de sa fille.

Si seulement il imaginait la honte.

Si seulement il imaginait la honte.

Si seulement il imaginait la honte.

Et penser à ce qu'il a fait pour ton éducation

De bonnes écoles, et peu mais de bonnes fréquentations,

élevée dans les valeurs de la famille et de la religion

d'obéissance, de chasteté et de bonnes manières.

Dis-moi alors ce que tu as fait, qui te l'as mis en tête

ou dis-moi où et quand tu l'as appris

toi qui n'a jamais vu à la maison une chose qui ne fût pas honnête

Et de certaines choses, on n'a même jamais parlé.

Et de certaines choses, on n'a même jamais parlé.

Et de certaines choses, on n'a même jamais parlé.


Et ta mère, ta mère, comme mère l'a deviné,

Elle sait lire comme mère dans chacun de tes regards.

Tu dois lui demander pardon, dire que tu t'es repentie,

que tu as compris, que tu regrettes ton erreur.

Mais comment vas-tu faire pour lui dire que personne ne t'a forcée

Ou lui dire que tu éprouvais même du plaisir.

Cela elle ne pourra pas le comprendre, car elle, en femme honnête,

elle l'a presque toujours fait par devoir.

Elle l'a presque toujours fait par devoir.

Elle l'a presque toujours fait par devoir.


Et ne dis pas de mal de lui, tu as encore eu de la chance.

Dans ce cas-là, tu sais, beaucoup le font.

Si, je le sais, dès que tu l'as dit, comme ça se fait, il t'a laissée

Mais il t'a trouvé l'adresse et les sous.
Puis, il a raison, tu ne peux pas démontrer que c'était de lui,

et puis, tu n'es même plus mineure

et dès lors, cette faute est entièrement la tienne.

Nous la loi ne nous poursuit pas.

Nous la loi ne nous poursuit pas.

Nous la loi ne nous poursuit pas.

Et ainsi tu t'es retrouvée sur une table de marbre

désirant presque mourir

comme un animal à l'abattoir, tu hurlais

mais ton cri ne pouvait presque pas sortir

et ainsi entre peur et remords, tu te retrouvais

vraiment seule entre les mains d'autrui

Et tu pensais en sentant ces morsures dans ta chair

à ton père, à ta mère et à lui aussi.

À ton père, à ta mère et à lui aussi.

À ton père, à ta mère et à lui aussi.

Mais quelle petite histoire sordide, tu es venue me raconter,

Je ne vois vraiment pas ce que je peux faire.

Te dire une phrase d'usage pour essayer de te consoler

Ou te dire : “Désormais, c'est fait, n'y pensons plus !”

C'est une chose qui ne peut faire une chanson à succès.

Elle ne vaut pas deux colonnes dans un journal.

Toi, tu l'as voulu, mais que veux-tu y faire maintenant

et les politiciens ont bien d 'autres choses à penser.

Et les politiciens ont bien d 'autres choses à penser.

Et les politiciens ont bien d 'autres choses à penser.

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 17:28

ÉMIGRÉ LÀ-BAS EN GERMANIE.


Chanson italienne – Emigrato su in Germania – Gianni Nebbiosi – 1972

Version française – Émigré là-bas en Germanie – Marco Valdo M.I. – 2008




Une chanson où sont condensés divers thèmes : l'émigration, le malaise psychique, la solidarité entre exclus, la rébellion contre le pouvoir qui emprisonne et tue les esprits et les corps.

Une très étrange figure, celle du professeur Gianni Nebbiosi. Romain, psychiatre et psychanalyste réputé, dans les années 60-70 son discours de lutte pour une psychiatrie démocratique (qui s'inséra dans le mouvement qui conduisit à la loi Basaglia) le conduisit même à ... empoigner la guitare comme arme, dans ce vaste mouvement de la chanson politique et militante actif à cette époque. Il composa et chanta ainsi quelques (stupéfiantes) chansons qui parlaient des conditions inhumaines du malade mental en Italie, rassemblées dans l'album « E ti chiamaron matta » (1972) [ Et ils te diront folle], contenant également « E qualcuno poi disse » [Et quelqu'un dit ensuite], sans doute la chanson la plus fameuse de Nebbiosi.... Par la suite, Nebbiosi retourna à sa profession, mais restent une quinzaine de chansons pour la plupart tellement inoubliables...

Riccardo Venturi.







Émigré là-bas en Germanie

Je sens mon cœur qui défaille

Je ressens l'étrangeté des choses, des gens

et même, à la fin, de l'esprit.



Et je finis à l'hôpital

pour cette maladie mentale.

J'y ai trouvé, avec stupeur,

quelqu'un qui parle comme un seigneur.



Il raconte certains faits

de romans et de portraits,

et de poètes et de personnes

dont je ne connais pas le nom.



Moi, je lui parle de chantiers

et de mes trop nombreux métiers,

de sueur et de fatigue,

de choses qu'il ne sait même pas.



Mais nous nous écoutons

et on dirait qu'on apprend

pourquoi nous avons été exclus

pourquoi ils nous ont enfermés.



C'est ainsi que l'autre matin

quand ils ont étranglé

et frappé tant et plus

un qui s'était pissé dessus.



Nous nous sommes regardés en face

et puis, après, à l'improviste,

plus esclaves, plus étrangers,

nous sautâmes sur le dos des infirmiers.

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 10:02

TITANIC

Chanson italienne – Titanic – Francesco De Gregori – 1982

Version française – Titanic – Marco Valdo M.I. – 1982




Variante dans le texte : dans les versions chantées, la fille de première classe est plus dépouillée et elle dit «  avant d'arriver, je me ferai baiser » et aussi « pour se caser on va en Amérique »...

Nous prendrons ces variantes comme base du texte, vu que ce sont elles qui sont « vraiment » chantées...




La première classe coûte mille lires

la seconde cent, la troisième douleur et épouvante.

Et puanteur de sueur de l'écoutille

et odeur de mer morte.

Monsieur le Capitaine écoutez-moi,

j'ai de belles et bonnes mille lires,

je veux voyager en première classe

sur cette mer splendide.

Voici ma fille qui a quinze ans

et qui a acheté un chapeau à Paris,

si vous nous invitez à votre table pour le dîner ce sera très bien

et avec l'orchestre qui nous accompagne avec ces nouveaux rythmes américains,

nous saluerons la Grande Bretagne notre verre à la main

et la glace au-dedans du verre nous ferons un toast tintinnabulant

à ce voyage véritablement mondial, à cette lune gigantesque.


Mais qui a dit qu'en troisième classe,

qu'on voyage mal, en troisième classe.

Cette couchette semble un lit à deux places,

on y est mieux qu'à l'hôpital.

Nous on nous a toujours appelés « cafoni » [culs terreux, paysans ...],

mais ici, on nous traite de messieurs,

quand il pleut, on peut rester à l'intérieur,

mais avec le beau temps, nous sortons

sur cette mer noire comme le pétrole

pour admirer cette lune de métal

et quand résonnent les sirènes on dirait presque le chant du coq.

On dirait presque que la glace que nous avons dans le cœur

petit à petit s'en va se dissoudre

dans la fumée de ce vapeur

de ces vacances en haute mer.

Et tourne, tourne, tourne, tourne l'hélice

et tourne tourne qu'il pleuve ou qu'il neige,

pour nous autres les gars de troisième classe

qui vont en Amérique pour ne pas mourir.

Et le marconiste sur sa tour,

de ses longs doigts célestes dans l'air,

recevait des messages de félicitations

pour cette croisière extraordinaire.

Et il transmettait saluts et espoirs

dans presque toutes les langues du monde,

il communiquait avec Vienne et Chicago

en un peu moins d'une seconde.


Et la fille de première classe,

amoureuse de son propre chapeau,

quand au soir, elle le vit danser, elle le trouva soudain si beau.

Peut-être à cause de ces yeux de glace

si difficiles à éviter,

elle pensa “ Peut-être avec un peu de courage,

avant d'arriver, je me ferai baiser”.


Et comme elle est belle la vie ce soir,

entre l'amour qui tire et un père qui prêche,

pour nous, filles de troisième classe,

qui pour nous marier allons en Amérique

pour nous, filles de troisième classe

qui pour nous caser allons en Amérique.


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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:57


PRENDS CETTE MAIN, GITANE !




Prends cette main, gitane, dis-moi quel futur j'aurai.

A présent que le vent emporte les feuilles et la pluie, le feu va fumer.

Et qu'il y a quelqu'un qui dit : Regarde ! Un qui dit : Où ?, un qui dit : Qui sait ?

Il y a l'eau qui s'arrête, l'eau qui bouge, l'eau qui s'en va.

Prends cette main, gitane, lis-la autant que tu veux.

Lis-la jusqu'au bout, lis-la comme tu peux.


Prends cette main, gitane, dis-moi encore combien il nous reste de vie.

De combien d'années sera fait le temps, et à quoi il ressemblera.

Aura-t-on des voitures ou des brins d'herbe ?

Y aura-t-il de numéros à retenir ?

Y aura-t-il des barques à repeindre ?

Y aura-t-il des arbres à planter ?


Prends cette main, gitane, raconte-moi comment est l'obscur.

La nuit est longue à traverser, fais-moi place à côté de toi.

Tes yeux resplendissent dans le noir.

Ta bouche et tes doigts parlent.

Ton anneau retourné s'illumine.

A la lumière de l'enseigne de l'hôtel en face

Tes dents et ton dos brillent

tandis que tes sens scintillent, dans l'obscurité.

Prends cette main, gitane. Fais-moi place près de toi.

La nuit est longue à traverser, fais-moi place près de toi.

Tes yeux sourient dans l'ombre.

Tes cartes s'ouvrent, nos mains se mêlent

Et le présent et l'infini dans l'obscur se confondent.

Tandis que tes sens répondent, dans l'immensité.


Francesco De Gregori – Prendi questa mano, zingara. - 1996.

Version française : Marco Valdo M.I. - Prends cette main, gitane. - 2008

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:47

 


Evelin Bandelli. La foto ci è stata spedita da Gildo dei Fantardi, che ringraziamo di cuore.

Evelin Bandelli.


LETTRE À MON PÈRE

Chanson italienne – Lettera a mio padre – Evelin Bandelli

Version française – Lettre à mon père – Marco Valdo M.I. – 2008



Evelin Bandelli est la fille d'Alfredo Bandelli, lui-même chanteur, même chantauteur engagé, d'autres diraient prolétarien. La fille a repris le flambeau de la chanson socio-politique et présente ici celui qui sans aucun doute fut en chanson aussi, son père.

Cette chanson est aussi à la fois, une déclaration d'amour et une profession de foi – qu'on se rassure ! – une profession de foi prolétarienne, antifasciste. Simplement, une très belle chanson...

Mais une chanson rare par ce qu'elle révèle de la relation père – fille quand elle s'instaure au fil du temps, dans la durée et sans doute, au-delà de certaine séparation inévitable.

Ces deux-là se retrouveront, c'est sûr ! (M.V.M.I.)





Je me rappelle tes yeux noirs

et ton regard limpide et sincère

tes yeux pleins de nobles pensées

dirigés droit vers le futur

Je voudrais te dire à présent que j'ai trente ans

que je suis femme, mère et aussi, épouse

je voudrais te dire que je n'ai plus d'angoisses

que je sais répondre à mes désirs

Mais la vie est dure comme dans le temps

et les patrons n'ont jamais disparu

Et même, armés de drapeaux, ils passent à l'attaque

et redonnent vie à ces partis

ces partis qui en ont fait de belles.

Ils nous ont tué et volé avec orgueil,

ils ont repris leurs étendards dans leurs fosses

Ils ont porté la semence pourrie à germer

mais quelque chose prend naissance en mon cœur

Une rage que je sens en dedans,

je ressens la fureur de ton chant

Qui frappe ce fasciste en plein dans le mille

Je me rappelle quand tu chantais

Les chansons nées de tes pensées

Je me rappelle quand tu t'en allais

puis, tu revenais, comme si c'était hier;

Tu posais tes mains grandes comme le monde

et en elles, je disparaissais

et je rêvais de te voir faire la ronde

avec maman et certainement, toujours vivant

mais toujours, la vie est remplie de surprises

Je sais qu'un jour nous nous reverrons encor

et heureux de partir vers de nouvelles aventures,

nous chanterons sans dire un mot.

Tu posais tes mains grandes comme le monde

et je disparaissais en elle

nous chanterons ensemble une ronde

et nous dirons à tous que tu es vivant.

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Marco Valdo M.I. - dans Bandelli
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:39

LES NOUVEAUX ÉMIGRANTS PARTENT.



Chanson italienne – Partono i nuovi emigranti – Evelin Bandelli

Version française – Les nouveaux émigrants partent – Marco Valdo M.I. – 2008

... L'argument de cette chanson est tiré du fait que dans le courant du voyage d'émigrants clandestins venus d'Afrique vers l'île sicilienne de Lampedusa, en vue de Lampedusa, une enfant de quelques années était morte dans les bras de sa mère; les marins, sans aucune retenue, ni égard, arrachèrent cette petite des bras de la mère et la jetèrent par dessus bord. Peu après, ma mère bouleversée de douleur, se jeta dans les eaux glacées pour tenir compagnie à sa petite. Ce fait avait ému Evelin et par cette chanson, elle raconte le souvenir et la douleur de celui qui cherche à trouver des conditions de vie meilleures.

Comme dit un journal suisse : à « Lampedusa, ce confetti d'Italie, au large de la Sicile - plus proche de Tunis que de Palerme », cette année (2008 – mois de septembre) plus de 15.000 réfugiés sont arrivés par la mer. L'endroit est conçu pour accueillir environ 800 personnes, or depuis le début de l'été, on y compte près de 2000 réfugiés. Libye-Lampedusa, l'autoroute de la mer. [Marco Valdo M.I. rappelle : une autoroute de terre conduit aussi à Dachau, par exemple.] Ils proviennent d'Ethiopie, de Somalie, du Maghreb, d'Irak, d'Afghanistan et même du Sri Lanka et fuient les conflits et la famine ou rêvent simplement d'une vie meilleure.

Les Suisses s'inquiètent d'un tel « déferlement »... Soyons sérieux un instant : il y a environ 400.000.000 de personnes en Europe et 8.000.000 en Suisse. Un « déferlement » de 15,000 personnes... Disons simplement que les Suisses n'aiment pas les émigrants; les Italiens, qui y ont émigré, le savent bien. Précisions : les Suisses n'aiment pas les émigrants pauvres. Les Suisses aiment les émigrants riches et plus encore, les émigrants très riches.

Mais il ne faut pas jeter la pierre aux Suisses (d'abord, ils ont déjà assez de cailloux comme ça dans leur paysage – Rasez les Alpes qu'on voie la mer !, criaient les jeunes Suisses quand ils jouaient à la révolution à la fin des années 60). Dans tous les États d'Europe, c'est pareil. C'est un comportement de nantis, c'est un réflexe de peur, c'est un signe aigu d'imbécillité. Si seulement, ils pensaient un instant : Et si c'était moi ce réfugié, moi que la vie pousse au bout du désert et de la mer...? Mais ils ne pensent pas, voilà tout : ce qui est précisément l'imbécillité.

Comme on peut le voir, cette chanson est toujours d'actualité et semble-t-il, elle le restera longtemps encore.

Son titre cependant renvoie à la chanson « Les émigrés partent » d'Alfredo Bandelli, le père d'Evelin. La coïncidence de ces deux chansons, qui se font écho dans le temps, rappelle aux Italiens que des Italiens aussi furent des émigrants, eux aussi mal accueillis, eux aussi objets de sarcasmes, de mauvais traitements et de racisme.



Il vient de loin ce bateau

chargé de personnes

Il vient de l'Orient ou peut-être du Sud

On dirait qu'il veut couler


Ils laissent mères pères et même enfants

à la recherche d'une vie meilleure

pour un rêve en tête et la faim au cœur

Ils partent pour venir ici

Vois-le ondoyer dans le vent

avec cette charge de haine et de faim

qui implore pitié
Vois-le naviguer dans le vent

le marin qui a pris jusqu'à leur cœur

et leur dignité


Sur cette grande mer aux vagues gigantesques

on dirait que les rêves se sont brisés

Une mère pleure sa propre fille

Elle sait que ça n'ira pas


Vois-le balancer dans le vent

Il y a une fillette entre les vagues et les flots

qu'on jette dans la mer

Vois-le voyager dans le vent

Il y a une mère qui suit sa fille

au fond de la mer


L'histoire est la même qu'il y a cent ans

On meurt de faim ou on part de là

et derrière le calvaire de celui qui part

il y a certainement quelqu'un qui y gagnera


Vois-le ondoyer dans le vent

ou on meurt de faim et de peines

ou on meurt en mer.

Vois-le balancer dans le vent

Il y en a qui arriveront en terre étrangère

Mais ils seront esclaves.



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Marco Valdo M.I. - dans Bandelli
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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 09:35

MON PÈRE EST MORT À 18 ANS PARTISAN.


Chanson romaine (italienne) – Mio padre è morto a 18 anni partigiano – Gigi Proietti

Version française – Mon père est mort à 18 ans partisan – Marco Valdo M.I. – 2008


Quand Gigi la récite, il en chante seulement deux vers, presque à la fin; il y a une musique de fond. Il n'est pas nécessaire de recourir à des « extras » pour cette extraordinaire chose sur laquelle nous ne voulons rien ajouter d'autre... (dit le staff)

Mais, dit Marco Valdo M.I., moi, à cette extraordinaire et stupéfiante (in italiano, commovente) chanson poétique ou ce poème venu de l'au-delà des mots, je veux ajouter quelque chose. C'est ceci, exactement ceci : à peine je l'ai lue; dans la foulée, comme si son père m'avait fait une passe, j'ai prolongé son effort, je l'ai traduite d'un coup, sans désemparer. J'en suis encore tout secoué, comme si la terre s'était mise à trembler. J'ai tout laissé là et j'ai traduit.

Pour le reste, je suis certain que je lui renverrai sa balle, la lui ferai renvoyer la balle par un « ragazzo del suo tempo », qu'il puisse encore une fois marquer pour la Resistenza.... quer papà... Ce papa...


Mon père est mort partisan,

à dix-huit ans, fusillé dans le Nord, on ne sait même pas où ;

je ne l'ai jamais vu, je sais juste comme il était

par ce que ma mère m'en disait :

il jouait à la Roma primavera.


Mais l'autre nuit, tandis que je dormais

C'était il y a deux ou trois nuits.

Il est venu me réveiller à l'improviste

et je l'ai vu, comme si c'était vrai;

sur son visage, il y avait un grand sourire

qui s'épandait en lumière comme un cierge.

C'est fou, comme tu dors – m'a-t-il crié,

c'était vraiment lui, j'en suis sûr,

celui-là même de la photographie que ma mère

avait sur la commode, derrière une branche

de palmier toute sèche, bénie,

un jeune homme, en camisole qui rit

avec un mouchoir rouge au cou.

Comme je rêvais dans mes rêves,

Surpris, j'ai demandé : Mais qui es-tu ?

Je suis ton père, m'a-t-il dit en riant

Peut-être es-tu gêné à ton âge

de m'appeler papa.

Non, papa, je t'appellerai comme tu dis,

ça me fait rire de te voir au naturel,

excuse-moi si tu me trouves au lit,

Que veux-tu savoir ? Je ne peux pas me plaindre,

je ne suis pas un monsieur, trente-deux ans,

devant j'ai une vie,

ma partie n'est pas encore finie.

Tu le sais, depuis que maman s'est mariée

avec mon père, qui en fait est mon beau-père...

je crois, sept ans après ta mort...



À ces morts, j'ai vu qu'il plissait un peu les yeux,

comme quand il y a un soleil trop fort.

Excuse-moi papa, je croyais que tu le savais.

Mais lui en riant sans en faire une affaire,

crâneur, insouciant, m'a répondu :

mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...


Puis, il m'a touché les pieds dans le lit,

et il a fait un signe, comme pour dire : tu es grand !

Et dis-moi, dit-il, avant de m'en aller,

qu'as-tu fais de la vie

que je t'ai donnée en jouant avec la mienne...

Je voudrais savoir : ce monde tu l'as changé ?

Ce grand pays, vous l'avez transformé ?

L'homme nouveau est-il né ou n'est-il pas né ?

De quelle manière vous nous avez vengés ?

Et il riait des yeux, des cheveux,

il semblait presque qu'il le faisait exprès.

Il se foutait de moi, je compris, ce puant,

il riait et attendait ma réponse.

Mais toi, que veux-tu avec toutes ces questions ?

Mais car tu es mon père, tu en profites.

Tu me dois le respect, je suis le plus grand !

Ça va maintenant tu prétends que tu a des droits

car tu es un partisan fusillé...

Mais si tu m'éveilles, je te répondrai

mais attends seulement que je retrouve mon souffle.


Certes, la vie est améliorée !

Nous l'avons quand même fait des progrès.

Irrésistibles, ont-ils écrit dans les journaux.


C'est mieux ainsi – me fait-il – on voit ce que ça a servi...

Tu vois quand ils m'ont fusillé

Je n'ai pas crié les phrases des héros

Je pensais à vous qui sur le même terrain

auriez certainement gagné la partie

même si je perdais la première mi-temps.


Non, un moment papa, je t'explique mieux...

Ce n'est par que nous ayons déjà tout à fait gagné

dans la mesure où il y a un retour hem...

Et alors mon père, ce garçon,

qui se peignait devant le miroir

se retourna, me fixa et me demanda :

Mais en somme, à présent, le peuple commande ?


Là, j'ai bondi sur le lit, avec une main,

je me remontais les pantalons, avec l'autre

je cherchais à le toucher, et je ne pouvais pas.
Alors, j'ai parlé,

car il m'avait pris comme une mélancolie

et je ne voulais pas qu'il s'en aille

avant de savoir bien comment ç'avait été.

Tu es un gamin, papa, comme je t'explique,

tu ne peux pas comprendre comment change le monde.

Il y fait du temps, ce temps mange

nos rêves,; moi, tu sais ce que je fais, j'attends !

Tout ce qui vient, je l'accepte,

Nous sommes contents si la Roma gagne,

Les camarades sont si nombreux et les sourds si peu...

et il n'y a plus temps pour les jeux.


Il y en a toujours qui t'arrachent les plumes,

Mais tu ne pourras pas comprendre, papa, tu es un gamin.

Si tu étais vivant, je t'ajouterais trente ans,

il vaut mieux que tu retournes d'où tu es venu,

car ceux qui t'ont fusillé,

sont précisément ceux-là qui te font mourir tous les jours !

Laisse tomber papa, il n'y a pas d'air ici,

Nous avons grandi... Nous ne sommes plus des enfants.

Retourne jouer avec les autres garçons

qui ont fait comme toi,

nous nous sommes sérieux... et nous ne jouons plus.


À ce point, mon père s'est lassé,

il a haussé les épaules, un salut,

il a remis sa gloire dans son sac,

et il a tourné le dos et s'en est allé

en répétant au vent son histoire :

Mais qu'en sais-je moi de ce qui s'est passé,

je suis resté comme je vous ai laissés,

quand je jouais, jouais, jouais...

je jouais au foot et ne me fatiguais jamais,

je jouais avec ta mère et je l'embrassais,

je jouais avec ma vie et je ne voulais pas,

avec les fascistes pourtant ne n'y jouais pas,

je tirais, je tirais, je tirais...



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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 16:16

La musica dei Poveri, ce titre est celui d'une chanson des Mercanti di Liquore (2002). Il pose au locuteur de langue française un énorme problème de traduction, qui a du sens. Le titre est "La Musica dei Poveri" et le refrain est "La musica è dei poveri... " et là, on voit bien où se trouve la difficulté : traduire par "la musique est des pauvres". Cela ne sonne pas bien en français. « La musique est aux pauvres », sonne déjà beaucoup mieux et révèle un sous-entendu : la musique est celle des pauvres, elle est des leurs, elle vient des pauvres, elle ne peut vivre que parmi eux. D'où le titre français : « La Musique aux Pauvres ! » (point d'exclamation compris) qui claque au vent, qui sonne comme une injonction, comme une revendication, comme une devise, comme un slogan.

Quand on l'emmène dans le monde des riches, elle trouve l'atmosphère déliquescente et elle dépérit, elle s'anémie, elle perd toutes ses couleurs, elle s'épaissit de mauvaises graisses, elle traîne son corps adipeux, elle étouffe, elle ternit... Dans ce monde-là, des chacals multinationaux lui courent après. Ils la vendent, ils la prostituent et s'en font de gras revenus.

« Si tu chantes ma chansonnette, pour faire ton métier de vedette

T'as qu'à barrer ce qui t'embêtes avec des X avec des X

Ou bien chanter en engliche des conneries qui plaisent aux riches

Alors tu seras sur l'affiche... », chantait Léo Ferré dans une chanson au titre explicite « La Mafia ».



Les musiciens, les chanteurs – enfin, pas les cuistres ni les pitres – pour la plupart, ont juste droit aux miettes.

La musique et la chanson – qui valent – sont des jumelles rebelles. Elles ont souvent pris parti dans les luttes des hommes, dans cette grande guerre civile qui chaque matin se relance.

Elles sont du côté des pauvres irrémédiablement. Diablement !

 


LA MUSIQUE AUX PAUVRES !



Chanson italienne – La Musica dei Poveri – Mercanti di Liquore – 2002

Version française – La Musique aux Pauvres ! – Marco Valdo M.I. – 2008



Elle n'appartient pas à la culture

On ne la trouve pas sous un drapeau

Elle n'a jamais besoin de protecteurs

Elle ne peut pas rester à l'intérieur, sa place est dehors !

Ils ne l'auront pas ces fils du bien-être

Elle reste ce qu'elle doit être

Ils ne l'auront pas ces avocats ni ces affairistes

Encore moins les policiers ou les emprisonneurs

La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

Elle a mille visages ou un seul seulement

Plus elle est lointaine et plus elle t'est parente

Elle est nouvelle, elle a cent mille ans,

Ils cherchent à la tuer mais elle est vivante.


La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres


Beaucoup en réclament la paternité

Mais elle n'appartient même pas à qui la fait

Les marchands de disques ne l'auront pas

ni les pitres déguisés en grands artistes

les criminels distingués ne l'auront pas

Elle n'est pas aux vainqueurs, elle est aux vaincus.


La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

La musique est aux pauvres, la musique est aux pauvres

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