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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 11:57

PEDRO BENJE


Chanson italienne - Pedro Benje – es Anarchistes – 2005

Version française - Pedro Benje – Marco Valdo M.I. – 2008



Pedro Benje fut un “martyr” de la révolution angolaise. Cristina Alioto et Claudia Guarducci reprennent ce chant qui le célèbre.

..

Les Blancs qui t'ont assassiné

Pedro Benje

Sont venus de loin...

Pedro Benje, mort pour l'Angola

Pedro Benje, tu parlais de tes camarades

tombés pour la libération

Pedro Benje, tu disais à tous qu'était arrivé

le temps de l'indépendance...

Mais les Blancs qui sont venus de loin

T'ont assassiné...

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 20:23

LOMBARDIE

Chanson italienne - Lombardia – Mercanti di Liquore – 2002

Version française – Lombardie – Marco Valdo M.I. – 2008





Atterris comme un 747 à Brianza (1)

Nous avons grandi en cachette, comme des châtaignes folles (2)

La reine Teodolinda (3) nous clignait de l'œil,

mais nous pas reconnaissants, nous ne lui avons pas fait la révérence.


Nous avons appris la guitare pour avoir une occasion

par peur de nous sentir comme un meuble à Lissone

puis nous nous sommes déguisés en mercenaires

pour chercher à grimper cette plaine pentue.



Lombardie, comme il est facile de ne pas t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons à respirer, tout en étant en Lombardie.


A Milan, nous avons construit un manège de cristal

mais la pluie de monnaie l'a détruit au meilleur moment.

Nous nous sommes réfugiés dans les quartiers de la périphérie

car sous l'immondice est cachée la magie.



Et ce fut la nuit longue, soûle dans les faubourgs.

Nous avons appris à marcher du pas des balourds,

le parfum de l'asphalte et le nom des couteaux;

nous sommes devenus des ordures, nous sommes devenus fort beaux.



Lombardie, comme il est facile de ne aps t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons même à voler, tout en étant en Lombardie.



Quand est venu l'ouragan, il nous surprit au-dessus de Lecco (4).

Nous le prîmes par la queue et nous le fichâmes dans notre sac.

Le lac aussi fut gentil, il nous a révélé son mystère

en échange de la promesse de ne pas le divulguer à la ronde.



Nous avons attrapé une étoile de la nuit bergamasque.

Tandis que le diable riait, nous lui avons volé sa farine,

puis, nous avons demandé à la montagne de nous chanter une chanson

et dans la vallée dessous, tous firent l'amour.



Lombardie, comme il est facile de ne pas t'aimer

Tu ne fais pas de sourires et maltraiter te plaît

Mais nous, nous sommes des enfants tordus, nés dans un bistrot

et nous réussissons à respirer, tout en étant en Lombardie.



Nous avons fait le pari d'une vie rapiécée

comme quand vient au jeu le deux que tu appelles.

La vulgarité ou le boucan ne nous provoque pas de honte

car même un œil poché peut voir assez loin


Alors, il ne faut pas nous blâmer si nous ne sommes pas révérants.

Il est difficile de parler avec un protège-dents

Si tu ne nous aimer, tiens-nous au moins compagnie

Tu sais où nous trouver... Bonne nuit, Lombardie.





  1. Brianza : région de la Lombardie où est située Monza, ville royale de Teodolinda

  2. châtaignes folles : traduction littérale et poétique de l'italien « castagne matte ». Sans doute, eût-il été plus conforme, mais moins poétique, de traduire « marrons » – ces châtaignes fausses, incomestibles.

  3. Teodolinda : reine des Lombards : +/- 590-627; capitale : Monza et Milan.

  4. Lecco et lac : Lecco est une ville au nord de Milan sur le bord du lac de Côme.

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17 novembre 2008 1 17 /11 /novembre /2008 17:11


MARCHANDS DE LIQUEUR.



Chanson italienne – Mercanti di Liquore – Mercanti di Liquore

Version française – Marchands de liqueur – Marco Valdo M.I. – 2008


« Tenons-nous serrés ce soir, là dehors rôdent les hyènes ».

En italien, la chanson et le groupe portent le même titre et l'une exprime l'autre : le sens d'un combat artistique et de son urgence.


« Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Houlala, houlala, marchands de liqueur »

Elle est une sorte d'autodéfinition chantée.... Si l'on suit l'histoire de ces « Mercanti di Liquore », Marchands de Liqueur, on verra qu'ils situent leur travail artistique à un niveau d'une grande exigence, ce qu'on ne songera pas à leur reprocher.

Voici un rapide portrait tiré des éléments plus détaillés que l'on peut trouver sur leur site.


Les « Mercanti di Liquore » (en français : Marchands de Liqueur) sont un groupe italien qui fut créé à Monza dans le milieu des années 1990, par trois musiciens d'un groupe rock « Zoo », sous la forme d'une formation orientée vers la musique acoustique.
Dans les derniers temps, les Mercanti di Liquore ont donné de très nombreux concerts et ont fait connaître leur musique dans toute l'Italie.

Tout au long de leur parcours, ils ont marqué leur attachement à la figure de Fabrizio De André.

Notamment, au travers le leur participation à la kermesse musicale en hommage à Fabrizio De André, «  Faber, amico fragile » à Gênes en 2000 et de leur spectacle « Gente invisibile », hommage à Fabrizio De André et à tous ceux qui racontent des histoires manquées. Les émotions et la folie de ces gens invisibles sont racontées à travers les chansons d'auteurs qui ont fait l'histoire de la musique italienne comme De André, Tenco, Ciampi, Lolli, Endrigo et de fragments littéraires et poétiques de Bukowski, Pasolini, Vian...



Aux dernières nouvelles, ils voguent encore au long cours....




Marchands de Liqueur.



Fête qui secoue les têtes, musique suante et puissante

Tenons-nous serrés ce soir, là dehors rôdent les hyènes

Et autour la joute se déroule, elle sent la vitalité

Regardons en face et tenons-nous serrés

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur



Il y a un désir malade de doigts nerveux et contents

qui cassent le cul à la nuit, qui chantent

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur



Moi qui suis marchand, marchand de liqueurs, je reconnais les gens à l'odeur

Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Moi qui suis marchand, marchand de liqueurs, je reconnais les gens à l'odeur

Moi qui suis saint et assassin, j'ai une musique de sel et de vin

Houlala, houlala, marchands de liqueur

Houlala, houlala, marchands de liqueur


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16 novembre 2008 7 16 /11 /novembre /2008 17:39

JARDIN INCULTE


Chanson italienne – Giardino incolto – Sabino Mongelli – Les Anarchistes – 2006

Version française – Jardin inculte – Marco Valdo M.I. – 2008





« Nous sommes restés trois jours dans la prison de Volterra – le fameux Maschio di Volterra – pour enregistre avec les acteurs détenus de la Compagnie de la Forteresse d'Armando Punzo les parties récitatives et chorales de Muss es sein ? Es muss sein ! - cri de liberté de Léo Ferré [...] Sabino Mongelli est un des leurs. Il a chanté avec nous cette chanson qu'il a écrite qausnun de ses camarades faisait la grève de la faim pour pouvoir voir son fils. C'est un texte qui raconte la privation à laquelle la prison soumet. »

(Marco Rovelli)



En traduisant cette chanson, je pensais à Marco Camenisch, militant écologiste radical et anarchiste, qui lui aussi fit, comme tant d'autres, des grèves de la faim dans les prisons italiennes pour améliorer les conditions de détention dans les quartiers de haute sécurité avant d'expérimenter les prisons suisses, où on le détient encore... Il existe un livre qui relate cette longue incarcération et le combat quotidien qu'elle suppose pour y survivre; il est en langue italienne et il s'intitule "Achtung Banditen !" (éditeur Nautilus) - auteur Piero Tognoli. On peut en trouver des extraits en langue française sur le blog http://marcovaldo.over-blog.com/

( Marco Valdo M.I.)





À présent c'est un jardin inculte

Sans ses couleurs habituelles

Une photo mangée par le temps

Un arbre dépouillé par le vent

Un soleil après le crépuscule

Un feu après qu'il ait été éteint

Et moi je suis ici à attendre

Que ta voix vienne à résonner



Nous fûmes pris par enchantement

Et par contre, tu es renfermé dans un tourment

Comme une pierre hors du temps

Tu es muet sans une plainte

Recroquevillé dans ton lit

avec un poing serré dans la poitrine

Vivre Sentir Construire

Survivre Créer Vivre



Tu as abandonné tes mots

Tous tes livres et tous tes mots

Tous ceux que tu avais écrit

En les adressant à qui sait qui

Abandonnés au-delà du monde

Abandonnés à une pensée.



Dans le noir le plus profond et le plus obscur

Se trouvent tes souvenirs et tes pensées

Les détails les plus quotidiens

Les contours de ta personne

et moi qui suis ici à attendre

que vienne à résonner ta pensée



Dans le vert de ces collines

Dans le jardin qui t'entoure

Quand notre chanson

Cessera d'être un rêve

Quand ce rêve sera

La force d'un nouveau retour.




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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 22:32

LES RAYONS SOLAIRES X.

Chanson italienne - UN SOLE A RAGGI X – Les Anarchistes - 2005

Version française – LES RAYONS SOLAIRES X – Marco Valdo M.I. – 2008


Chanson consacrée au camp de Guantanamo, où les prisonniers ne sont pas des prisonniers, ce sont seulement des détenus;

Guantanamo, où les prisonniers se suicident uniquement pour ennuyer leurs gardiens;

Guantanamo, où à chaque instant, la nation étazunienne toute entière se déshonore;

Guantanamo, où l'État se cache derrière Dieu pour accomplir ses forfaits les plus ignobles et torture sans se retourner.

Conscience ? Vous avez dit, conscience ? J'ai dit conscience, moi ? Comme c'est étrange !


Marco Valdo M.I.





Menotté, enchaîné, bandé, rasé,

Ce soleil fait de toi une bête? Une machine subhumaine.

Tu n'es pas son prisonnier. Tu es seulement un détenu.

Dans cette guerre infinie, qui ne doit pas être vue.


Un soleil aux rayons x

Te pénètre jusqu'aux os

Un soleil sans crépuscule, jamais

Qui ne te laisse jamais en paix.


Ce soleil sec et méchant, dans cet enfer

Tu n'as même pas le droit d'avoir un visage,

ni le droit d'avoir un esprit, ni un nom,

Rien d'autre que des nombres pour les bêtes, et les bêtes, c'est fait pour être esclaves.


Un soleil aux rayons x

Te pénètre jusqu'aux os

Un soleil sans crépuscule, jamais

Qui ne te laisse jamais en paix.


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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 21:20

LE MAI DE BELGRADE



Chanson italienne – Il maggio di Belgrado - Erri de Luca et Marco Rovelli – 2005

Version française – Le mai de Belgrade – Marco Valdo M.I. a – 2008



« J'ai connu Erri de Luca il y a des années, en me présentant à lui à la fin d'un débat dans une petite librairie de Rome. J'avais lu ses livres et ils m'avaient foudroyé. En particulier « Aceto, arcobaleno ». Ce fut l'éclair qui me réveilla ». Il m'invita chez lui...

Au cours des années, j'ai maintenu les contacts avec Erri De Luca, surtout par lettre, avec « mes invasions de champ » (pour lui voler une expression) à la recherche de critiques de mes écrits. Puis sont venus Les Anarchistes et j'ai pensé qu'il serait bien d'avoir des mots d'Erri à mettre en musique. Il m'a donné un texte sur le moment où il s'était fat citoyen de Belgrade en partageant les bombes de l'OTAN (nos bombes) avec ceux qui habitaient là avant lui.

Comme refrain à la chanson, il y a la traduction faite par Erri du troisième et quatrième vers de la poésie de Hölderlin PATMOS :

« Proche est

le dieu difficile à saisir... »


Puis nous avons mis en musique ce texte. Je me suis permis l'une ou l'autre petite interpolation. J'ai ajouté une coda qui est une citation (en marge de la dialectique entre mémoire et oubli de l'histoire, à partir de Nietzsche) et comme refrain à la chanson s'est imposé le vers de Hölderlin. Le tire est venu tout seul : Le mai de Belgrade.

Une note encore: et ceci, qu'est-ce que ça a à voir avec le camp ? Évidemment, et voici... Comme on aura compris, la forme du camp est un état d'exception permanente. Cet état d'exception permanente se déploie avec une évidence totale dans la suspension de tout droit pour les émigrants enfermés dans les camps ( mais aussi, de façon différente dans la progressive précarisation des rapports de travail, dans le renforcement totalitaire de la bioéconomie) à l'intérieur et la suspension de tout droit international à l'extérieur. La « guerre sur la Serbie » a été l'ouverture intégrale de ce camp global ».

Marco Rovelli






Au mois de mai 1999

Les citoyens de Belgrade

étaient tous des astronomes.

Ils regardaient en l'air

Ils regardaient en l'air

l'arrivée des avions de l'Occident.

La terre tremblait

Les pierres tremblaient

Les vieux, les chiens et les enfants tremblaient.

Les bombes au graphite coupaient

L'électricité, pas la fraternité.


Quand croît le péril

s'accroît aussi tout ce qui sauve


Ainsi écrivait un poète

qui n'était pas à Belgrade

au mois de mai 1999.

Il était mort depuis un siècle et demi:

Mais il était avec moi, dans ma poche

et je me suis sauvé

par l'antiaérienne des poètes.


Quand croît le péril

s'accroît aussi tout ce qui sauve


Les poètes chantent l'oubliance (1)

Ils chantent le sang, ils chantent l'errance

Ils chantent les poètes et ils se font la mémoire

de l'inutilité et des dégâts de l'histoire.



(1) Petit hommage rimbaldien par un antonyme néologique des remembrances.


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Marco Valdo M.I. - dans Erri de Luca
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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 22:51

LE SOLEIL N'A PAS D'ODEUR


Chanson italienne – Il Prigioniero Ante – Mercanti di Liquore – 2004

Version française – Le soleil n'a pas d'odeur – Marco Valdo M.I. – 2008


Pour Ante... Le grand poète des Balkans.


Erri De Luca : Honneur aux poètes qui aident à vivre.


Extrait de « Il Mattino » - 13 septembre 2002.


Quand il y a peu de temps, qu'ils frappent à la porte, qu'ils bombardent la ville avec l'artillerie, quand elle brûle, quand tu es seul dans un lit d'hôpital, quand tu arrives trop tard, quand les mots te manquent et que ton souffle est court, alors la poésie, une, prend ta place, elle te prend par la main quand nous n'y arrivons pas; elle y arrive. Durant les sièges, dans les prisons, dans les cantines, sur des morceaux de papier de fortune s'écrivent les poésies. Le partisan Ante Zemljar en écrivait durant la guerre en montagne contre les nazifascistes. Il écrivait sur un cahier. En son absence, ses camarades le trouvèrent et avec le papier, ils firent des cigarettes. Il n'y avait pas grand chose à fumer et Ante sait qu'ainsi aussi, ses poésies ont respiré. Le partisan Zemljar après la guerre perdue a fait cinq ans de prison dans la colonie pénitentiaire de Tito, Goli Otok, une île désolée. Là aussi, il écrivit des poésies avec un bout de charbon sous son ongle sur des morceaux de carton, en cachette. Dans le ghetto de Lotz en 1943, Isaie Spigel écrivait dans son yiddish pourchassé :

« Mon corps est un pain

tombé dans un calice de sang. »

Excusez-moi mes amis, je ne parle pas de Leopardi ou de Virgile, je ne fais pas honneur à la poésie. Je parle où elle est dans l'immédiat indispensable. Je parle où elle est urgente, même si à ce moment le poète est muet et ne peut même pas écrire son nom sur la porte de sa maison. Mon ami Izet Sarajlic écrivait à Sarajevo des vers répétés par tous de mémoire car là-bas les poésies sont sur le pas des lèvres.

Izet durant les années du siège écrit peu, il ne fait plus le poète. Que fait-il ? Il est là, il vit avec la ville détruite, il partage la faim, les queues pour l'eau, pour le pain. Il ne profite pas des invitations à émigrer. Il reste là, c'est sa poésie parmi ses concitoyens et elle réchauffe également. Un poète est responsable de la douleur comme de la joie.

Excusez-moi, je ne parle pas de Leopardi et de Virgile, mais de mes amis. Mais mon ami, si tu ne comprends pas immédiatement le poète, un seul vers tombé sous tes yeux pour t'éclairer, alors à quoi sert le poète ? À te prendre sous le bras, à te donner les syllabes d'une strophe miraculeuse, par exemple parfaite de mélancolie...

Et un soir de juillet, sans savoir comment franchir les centimètres entre une dame et moi, je tirai de mon étagère les poésies d'Hikmet, je récitai à voix basse ses vers et entre nous deux, disparut même l'ultime millimètre.

Mais ce n'était pas là un calcul ou un système : ou c'est le fruit du moment d'improvisation ou bien c'est faux. Car la poésie est un geste qui invente la vérité. Il ne la sait pas d'avance. Et en temps d'appel aux armes, quand le mot Guerre envahit les journaux comme une recette, un vaccin contre l'épidémie fébrile de saison, alors la poésie sert à détonner.

Mêlée au chœur, elle le fait crier, elle fait pour un moment revenir le silence. Car elle donne de la valeur aux mots, en en utilisant peu et bien serrés, car elle donne du sang au mot Guerre, elle lui offre l'éventration et le gaz nervin, elle donne des corps de femmes, de bébés, de vieux beaucoup plus que de pauvres fantassins.

Aux temps des généraux, des sonneries, des proclamations, les poètes, les poésies sauvent nos oreilles... Non, elles ne sauvent pas le monde.

-----------------

J'ai le plus intense plaisir à traduire les textes d'Erri De Luca; ils sont un ravissement poétique qui ouvrent tout grand les portes du rêve à la réalité.

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.



Le soleil n'a pas d'odeur



Il y avait une petite fenêtre barricadée par une table en bois,

L'unique prise d'air de la cellule,

l'homme s'habituait à l'obscurité.

À midi, debout sur le lit de camp,

la fissure de la lumière s'allonge ...

... moins d'une ligne, un vers, brève...

Ellepasse  sur les paupières des yeux...

Il y a un nœud dans le bois

qu'il touche de l'ongle et avec le temps...

Avec la pointe de l'ongle et du temps...


Dans la cellule, il sert de jeu pour l'homme...

Un jour, le nœud cède, poussé par l'ongle...


Ami du temps, qui repousse jour après jour,

le nœud cède...

Il s'enlève comme un bouchon de bouteille


et dans son col passe un jet de lumière droite,


lisse, elle s'élargit et inonde le pavement...

Le prisonnier Ante se déchausse...


Et il s'y baigne les pieds

Il y a un an qu'il ne sort pas de sa cellule

que la porte ne mène nulle part ... un an

... il cligne des yeux... le soleil par le trou.

C'est une orange ronde dans sa main,

ses pieds se frottent l'un contre l'autre...


comme deux enfants la première fois à la mer...


les pieds d'Ante Zemljar...


Ante Zemljar, commandant de nombreux partisans...

démobilisé avec le mérite de la victoire à la guerre


et à présent enfermé par ses propres camarades... ennemi de la patrie

Lui ennemi, qui l'a rattrapée par le col...

qui l'a débarrassée des envahisseurs

fleuve après fleuve de la Neretva à la Drina...

avec les coups de la faim...

sans prendre même un oignon à un paysan,

car ainsi va la guerre partisane...

Ennemi... lui...

Ils l'ont enlevé de sa maison...

à sa Sonia de deux ans,

qui sait déjà crier « Laissez mon papa ! »...

Oui, vous, vous êtes ses ennemis


Ante connaît les parcours...

Il sait qu'un poing de droite laisse du sang

sur le mur de gauche et vice-versa.

Un poing droit dans le visage laisse du sang

à terre

Mais il y a la nouveauté...

Ici, les coups peuvent laisser du sang au plafond.

On apprend toujours sur les voies du sang

et les coups ingénieux des gendarmes.


Ante conserve le nœud...

Il le remet dans le bois...


Le gardien ne le saura pas... Le soleil n'a pas d'espion,

il s'infiltre en douceur et ne laisse pas de traces...

Même s'il perquisitionne, le gardien ne peut dire

« Il y a eu du soleil ici, je sens son odeur ».

Le soleil n'est pas un rat...

Même s'il en arrive beaucoup dans une cellule,

personne ne s'aperçoit que dehors, il manque un rayon,

qu'il y a un trou dans la conduite du soleil...

qu'il perd de la lumière par un trou de bois...


Encore quelques mois...

Puis, ils lui donneront du soleil...

Tout en une fois... sur le dos,

pire que les coups de bâton,

sur l'île nue à casser des cailloux.
Ante... le prisonnier Ante a gardé le nœud...

Parfois, loin du gardien


il le pointe contre le soleil et se procure une ombre

sur l'île nue à casser des pierres blanches.


Et puis, à les jeter dans la mer... Adriatique

Car la peine est pure... Elle n'a pas de valeur pratique

... et la mer ne se remplira pas.




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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 15:47

LA BALLADE DU HÉROS


1966

Ballata dell' Eroe – Fabrizio De Andrè

Version française : Marco Valdo M.I.



Il était parti à la guerre

Pour aider sa patrie

On lui avait donné un uniforme militaire

et le conseil de vendre chèrement sa vie


Et quand on lui dit d'aller en avant,

on le poussa trop loin, cyniquement

Maintenant qu'il est mort, la patrie

d'un autre héros se glorifie.


Il était parti à la guerre

Pour aider sa patrie

On lui avait donné un uniforme militaire

et le conseil de vendre chèrement sa vie


Mais celle qui l'aimait, attendait le retour

d'un soldat vivant, de son amour.

Que faire d'un héros mort ?

Si, à côté d'elle, dans son lit, contre son corps


Que faire d'un héros mort ?

Si, à côté d'elle dans son lit, contre son corps,

Il ne reste que la gloire

Et une médaille à sa mémoire.


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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 15:37

 

SUZANNE



Chanson italienne – Suzanne – Fabrizio De André

Version française – Suzanne – Marco Valdo M.I. – 2008



De sa place sur le bord du fleuve

Suzanne t'a voulu à côté d'elle

Et à présent, tu écoutes passer les barques

À présent, tu peux dormir contre son flanc,

Si, tu le sais qu'elle est folle,

Mais c'est pour ça que tu es avec elle.

Et elle t'offre les oranges et le thé

qu'elle a rapportés de Chine

Et juste au moment où tu vas lui dire

Que tu n'as pas d'amour à lui offrir,

Elle est déjà sur ta vague

et te fait répondre par le fleuve

que vous êtes amants depuis toujours.

Et tu veux voyager avec elle

Tu veux voyager avec elle aveuglément,

Car tu sais que tu lui as touché le corps,

Son corps parfait avec l'esprit.


Et Jésus fut matelot

Jusqu'à ce qu'il chemine sur l'eau

et il resta beaucoup de temps à regarder seul

de sa tour de bois

et quand il fut sûr

qu'aux noyés seuls

il sera donné de le voir, il dit: « Vous êtes des matelots

Jusqu'à ce que la mer vous libère. »

Lui aussi fut brisé,

mais plus humain, abandonné,

dans notre esprit lui ne naufragera pas.

Et tu veux voyager avec lui

Tu veux voyager avec lui aveuglément,

Peut-être, lui feras-tu confiance

Car il t'a touché le corps avec l'esprit.

Et Suzanne te donne la main

Elle t'accompagne le long du fleuve,

Elle porte à présent des loques et des plumes,

prises dans quelque dortoir,

Le soleil descend comme le miel

sur elle, la dame du port qui t'indique les couleurs.

Entre les balayures et les fleurs,

Tu découvres des héros parmi les algues pourries

et des enfants du matin

qui se penchent pour l'amour

et qui feront ainsi toujours.

Et Suzanne redresse son miroir.

Et toi, tu veux voyager avec elle

Tu veux voyager avec elle aveuglément,

car tu sais qu'elle t'a touché le corps,

Ton corps parfait avec l'esprit.



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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 14:40

CAMARADE ÉMIGRÉ.

Chanson italienne – Compagno emigrato – Anton Virgilio Savona

Version française – Camarade émigré – Marco Valdo M.I. – 2008


Ô camarade arrivé du Sud

par le Train du Soleil

Tu espérais un monde meilleur

Mais la dure réalité est différente

Tu as laissé la houe et la bêche

Mais maintenant dans l'usine rien n'a changé

Tu es encore exploité par un patron

et tu n'as pas vaincu ta pauvreté.

Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.

Il est pas juste qu'ils t'aient contraint

à laisser famille et village,

à laisser tes enfants et ton toit

à forcer ta volonté.

À présent, tu es esclave dans une usine

et la nuit enfermé dans un lager,

il n'est pas juste que tu sois un exclu,

que pour toi il n'y ait pas l'égalité.

Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.

Pour te défendre, tu dois attaquer

Ta bataille est difficile et dure,

tu vaincras si tu sais trouver

à l'automne la forte unité.

Crache sur les fausse promesses

les aumônes et les compromis,

emmène la lutte des classes

côte à côte avec les camarades du Nord.

Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.

Lutte pour des contrats plus justes,

pour avoir des salaires plus justes,

pour réduire dangers et horaires,

pour combattre les iniquités.

On a besoin de toi dans la rue

pour battre la répression,

pour dicter au gouvernement et aux patrons

tes règles de civilisation.


Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.

Frontalier qui jour après jour

est exploité au-delà de la frontière,

toi aussi, à la fin, tu vaincras

à l'encontre de celui qui n'a pas de conscience.

Saisonnier qui ne peut une fois encore

rejoindre tes chers,

ne cède jamais aux racistes,

lutte contre leur bestialité.


Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.


Avec les camarades de toutes les nations

Côte à côte tu dois lutter,

ne jamais accepter les chantages

et rejeter les injustices et la lâcheté.

Même à Wolfsburg, Genève ou Zurich,

contre les crimes du patronat

L'avance du prolétariat

saura briser les chaînes.


Ô camarade émigré

camarade ouvrier,

la lutte continue

pour la liberté.


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