Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 février 2016 1 01 /02 /février /2016 22:30

REMEMBRANCES 

D’UN VIEIL HOMME

 

Version française – REMEMBRANCES D’UN VIEIL HOMME – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Ein alter Mann geht vorüber – Erich Kästner – 1933

 

 

 

 

Autrefois, j’étais un enfant. Comme vous, précisément.
J’étais un homme. Et maintenant, je suis un 
homme âgé.
Le temps a passé. Je suis encore ici, 
maintenant.
Et je voudrais oublier, ce que je sais.

 

 

 

Les livres d'Erich Kästner sont à présent bien connus des enfants (et si ce n'est pas encore le cas, il convient de leur faire connaître), ce sont des romans qu'il a écrits à leur intention :

Émile et les Détectives (Emil und die Detektive, 1929)

Le 35 mai ou Le 35 mai ou Konrad chevauche sur les mers du Sud, (Der 35. Mai, 1931)

La Classe volante, (Das fliegende Klassenzimmer,1933)

Trois hommes dans la neige (de), (Drei Männer im Schnee, 1934)

Émile et les trois jumeaux (Emil und die drei Zwillinge, 1934)

La Miniature volée (Die verschwundene Miniatur, 1935)

Deux pour une (Das doppelte Lottchen, 1949)

La Conférence des animaux (Die Konferenz der Tiere, 1949).

 

En 1933, à Berlin, avec les livres d'autres auteurs, les S.A. ( Sections d'Assaut) du parti nazi brûlèrent l'ensemble de ses oeuvres.

Les « Remembrances d'un Vieil Homme » ( Ein alter Mann geht vorüber) furent écrites cette année-là et – qu'on le lise – parle sans fard de ce qui se passe et avec une lucidité de haute précision. Écoutez ce vieil homme :

« Le pouvoir est ce qu’il veut. Mais écoutez cette sentence :Chacun doit acquérir la raison individuellement,
Et la bêtise se reproduit 
gratis avec constance. »

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 


Autrefois, j’étais un enfant. Comme vous, précisément.
J’étais un homme. Et maintenant, je suis un 
homme âgé.
Le temps a passé. Je suis encore ici, 
maintenant.
Et je voudrais oublier, ce que je sais.
J’étais un enfant. Un homme. Maintenant, je suis 
usé.
Celui qui vit longtemps, 
un jour en a assez.
Je n’aurais rien contre, si je mourais.
Je suis si fatigué. 
C’est normal, en effet.


J’étais autrefois un enfant, comme vous l’êtes.
J’étais autrefois un homme. Un ami. Un père.
Et le plus souvent, c’était la faute au temps…
Je pourrais vous conter diverses choses,
Qui ne sont pas dans vos livres.
Les histoires qui manquent dans les livres d’Histoire,
Sont toujours celles autour desquelles tout tourne.
Nous avons eu la guerre. Nous avons vu, comment elle était.
Nous avons souffert de la misère et vu, comment elle naissait.
Les grands mensonges faisaient fureur.
J’ai bien connu quelques-uns de ces menteurs.

 

Ah, j’ai vu le théâtre du monde.
Le droit d’entrée me pèse encore à présent.
J’étais un enfant. Un homme. Un ami. Un père.
Et le plus souvent, c’était la faute au temps…


Nous avons espéré. Mais l’espoir avait failli
Et la raison est restée un astre éloigné.
Ceux venus après nous ont vite oubliés.
Ceux venus après nous n’ont rien appris.
Ils ont eu une guerre. Ils ont vu, ce que c’était.
Ils ont souffert de la misère et vu, comment elle naissait.
Les grands mensonges étaient clairement apparus .
Les grands mensonges ne sont jamais reconnus.

 

 

Et vous venez. Je ne peux rien vous léguer maintenant :
Le pouvoir est ce qu’il veut. Mais écoutez cette sentence :
Chacun doit acquérir la raison individuellement,
Et la bêtise se reproduit gratis avec constance.
Le monde est fait d’envie. Et de dispute. Et de peine.
Et le plus souvent, c’est la faute au temps…

 REMEMBRANCES  D’UN VIEIL HOMME
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 21:00

COUP DE JOUR

 

 

Version française – COUP DE JOUR – Marco Valdo M.I.  2016
Chanson italienne – Slint – Il Teatro degli Orrori – 2014

 

 

 

 

Poursuivre les cormorans noirs

Qui plongent pour pêcher

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le titre rappelle le nom du band américain et le texte parle d'un sujet brûlant, d'un homme dans un asile, une question qui vous est chère vu que vous soutenez la campagne pour l'abolition de la contrainte mécanique. P : Slint est un morceau très complexe, surtout du point de vue narratif. Le titre oui, suggère le groupe, qui fait partie de notre tradition culturelle et artistique de manière cruciale, nous aimons tous Spiderland et, dans Spiderland, nous aimons particulièrement ce chef-d’œuvre qu'est Washer, une de ces morceaux inoubliables qui vous restent dans le cœur, dont il est impossible d'échapper à la beauté. Slint dans le vocabulaire urbain anglais indique même rayon de lumière très subtil . Ceci dit, j'ai cherché à m'imaginer un possible, un vraisemblable moi-même, emprisonné dans un SPDC, dans un Service Psychiatrique de Diagnostic et de Soin, chose qui pourrait arriver à n'importe qui par le Traitement Sanitaire Obligatoire, TSO, cette espèce de séquestration de personne légalisée. Grâce à Dieu en fait je n'ai jamais dû en subir un, mais tant de mes amis, de personnes que je connais et que nous avons connu, l'ont subi et comment.

Hier, nous étions chez Feltrinelli à Milan et s'est présenté un ami de Facebook qui en a subi trois ! Et il a 28 ans. Une chose dévastatrice, une humiliation sans fin. La signification profonde de Slint est que la musique est thérapeutique, pas la psychiatrie. Cet homme seul, désarmé face à l'idéologie psychiatrique et à la contrainte mécanique, retourne en esprit à son disque préféré qui est justement Spiderland, à cette chanson préférée qui est Washer, et retrouve la force de l'espoir. 

 

 

Parfois, je ne sais pas pourquoi,Il me prend le vouloir
De réécouter mes vieux disquesEde retrouver Mon album préféréEt le fil conducteurDe mes expériences,De mes enthousiasmes,De mes désespoirs,J'ai été jeune aussi, moi .


Parfois, je ne sais pas pourquoi
Il me prend l'envie de
Retourner à Sant'erasmo
Poursuivre les cormorans noirs
Qui plongent pour pêcher
Sans se soucier de moi.
Un très subtil rayon de lumière solaire
Pénètre par un interstice.


Un très subtil rayon de soleil pénètre par une fissure
Éclaire le noir automne de mon cœur.
Si je pouvais l'avoir un peu plus grand,
Ce cœur béni .
Mais il est comme ce couloir d'hôpital
À sens unique
Sans issue. 

Ils le tiennent en ordre
Lumineux et propre
Comme ma panique
D'un tel bon goût que parfois je n'arrive pas à respirer
Il n'y a pas les barres
J'aurais déjà volé en bas
Maintenant je suis silencieux,
Car s'ils m'entendent parler tout seul et à haute voix
Arrive l'infirmier, celui sympathique qui se moque de moi
Puis, me lie, me lie. Comme ce matin.

Maintenant je me rappelle
10 minutes de paix sur terre et les hommes et les femmes de bonne volonté
10 minutes de frissons, de nostalgies,
De morsures,
Et la sensation de ne pas être seuls.


Il y a des individus, qui comprennent
Ô combien, ce maudit monde
Et même, si on n'a plus confiance en personne,

On doit être sincère et raconter franchement
Ce qu'on pense des cormorans

Qui plongent pêcher sans se soucier de toi.

En bas, en bas, en bas, en bas, aaaa… en bas.

 

 
COUP DE JOUR
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 14:48

Trois cents ans de torture

 

Chanson française – Trois cents ans de torture – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 24

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXIX)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 

 

Charles Quint 
Quelques années après sa mort.

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et quatrième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt-trois premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

13Indulgence (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l’encan (Ulenspiegel – I, LXXVI)

22. Telle est la Question (Ulenspiegel – I, LXXVIII)

23. Charles et Claes (Ulenspiegel – I, LXXIX)

 

La précédente chanson relatait le rêve de Katheline dans lequel Claes, père de Till et Charles Quint, père de Philippe étaient morts et s’étaient, en conséquence, présentés devant le juge suprême. La canzone s’était achevée par l’entrée de Claes chez les bienheureux et la remise de Charles au maître des enfers pour suite utile. 

 

De cela je me souviens fort bien, dit Lucien Lane en opinant du chef. Mais ce qu’il en adviendrait ensuite pour Charles, on attend toujours de le savoir.

 

C’est précisément le thème de la chanson au titre si évocateur : « Trois cents ans de torture », voilà ce qu’il advînt de Charles Quint.

 

Il l'avait bien mérité, je pense. Toutefois, trois cents ans de torture, c’est bien beau, mais lesquelles ?, dit Lucien l’âne en tremblant de tous ses membres.

 

 

Je ne les détaillerai pas, car c’est précisément l’objet de la chanson. Je t’en donnerai simplement le principe général  énoncé par le juge : « Qu’il y subisse tout ce qu’il fit subir sur Terre. »

 

Voilà ce que j’appelle un jugement juste, dit Lucien l’âne.

 

Et miséricordieux, ajoute Marco Valdo M.I.

 

Miséricordieux ?, dit Lucien l’âne un peu interloqué de tant de mansuétude.

 

Oui, miséricordieux, car après ces trois cents ans, il pourra enfin connaître le repos des morts. C’est comme tu l’as si bien compris, un juste retour des choses. Il faut cependant bien dire que ce n’est qu’un rêve de bonne femme, car les tyrans paient rarement et même, à la réflexion, ne paient jamais leurs dettes de sang et de douleur. Et ils le savent pertinemment, même s’ils vivent en permanence dans la méfiance, la suspicion et la peur, entourés de gardes du corps, dont ils ne savent pas s’ils ne vont pas se retourner contre eux, ni à quel moment.

 

Moi, dit Lucien l’âne en haussant les épaules, le sort des tyrans m’est indifférent. L’essentiel, la seule chose qui compte, à mes yeux d’âne, c’est qu’ils disparaissent une mauvaise fois pour toutes. Mais qu’on me comprenne bien : ce n’est pas que j’aie la moindre compassion à leur égard, c’est que je pense qu’il n’y a aucune manière de leur faire rendre mesure pour mesure comme il semble que cela se fasse dans le rêve de Katheline. Cependant, il n’empêche qu’il nous faut reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde tyrannique, despotique, complaisant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

À son ami le Christ, Lucifer demande alors :

Que faire de ce vieux tyran mort ?

En la salle aux tortures, mets donc ce vers ;

Qu’il y subisse tout ce qu’il fit subir sur Terre :

 

Le supplice de l’eau qui gonfle les estomacs,

Celui des chandelles qui brûle les pieds et les aisselles,

L’estrapade qui disloque les épaules,

La roue qui brise les jambes et les bras.

 

L’arsure du bûcher, tous les supplices en somme

Afin que chaque fois où une femme ou un homme

Les souffrira en son corps, en perdra la tête,

Chaque fois, en lui, la douleur se répète.

 

Il apprendra par l’eau, par le feu, par le fer

Le mal qu’un homme injuste peut faire

Quand il gouverne et commande.

Il ne serait pas mal aussi qu’on le pende,

 

Qu’il subisse mille caprices de bourreau,

Qu’il pourrisse en prison,

Qu’il gémisse hors de raison,

Qu’il meure un peu sur l’échafaud,

 

Qu’il soit honni, vilipendé, fouetté,

Que la délation l’accuse, qu’il soit dénoncé,

Que la confiscation le ruine,

Que le remords enfin le mine.

 

Fais-en un âne à maltraiter, mal nourrir,

Un miséreux qu’on affame, qu’on désespère,

Un ouvrier condamné au travail forcé,

Un être qu’on moque et qui doit fuir,

 

Un chien qu’on abreuve de coups et de pierres,

Un esclave aux Indes qu’on vend aux enchères,

Un paysan qu’on fait mercenaire,

Qui meurt sans savoir pourquoi à la guerre ;

 

Et ce pendant trois cents ans.

Il paiera ainsi les souffrances qu’il fit, les misères

Et puis, s’il est bon homme alors,

Donne-lui un coin ombreux pour le repos de son corps.

 

Ah ! Si j’avais un verre de vin d’Andalousie !

Viens Charles, dit le diable, le temps est fini

Du vin, des viandes et des volailles,

Grignote ton anchois avant que je te tenaille.

 

 
Trois cents ans de torture
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 21:25

J'AI ALLUMÉ UNE ALLUMETTE

 

Version française – J'AI ALLUMÉ UNE ALLUMETTE – Marco Valdo M.I. – 2016

d'après la version italienne de Riccardo Venturi d'une

Chanson suisse (Schwyzertüütsch) – I han es Zündhölzli azündt – Mani Matter – 1967.

 

 

 

 


MANI MATTER 2016

 

 

 

 







L'avocat Hans-Peter Matter, plus connu (mais seulement en Suisse) comme Mani Matter, a écrit et a chanté toutes les chansons de sa malheureusement pas longue vie (mourut à seulement 36 ans dans un accident routier, à Kilchberg le 24 novembre 1972) dans l'infernal « Schwyzertüütsch », plus éloigné de l'allemand littéraire que l'italien ne l'est du suédois. 


Pas seulement, puisque ses chansons étaient destinées exclusivement à un public local, il les écrivait dans le dialecte bernois, le « Bärndüütsch », sans le moins du monde se soucier de les publier au moins avec une traduction en Hochdeutsch. Et ainsi, pour pouvoir traduire quelques-unes de ses chansons ici , on a dû faire des pirouettes et étudier au moins un peu le Schwyzertüütsch dans le plus classique des manuels, le célèbre « Grüezi mitenand » d'Arthur Baur qui, je crois, a dû passer enter les mains de n'importe qui a été en Suisse pour un temps.


Pour chercher, au moins, à faire rejaillir de ces textes incompréhensibles (même aux Allemands) l'authentique originalité de ce jeune qui, de jour, était un des avocats les plus réputés du Canton Berne et, de nuit, se transformait en auteur-compositeur anarchiste, anticlérical, sarcastique et sulfureux comme jamais la Suisse n'en avait eu, et n'en aura probablement jamais plus. Certes c'étaient des années un peu spéciales, lorsque même la Suisse pouvait aimer quelqu'un qui chantait les choses que chantaient Mani Matter ; ou peut-être, qui sait, il arrive aux mauvaises consciences de vouloir se laver un peu la conscience. En somme, après des années, nous tentons d'essayer de traduire l'une ou l'autre chanson de Mani Matter.


Comme celle-ci, peut-être sa plus célèbre, qui est un bon exemple de son style basé sur le paradoxe plus total. Mani Matter était effectivement un gros fumeur (comme tous les Suisses), et un beau jour, quand on allume l'éternelle cigarette avec une allumette, le bout se détache de la tête et tombe sur le tapis. Commence ici un infernal « effet boule de neige » (semblable à ce qui arriva une nuit à celui qui écrit, et sur lequel Lello Vitelloécrivit une mémorable chanson qui à Mani Matter, peut-être, n'aurait pas déplu) : l'allumette met le feu au tapis, le tapis met le feu à la maison, la maison met le feu d'abord à tout le quartier et ensuite à toute la ville, les gens pètent les plombs dans els rues en cherchant le coupable, armés de fusil, éclate la révolte, il se tire même sur les conseillers fédéraux et intervient ONU avec les chars « pour sauver la paix même en Suisse » pendant que le conflit envahit le monde entier et l'humanité disparaît. Heureusement, Mani Matter avait ramassé l'allumette sur le tapis.


Entretemps, tant que durera cette irrésistible chanson, le même Mani Matter a le temps d'exercer sa mission : tourner en bourrique la Suisse et lui foutre des baffes pour neutraliser lesquelles il faudrait deux choses : ou l'enfermer, ou l'aimer. Cependant, quand il mourut dans ce maudit accident, je crois que ce fut une de ces rares occasions dans l'histoire où les Suisses se sont vraiment émus. Il restera par la force des choses un mythe local, Mani Matter. Il n'écrivait et ni ne chantait en anglais, et même pas en allemand normal. Cependant nous autres a le vice de vouloir comprendre quelque chose, pour ensuite l'offrir à qui le veut. [RV]

 

Deux mots à propos de la Marquise.

 

Je n'ai pas grand-chose à ajouter à ce commentaire de Riccardo Venturi, si ce n'est qu'il me paraît que la chanson de Mani Matter me rappelle furieusement une chanson française plus ancienne, mais qu'il a dû connaître, car elle est une des plus célèbres du répertoire et bien qu'elle date d'avant la guerre – celle de 40-45, elle est toujours connue et fredonnée aujourd'hui et par un grand nombre de personnes. Il me semble que le procédé est globalement le même : une série d'événements catastrophiques s'enchaînent en cascade. J'imagine que tu as déjà deviné de quelle chanson il s'agit…

 

Évidemment et moi aussi, dit Lucien l'âne, j'ai cette même impression et puisque tu ne l'as pas dit, je suis persuadé que tu penses à une chanson où un incendie finit par ravager un château et tuer la jument grise.

 

C'est bien à celle-là que je pensais, même si son fonctionnement est inverse et des plus paradoxaux : c'est l'événement le plus grave (la ruine et le suicide du marquis) qui finit par déclencher l'incident – somme toute – mineur de la mort de la jument, en passant par l'incendie du château tout entier. Cette chanson-là, c'est « Tout va très bien, Madame la Marquise » ; quand on l'écoute comme ça, elle est en apparence frivole ; mais elle était elle aussi porteuse d'une ironie de Cassandre et annonçait à sa manière la mécanique effroyable qui quelques années plus tard allait broyer plusieurs dizaines de millions d'humains.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 


 

 

J'ai allumé une allumette
Pour allumer ma cigarette.

Et le feu a pris

Le feu mangeait déjà le bois et puis
Alors, le bout s'est détaché
Et est tombé sur le tapis.
Il s'en est fallu de peu qu'il soit troué.


Ah, on ne sait ce qui peut arriver
Quand on ne fait pas attention,
Et pour une envie de fumer,
Un tapis, c'est un peu coûteux,
Ensuite, du tapis, le feu
Brûlera toute la maison,
Et puis, allez savoir ce qui pourrait se passer.


L'incendie s'étendra à tout le quartier,
Et alors viendront les pompiers
Qui se mettront au milieu de la rue
Avec le tuyau de l'autopompe
Vont lancer de l'eau

Et ça ne servira à rien

Et toute la ville brûlera, sans défense

 

Et les gens vont sortir de chez eux
Angoissés pour leurs affaires,
Pensant que quelqu'un devait avoir mis le feu,
Et tous, furieux, prenant leur fusil militaire
S'en vont hurlant : Qui est le coupable ?
Tout le pays en tumulte,
Tirera même sur les députés à la tribune.

L'ONU enverra de suite
Et même ceux du camp opposé

Pour sauver la paix en Suisse, 
Des soldats avec leurs blindés
Et tout, cela s'étendra
À l'Europe et à l'Afrique.
Ce sera une guerre mondiale et l'humanité disparaîtra.

 

J'ai allumé une allumette
Et le feu a pris
Pour allumer ma cigarette.

Le feu mangeait déjà le bois et puis
Alors, le bout s'est détaché
Et est tombé sur le tapis.
Heureusement, je l'ai ramassé.

 

 
J'AI ALLUMÉ UNE ALLUMETTE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 16:08

Charles et Claes

 

Chanson française – Charles et Claes – Marco Valdo M.I. – 2016

Ulenspiegel le Gueux – 23

 

Opéra-récit en multiples épisodes, tiré du roman de Charles De Coster : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs (1867).

(Ulenspiegel – I, LXXIX)

 

Cette numérotation particulière : (Ulenspiegel – I, I), signifie très exactement ceci :

Ulenspiegel : La Légende et les aventures héroïques, joyeuses et glorieuses d’Ulenspiegel et de Lamme Goedzak au Pays de Flandres et ailleurs, dans le texte de l’édition de 1867.

Le premier chiffre romain correspond au numéro du Livre – le roman comporte 5 livres et le deuxième chiffre romain renvoie au chapitre d’où a été tirée la chanson. Ainsi, on peut – si le cœur vous en dit – retrouver le texte originel et plein de détails qui ne figurent pas ici.

 

 


Entends le clairon de l’ange !

 

 

 

 

 

 

Nous voici, Lucien l’âne mon ami, à la vingt et troisième canzone de l’histoire de Till le Gueux. Les vingt-deux premières étaient, je te le rappelle :

 

01 Katheline la bonne sorcière (Ulenspiegel – I, I)

02 Till et Philippe (Ulenspiegel – (Ulenspiegel – I, V)

03. La Guenon Hérétique (Ulenspiegel – I, XXII)

04. Gand, la Dame (Ulenspiegel – I, XXVIII)

05. Coupez les pieds ! (Ulenspiegel – I, XXX)

06. Exil de Till (Ulenspiegel – I, XXXII)

07. En ce temps-là, Till (Ulenspiegel – I, XXXIV)

08. Katheline suppliciée (Ulenspiegel – I, XXXVIII)

09. Till, le roi Philippe et l’âne (Ulenspiegel – I, XXXIX)

10. La Cigogne et la Prostituée (Ulenspiegel – I, LI)

13Indulgence (Ulenspiegel – I, LIV)

14. Jef, l’âne du diable  (Ulenspiegel – I, LVII)

15. Vois-tu jusque Bruxelles ? (Ulenspiegel – I, LVIII)

16. Lamentation de Nelle, la mule et la résurrection (Ulenspiegel – I, LXVIII)

17. Hérétique le Bonhomme (Ulenspiegel – I, LXIX)

18. Procès et condamnation (Ulenspiegel – I, LXIX)

19. La Mort de Claes, le charbonnier  (Ulenspiegel – I, LXXIV)

20. Le Talisman rouge et noir (Ulenspiegel – I, LXXV)

21. La Vente à l'encan (Ulenspiegel – I, LXXVI)

22. Telle est la Question (Ulenspiegel – I, LXXVIII)

 

 

Il te souviendra Lucien l’âne mon ami que la dernière fois, nous avions laissé Till et sa mère Soetkin en bien piteux état, mais libérés et libres après une séance de question assez éprouvante. Dans notre opéra-récit comme dans les romans et les films, à la différence du réel, on peut sauter du coq à l’âne (http://www.expressio.fr/expressions/passer-sauter-du-coq-a-l-ane.php) sans inconvénient…

 

Sauter du coq à l’âne, quelle drôle d’expression, que veux-tu dire par ces mots venus de je ne sais trop où ?, dit Lucien l’âne en clignant de l’œil droit, de sorte que selon la parole évangélique, son œil gauche pouvait ignorer ce que faisait son œil droit.

 

En effet, en effet, sauter du coq à l’âne, passer du coq à l’âne est une expression étrange, mais qui à ma connaissance tout au moins ici – ne relève pas – rassure-toi – de la zoophilie. Elle veut tout simplement dire que l’on change de sujet de conversation sans transition, sans même prévenir son interlocuteur. Lors donc, on saute de a très shakespearienne « Telle est la Question » à la chanson qui nous occupe, intitulée « Charles et Claes » ; c’est-à-dire Charles Quint et Claes le charbonnier, qui sont – respectivement – les pères de nos protagonistes antagonistes : celui de Philippe et celui de Till. Dès lors, c’est une chanson qui fait le pendant à celle qui mettait en place cette histoire de Till le Gueux – la deuxième, intitulée elle aussi de deux prénoms : « Till et Philippe ». je ne saurais trop insister sur la dimension polysémique de ces chansons et e particulier, sur la dimension hautement symbolique des personnages.

 

À propos, justement, des personnages, il me semble que – pour ce qui est de ceux qui ont réellement existé, tes histoires en prennent à l’aide avec l’Histoire.

 

Oui et non, et je t’assure que ce n’est pas là réponse de Normand. D’abord, je suis le récit de Charles De Coster. Cependant, dans l’ensemble, les faits historiques et les éléments biographiques sont exacts. Mais, et tu vas le voir dans cette chanson, il y a une dimension fantasmagorique, complètement imaginaire et surréelle qui est en étroite connivence avec l’atmosphère religieuse dans laquelle baignait la société à l’époque. Relent d’encens et de gaz ecclésiastiques. Elle y baigne encore toujours un peu différemment, même si on peut constater qu’elle s’en dégage progressivement.

 

On y travaille, dit Lucien l’âne en souriant. C’est une part de ce que j’appelle « tisser le linceul ou le suaire ou le sudario de ce vieux monde », chose que l’on rappelle fréquemment, tant il est nécessaire de le faire obstinément et en sens contraire des bonnes gens et du « politiquement correct », qui vise à empêcher toute contestation et de ce « vivre ensemble » où il convient d’accepter leurs vessies de porc pour des lanternes magiques, qui sert à noyer le poisson et à camoufler la Guerre de Cent Mille Ans [[7951]] que les riches et les puissants font aux pauvres pour maintenir leur domination, accroître leurs richesses et ancrer l’exploitation au cœur de la société.

 

On ne saurait être plus clairet tu mets le doigt dans l’œil qu’il faut, car « l’œil était dans la tombe... »

 

Qu’il y reste, dit Lucien l’âne en riant.

 

Pour en revenir à la chanson, il faut préciser qu’elle est un rêve éveillé de Katheline, dont on sait déjà qu’elle un peu voyante. C’est une pure invention de Charles De Coster qui précisément comme fonction de permettre des sauts dans le temps, dans l’espace et dans l’imaginaire, procédé qu’il avait déjà utilisé pour décrire l’abdication de Charles Quint.

 

Dans l’imaginaire, mais que peut-on y trouver dans l’imaginaire ?, dit Lucien l’âne d’un ton incrédule.

 

Le Paradis [[48810]], pardi ! Donc, Charles et Claes sont appelés par le « clairon de l’ange » à se présenter au jugement du seigneur, en l’occurrence le Christ. Et c’est l’interrogatoire devant le juge suprême, qui se conclut par le paradis pour Claes et la venue de Lucifer pour conduire Charles aux enfers. Voilà qui finit abruptement pour le malheureux Charles Quint. C’est évidemment une conclusion quelque peu optative, mais elle rejoint bien le « sens commun » ; l’empereur, tueur invétéré, ne saurait bénéficier dans l’au-delà d’un destin favorisé. Ceci va tout à fait dans le sens de l’image naïve telle qu’elle était diffusée dans les populations et qui était ressentie par Katheline. Elle est fort consolante, mais peu réaliste… Elle ne correspond évidemment pas à l’opinion, ni aux attentes de la cour impériale ou royale.

 

Cette étape tourne la page des pères, elle est centrale. Je me demande tout de même ce qui attend Charles aux enfers.

 

C’est le sujet de la prochaine chanson et comme tu le verras, il va devoir payer cher son arrogance et sa cruauté. Pourtant, je t’invite quand même à considérer que nous sommes dans le rêve.

 

Ah bien ! Alors, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde pieux, pillard, impitoyable et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

En l’an cinquante-huit du siècle,

Charles mourut en Estramadoure

Et Katheline vit de ses yeux de folle

L’empereur et le charbonnier, tour à tour.

 

Claes interpelle sa voisine :

Que fais-tu ici femme Katheline ?

Et toi, père de Till, te voir est étrange.

Je vais au jugement. Entends le clairon de l’ange !

 

Je voulais le toucher, ma main le traversait ;

Son corps était comme une buée.

D’Espagne, une autre ombre montait

Vieille, laide, décrépite, essoufflée

 

Le menton en pantoufle, visage de pierre,

Couronne impériale, manteau de roi,

D’une main, l’ombre tient un anchois ;

De l’autre, un hanap empli de bière.

 

Elle voudrait boire sa bière, finir son anchois,

Mais une fois encore, le clairon sonna.

Claes et Charles étaient au pied du trône,

Prêts au jugement et sans couronne.

 

Charles, dit la voix, qu’as-tu pour ta défense ?

Je me suis confessé de mes offenses,

Oint par vos prêtres, sacré roi et empereur

Pour garder votre pouvoir, j’ai semé la terreur.

 

Tu semas la terreur chez les gens sans défense.

Tu fis décapiter, brûler, pendre pour t’enrichir.

De ton avidité, cent mille personnes périrent.

Despote, tu n’aimais que toi, bière, vins et magnificence.

 

Claes, le bon homme, fut aimable et tendre ;

Travaillant et riant, il hérita d’argent.

C’était corde pour le pendre.

On le dit réformé et on le brûla incontinent.

 

Ainsi parla l’ange au juge suprême.

Qui dit : va, Claes, au paradis, Marie t’emmène.

Les anges te laveront et tu seras beau et jeune.

L’éternité pour toi et ceux qui t’aiment.

 

Le clairon sonna encore à nouveau

Du fond de l’abîme, nu et fier, arrive Lucifer.

Que faut-il faire de ce vieil hobereau ?

Emporte-le dans tes enfers.

 
 
 
Charles et Claes
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 22:52

CACA DANS L'ESPACE

 

 

 

Version française – CACA DANS L'ESPACE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Cacca nello spazio – CapaRezza – 2008

Album "Le dimensioni del mio caos"

 

 

 

C'est toujours une aventure

 

 

 

 

Ils ont inauguré le port spatial. 

La foule, le souffle court,

Se colle à asphalte

comme un chat mort.

Elle regarde la navette, fixement

Et son revêtement d'émail blanc

Au nez pointé haut à côté de la rampe de lancement.

 

Le maire arrive dans le ciel indigo

du crépuscule, rouge de lambrusco,

Il parle et pas un sifflet.

Tous applaudissent quand est prêt

Le lancement avec une bouteille

De Laurent Perrier grande cuvée.

 

Toute la foule vêtue de gala

Se canalise, défile par la route

Comme à une première à la Scala.

L'espace n'est pas sa branche,

Mais elle s'agrippe comme un koala.

Des types snobs que j'aurais engloutis

Comme du chocolat dans le marsala,

Des grosses légumes du Lions et du Rotary,

Prennent place dans le Discovery,

Mais c'est payé par l'État,

C'est obscène, pas Madame Bovary.

Sur la Terre, c'est la guerre entre les pauvres,

Il n'y a pas d'endroit où se réfugier.

Trois, deux, un, contact, et…

La navette décolle

Remplie d'autographes.

«Three, two, one…»

Avec une navette, nous envoyons du caca dans l'espace.

Nous ne bouchons pas les égouts, caca dans l'espace.

Extraterrestres, vos cacas, cacas dans l'espace.

Autre chose que des approches, caca dans l'espace.

Il y a un homme d'âge moyen avec sa moitié

qui en a moins de la moitié ;

Un amour âpre, cultivé certes

À Porto Cervo à la discothèque.

Le prélat a son discours prêt,

En matière de création, il est très expert ;

De l'habitacle, il chasse le diable,

Mais il en recueille les fèces.

Le jeune chanteur rap est déjà dans sa phase REM,

Video space pour le top ten, rêve de star system.

Le businessman compte sur Jupiter

Pour ses nouvelles affaires :

Il veut faire le plein de travail étranger

Moins cher qu'ailleurs à payer.

Le général n'a plus le physique,

Il est blanc et phtisique.

Il s'amuserait mieux avec Futurisiko.

Les gens de la classe politique posent

Leurs culs royaux sur les fauteuils à franges,

Ce sont les habituels privilégiés. De là-haut,

La terre ressemble à une boule

Légère recouverte d'eau,

Mais de la douche, rien ne coule.

Il en y a une qui prend tout l'espace

Et qui le met dans sa sacoche,

Debout comme les navetteurs lambda

Sur les trains Bari-Foggia.

Cependant,

Je suis content...

Car avec une navette,

Nous envoyons du caca dans l'espace.

C'est mieux ainsi, nous serons plus à l'aise,

Caca dans l'espace.

Extraterrestres,

Arrive le caca dans l'espace.

Vous, vous êtes des artistes,

Vous faites des ronds dans le blé,

Nous, on a envoyé

Du caca dans l'espace,

Du caca dans l'espace.

 

Du caca dans l'espace.

Avec une navette,

Nous envoyons du caca dans l'espace.

Nous ne bouchons pas les tinettes,

Caca dans l'espace.

Extraterrestres, vos cacas, cacas dans l'espace.

Autre chose que des approches,

Du caca dans l'espace.

 

 

CACA DANS L'ESPACE
CACA DANS L'ESPACE
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 18:30

PATATES

 

Version française – PATATES – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version allemande de Aleksander Kulisiewicz

de la chanson : Kartoszki – écrite par Jan Vala au camp de Sachsenhausen en 1942 ; d’autres sources l’attribuent à Paul Rankow, un artisan communiste berlinois, prisonnier politique durant des années à Sachshausen – disparu lors de son incorporation au bataillon disciplinaire de la Wehrmacht.

 

Patates à Sachsenhausen

 

 

 

 


Ah ! Les patates, c’est la joie des familles ; du moins, dans certains pays. Je ne sais pas si tu aimes les patates, ni si tu en manges d’ailleurs, mais chez nous, la patate se mange souvent et de diverses façons : cuites à l’eau (pas terrible!), à la vapeur, c’est meilleur, avec du beurre, c’est délicieux, mais trop de beurre, ça écœure. On les mange frites à la graisse de bœuf ou de cheval, au saindoux, à al graisse végétale, chaudes, froides, tièdes, baignant dans la sauce, écrasées, en purée, en soupe, en gâteau… On l’accompagne de toutes sortes de viandes, de poissons et de légumes. Que sais-je ? Les patates, ce sont les pâtes du nord. Mais sans aucun accompagnement, c’est la nourriture la plus élémentaire. Quand elle n’est pas pourrie.

 

 

Oui, j’imagine volontiers. Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire de « musulman » ?

 

Ah ! Je m’y attendais à ta question et elle est tout à fait pertinente. « Musulman » doit être ici interprété dans le contexte du camp de concentration, du lager. Au camp, on appelait « Musulman », le prisonnier qui était au dernier stade du vivant ; un « musulman » était en quelque sorte un « mort ambulant ». Je te cite trois extraits de témoignages de gens qui ont connu le camp et donc, ont vu des « musulmans ».

 

Le professeur Robert Waitz  (1947): « … Dans de telles conditions de vie, le détenu, surmené, sous alimenté, insuffisamment protégé du froid, maigrit progressivement de 15, 20, 30 Kilos. Il perd 30%, 35% de son poids. Le poids d’un homme normal tombe à 40 Kilos. On peut observer des poids de 30 et de 28 kilos. L’individu consomme ses réserves de graisse, ses muscles. Il se décalcifie. Il devient, selon le terme du camp, un « Musulman ». 

 

Le Dr Aharon Beilin, médecin-prisonnier à l’infirmerie du camp d’Auschwitz ( au procès Eichmann – 7 juin 1961) : « « Les Musulmans ? Je les ai rencontrés pour la première fois à Auschwitz-Birkenau. Le « musulmanisme » était la dernière phase de la sous-alimentation. Il est très intéressant de voir qu’un homme qui arrive à cette phase commence à parler de nourriture. Il y avait deux sujets que les détenus d’Auschwitz considéraient comme une espèce de tabou : les crématoires et la nourriture. »

 

Primo Levi : « Les « musulmans », les hommes en voie de désintégration, ceux-là ne valent même pas la peine qu’on leur adresse la parole, puisqu’on sait d’avance qu’ils commenceraient à se plaindre et à parler de ce qu’ils mangeaient quand ils étaient chez eux. Inutile, à plus forte raison, de s’en faire des amis : ils ne connaissent personne d’important au camp, ils ne mangent rien en dehors de leur ration, ne travaillent pas dans des commandos intéressants et n’ont aucun moyen secret de s’organiser. Enfin, on sait qu’ils sont là de passage, et que d’ici quelques semaines il ne restera d’eux qu’une poignée de cendres dans un des champs voisins, et un numéro matricule coché dans un registre. »

Quant à la chanson elle-même, à mon sens, c’est une variante d’une chanson aussi populaire qu’anonyme très diffusée dans les pays où on mange quotidiennement la pomme de terre. Toutefois, elle est baignée d’ironie, c’est une de ces chansons qui organise la résistance par le rire – Ora e sempre : Resistenza ! Mais cette résistance par le rire à la patate, qui en l’occurrence incarne l’enfermement et le régime alimentaire aussi insipide que la patate à l’eau, était pratiquée depuis longtemps dans les armées et les internats de nos pays (par exemple) où circulaient des chansons (anonymes) sur le même thème ; moi, je connaissais cette version, mon grand-père la chantait déjà et il avait fait la Grande Guerre :

 

« Le lundi, des patates
Le mardi, des patates
Le mercredi, des patates aussi
Le jeudi, des patates
Vendredi, des patates
Samedi, des patates aussi
Mais le dimanche, 
Pour tout dessert
Nous mangerons des pommes de terre. »

 

Et pour éviter toute discussion sur le texte, je propose deux illustrations musicales dune autre version encore : https://www.youtube.com/watch?v=fK5IAMdfkMk et encore, une version  : https://www.youtube.com/watch?v=1I23jyrLcmQ.

Cette chanson traditionnelle sur les patates a donc été adaptée au camp de Saschsenhausen, comme elle a dû l’être un peu partout ailleurs.

 

 

Alors, dit Lucien l'âne en souriant, il doit dès lors en exister une version dans de nombreuses langues et peut-être pourrait-on en retrouver des interprétations en anglais, en allemand, en espagnol, en polonais, en tchèque, en russe, en néerlandais, en hongrois, en russe… Que sais-je encore ? En italien, peut-être même.

 

Probablement, en somme, c’est une variante d’un classique, y compris du jazz. Une dernière chose, j’ai un tout petit peu modifié la fin de la chanson… La rime, toujours la rime… Mais je trouve ce « patates à en crever » rimant avec éternité, assez dur et exact, sur le fond.

 

Alors, savourons la patate et reprenons notre tâche qui est de tisser le linceul de ce vieux monde inutilement cruel, idiotement assassin, insipide et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 


Chacun pense en rêve à un poulet gras et moelleux
Une oie rôtie, à une côte de porc épaisse
À du café au lait avec crème, de la tarte aux pommes sucrée et tendre !
Quand j’y pense, j’ai une envie de pleurer terrible…
Mais moi
je reste ferme, donnez-moi seulement le reste !

Le
s patates, les patates, que chacun aime !
Les patates, patates plaisent à tout homme
Le lundi et le mardi, peu importe
Mais seulement sept fois par semaine.

 

Il y en a qui aiment les patates bien cuites avec du bacon
(Le chef mange les patates bien cuites avec du bacon)
D’autres mangent les patates même avec des saloperies
(Et le musulman des patates pourries )
Les patates ! Il y a des patates à en crever ;
Patates, patates – dans l’éternité.

PATATES
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 17:24

LE PAPILLON

 

Version française – LE PAPILLON – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version allemande Der Schmetterling d’une

Chanson tchèque – Motýl [[44599]] – Pavel Friedman – 1942 (Theresienstadt)

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l’âne mon ami, laisse-moi te conter l’aventure que j’ai connue avec cette chanson, dont j’ai cru qu’elle avait été écrite en langue allemande. Il n’en est rien et je m’en suis rendu compte à temps, comme tu vas t’en apercevoir. Une remarque préliminaire est importante : s’il ne m’était pas paru anormal qu’un écrivain tchèque, par ailleurs juif, écrive en langue allemande, c’est que j’avais en tête l’exemple de Franz Kafka. Il n’y avait pour moi, rien d’inhabituel à ce que cette chanson ait pour titre « Der Schmetterling ».

 

Sauf, soit dit en passant, que Franz Kafka et Rainer Maria Rilke sont des exceptions. Généralement, du moins à partir du siècle dernier et après la guerre de 1914-18, les écrivains tchèques écrivent en tchèque.

 

Sauf aussi qu’il y eut Ilse Weber [[37938]]… Donc, reprenons au début de l’aventure. Il te souviendra que récemment, je travaillais à la version française de Lager [[259]], une chanson de Francesco Guccini et que je l’ai finalement publiée. Ce faisant, j’avais trouvé une version en italien de « La farfalla » d’un jeune poète tchèque Pavel Friedman, sans aucune référence à l’originale, qui figure pourtant dans les CCG dans sa langue et sous son titre de Motýl. Pavel Friedman – en fait, je ne le connaissais pas – est bien un poète tchèque, né à Prague, et juif, qui a fini dans le vent d’Auschwitz en 1944. Il avait 21 ans. Son patronyme à consonance allemande (mais on est dans l’ancienne Autriche-Hongrie) n’était pas une indication. Comme tu le vois, cette circonstance ne m’empêche pas de joindre aux versions tchèque, anglaise et italienne, une version française, dont je te précise qu’elle est tirée de la version allemande, que je joindrai aussi.

 

Et la chanson elle-même ?, dit Lucien l’âne en souriant. J’aimerais savoir ce que tu as à en dire.

 

Je serai très bref, car elle se dit très bien elle-même. C’est une chanson d’une beauté et d’une lucidité stupéfiantes et en même temps, effrayante et bouleversante, car elle se situe très consciemment au bord de l’abîme (façon feutrée pour dire : à l’entrée du crématoire). Enfin, au pissenlit, aux bougies des châtaigniers (en fleurs), j’ajouterais volontiers pour donner à butiner au papillon, le myosotis, tiré de la chanson Les Deux Oncles de Georges Brassens [[394]] afin que nul n’en perde la mémoire.

 

À propos de myosotis (en allemand :  Vergissmeinnicht – Ne m’oubliez pas), j’aimerais que tu reprennes un de ces jours sa chanson Le Myosotis, réelle chanson d’amour, mais pas seulement, où Tonton Georges fait allusion (et c’est le sens profond de la chanson) à son séjour forcé en Allemagne pour cause de S.T.O. (Service de Travail Obligatoire). C’est du moins ce qu’il m’a semblé en la lisant l’autre jour. En attendant, regardons ce Papillon dans toutes ses versions et reprenons notre tâche qui consiste à tisser encore et encore le linceul de ce vieux monde guerrier, nationaliste, bête et méchant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le dernier des derniers,
Aussi fort, clair, jaune luisant,
Qu’une larme du soleil se posant
Sur une pierre blanche.

 

D’un si profond jaune,
Tout léger, s’élève.

Je pense, s’en est allé,
Car à mon dernier monde
Il voulait donner un baiser.

 

J’ai vécu sept semaines là.
Ghettisé.
J’ai trouvé ici les miens.

Le pissenlit et même les bougies blanches

Des châtaigniers dans la cour me réclament.

 

Cependant je n’ai jamais
Vu de papillon ici.

 

Cétait le dernier de son genre.

Car les papillons ne vivent pas ici,

Dans le ghetto.

 

 
 
LE PAPILLON
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 23:24

LAGER

 

Version française – LAGER – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lager – Francesco Guccini – 1981

 

 

 

 

 

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Une chose née en des temps tristes,
Où plus tard passent les touristes

 

 

 

Un lager.

Qu’est-ce qu’un lager ?
Une chose née en des temps tristes,
Où plus tard passent les touristes
Aux yeux incrédules face aux horreurs vues
(Ne pas jeter la peau du saucisson !)
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose comme un monument,
Et le souvenir au fil des années s’éteint
Il n’y en avait jamais eu, seulement à ce moment,
L’homme au fond est bon,
Excepté le nazi infâme !
Qu’est-ce qu’un lager ?
Oui, il y en a, il y a celui qui les a vus,
Ou sont-ce des inventions de survivants ?
Illégaux les témoins muets,
Ils ne savent même pas parler !
Qu’est-ce qu’un lager ?


Ce sont mille et mille orbites vides,
Ce sont des mains maigres accrochées aux fils
Ce sont des baraques et des bureaux, des horaires, des timbres, des roues,
Ce sont des routines et des rires derrière des fusils
Il y a la peur l’unique émotion,
Il y a l’angoisse des années où le rien est tout
C’est une folie et une hallucination
Telles que notre ennui semble presque un rot
C’est le côté sombre de notre esprit,
C’est une chose à oublier
C’est une éternité de rire de dément,
Il y a une pétition qu’on peut signer
C’est un lager.

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Le phénomène fut. C’est fini !
Nous les commémorons, le reste est un mythe !
Ils l’ont confirmé hier mon à parti,
Celui qui l’affirme est un chien indifférent .
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose sale, une chose des patrons,
Une chose honteuse de certaines nations
Nous, nous tuons seulement pour de bonnes raisons,
Quand sont-elles bonnes ?
C’est à nous de juger.

 

Qu’est-ce qu’un lager ?
Il y a une foi certaine et elle sauvera les gens,
L’utopie qui un jour viendra
Une idée millénaire, la grande purge de l’occident,
Qui s’oppose est un judas
Et l’écraser, il faudra.
Qu’est-ce qu’un lager ?


Ce sont des clôtures et des stalles d’animaux étranges,
Des jambes qui font les mêmes pas depuis des années
Des êtres différents, à peine humains,
Chose parmi les choses, l’herbe, les mitraillettes et les cailloux
Une ironie pour ce que nous nommons raison,
Des erreurs admises toujours trop tard
Au début, on avance une justification,
Une cause sainte, un but lumineux
Il y a l’habituelle pratique de la terreur,
Toujours pour quelque chose, toujours pour la paix
C’est une place où souvent les gens meurent,
C’est une place où, pire,
Les gens naissent. 

 

C’est un lager.
Qu’est-ce qu’un lager ?
C’est une chose qui fut, une chose qui sera,
Ce peut être un ghetto, une fabrique, une ville
Contre ces choses ou qui ne le voudra pas,
Contre qui va à l’encontre ou qui les défendra
D’abord pour qui perd et ensuite qui vaincra,
Un y finit et un en ressortira
Toujours pour le bien de l’humanité,
Qui de vous sera kapò, qui victime sera
Dans un lager.

 

 
LAGER
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 17:08

ALORS LE MONDE FINIRA

 


Version française – ALORS LE MONDE FINIRA – Marco Valdo M.I. – 2016

 

Chanson italienne – Allora il mondo finirà – Francesco Guccini – 1967

 

 

 

quand tu comprendras

Que seul en ce monde, tu n’es pas

Et qu’un jour, tu le quitteras.

 

 

 

 

 

Petite introduction de Lucien Lane.

 

Every one of us is, in the cosmic perspective, precious. If a human disagrees with you, let them live. In a hundred billion galaxies, you will not find another.” 
~ Carl Sagan, Cosmos

http://astronomicalwonders.tumblr.com/post/117181220640/every-one-of-us-is-in-the-cosmic-perspective


« Chacun de nous est, dans la perspective cosmique, précieux. Si un humain est en désaccord avec vous, laissez-le vivre. Dans cent milliards de galaxies, vous n’en trouverez pas un autre ».

 

Quoique si vous rencontrez Hitler ou Mussolini… N’hésitez pas, tuez-le. Car, dans cent milliards de galaxies, vous n’en trouverez pas un autre. »

Du moins, il faut l’espérer, dit Lucien l’âne.

 

 

 

 


Ce n’est pas un nouveau morceau, seulement une reprise du disque Folk beat n°1 de Guccini, et il fait référence à une apocalypse nucléaire, déjà présente dans autres morceaux de cet album :

L’atomica cinese (L’atomique chinoise) et Noi non ci saremo (Nous n’y serons pas), et puis, Il vecchio e il bambino (Le vieux et l’enfant) tiré de son album Radici.

 

 

 

Francesco Guccini avait inséré dans son disque Folk beat n°1 de 1967 (la date a son importance) d’autres chansons de la même veine. Mais il n’était pas le premier, ni le dernier à le faire ; il suffit de se reporter à la liste des chansons antinucléaires relevées par les Chansons contre la Guerre. Ceci m’amène à l’idée suivante : le spectre d’une guerre nucléaire hantait les années qui suivirent le milieu du siècle dernier. On craignait « la bombe », on craignait « la guerre », de préférence mondiale. C’était un temps où il y avait de grandes manifestations [[47061]], un temps où on construisait des abris antinucléairesPuis, le curseur s’était doucement déplacé et vînt le temps des luttes contre les centrales nucléaires. Et le temps continue à passer. À l’heure actuelle, même si la pression populaire se maintient pour l’abandon du nucléaire civil, on ne connaît plus et depuis longtemps, dans nos pays, de manifestations de grande ampleur contre la guerre nucléaire. Cependant, la menace est toujours là et sans doute, plus grave qu’auparavant, en raison de la multiplication des bombes et des détenteurs de bombes.

 

 

Je me demande bien pourquoi, dit Lucien l’âne. Sans doute, les gens se sont faits à l’idée et ont, en quelque sorte, refoulé leur peur.

 

 

En fait, ces mouvements de foule se fondent principalement sur l’émotion et comme elle, ils sont dès lors sujets à des variations d’humeur et d’intensité. Ils ne sont absolument pas rationnels, même si on peut leur trouver des raisons rationnelles et des bonnes. L’émotion qui y préside sort du même terreau que celui qui nourrit la crainte de la mort.

 

 

Si tant est qu’on en ait peur, car rationnellement, il n’y a aucune raison de craindre la mort. Au contraire, dans bien des cas, on peut être amené à y aspirer. On peut aussi bien trouver dommage de mourir quand on a une vie passionnante, ou une vie qu’on aime, tout simplement. On peut en détester l’idée et surtout, on peut craindre la douleur. Mais la mort elle-même (individuelle, en groupe, tous ensemble, tous ensemble…) quand elle survient, on a à peine le temps (si on l’a) de l’apprécier. Boris Vian disait :

« Je voudrais pas crever
Avant d’avoir goûté
La saveur de la mort
 » 

 

 

Donc, par peur de la mort, on refoule la pensée, car autrement pour celui qui la craint, il n’y a pas moyen de vivre tranquille. Or, la pensée est le seul moyen d’accéder à la compréhension de ce mécanisme émotionnel qui provoque et développe l’angoisse, cette peste émotionnelle.

 

 

Comme tu le soulignes, les mouvements de foule fondés sur l’émotion varient et comme elle, ils sont éphémères. Une émotion chasse l’autre. C’est le même phénomène (et ils sont d’ailleurs liés) que dans le domaine de l’information médiatisée. Cent mille morts ici, cent millions de crève-la-faim là, un massacre ce matin, un attentat cet après-midi, une tornade ce soir… À l’infini.

 

 

On passe sans cesse de l’un à l’autre. C’est pour ça qu’on parle de « nouvelles ». Des « nouvelles » anciennes, c’est comme du poisson périmé. Le public n’en veut plus. C’est souvent même devenu une question de secondes. On zappe !

 

 

Bien sûr ! Et c’est la grandeur des Chansons contre la Guerre de travailler dans la durée et sur la durée. Prenons cette chanson de Francesco Guccini ; elle aurait  sombrer dans l’oubli ; elle aurait pu être seulement un morceau sur un disque oublié, comme des centaines de milliers, des millions, si pas des milliards d’autres morceaux égarés sur des disques périmés. Mais voilà, on la reprend et on réactualise son propos. Lequel propos est toujours approprié ; il durera ce que durera l’humanité, à qui on peut attacher ce vers de Malherbe :

« ...elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ».

 

Et Cassandre, même si elle avait raison trop tôt (on ne saurait lui reprocher), avait tout simplement raison. Et ici, Francesco Guccini a raison, absolument raison :

« l’humanité

En poussière retournera 

Et pour l’éternité.

Alors le monde finira. »

 
 

 

À condition évidemment de s’entendre sur le mot « monde » ; par exemple, en lui faisant désigner la Terre, ou le système solaire, ou la galaxie… Mais si on entend par monde, disons pour simplifier, l’ensemble des univers (visible, invisible), le cosmos… Alors, Guccini a tort, celui-là est infini.

 

 

Si « l’humanité en poussière retournera », alors, c’est pareil pour toutes les espèces (ânes, y compris) et pour la Terre elle-même. C’est juste un question de patience. Poussez pas, chacun son tour. En attendant, la seule chose raisonnable est de vivre, vivre, vivre… à petits pas d’âne pour moi, sans trop se tracasser, en sachant ce qu’il en est et en tentant à la mesure de nos forces, avant qu’il ne soit trop tard, de tisser le linceul de ce vieux monde mortel, mortifère, morticole et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Un jour, le ciel s’ouvrira
Et l’air feu deviendra
Et la lune flambera
Et sur la terre tombera.


Lorsque la poussière sera
La seule chose qui vivra
Et ne se trouveront
Plus traces de notre civilisation.

 

Quand s’écrouleront les villes,
Aucun homme ne pourra 
Arrêter la main qui effacera
L’humanité fragile.

Alors le monde finira.

Dis-moi ce qui se passera
Quand une main poussera
Sur un seul petit bouton.
Quand une seule explosion,
Le monde entier balayera.

 

Mais dis-moi, à quoi servit
Ta fausseté étudiée
Et le mensonge dont tu vis
Comme si c’était la vérité.

 

Peux-tu me dire en quoi t’a aidé
La fausse paix que t’a donnée
L’hypocrisie que tu as cultivée
Depuis les âges les plus reculés ?

Alors le monde finira.

 

Arrête-toi homme avant
Qu’un autre dément

Pousse un bouton
Et que l’explosion
Tue tout ce qui est vivant.

 

Mais dis-moi quand disparaîtra
Ton égoïsme et quand tu comprendras
Que seul en ce monde, tu n’es pas
Et qu’un jour, tu le quitteras.


Car sous peu viendra
Le jour où l’humanité
En poussière retournera 
Et pour l’éternité.

Alors le monde finira.

 

 
ALORS LE MONDE FINIRA
Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article