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12 avril 2009 7 12 /04 /avril /2009 13:41

LA MILLIÈME ANNÉE DE PAIX

Version française – LA MILLIÈME ANNÉE DE PAIX – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne d'Alessandro

traduite de la version anglaise de Pavla Rejflova et Zdena Smetana
revue et corrigée par Martina Mezírková

Chanson tchèque – Tisící rok míru – Karel Kryl - 1995

 

LA MILLIÈME ANNÉE DE PAIX

Version française – LA MILLIÈME ANNÉE DE PAIX – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne d'Alessandro

traduite de la version anglaise de Pavla Rejflova et Zdena Smetana

revue et corrigée par Martina Mezírková

Chanson tchèque – Tisící rok míru – Karel Kryl - 1995

 

 

Avertissement : Certains traitent la guerre par le mépris; ici, on la traite apr l'ironie et l'humour. Plaisir d'humour ... C'est bien plus décapant.

 

 

La Millième Année de Paix vue par Karel Kryl est une vision bien pessimiste mais tchèque, Kafka est passé par là, ou alors tout à fait aussi tchèque et ironique, Chveik est le seul promeneur dans ce territoire désolé et va atteindre l'autre côté du champ de bataille. Le Lieutenant est déjà envahi pas la mousse bleue. On ne sait.

Mais c'est une vision – c'est le cas de le dire de l'évocation de la Fête-Dieu, avec Julienne de Cornillon et Ève de Liège, dansant sans boubou devant Martin ou alors, entraînées dans un tourbillon érotique par Tchantchès au son des bombardons et des hélicons. Quant au Christ étonné de telles incartades et de tant de débauches, son corps saigne, mais sa bouche rit.

Les Papes, les cardinaux, les évêques pourrissent avec leurs combattants dans leur grand désert spirituel, telle est cette aimable vision.

La Millième Année de Paix vue par Karel Kryl est une sorte de rêve éveillé qui renvoie vers le réel et indique l'état édénique...

Mais en vérité, je vous le dis, cette guerre de mille ans n'est qu'un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans (http://www.prato.linux.it/~lmasetti/canzonicontrolaguerra/canzone.php?id=7951&lang=it) qui ne se conclura que le jour où le dernier dieu sera étranglé avec le duodénum du dernier diable, ou l'inverse.

 

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Il neigeait des fleurs sur la madone durant la Fête-Dieu

Il n'y a ni tours, ni cloches à fondre pour faire des fusils

Et malheureusement, il n'y a pas de socs à transformer en épées;

Il n'y a aucune volonté qui pourrait gouverner,

Seule l'eau qui coule, seule l'eau qui coule.

 

À la place des nuages, pend du ciel

Un long chiffon blanc,

Les débris de trains n'aident pas à respirer

L'air paralysé, l'air paralysé.

 

Maisons vides, portes aveugles,

Un tas de briques grises,

Les arbres murmurent, les buissons fleurissent

sur le ciment des autoroutes,

Dans le silence des armes, il n'y a pas un sac

Pas de bâton de maréchal, pas de mains,

Qui pourraient cultiver les champs,

Cultiver les champs.

 

À la place d'un scalpel, une moelleuse mousse bleue

taille dans la pierre des coulées de boue,

Des foyers sans flamme,

Une rive creuse, une rive creuse.

 

Il n'y a pas de jambe brûlée par le gel,

Ni Dieu, ni Diable qui vienne sur la Terre,

Maréchaux et combattants pour la Vérité et pour la Foi

Après mille ans de guerre pourrissent en paix

Dans cette millième année de paix.b n

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Marco Valdo M.I.
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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 22:20

Louche

Canzone léviane – Louche – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 5.

 

Louche est la cinquième canzone du cycle du Cahier ligné. Elle se déroule également dans cet univers aux reflets oniriques et aux résonances politiques, en arrière-plan. On est à Rome, en plein cœur de Rome et surgit dans un décor de marbre somptueusement fasciste, au milieu de personnages louches, une Princesse de Savoie. Carlo Levi est entraîné dans cette vague et contre son gré, doit continuer le voyage avec ces personnages. C'est évidemment ce qui est arrivé au peuple italien et ce qui lui arrive encore. Quant à Pozzi Bellini, c'était un photographe italien de grande renommée au milieu du siècle écoulé.

 

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

Tandis que je m’endormais,

Une voix louche me proposait

On se sait quoi, des choses louches.

C’était un petit bonhomme louche,

Un peu semblable physiquement

À un Pozzi Bellini louche.

Il proposait de faire, évidemment,

Une chose louche

Avec un appareil photographique

Qu’on fabriquait à Saïgon

Des photographies de mon visage,

Quand je serais endormi.

Un peu à contre-cœur, j’acceptais

Et subitement, je me trouvais

Dans une maison de marbre

Au décor somptueusement fasciste

Et j’entendais à travers les murs la voix

De la Princesse Yolande de Savoie

Qui parlait de valises à sauver

Avec ce photographe louche

J'étais entraîné contre mon gré

Dans cette affaire louche.

Nous étions en fuite à Rome, sous la douche.

Dans cette tempête, le Corso devenait un fleuve

Qui entraînait les valises comme des fétus.

J'affrontais seul l'immense crue.

Au carrefour della Mercede et du Corso

Se forma une énorme vague nue

Arcbouté, je résistais au choc de l’eau,

Et, dans un bel effort, je sauvai les valises.

P. demanda aux deux louches,

Ce qu’ils me donneraient pour mon exploit.

La Princesse répondit sérieusement : 50.000 lires !

Réponse louche et vulgaire

À laquelle nous répondîmes par un rire.

J’aurais voulu m’en aller,

Mais j’étais désormais pris dans leur jeu.

Avec ces valises, j’étais dans un train

Qui fonçait bruyamment à toute vitesse

Et devait traverser la frontière française.

Les douaniers découvrirent les valises.

Elles contenaient des peaux

Et des quartiers de bœuf

Et peut-être d’autres choses illicites.

La situation était embarrassante.

Le train allait toujours plus vite,

Accroché au drap, je haletais.

D'effroi, je respirais plus vite.

À mon réveil, le train s’estompait.

 

J'affrontais seul l'immense crue.

Au carrefour della Mercede et du Corso

Se forma une énorme vague nue

Arcbouté, je résistais au choc de l’eau.

Le train allait toujours plus vite,

Accroché au drap, je haletais.

D'effroi, je respirais plus vite.

À mon réveil, le train s’estompait.

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 20:54

LA FOIRE AUX FABLES

version française – LA FOIRE AUX FABLES – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – La Fiera delle fole – Flavio Oreglio e Luf - 2008


Du disque « Giù ( il n'a pas été facile de tomber si bas)» – 2008

 

 

Comme on le constatera à la lecture, c'est une chanson qui n'a pu que plaire à Marco Valdo M.I. lequel s'est de toujours insurgé contre cette foire aux racontars fols, aux crédulités mercantilisées, aux superstitions messianiques d'où qu'elles viennent et quel que soit le canal par lequel elles se répandent. L'inconvénient avec ces immensités stupides, avec ces mansuétudes paradisiaques, ces agglomérations pharisiennes, ces rites et ces messes télévisuelles, ces gesticulations présidentielles et œcuméniques, c'est qu'en définitive, tout cela finit dans de jolis bains de sang ou dans un désert mental où coule le fleuve de l'arrogance et de l'avidité.

 

Les endormeurs, les marchands de sable et les charlatans s'agitent en cadence sur les écrans, entourés d'assistantes aux sourires angéliques, aux poitrails dorés, aux yeux de vaches et aux gloussements de dinde. Ils ont remplacé la marche par la danse et l'orbace par la soie. Ils s'avancent à la queue leu-leu et ils dansent la danse du Loup, à Rome comme partout.

On en revient aux temples emplis de prêtres et de vestales; le temps des esclaves est revenu... Et le Monsieur Tout Blanc lance d'étranges incantations et admoneste les noirs et se mêle de ce qui ne le regarde en rien. Son zèle étonne le monde et ravit en Haut Lieu.

 

Cependant...

 

La dignité des femmes, des hommes, des enfants et même, des vieillards passe par l'éradication des croyances et l'élimination des bouffons qui les colportent.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

 

La foire aux fables est un marché pour tous

Elle fleurit avec le consentement des gens

Il y a des millénaires que se font des affaires de la peur

En exploitant l'ignorance et la culture

 

Boutiques comptoirs magasins et pavillons

Exposent croyances et religions

Au milieu de filtres magiques tarots et chiromancies

Avec le 3x2, on vend aussi les saints.

 

Pasteurs protestants, calvinistes et anglicans

Évangélisateurs américains

Chrétiens variés et puis encore, les islamistes et les juifs

Est-ce la foire des bénis oui oui ?

 

La croix de l'épée en tue plus

La demi-lune a la barbe bleue

L'étoile assombrit ta route

Il est étrange qu'elle ait une pointe en plus.

 

Arrivent les catholiques avec leur caddie

Avec dedans Padre Pio et Mère Térésa

Un mètre d'indulgence et un demi-kilo de Jésus

Je le laisse, j'en ai mis un peu plus.

 

Il faut du courage pour dire que c'est une religion

Ce ramassis de superstitions

Tu échanges le paradis et tu tires l'eau à ton moulin

En pensant peut-être que Dieu est un crétin

 

La croix de l'épée en tue plus

La demi-lune a la barbe bleue

L'étoile assombrit ta route

Il est étrange qu'elle ait une pointe en plus.

 

La croix de l'épée en tue plus

La demi-lune a la barbe bleue

L'étoile assombrit ta route

Il est étrange qu'elle ait une pointe en plus.

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Marco Valdo M.I.
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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 20:50

Et la violette va là, va là…

Canzone léviane – Et la violette va là, va là… – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 4.

 

Et la violette va là, va là… est la quatrième canzone du cycle du Cahier ligné. Dans cet univers onirique, sur l'écran intérieur de l'aveugle, continuent à s'agiter les images revenues du néant ou du passé, ce qui est la même chose. Carlo Levi avait fait l'expérience directe des prisons fascistes (Le Nuove à Turin, Regina Coeli à Rome, Le Murate à Florence), des casernes, des hôpitaux et du confinement à Aliano en Lucanie. Il n'a jamais connu personnellement les Ordres... En toile de fond, on entend parler les sœurs, garde malades ou infirmières. Se mêlent passé et présent, l'enfance, des bribes de voyage et des images du monde. Ces matériaux qui gisent pêle-mêle dans le grand dépotoir mental où l'on va puiser pour penser le monde. Et cette antienne bouleversante :

 

« Sans la grâce des asphodèles,

Les grands cyprès sont éternellement noirs,

Ça vous suffit, comme condensé du monde ?

Et la violette va là, va là… »


Pour moi, ça va.

Tout comme me va bien, cette description de champ de bataille :

« Terre remuée et assez humide

pour des lombrics et des généraux. »


Ou encore ces

« Composts violets de sanies coagulées

De corps sur lesquels sont passées des armées. »

 

 

Il faut se rappeler que Carlo Levi était aussi peintre et , je me propose d'illustrer ces quelques vers de cette canzone leviane d'un de ses tableaux présentant justement un moment de guerre...

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


Dans la demi-clarté du soir

De Rome emplie d’oiseaux

L’ordre de la clinique, de la prison,

De la caserne et de tous les Ordres,

Est d'une extraordinaire dureté.

Teresina parle de la Callas et de Pasolini.

Lucia me parle en piémontais

Pour exorciser les morts

Et la réalité vermillon.

Terre remuée et assez humide

Pour des lombrics et des généraux.

Chaque parole est fille de parole

Et mère d’une autre.

Sans la grâce des asphodèles,

Les grands cyprès sont éternellement noirs,

Ça vous suffit, comme condensé du monde ?

Et la violette va là, va là…



Les dimanches anciens sur les collines,

Où passaient les garçons, les couples,

Les ramasseurs de champignons, les ivrognes.

Pas même une étincelle dorée

Ne naît de ces reliques desséchées

Cette vision d’aveugles libératoire

Est le fruit empoussiéré de la mémoire,

Avec cette couleur sang ocré.

Un sommeil qui descend derrière les yeux

Entre le front et les tempes

Choses déjà broyées et pulvérisées,

Entrelacements de la forêt vierge,

Digérés par un animal posthistorique.

Sans la grâce des asphodèles,

Les grands cyprès sont éternellement noirs,

Ça vous suffit, comme condensé du monde ?

Et la violette va là, va là…



Tôles, transistors cassés, bouteilles, ordures,

Des enfants blancs, jaunes ou noirs,

Se battent pour un bout de verre ou une cigarette.

Tout est déjà outretombe,

Gorgones vieillies et pesantes,

Sirènes agonisant sur des rives gluantes,

Chômeurs qui racontent le passé,

Paladins sans croix, cavaliers

Descendus de leurs petits chevaux,

Hercules sans force, héros sans échafaud

Chimères peignées et amadouées,

Composts violets de sanies coagulées

De corps sur lesquels sont passées des armées.

Sans la grâce des asphodèles,

Les grands cyprès sont éternellement noirs,

Ça vous suffit, comme condensé du monde ?

Et la violette va là, va là…


Sous la Lune, sans couleur,

passe claudiquant un vagabond

Et un instant s’arrête pour reprendre souffle,

Ou parce qu’il a heurté une pierre,

Ou parce que des enfants qui sautent dans leurs carrés Magiques l’obligent à s’arrêter.

Et à cet instant, dans ce lieu sans visage,

Les choses sans avenir adviennent.

Depuis des milliers d’années,

Semblables à des pipistrelles qui pendent

Poussières poilues et repoussantes.

Au plafond de pierre d'une Domus de Jana,

Trains courants, tempêtes, inondations,

Tromperies, mélopées et sons,

Sans la grâce des asphodèles,

Les grands cyprès sont éternellement noirs,

Ça vous suffit, comme condensé du monde ?

Et la violette va là, va là…

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5 avril 2009 7 05 /04 /avril /2009 11:08

La Pâtisserie d'Orel-Oriol


Canzone leviane – La Pâtisserie d'Orel-Oriol – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 3.


La Pâtisserie d'Orel-Oriol est la troisième canzone du cycle du Cahier ligné.



Un sogno, un vero pasticcio di provincia russo-italiane. Un incubo culturale... avec des relents de bureaucratie, d'huîtres, de varechs, de starlettes pulpeuses montrant leurs lèvres et leur langue, de foule mondaine se pressant dans un salon, de fausse culture imposée par des amateurs de folklore...

Attaque directe contre la mondanité et la culture de salon où les vernissages, les cocktails, les news télévisées et les articulets de presse tiennent lieu de qualités.

On songe au Bergman de « La flûte enchantée » et à sa peinture au vitriol de cette province suédoise qui se joue une mascarade culturelle, pour faire comme si, pour être moderne... ou alors aux Marx et à l'immense bric-à-brac qui peuple leurs films.


Une charge contre la confusion que certains entretiennent entre l'art et le commerce, qui réduisent la création à un concept de marquetingue, qui prennent ou font prendre l'honnête artisanat , qui n'en demande pas tant pour du grand œuvre artistique aux seules fins de vendre et d'abuser une clientèle ainsi grugée. Et tout ça est noyé dans les bulles...


Et pendant ce temps-là, les cinéastes attendent un impossible secours en grignotant des gimblettes.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.




Un Anglais ou un Ecossais,

Homme de mer avec une odeur de salure

D’huîtres et d’algues.

Sur les marchepieds du train

Lançant de la vapeur joyeuse à la gare d’Orel-Oriol.

C’est un songe, une victoire sur l’obscurité

Entre l’Italie et la vielle Russie

Je campe et je vis

Dans l'énorme salon de pâtisserie

Tenu par de braves gens,

Russes ou Italiens de province,

Convaincus de devoir faire

Quelque chose d’artistique ou de moderne

(peut-être sont-ils de Cuneo).

Une fameuse pâtisserie

Avec des parquets très lumineux

Et un long escalier de bois clair

Se courbant en haut et en bas,

Et parfaitement ciré.


Une modèle soviétique

Raconte l'histoire de deux timbres-poste

Dans un petit village

Dans le brouillard des mers du Nord.

Un des deux timbres,

Où elle pressait sa gracieuse langue

N’était pas approuvé par la bureaucratie ;

L’autre, oblitéré, avait une histoire.

Au sortir de la salle d’essayage et de couture

Devant les photographes et les caméras

On avait oublié de lui expliquer

Qu’elle aurait dû ouvrir la bouche pour crier

Vivat !

Car il s’agissait du lancement d’un navire.

Le timbre avait été imprimé

Avec sa bouche fermée.


Le jour la présentation attendue.

Je descends par le grand escalier ciré,

Lancement d'un film italo-franco-soviétique

Avec de très bonnes pâtisseries,

Une conférence de presse des plus importantes

Répétition générale excellente,

Une foule très élégante, joyeuse.

Le pavement était couvert d’encastrements illustrés,

Faits par des ébénistes experts et très habiles ;

Avec des carreaux et des marqueteries modernes.

Dehors, sur le parvis de l’ancienne église,

Dans tous les environs, à perte de vue dans la ville,

Partout des marqueteries de la même nature :

Des chapons dans des plats, des coqs qui font cocorico,

Des chasseurs assis à table avec des petites paysannes

Et des fusils appuyés à la commode.

Chose sérieuse, sans remède ni défense .

Ces nouvelles marqueteries

Ne semblent pas pires que les anciennes

On voulait à travers elles

Retrouver un fil populaire italo-anglo-soviétique.


Du côté de la porte d’entrée,

Quelques-uns protestent et s’émerveillent.

Au fond, un monsieur arrivé depuis une heure

Avec son chien

Dans la manne fermée par des chaînettes.

Au milieu,

Un gros de dos (Orson Welles) assis avec des gimblettes,

Pressent et comprend

Que tout est compromis, que tout est perdu,

Que le lancement n'aura pas lieu.

Dans la salle à manger marquetée

Les cinéastes restent seuls

En attendant

On ne sait quel secours impossible.

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 20:11

HORS DU CHAMP

Version française – HORS DU CHAMP – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Fuori Campo – Modena City Ramblers – 1999



« Du Sud au Nord, de la périphérie au centre – mais existe-t-il un centre de qualque chose ? Il est certain qu'il existe des milliers de faces et d'endroits oubliés , aux marges du grand wagon du Marché Global, qui n'ont jamais droit à un titre de journal. Ils se trouvent, tout simplement, en dehors du faisceau du projecteur... »

le « récitatif » sous l'instrumental final est écrit et dit par Luis Sepùlveda, inspiré d'un livre d' Eduardo Galeano sur les veines ouvertes de l'Amérique Latine....



Avec cette chanson, les Modena City Ramblers tentaient de faire le point sur l'évolution de la Révolution. C'était en 1999.

Mais le temps est passé, l'Amérique Latine a changé; rien n'est encore arrangé... Loin de là, mais... L'Amérique Latine a changé de cap, l'Amérique latine prend le large vis-à-vis du Nord, du libéralisme et du capitalisme; elle commence une dérive de libération – reprenant ainsi l'ancienne lutte, la lutte de plus de deux siècles pour sa libération. Marco Valdo M.I. s'est essayé à actualiser cette chanson... Il lui ajouté une partie plus contemporaine.

S'en va l'histoire, s'en va le monde. La chanson suit : « Dix ans après, l'Amérique Latine change : refaisons le point »...

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Hors du champ

Hors de l'écran

Hors du tour

Hors du gouvernement

Aucun titre ni vacarme

Au-delà du faisceau du projecteur

Pas de voix

Pas d'état

Pas de bourse

Pas de marché

Hors de l'actualité

Du progrès et de la modernité.

EQUALISER.


Hors course

Hors temps

Hors route

Hors centre

Par les journaux et l'histoire

Une blague de la mémoire

Pas d'affaires

Et d'investissements

Pas de sous

ni de gisements

De privilèges

Pas de lumière, pas de pouvoir

EQUALISER.



LES VEINES OUVERTES DE L'AMÉRIQUE LATINE

d'après la version italienne de Riccardo Venturi.


Les veines ouvertes de l'Amérique Latine ont de nombreux noms

Elles s'appellent « huasipungo » en Équateur

Latifundium et exploitation en Colombie

Étain et solitude en Bolivie

Au Costa Rica United Fruit

et foutre à Cuba, le bordel de l'Amérique

Exploitation au Chili des mineurs massacrés

Et exploitation en Argentine, la première dictature militaire

Mais un jeune homme commence un long voyage à motocyclette

Pour connaître le cœur du continent

Son nom était Ernesto Che Guevara

Plus tard, il sera connu de tous comme El Che.

Et en Amérique centrale,

Au Guatémala reste vivace une des idées d'Arbenz

Au Mexique, il trouve un abri sous une révolution trahie

Et là, germe le rêve d'une révolution

Qui deux ans plus tard, à Cuba

Il lance sa seconde libération de La Havane

et de ce moment, l'histoire devra tenir compte dses pauvres d'Amérique.

En Bolivie, le général Torres est chef d'un gouvernement populaire

Et au Pérou, Velasco est à la tête d'un gouvernement populaire

Au Brésil, Joao Goulart est à la tête d'un gouvernement populaire

Et au Chili s'impose Venceremos et commence le songe des mille jours d'Allende

Qui finit dans la longue nuit tragique de la dictature.

Mais la lutte continue.

Le Che dit : si je tombe que d'autres mains prennent mon fusil

Et continuent à combattre.

Et combattent

Au Nicaragua, le Front Sandiniste de Libération Nationale

Au Salvador,

Le Front Farabundo Marti pour Libération Nationale

Et l'espérance continue

Au Chili, le Front Patriotique Manuel Rodriguez

et au Chiapas, l'Armée Zapatiste de Libération Natioanle

Et la lutte continue

Jusqu'à refermer les veines ouvertes de l'Amérique Latine.


Dix ans après, l'Amérique Latine change : refaisons le point.


Les veines ouvertes de l'Amérique Latine ont de nombreux noms

Elles s'appellent « huasipungo » en Équateur

Drogue et dictature en Colombie

Coca et indianité en Bolivie

Au Costa Rica toujours la United Fruit

et à Cuba, le blocus étazunien : rationnement et misère

Chili : Mapuches et impunité

Et en Argentine, libéralisme et pauvreté

Contre les paysans pauvres,

Monsanto, le transgénique, impose sa semence

Viol de la nature, viol de la terre

Au Chili, en Argentine, au Mexique, partout

Le souvenir du jeune homme à motocyclette

Fait battre encore le cœur du continent

Son nom était Ernesto Che Guevara

Un des libérateurs de Cuba

Connu de tous comme El Che.

Et en Amérique centrale,

Au Guatémala reste vivace l'image d'Arbenz

Germe d'une pacifique révolution

Retrouvé noyé dans sa baignoire en 1971.

Raison officielle: suicide.

Au Mexique, révolution trahie et corruption.

Libertadors : Miranda, Bolivar, Marti,

San Martin, O'Higgins, Artigas

Suivis de milliers et de millions d'autres

L'histoire doit tenir compte des pauvres d'Amérique.

En Bolivie, Evo Morales est premier Indien président

Et au Pérou, Garcia est à la tête d'un gouvernement libéral

Au Brésil, Lula da Silva est un président populaire

Et au Chili après le 9/11 où fut assassiné Allende

La lutte continue.

Au Vénézuela, Hugo Chavez tient le pouvoir.

Les peuples continuent à combattre.

Au Nicaragua, au Salvador, au Mexique

Et l'espérance continue

Et la lutte des peuples continue

Quand donc fermera-t-on les veines ouvertes de l'Amérique Latine ?

Et l'espérance continue

Et la lutte des peuples continue

Quand donc fermera-t-on les veines ouvertes de l'Amérique Latine ?

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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 19:43

L'œil de la lune.

Canzone léviane – Marco Valdo M.I – 2009

Cycle du Cahier ligné – 2.


L'œil de la lune est la deuxième canzone du cycle du Cahier ligné. On pourrait considérer qu'il s'agit là d'une réflexion sur l'avenir de la planète et des Terriens eux-mêmes, d'une réflexion sur la vie elle-même, vue par la Lune ou en tout cas, de la Lune. Cependant, il est important de comprendre qu'en même temps, il s'agit là du reflet de ce que ressent l'homme aux yeux abîmés; c'est une tentative de description de sensations visuelles de l'aveuglé.


J'ai le souvenir extatique

D’un grand cercle rouge et noir,

D'un ancien velours prophétique

D'un divertissant territoire

Avec ses routes ou ses rivières

Ses plaines inhabitées et ses mers

Ses monts déchiquetés

Et leurs versants colorés

Aux reflets d’un soleil

Rose de brebis, orange de miel,

Jaune de lion, noir de rat,

Vert phosphorescent de luciole,

Doré hypnotique de chat.

Éclat double de lune folle.


La Lune de son œil d'étain

Regarde passer le temps

Sur la Terre et ses habitants


La Lune que nous avons souillée,

de sables, de saletés et de miel,

est la rétine éblouissante du ciel

qui nous regarde affolée

et nous voit mieux d’autant

qu’elle resplendit désolée.

Toute à ses glaciers indifférents,

À ses solitudes impassibles.

Et ses longues mers amères

Toute entière à ses monts terribles

Comme le dessin d’une ville imaginaire

vue d’une perspective inédite et rêveuse,

Couverte presque toujours de terre

Rougeâtre et poudreuse.


La Lune de son œil déteint

Regarde courir le temps

Sur la Terre et ses habitants


Monde de fumée, de brouillard,

Dans son immobilité d'enfer

Féroce, tragique, le noir,

La nuit embryonnaire,

Nuit rêvée de Calderon

Nuit d'Oedipe ou de Job - Sigismond,

Nuit ambiguë pour âmes mortes

Nuit que les diables emportent.

Ici, prévalent les choses abîmées,

Cent fois déchues, dégénérées,

Trop souvent détruites, désagrégées,

Sans cesse distordues, déracinées

À jamais divergentes et détournées.

La vie éphémère toujours enterrée.


La Lune de son œil sans tain

Regarde mourir le temps

Sur la Terre et ses habitants.


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31 mars 2009 2 31 /03 /mars /2009 19:42

LE RETOUR DU MERCENAIRE

Version française – LE RETOUR DU MERCENAIRE – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne – STANCO TORNA A CASA UN MERCENARIO – Riccardo Venturi – 2009 de la chanson suisse – Müde kehrt ein Wandersmann zurück – anonyme ( XVI ou XVIIième siècle)



Tirée du site des Communistes suisses ( bien que cela paraisse improbable, il y en a !) , cette ancienne chanson populaire bernoise a besoin de l'une ou l'autre explication. D'abord, son titre : pourquoi un Wandersmann, à la lettre, un « vagabond » ? Alors qu'il s'agit, comme on le verra, d'un mercenaire.

La tradition belliqueuse des Suisses, qui furent une puissance militaire de premier rang en Europe jusqu'au XVIième siècle; puissance qui connut une fin brutale avec la désastreuse défaite de Marignan (1515) – aujourd'hui, Melegnano, précisément le péage d'autoroute A 1, dans la périphérie de Milan. Depuis lors, la Suisse est un pays neutre. La réputation des Suisses comme soldats, s'est maintenue et naquit alors la réputation des mercenaires et des milices suisses, dont l'ultime relique est la Garde Suisse du Vatican. Il ne faut pas penser que la Suisse a toujours nagé dans l'or et les banques et le mercenariat représentait une source de subsistance. Mais les montagnards suisses manifestaient (comme bien des émigrés) souvent un désir puissant de retourner à leurs montagnes, à s'en rendre malade et cette forme de somatisation amena des médecins allemands à créer le terme de « Nostalgie ».

L'autre difficulté était que ces malheureux mercenaires ne pouvaient pas trop se vanter de leurs fonctions guerrières et pour cacher ce terme « mercenaire », il y avait tout un vocabulaire : ce mot « Wandersmann », par exemple. Comme il leur était interdit d'évoquer la guerre ou de chanter leur vie de mercenaires, cette chanson, qui reprend le thème central de presque toutes les chansons de soldats à savoir le retour chez soi, fait figure d'archétype des chansons contre la guerre et son thème de la fiancée (ici) perdue.

Dans les chansons sur le même thème de l'amour de jeunesse coupé par la guerre, on notera trois cas possibles : la fiancée perdue et vivante – c'est le cas du "Retour du Mercenaire", la fiancée perdue, mais morte – c'est la chanson "Adèle" (car elle est morte Adèle...) et la fiancée retrouvée au retour, c'est le cas de La Demoiselle de Magasin. Toutes trois présentes sur le site Canzoni contro la Guerra.

Comme dans toutes les guerres (longues), il en est qui ne reviennent pas et souvent, après un certain temps sans nouvelles, les jeunes femmes apprennent ou pensent que leur fiancé, mari... est mort et tentent de refaire leur vie. Le cas inverse existe aussi de la femme qui attend son conjoint en dépit de tout... jusqu'à ce qu'elle-même s'en aille le rejoindre là-bas où la faim, la torture, les sévices en tous genres l'avaient conduit, trente, quarante ou cinquante ans plus tôt.


Un mercenaire fatigué rentre chez lui

Heureux de retrouver sa patrie

Et pour aller voir son amour

Il va acheter le plus beau des bouquets.

Et la fleuriste, gracieuse et pâle,

Lui montre tout son royaume fleuri

Mais à chaque rose qu'elle coupe

Une larme parcourt son visage.

Pourquoi pleures-tu, la belle ?

Tu pleures car la violette est trop sombre ?

Ou pour la rose que tu coupes ?

Non, non, je ne pleure pas pour elles.


Je pleure seulement pour mon amour

Qui s'en est allé bien au-delà du Rhin,

À qui j'avais juré éternelle fidélité

Mais que j'ai brisé en épousant le jardinier.

Pour lui tu n'as pas nourri d'amour

Ce n'est pas pour lui que tu as soigné les fleurs

Et alors, donne-moi, la belle

Un bouquet de violettes sombres.


Et, tenant ce bouquet à la main

J'irai par tout le pays

Jusqu'à ce que la mort ferme mes yeux las.
Adieu, mon amour, ne m'oublie pas !

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Marco Valdo M.I.
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30 mars 2009 1 30 /03 /mars /2009 22:05

Souvenirs napoléoniens

Canzone léviane – Marco Valdo M.I. - 2009


Voici la première d'une série de canzones lévianes consacrées au « Cahier ligné » que Carlo Levi écrivit durant les mois où – suite à deux opérations successives – il fut aveuglé et dès lors, aveugle. Rares sont ceux qui l'ont lu; plus rares encore ceux qui l'ont traduit. C'est de cette traduction – un chantier immense – que sont tirés les matériaux de ces canzones. Et peu nombreux sont ceux qui savent qu'il s'agit là d'un livre parmi les textes les plus extraordinaires et les plus complexes de la littérature européenne.

Je ne sais pas encore quel destin donner à cette suite de canzones, ni combien de canzones il y aura, ni même si cette forme – la canzone – convient à pareille entreprise. On verra chemin faisant.

Par contre, ce que je peux dire, c'est que ce sera étrange et que ceux qui les liront (à défaut de les entendre) auront sans doute la surprise de retrouver longtemps après encore dans leurs pensées, dans leur mental, des traces de ces tableaux sortis tout droit du long songe éveillé auquel Carlo Levi fut ainsi contraint. Au moment où il écrivit le « Cahier ligné », il restait à Carlo Levi encore quelques années à peine à vivre.

Qu'on comprenne bien ce qui s'est passé en 1973 quand Carlo Levi cloué sur un lit d'hôpital, la tête enserrée dans des bandages, se mit à peindre et à écrire. Peindre sans voir, écrire sans voir. On aura ainsi un de ces torrents de mémoire qui va se déverser et créer, in fine, le livre où Carlo Levi se confrontait avec sa vie, l'histoire qu'il avait traversée depuis le début du siècle et les bribes de culture qu'il avait accumulées.

Arrivé ici, il convient de situer, Carlo Levi... Pour certains, il est l'auteur du « Christ s'est arrêté à Éboli », texte qui parle de la civilisation européenne antéchrétienne ou achrétienne, celle de cette paysannerie sans terre, celle de ces braccianti, celle de ces somari; texte qui fit de Carlo Levi une des plus pertinentes voix du Sud. C('est à ce titre qu'il fut amené à présider le congrès des écrivains d'Asie à la demande expresse de Jawaharlal Nehru .

Carlo Levi fut aussi un des grands peintres de l'Italie du vingtième siècle; je rappelle ici qu'il vécut de sa peinture et qu'à l'heure actuelle, la Fondation Carlo Levi dispose de huit cents tableaux....

Il fut aussi un militant antifasciste de la première heure (1919-1920), un des animateurs de Giustizia e Libertà (Justice et Liberté) et du Partito d'Azione (Parti d'Action), un des responsables de la Résistance florentine et le rédacteur en chef de son journal « Italia Libera ». Par la suite, il impulsa et fonda la Filef (Fédération des Travailleurs italiens émigrés et de leurs familles) – sorte de syndicat de l'émigration, fort de plusieurs millions de membres. Il fut enfin requis comme sénateur de la République, charge qu'il abandonna...

Il écrivit bien d'autres choses encore : La Peur de la Liberté – qui décryptait le totalitarisme et qui opposait l'intelligence aux hordes nazi-fascistes, La Montre – qui racontait son expérience de rédacteur en chef d'Italia Libera et la liquidation du gouvernement de Ferruccio Parri, porteur des valeurs de la Résistance – Ora e sempre : Resistenza !, Les Paroles sont des pierres – qui racontait la Sicile, la mafia et la Démocratie Chrétienne, Tout le miel est fini... - qui parle de la Sardaigne, Il Futuro ha un Cuore antico – qui raconte l'histoire contemporaine des peuples de l'Union soviétique et bien sûr, cet incroyable « Quaderno a cancelli » - cahier, à grilles, cahier ligné. Ce livre commence par les quelques vers qui servent de refrain à cette première canzone :


Ici, on peut écrire un livre,

un livre entier, un livre

même très long et même infini ;

aussi long et infini

que le cercle du temps

ou l’espace de l’enfermement.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.




Ici, on peut écrire un livre,

un livre entier, un livre

même très long et même infini ;

aussi long et infini

que le cercle du temps

ou l’espace de l’enfermement.


Les taureaux picassiens

et d’autres plus maigres

comme les taureaux cervantesques

ont des cornes, redoutables portemanteaux

auxquels pendent des idées

si vieilles dans un monde nouveau.

L’aller va toujours bien,

toujours héroïque,

comme l’éros.

Souvenirs napoléoniens

héroïques à l’aller

et antihéroïques au retour.


Ici, on peut écrire un livre,

un livre entier, un livre

même très long et même infini ;

aussi long et infini

que le cercle du temps

ou l’espace de l’enfermement.


Sur la Karl Strasse, les mêmes personnes

avec les mêmes faces aux mêmes fenêtres

avec les mêmes enseignes de commerce

de plats de fine porcelaine et de chaussures

de monnaies et de gravures

de viande et de saucisses et de saurissure

applaudissaient le retour

des armées révolutionnaires françaises ;

Les gravures étaient en miroir

la droite et la gauche inversées.

Le peintre avait retourné les drapeaux,

les regards, les directions,


Ici, on peut écrire un livre,

un livre entier, un livre

même très long et même infini ;

aussi long et infini

que le cercle du temps

ou l’espace de l’enfermement.


Il n’y avait pas beaucoup de différence

entre les Français victorieux qui allaient vers l’est

et les mêmes qui revenaient vaincus vers l'ouest.

Sous peu, les mêmes passeraient

pour la troisième fois le Rhin en vainqueurs

et puis des années après, repasseraient

pour la quatrième fois perdants,

jusqu’à une cinquième et sixième et septième

Promenades salutaires.

Seul moyen de combiner des mariages.

C'était en tous cas monotone

comme les soirs de fête dans les villages.


Ici, on peut écrire un livre,

un livre entier, un livre

même très long et même infini ;

aussi long et infini

que le cercle du temps

ou l’espace de l’enfermement.



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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 22:33

LA DERNIÈRE LUNE

Version française - LA DERNIÈRE LUNE – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – L'Ultima Luna – Lucio Dalla.



La Dernière Lune de Lucio Dalla est une chanson un peu énigmatique, un peu cinématographique, On retiendra ici spécialement la quatrième lune et cet étrange convoi de prisonniers, marchant pieds nus le long des voies. Ils rappellent ceux qui, libérés des camps, tentaient de rejoindre le pays.

Ce furent des millions d'hommes et de femmes qui errèrent pareillement au travers de l'Europe... il n'y a pas si longtemps. Il fait penser à l'étrange cortège des aveugles de Pierre Breughel ou à ces convois de lépreux ou de pestiférés qui sillonnaient eux aussi les routes du continent.

Et ce mouvement digne des plus grands moments du millénarisme que sont les trois dernières lunes.


Oh ! Elle a dû en voir des choses, la lune ! Même si, comme dans la chanson de Trenet, elle attend le soleil au rendez-vous qu'il lui avait fixé.


« Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Papa dit qu'il a vu ça lui... »


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


La septième lune

Était celle du luna-park.

Le grand singe allait

Du carrousel au bar

Tandis que l'ange de Dieu blasphémait

En roulant des mécaniques

Grands muscles et peu de chair

Pauvre ange béni.


La sixième lune

C'était le cœur d'un malheureux

Qui, maudit le jour où il était né,

Riait toujours

Mais depuis des années ne voyait pas ses draps.

Avec ses mains noires de charbon

Il touchait le cul d'une femme

Et il riait et touchait.

Il semblait le maître.


La cinquième lune

Fit peur à tous

C'était la tête d'un monsieur

Qui avec la mort à ses côtés jouait au flipper.

Il était grand et élégant

Ni jeune, ni vieux

Sans doute malade

Sûrement malade

Car il perdait du sang par l'oreille.


La quatrième lune

C'était une file de prisonniers

Qui cheminant

Suivaient les voies du train.

Ils avaient les pieds ensanglantés

Et les mains sans gants. Mais ne te tracasse pas

Le ciel est serein

Aujourd'hui, il n'y en a plus autant.


La troisième lune, tous sortirent pour la regarder.

Elle était si grande

Que plus d'un pensa au Père Éternel.

On suspendit les jeux et on éteignit les lumières.

Alors commença l'enfer.

Les coururent chez eux car cette nuit

Revînt l'hiver.


La deuxième lune

Apporta le désespoir chez les gitans

L'un d'eux s'amputa directement un doigt.

Ils allèrent à la banque faire des opérations

Mais quelle confusion

La plus grande partie prit chiens et enfants

Et courut à la gare.


La dernière lune

Seul la vit un enfant à peine né.

Il avait des yeux ronds et noirs et profonds

Et il ne pleurait pas.

Avec ses grandes ailes, il prit la lune entre ses mains

Et il s'envola et vola au loin.

C'était l'homme de demain, l'homme de demain.

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Marco Valdo M.I. - dans Dalla Lucio
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