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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 22:40

LES VAMPIRES

Version française – LES VAMPIRES – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne – I VAMPIRI – Riccardo Venturi – 2008

de la chanson portugaise – Os Vampiros – José « Zeca » Afonso - 1958


« Os Vampiros » est une des chansons les plus fameuses de José « Zeca » Afonso. Il l'a composée en 1958 au temps où le salazarisme, cette variante portugaise du fascisme, était florissant. Car, vois-tu mon ami Lucien, même un âne peut le comprendre, il y a fascisme et fascisme, tout comme il y a libéralisme et libéralisme. Parfois même, ils se confondent. Comme pour les vins, il en est de doux, il en est de demi-secs, il en est de secs et même, il en est de bruts. Comme pour les vins aussi, il en est de diverses provenances, de grands et de petits crus, des fascismes locaux, des nationaux; il en est même qui ont des prétentions internationales; certains vont jusqu'à vouloir régenter le monde.

C'est inquiétant ça, dit Lucien l'âne. Cette perspective me désole, surtout pour vous les humains. Nous les ânes, on n'est pas aussi directement concernés.

« Les Vampires » est une chanson descriptive. Elle décrit très exactement cette couche de population, cette bande qui – tel le gang du chou-fleur d'Arturo Ui – veut mettre la main sur la cité, sur le pays, sur le monde afin d'en sucer toutes les richesses et toutes les gloires et comme dit la chanson : « danser en rond dans la pinède de leur roi » (comme des candidates aux élections ou de jeunes pucelles...) – fût-il d'opérette.

Oh, oh, dit Lucien l'âne, je comprends tes allusions. Opérette et gomina, je vois ça...


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.


Dans le ciel gris, sous l'astre sourd

Battant de leurs ailes le silence de la nuit

Ils viennent en bandes avec des pieds de velours

Pour sucer le sang frais des brebis.

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

 

Les vampires arrivent de partout

Ils se posent sur les trottoirs et sur les toits

Ils portent dans leur ventre de très anciens égouts

Rien ne les relie à leurs vies brisées.

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

 

Il y en a qui se fient à leur aspect sérieux

Et quand ils arrivent leur ouvrent leur porte.

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

 

Les vaincus tombent à terre apeurés

On entend leurs cris dans la nuit étouffée

Dans les fossés, gisent les victimes d'une idée

Et du sang du troupeau, jamais ils n'ont assez.

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

 

Ce sont les maîtres de tout l'Univers

Seigneurs par la force, dominateurs sans lois.

Ils s'emplissent de blé et boivent le vin vert

Ils dansent en rond dans la pinède du roi.

 

Il y en a qui se fient à leur aspect sérieux

Et quand ils arrivent leur ouvrent leur porte.

 

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.

Ils mangent tout, ils mangent tout

Ils mangent tout et ne laissent rien.


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Marco Valdo M.I.
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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 22:59

Déteints par le temps


Canzone léviane – Déteints par le temps – Marco Valdo M.I. – 2009

 

Cycle du Cahier ligné – 29


Déteints par le temps est la vingt-neuvième chanson du Cycle du Cahier ligné.


Cette canzone léviane comme toutes celles du cycle du Cahier ligné mêle des éléments du récit torrentuesque de Carlo Levi et l'histoire du personnage enfermé qui résiste à son destin par un grand cinéma onirique afin de garder sa raison : celle de vivre, principalement.


Dès lors, le malade-prisonnier-enfermé continue à lutter contre sa solitude et dans son voyage mental, il s'en va cette fois à la rencontre de ses familiers. Il entame un retour aux origines, une reconstruction de son monde, une réaffirmation de ses racines familiales.


La lecture d' « Achtung Banditen! » de Piero Tognoli qui relate les années de prison de l'anarchiste Marco Camenisch (toujours emprisonné à l'heure actuelle) est très éclairante quant au rôle essentiel des proches et singulièrement, de la famille. Sa mère Annaberte, son frère Renato ne l'ont jamais abandonné et Manuela, qui l'a épousé en prison et les compagnons qui le soutiennent encore...


Oh, oh !, dit Lucien l'âne, te voilà maintenant qui défend la famille. Tu m'étonneras toujours, mon ami Marco Valdo M.I.


Et oui, je défends la famille... Enfin, comprenons-nous bien. Je défends la famille quand elle est défendable. Vois-tu, Lucien mon ami si poilu, la famille a plusieurs façons d'être ou d'agir. Georges Brassens, tu sais bien, Tonton Georges, raconte cette histoire des quatre bacheliers et de ce père (c'était le sien) qui vient rechercher son fils, accusé de vol, chez les flics et qui lui dit tout simplement : « Bonjour, petit ! ». Les pères des trois autres bacheliers furent indignes... Ils s'en prirent à leurs propres enfants... Ainsi, selon les cas, je suis d'accord avec Gide et son « Familles, je vous hais ! » - et il y a beaucoup de raisons pour certains de haïr la famille et je suis très pour la famille quand elle est un lieu d'amour, de tendresse, de solidarité. Enfin, presque. Par exemple, j'aurais un père ou un frère fasciste... Je crois bien que je les renierais.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

Mon père est vieux, il a quatre-vingt-trois ans,

Il attend sa fin. Patiemment.

En son temps, il a été mineur

À Carbonia et ailleurs.

Il était fier et droit

Maintenant, sa vie pèse d'un poids.

Ce n'est plus qu'une longue veille.

Un jour qu'il s'était mis au soleil.

Il a pris froid.

Le mal lui a pris le milieu du dos

Quelle douleur ! Quelle horrible douleur !

Je meurs, disait-il, je meurs…

On lui donna un peu d'aspirine, un verre d'eau.

Soudain, après un quart d'heure

D'un coup, il redresse son dos.

Que m'as-tu donné, dit-il, ma fille ?

Ma douleur est partie.

Un peu d'aspirine et de l'eau.

Rien qu'un peu d'aspirine et de l'eau

Et la douleur est partie

Mon père est vieux maintenant

Du haut de ses quatre-vingt-trois ans.

 

Nous étions huit enfants à la maison.

Quatre filles et quatre garçons.

Trois sœurs, sœurs au couvent

Une seule mariée dans sa maison.

Un frère a fait carrière dans la Marine.

Un autre en Allemagne travaille à l'usine.

Un autre (moi) est malade, en prison.

Á Rome, le dernier est mécanicien.

Notre mère vit encore dans la maison de Fonni.

Maman nous aime bien

Elle nous parle et elle sourit.

Je la vois ainsi, ici et maintenant

Comme aux beaux dimanches d'antan.

Mais comment fait-elle pour rester là ?

Comment sourit-elle encore ?

Dans ce village là-bas,

Où les étendards de mort,

Neufs ou déteints par le temps

Gardent les seuils des vivants.

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 21:02

LES EUNUQUES

(AU ROYAUME D'ÉTHIOPIE)

Version française – LES EUNUQUES (AU ROYAUME D'ÉTHIOPIE) – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la version italienne – GLI EUNUCHI (NEL REGNO D'ETIOPIA) – Riccardo Venturi – 2009

de la chanson portugaise – Os Eunucos (No reino da Etiópia) – José Afonso – 1970

 

« … Il n'y a pas seulement le pouvoir, la classe dominante, avec son comportement qui peut être historiquement déterminé. Il y a aussi le consentement de personnes qui ont des responsabilités intellectuelles ou politiques et qui tendent à laisser faire. En définitive, il s'agit d'une attitude de complicité. J'ai cherché d'exprimer cela dans une chanson intitulée Les Eunuques. Ceci est un pays d'eunuques (…) Ils finiront pas se dévorer entre eux, comme dit Brecht.

(José Afonso, en 1970, à propos du Portugal.)



Petit commentaire de l'âne et du traducteur.


« En Pologne, c'est-à-dire nulle part... » disait Alfred Jarry pour situer Ubu. Nulle part, c'est-à-dire partout. Un des princes les plus célèbres de l'histoire était prince de Danemark et annonçait déjà : Il y a quelque chose de pourri au royaume de...


Regarde, dit Lucien l'âne, regarde le sous-titre : « dans le royaume d'Éthiopie »...


Oui, évidemment, l'Éthiopie, mais là, les eunuques biologiques et les harems faisaient partie du paysage. En réalité, on parle ici d'Ethiopie, pour éviter la censure... et puis, l'allusion est souvent plus forte que l'accusation directe.


Donc, si je comprends bien, dit Lucien l'âne, finalement, il parle du Portugal...


En effet, « ceci est un pays d'eunuques... » indique bien le Portugal d'Afonso. Mais, souviens-toi, au Portugal, c'est -à-dire partout... aurait pu compléter José Afonso ou cet autre José de langue et de culture portugaise, José Saramago, dont les romans fables, invariablement situés au Portugal, racontent et pensent l'histoire du monde ou plus modestement, celle des hommes. Tout çà pour dire que les Eunuques sont au pouvoir partout et on les voit se démener pour accomplir leur destin d'eunuque. Petite précision utile : il existe des eunuques issus de mâles et des eunuques issues de femelles. Ce sont des espèces redoutables; ils s'aplatissent devant leurs chefs de meute en répandant tous les signes de la soumission, ils hurlent de concert et chassent en bande les faibles et les isolés.


En effet, dit Lucien l'âne en frémissant des naseaux, où ces eunuques sévissent, il y a quelque chose de pourri... Une odeur étrange se répand, une odeur pestilentielle, c'est le parfum de la honte qui monte, qui monte...


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Les eunuques se dévorent entre eux

Ils ne changent pas d'uniforme, ils sont vénaux

Et quand les autres sont brisés

Ils défendent les tyrans contre leurs pays

Ils défendent les tyrans contre leurs pays.


En tout, ce sont plus ou moins des bourreaux

Les chefs de rayon dans les jardins du harem

Et quand les autres sont brisés

Ils ne tuent pas les tyrans, ils en redemandent

Ils ne tuent pas les tyrans, ils en redemandent


Impassibles, ils supportent toute douleur

Avec l'olympienne vision des samouraïs.

Il y avait un serviteur de trop dans la satrapie

Mais il fut jeté dans la tanière des chacals

Mais il fut jeté dans la tanière des chacals


En se prosternant à la lumière du jour,

Ils lèchent le cul des notables

Et quand les autres sont réduits en bouillie

Ils ne tuent pas les tyrans, ils en réclament

Ils ne tuent pas les tyrans, ils en réclament.


 

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Marco Valdo M.I.
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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 12:58

TÉRÉSA TORGA

 

Version française – TÉRÉSA TORGA – Marco Valdo M.I. – 2009

d'après la (dernière) version italienne de Riccardo Venturi – 2009

Chanson portugaise – Térésa Torga – José Afonso – 1976

 

 

 

Cette chanson extraordinaire rapporte une aventure tout aussi extraordinaire aux confins de la liberté humaine, là où liberté et convenances sociales se regardent dans les yeux. Une femme, un beau jour – car ce ne pouvait être qu'un beau jour – à Lisbonne, se mit à danser nue au milieu d'un carrefour.

 

Un photographe qui passait par là en fit des photos et se fit presque lyncher par les bonnes gens qui voulaient rhabiller la dame et éloigner les enfants. Autre confrontation entre la liberté et les convenances sociales.

Tout cela est bien beau, dit Lucien l'âne. J'aurais aimé être présent et recevoir ce cadeau des cieux. Mais toi, Marco Valdo M.I., qu'aurais-tu fait ?

 

Moi, dis-toi bien, que je n'aurais rien fait du tout. Peut-être quand même, applaudi, peut-être aurais-je dansé avec elle et en être humain civilisé, je me serais sans doute déshabillé aussi... Pour ne pas la laisser seule face aux préjugés absurdes... Nous devons, comprends-tu Lucien, nous les hommes, retrouver le chemin de l'humanité. Bien entendu, je ne suis pas poilu comme toi et cela explique que je m'habille contre les intempéries, peut-être aussi, moi aussi, un peu, pour cacher mon humanité, pour dissimuler ce que tout le monde connaît, pour protéger mes faiblesses... Peut-être... Comme on met des chaussures pour ne pas se blesser les pieds en marchant... Mais le temps d'une danse, le temps d'une fête, le temps d'une communion... à poil, bien évidemment, comme toi, mon ami.

 

Et pour le photographe... Qu'en penses-tu ?

 

Écoute bien ceci, Lucien mon ami... Le pommier donne des pommes; le photographe fait des photos. La dame danse nue; sans doute, est-elle belle, je ne sais. D'ailleurs, tu le verras dans la chanson, la même société qui veut la rhabiller de force, la fait danser nue pour de l'argent et annonce hypocritement qu'elle est « disc-jockey ». Donc, le photographe est là – comme celui qui fait les chansons, comme le poète – pour raconter le monde. C'est la mission qui est la sienne dans la grande tâche de la vie. Comment ne pas comprendre ça ? C'est tout simple. Qu'il soit photographe patenté ou pas, il est Témoin de la Vie Humaine, il est Témoin de l'Humanité, il est l'œil qui regarde... Va-t-on condamner notre œil ? Comprends bien aussi qu'il n'est pas voyeur, il n'entre dans sa démarche rien de ce peu ragoûtant penchant... Donc, pour résumer, il a fait ce que sa conscience de photographe lui demandait de faire et il a bien fait.

 

Et d'en faire une chanson... demande Lucien l'âne, qu'en penses-tu toi qui fais aussi des chansons ?

L'aurais-tu fait ?

 

Mais bien évidemment et d'abord, comme dit Riccardo Venturi, pour que Térésa Torga ne meure jamais, ni elle, ni son geste. En fait, je te l'ai déjà dit, si je – et les autres pareil, je pense – fais des canzones, c'est précisément pour que la mémoire ne se perde pas, mais aussi pour magnifier ce qui doit l'être – cette belle scène, par exemple ou pour « tisser le linceul du vieux monde », comme chaque jour. Et puis l'aventure se passe à Lisbonne et j'aime beaucoup Lisbonne et les dames de Lisbonne, surtout celle dont le prisonnier rapporte le souvenir dans sa canzone « Le Siège de Lisbonne », dont il m'avait soufflé les détails. Si tu veux, je te la ferai connaître...

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

Juste au milieu de l'avenue

Juste au croisement de la rue

À quatre heures précises, éperdue

Dansait une femme nue.

 

Les gens qui la voyaient danser

Coururent auprès d'elle

Avec l'intention de la rhabiller

Mais alors arrive António Capella

 

Qui, dans la cacophonie,

Seul pensa à la photographier.

Une femme en démocratie

N'est pas un objet de salon.

 

Qui, dans la cacophonie,

Seul pensa à la photographier.

Une femme en démocratie

N'est pas un objet de salon.

 

On dit qu'elle s'appelle Térésa

Que son nom est Térésa Torga,

Qu'elle est disc-jockey à Benfica

Et depuis un temps fait partie des fadas.

 

Elle loue une petite carrée

Mais elle a été une grande star;

Maintenant, elle est modèle par nécessité

Raconte Antonio Capella.

 

Térésa Torga, Térésa Torga

Défaite dans ce bordel-là

Il n'y a pas de drapeau sans lutte

Il n'y a pas de bataille sans lutte

 

Térésa Torga, Térésa Torga

Défaite dans ce bordel-là

Il n'y a pas de drapeau sans lutte

Il n'y a pas de bataille sans lutte

 

 

 

 

 

 

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Marco Valdo M.I.
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 21:32

Le Frisson des Morts

Canzone léviane – Le Frisson des Morts – Marco Valdo M.I. – 2009

Cycle du Cahier ligné – 28


Le Frisson des Morts est la vingt-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné.


On hésite entre une chanson du fond de la fosse (un peu le ton d'un Oscar Wilde, un ton de romantisme anglais, un ton noir et sombre et d'une tristesse infinie, un spleen très fin du dix-neuvième siècle entre Lewis, Mathurin et Baudelaire...) et une chanson d'amour impossible : « Mais, Sœur Armande / Personne ne vous a donc jamais dit »...


On ne sait d'ailleurs pas trop si Sœur Armande est inaccessible parce qu'elle est protégée par ses vœux ou sa cornette ou si plus simplement encore, elle n'est pas déjà passée dans les bras de la mort.


Ainsi la longue songerie du prisonnier-blessé-enfermé continue et d'autres angoisses – pourquoi le cacher – surgissent du fond de la terre fantasmée. Quand l'esprit vagabonde, il traverse toutes sortes de paysages, de riants villages aussi bien que de lugubres pays.


Oh, dit Lucien l'âne, j'ai connu de ces passages, de ces vallons si sombres et si humides et si froids dans les brumes de fin d'été – déjà – qu'on se serrait les uns contre les autres et qu'on se serait cru tout bonnement dans la tombe. J'en ai encore le poil tout retourné. Rien que d'y penser. Et il est certains lieux d'enfermement où on s'y croirait vraiment... Et puis, on rêve mal quand on est mal pris...


C'est, en effet, un des résultats de la torture psychologique de l'enfermement; l'isolement à l'ombre – car, vois-tu Lucien, mon ami, pour dire qu'un homme est en prison, on dit aussi qu'il est à l'ombre – conduisent à des phases de dépression, des moments de mélancolie, des frissons terribles qui donnent cette sensation d'être déjà mort en étant encore vivant; d'être mort-vivant, en quelque sorte. Et c'est cela, cette subtile oppression que raconte cette canzone.


Mais quand même, il y a Sœur Armande, dit Lucien et sa présence me réjouit.


Je crois bien qu'elle réjouit aussi notre prisonnier... et lui évite de définitivement sombrer.


Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Comme il faisait frais dans cette fosse.

On n'y voyait que le ciel.

Ça c'est vraiment passé ?

Et il n'a pas eu peur ?

Il était à peu près, environ çà.

Non, je n'avais pas peur,

Dans la tombe là tout en bas,

On ne voyait que le seul azur

Et passer un corbeau agile.

L'air me parvenait pur

Et, immobile avec les morts,

Nu déjà dans l'argile,

Je tremblais et je rêvais encore.

Il y avait le froid et la terre,

et les os et les morts,

et les chiens qui déterrent

et les chèvres qui broutent et qui errent,

et les racines et les vers,

et le sang jeune dans mes artères.

Cette tombe était trop grande.

À mes yeux, voyez-vous, c'était son seul tort

Exactement à l'opposé du frisson des morts.

Mais, Sœur Armande

Personne ne vous a donc jamais dit

Que cet espace entre vos dents,

Si subtil et si aimable en même temps

Est plein de grâce, et votre sourire aussi.

.



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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 21:27

LE DISCOURS DE DÉMOSTHÈNE

 


Version française - LE DISCOURS DE DÉMOSTHÈNE – Marco Valdo M.I. – 2009

à partir de la version italienne – Il DISCORSO DI DEMOSTENE – Riccardo Venturi – 2009 d'une chanson grecque

H Δημοσθένους λέξις (Dionysis Savvopoulos / Διονύσης Σαββόπουλος) - 1972


Aucun Grec ne peut éviter de se confronter à son histoire et à son mythe. Spécialement dans les périodes dures de l'histoire récente, le recours à des clés métaphoriques de l'histoire et à la mythologie antique et à leurs figures, a été pour le combattant grec de la Liberté une praxis quotidienne nécessaire, comme si tout avait déjà été vécu... Hélène, Ismène et Cristème de Ritsos vivent la tragédie du temps actuel, transposées mais sans perdre leur authenticité; et ainsi, de cette chanson, le Démosthène de Savvopoulos trouvera en sortant de prison où il a été renfermé, la solitude et les cafés vides. Une tragique, glaçante chanson de dignité à laquelle l'auteur donne délibérément un titre en grec ancien, pour faire voir que le protagoniste de la chanson est Démosthène, l'orateur, et non un Démosthène quelconque. Mais, en même temps (et c'est là sa grandeur), Démosthène est le symbole de tous les Démosthènes quelconques, de tous ceux qui ont été privé de leur liberté pour leurs idées. …

 

Mais il faut se rappeler ceux qui, durant les années de la dictature grecque et avant de la guerre civile... sortaient de prison. Il faut imaginer surtout les poètes et les artistes qui,par dizaines, payèrent de la prison leur opposition. Il faut imaginer aussi Savvopoulos lui-même, qui fut emprisonné après le coup d'État du 21 avril 1967. En ce sens, Démosthène est pour Savvopoulos une figure autobiographique ou qui lui sert à parler de la condition des prisonniers politiques et du vide qu'il trouva à la sortie. Savvopoulos l'écrivit en prison. En 1972, il l'inséra dans un album intitulé Βρωμικό ψωμί (pain sale). [RV]

 

Démosthène, la référence à la Grèce antique et dès lors, LE DISCOURS DE DÉMOSTHÈNE de Savvopoulos résonnent sans doute de façon particulière dans la langue grecque contemporaine ( ne l'appelle-t-on pas le démotique – en somme, la langue populaire...) et pour ces Grecs qui connurent en effet dictatures, tortures et massacres une grande part du siècle dernier, ces Grecs qui avaient résisté aux Allemands et auxquels les « Alliés » (anglo-saxons) volèrent, au prix d'un immense massacre, une révolution pourtant populaire et méritée.

 

Mais il est tout aussi éclairant, ce « DISCOURS DE DÉMOSTHÈNE » pour tous ceux qui – encore aujourd'hui dans nombre de pays européens – ont fait ou font encore des séjours forcés dans les maisons d'arrêt, les quartiers de haute sécurité, ces isoloirs et ces mouroirs de la démocratie libérale – bref, les lieux où le pouvoir enferme ses opposants politiques, enferme les partisans de la liberté et de la justice sociale, enferme les porteurs de lumière et de révolution...

 

C'est normal, dit l'âne Lucien, ce sont les péripéties de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres et la prison est une des armes du pouvoir, elle isole et fait mourir à petits feux. Et celui qui en sort après un temps souvent long est perdu et ne sait trop - dans un premier temps – où retrouver ses marques. Que sont ses amis devenus.... ?

 

Ce vieux monde est décidément intolérable; il nous faut le changer... Tout ceci montre qu'il faut en tisser le linceul... et organiser la résistance et la solidarité. Ora e sempre : Resistenza ! Et particulièrement, tenir une place au chaud pour ceux qu'ils ont confinés à l'ombre.

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

Quand je sortirai de cette prison

Il n'y aura personne qui m'attendra

Les rues seront toutes vides

Et la ville me sera étrangère.

Tous les cafés seront fermés

Et mes amis exilés,

Et le vent m'entraînera

Quand je sortirai de cette prison.

Et le soleil s'endormira

Sur les ruines d'Olinthe,

Et mes amis, et mes ennemis

Auront des allures de mythe.

Pétrifiés face à moi

Ils seront des rhéteurs et des voleurs.

Pétrifiés les mendiants,

Et les putes, et les prophètes.


Je serai debout devant le portail

Avec mes couvertures sous le bras.

Et je ferai un signe de la tête

Pour saluer le maton.

Sans désir et sans dieu,

Comme un roi dans un drame antique

Je prononcerai mon discours

devant ce portail, debout.

 

Sans désir et sans dieu,

Comme le roi d'un drame antique

Je prononcerai mon discours

devant ce portail, debout.

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Marco Valdo M.I.
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 22:04

LES ÉTOILES DANS LE FOSSÉ



Version française : Les étoiles dans le fossé – Marco Valdo M.I. – 2008

Chanson italienne – Le stelle nel fosso – Mario Di Leo

 


Un matin sur les montagnes franchissant la frontière

Même pas un frisson, en pensant à la prison

C'était la voix du cœur que je devais suivre :

On ne laisse pas mourir des gens ainsi !”

 

Ces trois petits anges souffraient beaucoup

L'étoile cousue par mépris sur leur poitrine

J'ai caché dans une tanière cette femme

Avec ses trois petits attachés à sa jupe.

Serrés à bras entre la paille et l'épouvante,

Leurs cœurs affolés battaient la tourmente.

Un palais ne sert à rien à celui qu'on aime.

Un peu de place comble qui a de la peine.

Attendant l'aube pour passer la frontière

Laissant là les injures et les épines

L'étoile scélérate dans la boue d'un fossé,

À peine passée la barrière d'un pas.

Il vint une bande, et ils vinrent une centaine

Ils cassèrent tout, ils jetèrent tout au vent.

Muet comme un poisson, ma bouche cousue

par son silence insultait cette injuste blessure.

Je pris tant de coups de pieds et de poings

Une huile infâme massacra ma nuit.

Je pris les mains vides le chemin du retour

Hurlant de rage, aboyant

 

Ni la louche matraque ne put me faire parler

Ni la purge répugnante me faire trahir

Les marques restèrent, mais la torture passa

Passèrent les coups, je leur passai la peur

 

La faux de la lune soulignait leurs yeux

Elle céda le pas à l'aurore qui teinte d'or les pics.

Voici qu'est arrivée l'heure d'arracher

Les fausses étoiles pour les jeter au fossé.

Alors, baptisé d'un nouveau nom

Je saute toutes les barrières, je taille le barbelé

J'aide qui je peux à passer les frontières

Et je regarde les étoiles embourbées dans le fossé.

Car un cœur libre ne craint pas la prison

Il sait lutter de jour, il lutte encore la nuit

Toujours la tête haute, pas après pas,

En piétinant les étoiles perdues dans le fossé.

 

Et contre vous qui semez la mort

Vous qui avez ouvert les portes aux barbares

Avec vous “race damnée”, on ne pactise pas

La liberté ne se mendie pas, la liberté se prend.

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Marco Valdo M.I.
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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 21:56

LE PÈLERIN FLORENTIN.

Version française – Le Pèlerin florentin – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Fiorentin pell'Isdrael – Riccardo Scocciante – 2009

 

 


S'insérant de force dans le débat à propos de l'invasion de Gaza, d'Israël, du sionisme et du comportement plus ou moins démocratique des médias et des politiciens italiens, Riccardo Scocciante nous envoie une petite composition en florentin basée sur une chansonnette toscane appelée Pellegrin che viaggia a Roma. - Un Pèlerin qui va à Rome. Cette chansonnette raconte l'histoire d'un paysan lequel n'avait jamais quitté son village et voulait se rendre à Rome en grand pèlerinage, et imaginant Rome au bout du monde, avant de partir « fit le plein », mangeant cinq ou six plats de pain et de macaronis et un sac de châtaignes. Le résultat se fit sentir peu après sur le train. Dans sa version, Riccardino Scocciante imagine un Florentin qui, après avoir lu dans le journal « La Nazione » l'appel à participer à une manifestation de « soutien à Israël et à la démocratie », avant de monter sur l'autobus, se renseigna et se « remplit » des intéressantes publications d'Oriana Fallaci, de Magdi Allam et de Fiamma Nirenstein (nom qui en yiddish signifie « calcul rénal »). Le résultat .....[AWS/CCG Staff]



Mais , ajoute Marco Valdo M.I., le résultat en effet est assez croquignolet. C'est pas qu'on soit scatophile, mais cette aventure de ce jeune gars égaré, qui finit par prendre les bureaux d'un journal favorable au régime de Cheese Berlu pour un lieu d'aisance, est vraiment drôle. D'autant, ajoute à titre personnel Marco Valdo M.I., que ce journal à la Libération fut l'organe du CNL, c'est-à-dire de la Résistance et qu'il eut parmi ses directeurs Carlo Levi, qui fut un des grands résistants au régime de l'époque et pendant vingt ans; Carlo Levi dont j'ai le plaisir d'être un des traducteurs. Pour en revenir à la canzone de Scocciante, il y a là quelque chose d'assez dans la manière de Marx, Groucho évidemment. Qu'alliez-vous penser ? Ou alors, dans la meilleure veine d'un Hara Kiri Hebdo, qui fit les beaux jours de la presse française d'opinion et qui fut interdit pour cette raison qu'il dénonçait le régime gaullien et la presse lèche-bottes. À moins que l'ami Scocciante ne s'inspira d'Aristophane de son bousier, véhicule de paix ou de ses réflexions stercoraires dans une pièce à la dénomination incontestable dans ce site : La Paix.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.





Je vais vous raconter

L'évènement assez coquin

L'autre jour arrivé

à un pauvre Florentin.

 

Qui voulut aller manifester

Pour Israël. Comme la presse

Entre nichons, flics et fesses.
Et son journal l'y avaient incité.

 

Avant de partir, dès le matin

De monter dans le tram

Il lut cinq ou six bouquins

D'Oriana et Magdi Allam

Comme il lui fallait davantage

que ses six ou sept bouquins,

Il emporta en plus un ouvrage

De Fiamma Nirestin.

 

Quand il fut sur le tram,

Afin de se donner des idées

Il ouvrit les ouvrages de ces dames

Et se mit à les dévorer.

 

Tout d'un coup, son corps

Se mit à maronner.

Le pauvre malheureux

Ne sut plus quoi penser.

Dieu que je me sens mal,

Ohlala, je n'en peux plus !

Putain, arrêtez ce vicinal,

Je vais me chier dessus.

Alors, une grande puanteur

Submergea les passagers florentins

Qui pour chasser l'épouvantable odeur,

De tout ouvrir furent contraints.

 

Puis, comme Dieu le voulut

Devant la Nazione, qui l'aurait cru,

Ce pauvre gars, le feu au cul

Descendit comme un obus.


Tout en dégrafant sa braguette,

Il fonça comme un taureau

Mais au lieu des toilettes

Il entra dans un bureau.

Tandis que ce malheureux

Chiait avec délectation

Entra tout coléreux

Le chef de la rédaction.

« Espèce d'andouille idiote,

Tu es vraiment un veau

Au lieu d'aller aux chiottes

Tu chies dans mon bureau ! »

Alors le pauvre gars

À toutes jambes s'enfuit

En montrant son troulala

À toute la compagnie.

 

Et dans le bus, il cria tout éperdu :

« J'en ai marre de ce bordel

Manifester ainsi pour Israël

On ne m'y reprendra plus ! »

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 22:52

Rêve de çà.

 

Chanson freudienne – Rêve de çà. - Marco Valdo M.I. – 2009




Une chanson freudienne, une chanson d'amour-haine révèle les rêves incendiaires qui traversent les nuits des prisonniers, ou des blessés, ou des enfermés... Car l'homme est l'homme et la femme, la femme. Et le sexe empêché par la porte revient par la fenêtre.

Rêves moites, rêves humides, rêves brûlants, rages subites envahissent les nuits torrides du solitaire qui n'est pas de bois. « Quand je pense à Fernande... », disait Tonton Georges. En somme, on se console comme on peut... Tout le monde ne peut pas être séminariste et se contenter d'une fleur entre les pages d'un missel...

Ah, dit Lucien l'âne, je comprends ce prisonnier-blessé. Il est seul. Son arbre pousse et le ciel est trop loin. Nous les ânes, on connaît bien çà. En ces moments de douleur, on brait, on brait et on appelle l'ânesse... La lune nous regarde et de son œil humecté, elle nous console et nous plaint.

Que celui qui n'a jamais ressenti les ardeurs de la nuit, jette la première pierre. Saint-Pierre et Sainte-Marie et Sainte-Marie-Madeleine, cette escort de l'antique pays du Jourdain, cette Bocca di Rosa di Palestina ou di Giudea, l'avaient très bien compris... et avaient soigné leur spleen de la meilleure façon.

À propos des derniers vers de cette canzone freudiane :
« Au nom de Saint-Pierre, je te prie
Perverse Sainte Marie
De dégager mon chant
Ou je te recogne encore
Et encore
Sainte-Marie au champ. »
il me faut te dire, mon cher Lucien, qu'il s'agit là des villages qui entourent Libramont, commune de l'Ardenne wallonne et qui se nomment respectivement : Sainte-Marie, Saint-Pierre, Recogne et Ochamps. Certains habitants se délectent beaucoup de cette circonstance où « Saint-Pierre recogne (en wallon, cougni ou cogner doit se traduire par le français « baiser »; recogne est seulement le redoublement de la chose) Sainte-Marie au champ ». Dès lors, en clair, Saint-Pierre saute Sainte-Marie deux fois dans la prairie et grand bien leur fasse.

L'humour populaire prend des allures touristiques... dit l'âne Lucien, rigolard.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

Tu es nue dans mes rêves
Tu me poursuis
Sans trêve
Au creux de mon lit
Ces rêves m’inondent de vice
Et la peur renforce mon supplice

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

Tu élèves la voix
Tu lèves tes bras
Et cette superbe odeur
Me soulève le cœur
Parmi les ombres de la nuit
Et tu m’ennuies

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

La vie est bien trop brève
Je t'en prie, sors de mes rêves
Faits de mondes insensés.
Laisse-moi simplement rêver
Cache ton disque d’argent
Et les replis de ton croissant.

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

A l’heure du hibou
Je reprends mes cailloux,
Je récupère mes poux
Garde tes poils, mon chou
Et tes bijoux,
Pour d’autres genoux

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

Je veux te voir éclater
Je veux te voir imploser
Avec deux trous rouges
À ton côté droit
Deux trous rouges
Où tremper mon doigt

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

Au bout de ma nuit,
Je tuerai l'ennui
Et je regarderai
Tes humeurs s'étaler
Sur la pelouse pelée
De tes lèvres gercées

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi

Au nom de Saint-Pierre, je te prie
Perverse Sainte Marie
De dégager mon chant
Ou je te recogne encore
Et encore
Sainte-Marie au champ.

La chose est simple, n'est-ce pas
Comprends-moi ou ne me comprends pas
Je veux encore faire çà
Tu vois, mais plus avec toi.

 

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:06

LA BALLADE DEL SOR MEDIOS

Version française – LA BALLADE DEL SOR MEDIOS – Marco Valdo M.I. – 2009 à partir de la version italienne de Riccardo Venturi - La Ballata del Sor Medios – 2007 de la chanson grecque « Η μπαλάντα του Kυρ-Μέντιου » - Nikos Xylouris / Νίκος Ξυλούρης


Kostas Varnalis (1883-1973), Grec de la diaspora (né à Burgas en Bulgarie où il vécut longtemps) est un des plus grands poètes de la Grèce moderne. Mais, bien que très cultivé, ce fut un poète populaire au sens le plus vrai du mot; un qui, comme Kavafis, faisait circuler ses poésies sur des feuillets imprimés à ses frais. (Note de Marco Valdo M.I. : aurait-il connu le site des Canzoni contro la Guerra, il aurait pu faire connaître ses poésies à bien des gens...). C'était aussi un de ces chanteurs qui arrivent à moduler leur langue d'une manière proprement vertigineuse, en se fondant sur les modes traditionnels les plus anciens; ce n'est pas par hasard qu'il traduisit en langue moderne Aristophane et Euripide (en plus de Molière et d'anciens poètes chinois). Ses poésies ont été définies comme « dionysiaques », en raison de leur sens musical frénétique, mais harmonique qui s'adapte si bien à la satire; et il fut poète satirique, mettant son art à la disposition du marxisme auquel il avait adhérer dès sa jeunesse.

LA BALLADE DEL SOR MEDIOS est présentée ici non seulement en raison du contenu antimilitariste d'une de ses strophes, mais aussi pour son contenu contre l'exploitation par le travail et celle d'un pauvre animal... C'est probablement sa poésie la plus célèbre... C'est une chanson qui parle d'un âne, le Sor Medios, autrement dit du travailleur exploité, de la bête de somme massacrée par le travail, frappée et moquée... Mais qui songe à la révolte, une révolte qu'il croit individualiser dans « le ciel rouge » qui a surgi « sur une autre mer et sur une autre terre ». C'est une référence claire à la Révolution d'Octobre. On a vite fait de ces temps-ci de … parler de faillites historiques », mais la Révolution d'Octobre, dans le monde entier, a représenté un rêve de reconquête pour les travailleurs, les exploités, toutes les bêtes de travail, tous les ânes, les Sor Medios du monde. Sans compter que ces mêmes conditions du Sor Medios sont à présent aggravées et globalisées; c'est le travailleur-esclave qui trime jour et nuit dans la société capitaliste; c'est aussi le soldat qui, comme un âne, « traîne les canons » pour engraisser les patrons avec le sang des peuples, pour se retrouver à la fin de sa vie, réduit à un déchet, à un « bois mort » et sur la rue.

LA BALLADE DEL SOR MEDIOS est une des œuvres les plus humaines, des plus populaires et des plus révolutionnaires de la langue grecque moderne. Ce n'est pas un hasard si elle a à un certain moment croisé Nikos Xylouris, qui la chante sur la musique de Loukas Thanou. D'une poésie-chef d'œuvre, un chef d'œuvre de chanson que notre site est ravi et honoré de proposer... (R.V.)


Voilà comment Riccardo Venturi présentait la chanson en 2007.



Oui, je vois, dit Lucien l'âne. C'est fort bien. Mais moi, j'ai des choses à dire à propos de cette chanson. Je ne suis pas un âne pour rien et de plus, un âne venu tout droit (c'est façon de parler) de la Grèce ancienne. Je suis un âne d'Éphèse. Et je dis moi, l'âne Lucien, que ce que dit la chanson del Sor Medios correspond très exactement à ce que nous les ânes on ressent. Et que de ce fait, je ressens Kostas Varnalis et Nikos Xylouris comme des frères. Ventu aussi, mais ça, il le savait déjà.


Cependant, dans tous ces chefs d'œuvre, je me demande, mon cher Marco Valdo M.I., si ta traduction de traduction va être à la hauteur de l'événement. Pour le cœur et l'amitié avec les ânes – et ton tempérament d'âne – je n'ai aucun doute. C'est sûr, pour être un âne, tu en es un fameux, mais comment oses-tu t'affronter aux chefs d'œuvre, toi qui de ton propre aveu, n'est rien et connais à peine l'italien... Enfin, j'espère – pour les amis, pour mes frères et surtout, pour ta peau d'âne, que tu ne nous déshonoreras pas.


Ben,répond Marco Valdo M.I., la voici ma traduction... Elle vaut ce qu'elle vaut... Je l'ai tissée patiemment, sans me décourager, comme il faut faire... et pour ce qui est de tisser, venant de Lyon comme les Canuts, je sais tisser... Pour le reste, les ânes du monde entier apprécieront.


Ainsi parlait Marco Valdo M.I.


Mes jambes ne se plient pas

Et mes pieds me font mal.

Ils boitent de-ci et de-là

Dans la ravine de la vie.

 

Je vivais de misères et exploité.

Tous me frappaient, maîtres et esclaves.

Tous tant qu'ils étaient, maîtres ou esclaves.

Et ils me laissaient jeûner.

 

Couché à terre, lève-toi,

Monte et descend

Sous le soleil et sous la pluie

Tant que mon âme ne m'échappe pas.

 

Et bête de somme de vingt ans

J'ai creusé toute la carrière

Et j'ai construit l'église

À l'entrée du pays.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

Mis au joug comme un bœuf

Mais d'une tout autre stature

Je labourais au creux des vallons

Les grands champs des maîtres.

 

Et à la guerre, un par un,

Je traînais les canons

Pour que les peuples se massacrent

Et engraissent les seigneurs.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

Regarde les autres ont bougé,

Le ciel est devenu rouge

Et un autre soleil a surgi

Sur une autre mer, sur une autre terre.

 

Regarde les autres ont bougé,

Le ciel est devenu rouge

Et un autre soleil a surgi

Sur une autre mer, sur une autre terre.

 

Regarde les autres ont bougé,

Le ciel est devenu rouge

Et un autre soleil a surgi

Sur une autre mer, sur une autre terre.

 

Regarde les autres ont bougé,

Le ciel est devenu rouge

Et un autre soleil a surgi

Sur une autre mer, sur une autre terre.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

En avant, victime et putain !

En avant, symbole éternel !

Mais si tu t'éveilles une fois pour toutes

Le monde sera cul par dessus tête.

 

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Marco Valdo M.I.
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