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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 15:12

MER DES ÉMIGRÉS

 

 

 

Version française – MER DES ÉMIGRÉS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienneMar dei migrantiSine Frontera – 2015

 

 

 


Mère d'émigrés

MER DES ÉMIGRÉS


 

Version française – MER DES ÉMIGRÉS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienneMar dei migrantiSine Frontera – 2015

 

 

Un morceau, explication du titre, qui affronte une thématique aujourd’hui plus que jamais tristement actuelle et voisine : le drame vécu par des milliers de personnes forcées de guerres et la misère à abandonner leur pays natal, en défiant la mer, pour rejoindre les côtes européennes. Le texte raconte à la première personne, le malheureux voyage d’un réfugié, à bord d’un canot pneumatique bourré de personnes, à la recherche d’une vie qu’on espère meilleure. Comme toujours sensibles aux thèmes sociaux, les Sine Frontera décident de leur dédier ce premier morceau, anticipation du nouveau disque « Restiamo umani – Restons humains », à cette tragédie collective, évoquée dans ce voyage, qui malgré son apparente brièveté kilométrique, semble ne jamais finir, tout autant que dangereux, et qui comporte le douloureux éloignement des affections et des lieux aimés, à la recherche d’un monde nouveau.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Entre le réfugié, l’émigré, le migrant, le fuyard, le rescapé de la guerre et la terre d’exil, il y a souvent une mer ou mieux encore, un océan. Même si c’est difficile à traverser et risqué et dangereux, même quand la mer est faite de rocailles, l’océan de sable, car pour bien des exilés, c’est le cas. Certains, presque tous, cumulent : plaines interminables, villes dangereuses, montagnes désertes, fleuves infranchissables, déserts mortifères, mers, frontières… Et à tout cela, il faut ajouter le soleil, la pluie, le gel, la neige, la chaleur, le froid, le vent, la faim, la soif, la maladie, la brutalité, la violence et mille autres inconvénients. Et du côté du paradis d’accueil, il y a la bêtise des hommes ou leur méchanceté, que sais-je, qui en ajoutent encore : ils entendent juger de la cause du départ, de l’origine de l’exil. Soyons net : la cause principale, celle qui vient en premier lieu, c’est la misère. Mais la misère n’est pas une bonne raison pour s’exiler, ni la faim, ni la maladie… Ces émigrés-là, ces migrants, certaines bonnes gens (les assis sur leurs sièges, les culs dans le beurre, comme on dit chez nous) veulent les rejeter. Pourtant la faim, la bête, la terrible faim est bien plus assassine que les bombardements et elle pousse à l’exil bien plus de gens. Mais voyez-vous, ma chère, ce sont des réfugiés « économiques ».

 

Seraient-ils moins chers ?, qu’on les qualifie ainsi d’économiques, demande Lucien l’âne.

 

 

Ce n’est certainement pas pour cette raison. Tout simplement, ils fuient la misère économique ; cette banale misère qui tue. Mais la mort et la terreur économiques ne peuvent être dévoilées sans mette en cause la richesse des maîtres du monde. Les réfugiés qui fuient un régime adverse et reconnu comme tel par les « nations civilisées » ont droit à plus d’égards. Ils ont droit au titre de réfugié disons « officiel », « estampillé » et tout se passe relativement bien pour eux tant qu’ils sont peu nombreux. Ensuite, plus leur nombre s’accroît, plus leur accueil devient problématique. C’est mathématique. Ce sont les émigrés de la chanson : ils peuvent payer leur fuite.

 

 

Mais pourquoi donc cette différence, pourquoi cette ségrégation…, demande Lucien l’âne en assombrissant le regard. Et que fait-on des autres de ceux qui fuient sans ce « label », les opposants politiques, les libres penseurs, les porteurs de liberté ? On sait et si on ne sait pas, c’est qu’on ne veut pas savoir, on sait que le sort des incroyants est des plus terribles dans les pays où fleurit la religion – peut importe laquelle, peu importe son idole.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu le sais bien toi, que les idoles sont des enfants débiles qui veulent qu’on les considère, qu’on les respecte et qu’on en passe par tous leurs caprices. Et des caprices, elles ont en ont de tous les genres : alimentaires (mangez ceci, ne mangez pas cela – du porc, par exemple) ; vestimentaires : habillez-vous comme-ci, ne montrez pas cela (le cheveu, le bras, la jambe, le nombril et finalement, tout le corps) ; totalitaires : ne vous coupez-pas ceci (barbe, cheveu), coupez-vous cela (prépuce, lèvres vaginales). Le Bochiman avait raison : Les dieux sont tombés sur la tête. Mais comme ils n’existent pas, on délèguera la responsabilité de ces imbécillités aux prophètes ces inventeurs vindicatifs et farfelus.

 

 

À propos d’injonctions divines vestimentaires, dit Lucien l’âne en jetant un regard malicieusement noir, il me revient en mémoire, à l’instant, un excellent livre de Pierre Louÿs – Les Aventures du Roi Pausole, où les jeunes filles et les femmes doivent impérativement porter un fichu sur la tête. On y voit donc les demoiselles et les dames se promener (le Royaume de Pausole est un pays où heureusement il fait chaud), à commencer par la fille du Roi, nues avec un fichu sur la tête. Malheur à celle qui le perd ! Ce foutu fichu.

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu dérives. Revenons à cette histoire d’émigration marine. Établissons une solide vérité : le sort de ces réfugiés est détestable et c’est une honte qui retombe en poussières vénéneuses sur ceux qui les rejettent. Mais le pire, c’est le destin des pauvres de là-bas qui n’ont même pas la ressource de fuir et qui doivent subir et la misère et la guerre et les envahisseurs assassins et les bombes des libérateurs du ciel. Il faut à tout moment réfléchir le propos dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants et les candidats à la richesse et à la puissance font aux pauvres pour assurer leur domination et démultiplier leurs richesses. L’humaine nation ne connaîtra la paix véritable et définitive qu’avec la disparition du goût de la richesse, de l’arrogance du pouvoir, de l’ambition de dominer et de l’habitude d’imposer ses lubies.

 

 

Alors, reprenons vite notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde capricieux, religieux, absurde, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

J’ai abandonné ma maison un jour de fin septembre
Tous disaient « Partons, qu’avons-nous à perdre ? »
J’ai laissé mon peu de choses
Et un bouquet de roses
À ma mère.


Sur la plage, tous veulent partir. Le ciel est beau.
L’Europe est proche ; un filet de mer nous sépare.
J’ai donné toute ma fortune
Pour une place assise sur le radeau.
De la main, je peux effleurer l’eau.


40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.


On naviguait dans la nuit,

Moi, j’imaginais une vie
Sans guerre dans un lointain pays civilisé.

Et je vis 
Dans les yeux médusés,
Peur et terreur
Quand s’éteignit

Le moteur.


40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.

 

Hommes, femmes, enfants, serrés l’un contre l’autre,
Tremblent, pleurent ; la mer monte.
Nous nous abandonnons à notre destin,
Nous nous abandonnons à notre sort :
À la vie ou à la mort.

 

40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.

Sur la Mer des Émigrés.

Sur la Mer des Émigrés.

MER DES ÉMIGRÉS
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Marco Valdo M.I.
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 21:58

MAUDIT SOIT COPERNIC

 

Version française – MAUDIT SOIT COPERNIC – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Maledetto sia Copernico – Michele Mari – 2007

 

 

 

 

 


Nicolas Copernic face au ciel

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique 

 

 

 

 

Tiens, dit Lucien l’âne en riant, voilà Copernic qui revient. Si je me rappelle bien, c’était lui qui fermait le bal de ta dernière version française.

 

 

Eh oui !, Lucien l’âne mon ami. C’était bien lui et sa révolution copernicienne qui concluait L’INQUISITION . Mais cette fois, au lieu d’éloges, il reçoit une volée de bois vert, il est maudit.

 

« Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic ! »

 

 

On ne peut être plus clair, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Pauvre Copernic !

 

 

Halte !, Lucien l’âne mon ami. C’est de l’humour, c’est pour rire. En fait, de toute façon, Copernic s’en fout, vu qu’il est mort il y a près d’un demi-millénaire. C’est l’humour d’un de nos contemporains qui dit regretter la grandeur passée de l’humanité, quand l’homme se croyait encore cet être merveilleux créé par un Dieu qu’il avait inventé tout exprès pour ça. Alors, comme c’est bien cette fameuse révolution copernicienne, cette remise à plat de la platitude de la Terre et de sa centralité dans l’Univers, qui a fait chuter et l’homme et son Dieu de leur piédestal, l’auteur de la chanson maudit Copernic. Ce « Lost Paradise » est le résultat le plus désolant, aux yeux de notre auteur, de cette découverte copernicienne. Mais cette déception est baignée d’acide comique…

 

 

Il ne me reste qu’à conclure, à proposer de reprendre illico notre tâche et à nous remettre à tisser le linceul de ce vieux monde déboussolé, déchu, triste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Un temps, il y avait des points fixes
Tout tournait autour de nous
L’espace n’avait pas d’abysses
Immobile, au centre, notre monde à nous.
Nous étions le principe,
Tout le reste conséquence.
Nous étions le prince et les maîtres,

Mais ensuite, damnée connaissance !


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !


Nous savions où se trouvait le paradis
Et l’espace était seulement une réplique.
Nous nous tenions fermes en un point précis
Et pas sur cette espèce de manège.
Nous ne nous attendions pas à ce que finît

Le règne de Dieu parmi les étoiles fixes.
Nous ne savons jamais où nous sommes
Depuis que avons découvert notre sarabande.


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

Un temps, nous avions une immense
Terre à conquérir,
Un univers où montrer notre puissance
Et des géants à estourbir.
Maintenant, nous sommes réduits à des fourmis,
Sous mille drapeaux tous ennemis,
À nous tuer pour une aire à répartir,
Une demi-heure avant de mourir.


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

 

Maintenant que nous sommes minuscules et mobiles,
À quoi riment nos prétentions,
Nos amours et nos sentiments nobles,
Notre rage et nos contestations ?
Au vu de la poussière que nous sommes,

Je ne sais pourquoi nous continuons.
Je ne sais même pas si c’est bêtise,
Orgueil ou désespérance.

 

Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

MAUDIT SOIT COPERNIC
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Marco Valdo M.I.
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 14:25

INQUISITION


Version française – INQUISITION- Marco Valdo M.I.

Chanson italienne – Inquisizione – Elio e le Storie Tese – 2016

"Figgatta De Blanc" (2016)

 

 

 


Il y a la sainte Inquisition qui

Fait rôtir les gens oh, non !

Damnée Inquisition !

 

 

 

 

 

Depuis que le monde est monde, l’Inquisition brûle les gens ; plus au Moyen Âge qu’à d’autres époques, mais de toute façon, on les brûle. Les gens brûlés se comptent par milliers, si pas davantage. Cela dépendait de ceux auxquels il plaît d’enquêter, le phénomène serait toujours très répandu. Il n’est heureusement pas le cas chez nous actuellement, car un fort mouvement d’opinion s’y oppose.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Nous qui pensions, Lucien l’âne mon ami, que notre opéra-récit Till le Gueux qui s’élève tout entier contre l’Inquisition était une sorte de sujet hors du temps présent et peu répandu dans la chanson contemporaine, voici qu’une chanson italienne récente (ô combien, elle vient de sortir) aborde de face ce sujet de la confrontation entre la libre pensée et la religion, entre les athées et les tenants de Dieu ou des Dieux, vu que les divinités pullulent comme champignons après la pluie. Cette chanson s’intitule fort à propos : Inquisizione – INQUISITION. En somme, pour résumer la chose, l’Inquisition est à la religion, ce que la police politique et les tribunaux d’exception sont aux dictatures. Il y a là aussi des murs à faire tomber. Quant à son fonctionnement, on trouve dans Till le Gueux, une série d’exemples Coupez les pieds !Katheline suppliciée Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants! , Procès et condamnationLa Mort de Claes, le charbonnier Telle est la Question Trois cents ans de torture et L’Araignée de l’Escurial. Malgré les terribles soubresauts de la bête dans certains coins du monde, comme on le sait de plus en plus, dans tous les pays, les religions sont en recul. Et de plus, c’est un processus lent, mais irréversible.

 

 

Voilà qui fait plaisir et qui montre que l’humaine nation progresse en sagesse et conscience de soi. Ainsi, tu n’es pas – comme tu pouvais l’imaginer – une vox clamans in deserto. Il y a de l’écho. Et même en Italie et en italien, de surcroît. Il te fallait donc de toute évidence faire une version française de cette canzone d’Elio sans attendre.

 

 

Et je n’ai pas attendu, comme tu le vois. Même si, appelé à d’autres tâches, j’avais un peu ralenti dans la confection des chansons de Till, j’ai dégagé quelques heures pour cette version d’INQUISITION, car – à nos yeux – c’est un sujet prioritaire en raison du climat d’affrontements aux relents religieux dans lequel nous baignons depuis quelques temps. Il est temps de rappeler ce qui se cache derrière le discours vantant les « racines chrétiennes » de l’Europe. Ça sent l’encens, ce symbolique parfum aux odeurs de bûchers et de grandes persécutions.

 

 

Surtout, dit Lucien l’âne, que ce sont là des choses contagieuses et passionnelles. On meurt aisément quand on meurt pour le ciel. Et dire qu’on prétendait que Voltaire était périmé… Mais finalement, que raconte cette chanson ? J’aimerais bien que tu m’éclaires, car je ne distingue pas tous les personnages dont il est question.

 

 

En fait, quatre quatrains se réfèrent à des personnages réels qui ont eu à souffrir de l’Inquisition de diverses manières. Le quidam du premier est Galilée, qui se sauva du bûcher en abjurant. Le Giordano Bruno est lui-même, celui qui a été rôti sur le Campo dei Fiori de Rome. L’Anglais est Charles Darwin toujours en butte aux persécutions des créationnistes et dans ma version, j'ai remplacé le babouin des religieux par le Singe nu de Desmond Morris et la révolution copernicienne renvoie à Copernicqui fit de la Terre une planète du Soleil et du Soleil une étoile perdue dans l'univers. Tous font l’objet d’une vindicte cléricale. Même si ces exemples renvoient au passé, il n’en reste pas moins qu’il faut les rappeler, tout comme il convient de rappeler les horreurs des croisades – y compris celles contre les Albigeois, contre les Cathares, contre les membres de la Fraternité des Pauvres de Pierre Valdo. D’ailleurs, des appels à la croisade courent dans l’air. On ne sait trop quand elle viendra, mais quand ce genre de longue marche se met en route, elle s’étend comme la peste porcine, la grippe aviaire ou la maladie de la vache folle. Il me paraît impératif de faire face et de refuser de choisir entre la peste et le choléra. On ne dira jamais assez que l’humaine nation ne peut se construire qu’en se débarrassant des oripeaux et des fantasmes célestes. On ne peut éluder cette question au nom du « vivre ensemble » ou de je ne sais quel « arrangement raisonnable » quand il s’agit de prendre le parti de l’humaine nation contre les ingérences divines et leurs séides.

 

 

Pour nous les ânes, comme pour toutes les espèces vivantes, le choix est simple : entre le pantin divin et notre mère nature, nous choisissons le monde réel, naturel et forcément, sans Dieu(x). Nous choisissons d’être des « sans Dieu(x) », nous sommes athées. Nous voulons un monde sans prophètes et sans dieux. Reprenons dès lors notre combat contre les Dieux, les religions (même athées) et leurs Inquisitions et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, inquisitorial et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un quidam, il y cinq cents ans 

Observait le ciel au télescope
Et ce qu’il y vit ne plut pas un instant
Aux tenants des vieilles écritures

Un Giordano contemporain, très érudit,

Un certain Bruno, a été questionné, 
Et par la justice condamné au bûcher.
De science et de connaissance, 
il vaut toujours mieux ne pas parler.


Il y a la Sainte Inquisition
Qui fait rôtir les gens oh, non !
Il y a cette damnée Inquisition.
Il suffit de dire deux blagues sur la place
Et Torquemada se déplace.

Il y a deux cents ans, un Anglais

Observa avec son microscope
Et ce qu’il découvrit, ennuyait 
Les Églises et les ministres du culte.


Il n’est pas facile d’admettre que nos aïeux
Étaient des singes nus
Surtout quand on est convaincu 
Que nos ancêtres avaient été créés par Dieu
La libre pensée a du mal à s’affirmer si


Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Ennuyeuse Inquisition !
Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Damnée Inquisition !
Si on veut éviter la torture oh, oui !

Il faut abjurer ses convictions.

Il y a la sainte Inquisition
Qui vient d’Espagne oh non !
Mais qui donc jamais s’attendit 
À ce qu’un savant soutienne
Que nous tournons autour du soleil oh, oui !
C’est la révolution, c’est la révolution
Copernicienne.

 

 
INQUISITION
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Marco Valdo M.I.
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 23:44

TROIS MINUTES D’ATTENTION

 

Version française – TROIS MINUTES D’ATTENTION – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Drei Minuten Gehör ! – Kurt Tucholsky – 1922

Publié sous le nom de Theobald Tiger in Republikanische Presse, 29.07.1922, Nr. 6

 

 

 

 

 

 

 

 

Connais-tu Lucien l’âne mon ami, la ville où l’art de Tucholsky fleurit ?

 

 

Oh, oh, dit Lucien l’âne, je connais de Tucholsky sa réputation de polémiste contre la guerre et le militarisme. Nous connaissons aussi son penchant pour les jolies dames et notamment Mademoiselle Ilse. Je sais aussi qu’il vit très tôt la montée des périls, la venue du Péril. Il s’y opposa tant qu’il put, puis il se suicida, épuisé, à l’étranger.

 

 

Aurait-il patienté quelques années… Parfois, j’ai l’impression qu’on se suicide trop vite, dit Marco Valdo M.I., pensif.

 

 

Donc, avant ça, il fit très tôt (1920) de très nombreux textes pour alerter les Allemands contre l’esprit de revanche, contre les détracteurs de la République de Weimar qui, malgré tous ses défauts et ses côtés de guerre civile larvée, avait permis à Berlin (où avant ses exils, vivait et écrivait Tucholsky) de connaître un temps une atmosphère de liberté et de création absolument extraordinaire. Que le pouvoir s’efforça bien vite de liquider. Voilà ce que je connais de Tucholsky, alias Theobald Tiger, Kaspar Hauser, Peter Panter et Ignaz Wrobel.

 

 

C’est déjà beaucoup et cela me paraît une excellente introduction à la chanson dont je viens de faire une version française. Si la version française est d’aujourd’hui, la chanson de Tucholsky date de 1922. Elle fait référence directe à la guerre qui vient de se terminer quelques années auparavant, avec cette antienne récurrente : « Vous en souvenez-vous ? ».

Son titre d’abord, car l’explication par le titre t’intéresse toujours. C’est « Drei Minuten Gehör ! » ou « Trois minutes d’attention ! » En fait, Tucholsky, alias Tiger, s’adresse à trois parties, trois tranches, trois groupes de la population allemande : un : les hommes ; 2 : les femmes et 3 : les jeunes. À chaque groupe, il demande une minute d’attention. 3 groupes, 3 minutes, d'où le titre. Il précise dès le début qu’il s’adresse à une partie bien spécifique de la population ; il dit qu’il parle à ceux qui travaillent. Pour situer cet appel, il est intéressant de le voir dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, d’étendre le champ de l’exploitation… En clair, Tucholsky s’adresse aux pauvres ; il décrit, il rappelle aux hommes comment on les traita entre 1914 et 1918 et ce qui s’ensuivit pour eux ; il rappelle aux femmes comment leur jeunesse fut perdue, leurs familles détruites, leur misère subséquente, leurs morts et leurs hommes invalides ; aux jeunes, il livre un bréviaire de l’insoumission pacifique. Mais là aussi, la loi de Cassandre a joué à plein. La catastrophe que Tucholsky annonçait et qu’il tentait de parer a eu lieu. Son « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! » est resté une volonté. Volonté que nous partageons encore toujours.

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! », comme volonté, c’est toujours d’actualité à présent, mais cela restera comme alors tant qu’on n’aura pas mis fin à la cause fondamentale de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir le mélange détonnant que constituent la richesse et le pouvoir, avec leurs corollaires que sont l’ambition, l’avidité, l’exploitation. En attendant, prenons notre part dans l’élaboration de cette fin, nous qui ne sommes que grains de sable et tissons le linceul de ce vieux monde avide, ambitieux, guerrier et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Vous devez m’accorder

Votre attention trois minutes,

Vous qui travaillez !

Vous qui tapez du marteau, 
Vous qui clopinez sur des béquilles, 
Vous qui tenez le plumeau, 
Vous qui chargez les poêles, 
Vous qui, de vos mains fidèles, 
Donnez votre amour à l’homme – 
Vous, vieux et jeunes – : 
Vous devez m’accorder trois minutes. 
Nous ne sommes pas entre vainqueurs de la guerre. 
Gardons bien ça en tête.


La première minute appartient à l’homme. 
Qui a marché en gris-vert pendant des années ? 
À la maison, les enfants – à la maison, la mère pleure. 
Vous : chair à canon gris-verte – ! 
Vous avez creusé les tranchées dans les champs argileux. 
Là vous n’avez vu aucun fils de famille prétentieux: 
Ils se saoulaient à l’arrière.

Ils allaient au claque avec les dames.
On vous a formés. On vous a entraînés. 
Étiez-vous encore à l’image de Dieu ? 
Dans la caserne – dans la guérite,
On vous tenait pour le pou le plus sale.
L’officier était une perle, 
Mais vous seulement des « types » ! 
Des automates juste bons à tirer et à saluer.
« Bandes de porcs ! Doigt sur la couture du pantalon – ! » 
Les blessés pouvaient souffrir mille morts ; 
Quand un prince venait, il fallait saluer réglementairement.
Et dans le charnier encore, vous étiez les porcs : 
Les officiers avaient un vrai enterrement ! 
Vous ne valiez pas cher pour la mort. 
Cette sanglante comédie a duré quatre ans.
Vous en souvenez-vous – ?

 

La deuxième minute appartient à la femme. 
De qui à la maison, les cheveux sont-ils devenus gris ? 
Qui, la journée finie, s’effraye
Et s’éveille en criant dans la nuit
Qui tout au long de quatre années, 
A connu l’embarras des longues files, 
Quand les princesses et leurs époux
Avaient tout, tout, tout – – ? 
À qui a-t-on écrit dans une courte lettre, 
Qu’un de plus dormait dans les Flandres ? 
Et joint, un formulaire avec deux attestations. 
Qui devait mendier ici pour les pensions ? 
Larmes, douleurs et cris sauvages. 
Il reposait. Vous étiez seule. 
Ou bien, ils l’ont renvoyé boitant sur sa canne, 
Revenu dans vos bras comme infirme. 
Ainsi est passée la merveilleuse
Grande époque – quatre longues années. 
Vous en souvenez-vous – ?

 

La troisième minute appartient aux jeunes ! 
Ils ne vous ont pas forcés à l’uniforme ! 
Vous étiez libres ! Vous êtes toujours libres aujourd’hui ! 
Veillez à ce qu’il en soit toujours ainsi ! 
L’espoir repose sur vous. À vous la confiance 
De millions d’Allemands : femmes et hommes. 
Ne vous mettez pas au garde-à-vous. Ne servez pas ! 
Il faut leur montrer ! Vous êtes libres !
Et s’ils viennent à vous et avec des pistolets menacent – : 
Ils devront venir vous chercher ! N’y allez pas !
Pas de soldats ! Pas d’obligation militaire !
Pas d’actes de diktats au monocle !

Pas d’alignement! Pas d’ordre !
Pas d’officiers de réserve ! 
C’est votre avenir qui se joue ! 
C’est votre pays que l’on floue ! 
Jetez vos chaînes d’esclaves ! 
Quand vous le voudrez, vous serez tous libres ! 
Ne collaborez plus ! Que votre volonté se fasse !
Quand vous le voudrez, vous aurez la victoire ! 
– Plus jamais la guerre – !

 

 

TROIS MINUTES D’ATTENTION
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Marco Valdo M.I.
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 22:48

LA BOMBE INTELLIGENTE

Version française – LA BOMBE INTELLIGENTE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Bomba intelligente – Elio e le Storie Tese – 2016

Paroles de Francesco di Giacomo (2005)
Musique de Paolo Sentinelli

 

 


Les amours de la femme-poisson rose, alias

 la Bombe intelligente.

 

 

 

 

« C’était 2005 le souvenir reste comme si c’était hier, en plein dans la deuxième guerre du Golfe. Bagdad avait été frappée plusieurs fois et une bombe dite intelligente avait manqué sa cible. Ali avait 14 ans, il perdit ses bras et à Bagdad, il y avait le soleil qui brûlait vraiment très fort. Je me le rappelle comme si c’était hier, face à cette nouvelle qui nous remplissait de rage. Ensuite Francesco commença à raconter une histoire, il ouvrit son cœuril alignait des phrases très belles que jécrivais en toute hâte sur une feuille de papier, l’arrière d’une quittance d’électricité, trouvée sur la table de la cuisine. « En soutenant, avec la force de la raison, qui une bombe puisse être très intelligente, on pourrait lui demander peu avant l’explosion la description d’un coucher de soleil ou si elle a déjà ou non fait l’amour ». « Continue Francè, c’est beau ». Oui, c’est beau.

« À ce 
moment, cette bombe très intelligente parlerait, elle dirait avec le cœur en main, elle raconterait son amour qui était un avion mythique qui disait le monde est étrange, peut-être vaut-il mieux rester à l’écart, mon amour. Ah ! Ce séducteur me portait contre le vent, ah ! qui aurait dit qu’ensuite, il me larguerait ici. » Avec la feuille pleine d’encre et de notes, je rentrai chez moi et imaginant raconter cette histoire à un enfant, je composai une musique légère, presque une comptine. C’était le premier morceau que nous écrivions ensemble. Depuis nous avons commencé à nous voir plus souvent jusqu’à ce que ça devienne une agréable habitude. Il racontait, je prenais note, je rentrais chez moi, et j’en faisais des chansons. Durant ces dix ans, il a écrit des choses merveilleuses, sa créativité ne s’était pas du tout tarie, au contraire, elle était viveElles sont  dans un tiroir, chantées, jouées, et il n’est pas facile rassembler la force pour les publier. Pour nous, ça n’avait aps d’importanceça ne nous intéressait pas, on échangeait des pensées, des émotions, de la créativité, et le vin n’était jamais banal. C’était 2005, je m’en souviens comme si c’était hier chez Francesco. Je rapportai la quittance avec le texte écrit au verso, la lumière ne fut pas débranchée, et avec un microphone d’un portable, nous avons enregistré la voix à la cuisine, entre une gousse d’ail et une aubergine, comme en passantUne histoire à faire frémir un ingénieur du son. 
...

Aujourd’hui cette chanson est publiée par Elio e Le Storie Tese ... La première écrite avec Francesco, la première à être publiée ».

 

En Italie, les premiers à traduire l’idée en musique ont été les Bisca, avec un morceau appelé précisément Lbomba intelligente . Dans leur version, la bombe intelligente s’appelait Carmela et elle tombait amoureux éperdument de Ciruzzo, un vieux surplus de guerre. Le bruit de la bombe qui tombe est en réalité un échantillon de l’avion de Back in the U.S.S.R.‎ des Beatles. (marok)

 

 

Dialogue maïeutique de l’âne

 

 

Les bombes intelligentes, dit Lucien l’âne, en voilà une idée. Ce doit être une idée de militaire ou alors, d’un savant amoureux fou d’une sirène atomique.

 

 

Tu ne crois pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, c’est exactement de ça que parle la chanson. Enfin, plus ou moins. Je ne dirai rien d’autre de sa genèse, car nos amis italiens l’ont déjà fait dans le commentaire introductif que j’ai traduit (en partie). Mais je vais te dire quelques mots de l’illustration, car elle en vaut la peine. À première vue, elle n’a aucun rapport avec la bombe intelligente dont il paraît qu’il en existe vraiment et même beaucoup, mais elles sont équipées d’une intelligence militaire, toute tournée vers la destruction et l’art de la guerre. Ces bombes intelligentes en uniforme sont des êtres spécialement conçus pour la Guerre de Cent Mille Ans , cette guerre que les riches font aux pauvres depuis tant de temps aux seules fins de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur domination, d’accroître leurs richesses, de multiplier leurs profits… Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.

 

 

Certes, dit Lucien l’âne, mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

 

 

À propos de voir, revenons à notre illustration. À quoi donc fait-elle penser ?

 

 

Oh !, dit Lucien l’âne en riant de toutes ses dents et en clignant de l’œil gauche. On dirait des femmes-poissons qui vont s’enlacer. On dirait une parade amoureuse au fond de l’océan.

 

 

Et c’est exactement ça. Deux femmes-poissons se cajolent au fond de la mer, ce qui est sans doute le destin de notre « bombe intelligente » :

« Ah, l’amour est silencieux là sur le fond, 
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson ! », chante la chanson.

Ceci dit, il y a diverses interprétations possibles de cette expression « bombe intelligente », qui m’a tout l’air d’un oxymore à plus d’un titre. Suis bien mon explication. Le premier sens, c’est celui que les militaires ont donné à une bombe qui, grâce à un système de guidage se dirige « seule » vers son objectif, comme si elle pensait réellement et c’est d’elle que parle la chanson. Toutefois, dans la chanson, cette bombe va user de son intelligence pour se mettre à penser, comme les créatures des frères Čapek ou plus tard, d’Asimov – les robots, et à agir à l’encontre de la mission de destruction qui lui était assignée. Sa récompense sera, sans doute par la grâce de Poséidon, de devenir une femme-poisson promise à l’amour marin.

 

 

Ah, l’amour marin, c’est le plus tonique, dit Lucien l’âne radieux, et j’ai connu personnellement un certain nombre de ces dames depuis que je baguenaude autour de la Méditerranée. Généralement, on les nomme des sirènes ; ce sont de braves filles aux amours humaines et pas seulement, comme tu le devines. Ulysse lui-même les avait rencontrées.

 

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, il est une autre interprétation qui m’est venue en tête. Depuis peu de temps, les humains, principalement les mâles, dénomment « bombes », les jeunes personnes : jeunes femmes, jeunes filles aux proportions anatomiques percutantes. Quant à l’intelligence, on ne sait trop ce qu’il en est, car c’est une caractéristique qui échappe généralement à l’entendement de ces messieurs.

 

 

Ah !, dit Lucien l’âne, c’est une interprétation indiscutable, mais elle ne colle pas vraiment avec la chanson. Ceci dit, que voulais-tu dire encore à propos de l’illustration ?

 

 

Je voulais indiquer qu’il s’agit d’un dessin connu du peintre Magritte, dessin qui doit dater de 1924 et selon les habitudes héritées des courants dada, expressionniste, surréaliste et plus tardivement, situationniste, ce dessin – comme beaucoup d’autres illustrations dont j’use pour ces chansons que j’écris ou dont je fais une version française – est une variation, une dérivée, une dérive, un détournement. C’est et c’est pas (’tis or ’tis not) un dessin, une image, une peinture de tel ou tel autre. Ceci rejoint bien évidemment le « je est un autre et inversement », de l’autre jour.

 

 

De toute façon, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en agitant les oreilles alternativement en commençant par la gauche, en formant des points d’interrogation sur le dessus de son crâne, n’est-ce pas Magritte lui-même qui avait fait cette peinture représentant une pipe en indiquant sur la toile : « Ceci n’est pas une pipe ».

 

 

Bien sûr que c’est lui…

 

 

Alors…, dit Lucien l’âne en levant les yeux au ciel comme pour chercher son fantôme dans les nuages. Alors, poursuivons notre route et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde explosif, létal, poissonneux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 


Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.


À ce moment, cette bombe pleine d’intelligence
Parlerait, elle dirait les yeux dans les yeux,
Son fol amour pour un avion fabuleux
Qui lui serinait « Le monde est étrange,
Tenons-nous à l’écart, mon amour, ça vaut mieux. »

Ah ce séducteur, il m’emmenait dans le vent,
Ah qui aurait dit qu’il me larguerait maintenant ?


En séduisant le mécanisme de guidage, 
Elle se montra une bombe très intelligente, 
D’un geste exceptionnel, elle mobilisa toute sa force
Et se jetant dans la mer, elle sauva tout le monde.

Ce criminel qui l’emmenait dans le vent,
Ah mais quel amour ? Quel amour là-dedans ?

Entretemps passent les saisons ; et les factions 
Rédigent des accords et des conclusions 
Sans tenir compte, ni prévoir d’éventuels amours… d’exception.


Ah, l’amour est silencieux là sur le fond, 
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson !

 


Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.

LA BOMBE INTELLIGENTE
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Marco Valdo M.I.
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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 22:19

MISS PROPAGANDE

 

 

Version française – MISS PROPAGANDE – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne – MISS PROPAGANDISS – Krzysiek Wrona – 2016

d’une

Chanson polonaise – Miss Propagandiss – Bogdan Olewicz – 1983

 

Texte de Bogdan Olewicz et Zbigniew Hołdys
Musique de Zbigniew Hołdys

 

 

 

 

 

 

 

Miss Propagandiss est à l’évidence une chanson à clé, une chanson cryptée, même si elle a toutes les allures d’une chanson d’amour, comme Le Temps des Cerises qui est elle aussi une chanson d’amour, rappelle la Commune de Paris. Cependant, cette déclaration d’amour à Miss Propagande est pure ironie, pour qui veut l’entendre, d’autant plus forte qu’elle est cachée, un peu rentrée comme une colère. Cela dit, quelques commentaires et pour commencer, la réponse à la question de Krzysiek qui demandait : « Je suis depuis toujours curieux de connaître la signification du texte dit en français en arrière-plan sonore. Selon l’indication qui figure sur le disque, ce sont des fragments d’articles du journal L’Humanité ». 

 

Ah !, dit Lucien l’âne en riant, je suis très curieux moi aussi et j’aimerais vraiment savoir ce que tu as à en dire ?


Rien qui va pouvoir satisfaire la curiosité de Krzysiek. Car, d’abord, je tiens pour acquis qu’il sait parfaitement bien que L’Humanité est le quotidien du P.C.F. et qu’en matière de propagande, il n’a pas grand-chose à apprendre des services polonais et que de mémoire, comme à peu près tous les organes des partis communistes, il avait bien du mal à s’en prendre aux régimes en place dans les pays du Pacte de Varsovie. Ce doit donc être une forme d’illustration de l’influence de Miss Propagande à l’étranger. De toute façon, la chose est difficile à contrôler, car, en fait, si on entend vaguement quelque chose en fond sonore, même à une oreille exercée comme celle d’un âne ou d’un locuteur français, rien de compréhensible ne ressort, ni même rien qui laisse penser que ce serait du français. Cela dit, l’idée de lire des extraits de L’Humanité comme illustration de Miss Propagandiss ne manque certainement pas de pertinence. Une autre hypothèse pousserait à se demander si le but recherché n’est pas de démontrer que ce quelque chose de ce que dit l’humanité (de ce que disaient les gens d’ailleurs à propos de ce que subissaient les Polonais) est couvert par le tintamarre de Miss Propagandiss.

 

 

Ce serait alors une excellente démonstration, car en fait, on ne comprend rien de ce brouhaha, dit Lucien l’âne. Mais tu parlais de quelques commentaires. De quoi s’agit-il ?

 

 

Eh bien, cette Miss Propagandiss, Miss Propagande, Madame Propagande m’en évoque d’autres. Ainsi Léo Ferré s’en était pris quant à lui à la guerre en la nommant Miss Guéguerre  ou à la misère avec Madame la misère Voilà pour le Miss Propagande – Fraulein Propaganda – Madame la Propagande – Soeur Évangélise.

 

 

Que voilà d’intéressantes personnes, que je me garderais bien de fréquenter, tout âne que je suis, dit Lucien l'âne en grattant le sol de son joli sabot noir.

 

 

Et tu aurais mille fois raison, car la guerre et la misère sont d’effroyables rencontres, mais elles ont pour elles leur évidence, j’allais dire leur franchise. Ce n’est pas le cas de Miss Propagande, qui elle est des plus insidieuses ; tellement menteuse, sournoise, retorse que si pour séduire les peuples, elle est propagande ; pour séduire les croyants, elle se nomme évangélisation et pour séduire les gens, elle se pare du joli nom de publicité. En réalité, c’est la même chose. C’est une fameuse hétaïre, une mercenaire de la communication qui sert celui qui a le pouvoir ; le pouvoir ou l’argent, ce qui est la même chose. Madame Propagande est une guerrière, une technicienne de la guerre, c’est une arme des plus efficaces dans la Guerre de Cent Mille Ans où elle s’inscrit résolument dans le camp des riches et des puissants.

 

 

Écoutons-la quand même cette chanson et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde propagandiste, publicitaire, télévisuel, radiophonique, communiquant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Tu me fatigues !
Va coucher !
Laisse-moi rêver,
Je veux vivre.


Mais qu’en sais-tu, toi ?
Fais comme il te semble.
J’en ai marre.
Je veux rester seul, moi.


Laisse-moi,

Je te prie.

Tu le sais quoi
Que je t’aime…

 MISS PROPAGANDE
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Marco Valdo M.I.
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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 11:21

NOTRE MOHAND

 

Version française – NOTRE MOHAND – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de Vermondo Brugnatelli d’une

Chanson kabyle – Muḥend-nneɣ – Idir – 1979

D’après le poème Isitiden ("Les saints") de Ben-Mohamed

Musique et interprétation: Idir (https://fr.wikipedia.org/wiki/Idir)

Texte : Ben-Mohamed


 

 

 

Aucun problème de « partialité » pour notre site : si nous insérons cette chanson dans l’« Antiwar Anticléricales », parcours où elle doit se trouveril nous faut préciser que la chose ne se limite pas et ne peut pas se limiter à l’église catholique ou aux églises chrétiennes. Les élucubrations et les infamies religieuses, porteuses de guerre, n’ont pas différences entre leur dieuxleurs saints, leurs idoles. [RV]


« Si de nos jours l’attention d’Idir est tournée surtout vers les questions de l’identité et à la recherche d’une cohabitation parmi des cultures différentes, tandis qu’elle est marquée (mais pas certes totalementpar la veine « contestatrice » et de dénonciation des maux de la société algérienne ; dans les premiers temps de son activité, on trouvait une considérable charge de contestation des valeurs traditionnelles considérées comme des entraves au développement d’une société moderne.

La chanson muḥend-Nneɣ (« notre Mohand ») en est un exemple, chanson où il reprend un texte de Ben Mohamed dans lequel, en imitant la forme traditionnelle de l’adekker en honneur des saints de village, on dénonce le danger et l’inutilité de ces cultes populaires qui poussent les gens à des attitudes de passive résignation en attente de quelque miracle. »
Vermondo Brugnatelli, La canzone cabila 
(La chanson kabyle)

 


Notre Mohand est un surhomme :
Il a égorgé un
 bœuf  et l’a ressuscité,
Les anges le considèrent comme un saint
Qui lui désobéit, il le paralyse.
Mais où était ce surhomme
Quand l’ennemi est arrivé ?
Tout le pays se plaint,
« Ô saints, faites disparaître notre malchance »
Peut-être son pouvoir magique s’est-il envolé
Quand il a commencé à pleuvoir des balles.


Notre Mohand est un surhomme
Un mot de lui et les montagnes s’agenouillent
Il a débarrassé les obstacles à la vue
Afin que les fidèles puissent voir La Mecque
Mais où est le surhomme
Quand les mères ont pleuré
Celui-ci était frappé, celui-là exilé
Celui-ci a fui, celui-là est sous terre
Même le cheikh du village est tombé
La crue l’a emporté.

 

Glisse, va, fous le camp

Dégage avec tes emmerdements.

 

 

 

LES SAINTS

Version française – LES SAINTS – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après La version italienne de Vermondo Brugnatelli de

Isitiden – poème de Ben-Mohamed, dont est tirée la chanson d’Idir.

 

 

Sidi Yahia Lâidali
A égorgé un bœuf et l’a ressuscité,
Les anges le considèrent comme un saint
Qui lui désobéit, il le paralyse.
Mais où était-il Lâidali
Quand est arrivé l’ennemi ?
Tout le pays se plaint,
« Ô saints, faites disparaître notre malchance »
Peut-être son pouvoir magique s’est-il envolé
Quand il a commencé à pleuvoir des balles.

 

 

Ô Sidi Touati Ahwayli
Un mot de lui et les montagnes s’agenouillent
Il a débarrassé les obstacles à la vue
Afin que les fidèles puissent voir La Mecque
Mais où est le surhomme Ahwayli
Quand le peuple était enchaîné ?
Elle ne lui plaît peut-être pas la liberté
Il fuit l’odeur de la poudre
Il s’est calfeutré à l’ombre de l’ermitage
Dans son refuge, il revigore ses forces.


Soi-disant saint des Miracles
Accumula un tas de peaux
Et de chacune sortit un chevreau
Qui s’en alla à pied
Là où était le saint des miracles
Quand pleuraient les mères
Celui-ci était frappé, celui-là exilé
Celui-ci fuit, celui-là sous terre
Il s’est retiré là-bas en son sanctuaire
Et la crue l’a emporté. 

NOTRE MOHAND
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Marco Valdo M.I.
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 15:24

LETTRE À MON FILS (SI…)

 

Version française – LETTRE À MON FILS (SI...) – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Lettera al figlio (Se) – Massimo Priviero – 2010

 

Librement inspirée du poème If de Kipling

 

 

Si tu es vrai parmi ceux qui ne le sont pas,

Si le vent des routes est celui que tu veux,

Si tu sais regarder dans les yeux,

 

 

 

 

 

Voici donc, Lucien l’âne mon ami, une chanson de Massimo Priviero dont je viens de faire une version en langue française. Cependant, je vais commencer par te parler un peu d’un texte inséré en annexe à cette chanson, un très étonnant « BRÉVIAIRE POUR LAÏCS » ; étonnant à plus d’un titre. D’abord, par son auteur Antonio GRAMSCI[[35149]], dont on ne s’attendrait pas à ce qu’il traduise Rudyard Kipling, que George Orwell définissait comme « prophet of British Imperialism » un prophète de l’impérialisme, c’est tout dire, quand on pense au méridionalisme de Gramsci. Ensuite, un « BRÉVIAIRE POUR LAÏCS » est en soi une chose inattendue…

 

 

C’est en effet étonnant dans ce nid de papes, de cardinaux, d’archevêques, d’évêques, de frères, de moines, de sœurs, de nonnettes, etc. 

 

 

Évidemment, on comprend mal aujourd’hui, mais cela s’explique par le moment où Gramsci écrit ce bréviaire, cet abrégé de doctrine. On était en 1916 et malgré la guerre, l’Italie était encore un État laïque, c’est-à-dire un pays adulte qui avait débarrassé le domaine public des religieux. Ce n’est plus le cas à présent depuis que le fascisme a réinstallé l’Église au milieu du village et pire encore, de l’école.

 

 

Ah, Brecht avait raison, dit Lucien l’âne en dressant les pils de l’échine. Le ventre est encore fécond où se reproduit la chose immonde.

 

 

Pourtant, quand j’avais choisi de traduire cette « Lettera al figlio » de Massimo Priviero ou plus sommairement intitulée « Se... » (Si…), j’ignorais tout de son importance et où elle allait m’emmener.

 

 

C’est souvent le cas des chansons qu’on rencontre ici et qu’on découvre. J’ajouterais « forcément », car ton inculture est immense, presque comme la mienne.

 

 

Certes, mais cette chanson-ci est ornée d’appendices non négligeables ; ce qui en accroît la taille et la complexité. Je m’en vais m’en expliquer à l’instant, car je vois bien ton œil qui vibre d’interrogation.

 

 

Bien sûr que je suis tout tremblant d’interrogation après un tel préambule. J’en suis tout coi. Alors, sans attendre, dis-moi quoi.

 

 

A priori, comme je t’ai dit, il n’y avait pas de quoi fouetter un chat. Ce n’est qu’en avançant que je me suis aperçu de l’ampleur de cet ensemble qui m’a conduit à toute une série de découvertes et de traductions supplémentaires. En résumé, il y a :

La « Lettera al figlio » de Massimo Priviero et sa version française que j’ai établie ;

 

le poème de Rudyard Kipling « If » (Si... ) – 1910, dont existent un certain nombre de versions interprétées par divers chanteurs et groupes ;

 

une version italienne de ce texte de Kipling par Antonio Gramsci : Se-Breviario per Laici di Rudyard Kipling (1916) et ma version française du BRÉVIAIRE POUR LAÏQUES;

 

une chanson française de Bernard Lavilliersintitulée sobrement « IF... », dont le texte est celui de la version française d’André Maurois (1918), ainsi qu’une série d’autres versions françaises [http://www.crescenzo.nom.fr/kipling.html] ;

 

ensuite, un très remarquable ANTI-KIPLING du poète brésilien Domingos Carvalho da Silva (1915-2004) et la version italienne de Ruggiero Jacobbi (1973), dont je me suis fait un devoir et un plaisir de faire une version française, sans en changer le titre.

 

 

Fort bien, dit Lucien l’âne en ouvrant des yeux de hibou pour marquer son ébahissement. Et sur le fond ?

 

 

Oh ! Il y aurait beaucoup à dire. En premier lieu, il faudrait parler de la parenté de cette chanson avec les chansons de Georges Brassens « La mauvaise herbe [[2673]]» et « La mauvaise réputation [[1661]] » et aussi, de situer ses origines philosophiques, avant la colonisation judéo-chrétienne de l’Europe, quelque part en Grèce du côté d’Épicure ou de Diogène. Pour nos derniers siècles, j’y verrais assez bien une parenté avec le courant anarchiste ou libertaire, sans doute d’un anarchisme bien tempéré…

 

 

Un bémol cependant, dit Lucien l’âne en souriant. Une lettre au fils, c’est bien, mais que fait-on des filles ?

 

 

Pour les filles, on indiquera d’autres chansons d’initiation à la vie. Je renverrais volontiers à Boris Vian qui disait : « Ne vous mariez pas les filles ![[48856]] » et à Brassens encore qui suggérait : « Embrasse-les tous ! » et « La Chansonnette à celle qui reste pucelle », qu’il nous faudra insérer ici un de ces jours.

 

 

Bien, bien, dit Lucien l’âne un peu effaré. Laissons mûrir cette mauvaise herbe…

 

 

Halte ! Lucien l’âne mon ami, je t’arrête là avant que tu ne conclues à ton habitude, il me plaît de signaler aussi – c’est indispensable ! – une autre chanson italienne au titre similaire ; c’est la « Lettera al figlio [[34025]]» de notre ami Germano Bonaveri, dont j’avais fait une version française, il y a déjà quelques années. Enfin, reprenons notre tâche et tissons, tissons le linceul de ce vieux monde trop riche, trop affairiste, trop sombre, trop envahissant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Si tu es vrai parmi ceux qui ne le sont pas,

Si le vent des routes est celui que tu veux,

Si tu sais regarder dans les yeux,

Celui qui a visé ton front et lui dire « je suis là »,

Si tu trouves le cœur du temps passé,

Si tu cherches en vain ta vérité,

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu te tiens à l’écart des mafias et des héros

Si tu partages ton meilleur pain,

Si les joies et les peines de ton destin

Ne régissent pas ton existence

Si tu perds tout, tout ce que tu tiens

Mais pas ta voix qui dit « Résistance ! »

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu sais jouer parmi ceux qui ne savent pas

Si tu comptes pour rien qui te maudit

Si ce n’est pas le succès que tu poursuis

Mais la couleur des caresses que tu feras.

Si tu sais mourir aux côtés de tes amis en souriant

Si tu recherches l’innocence à chaque instant

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

Si tu penses que tout chemin à chaque pas de chaque pied

A besoin de lumière, de paix et de liberté,

Si l’or que tu vois et que tu n’auras pas

Est sans intérêt pour jauger ce que tu seras

Si tu sais danser avec les mendiants et les rois

Et ne changes rien à ce qui compte pour toi 

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

Le monde que tu vois sera un jour à toi et tu seras un homme doux, mon fils.

 

 

 

 

« SI » – BRÉVIAIRE POUR LAÏCS


Version française de la traduction d’Antonio Gramsci (17/12/1916) - « SI » – BRÉVIAIRE POUR LAÏCS – Marco Valdo M.I. – 2016

 

 

 

Si tu peux garder ton calme, quand tous ont perdu la tête et disent que c’est ta faute

Si tu es sûr de toi quand tous doutent et que tu comprends ces doutes

Si tu peux attendre, sans te lasser d’attendre

Si tu ne mens pas au milieu des mensonges

Ou, haï, tu ne te laisses pas emporter pa la haine, sans avoir l’air trop bon, ni trop sage

Si tu peux rêver sans être esclave de ton rêve,

Si succès ou désastre, tu traites ces deux imposteurs de même manière

Si tu peux entendre reprise la vérité que tu as émise, arrangée par des fourbes pour piéger des osts,

Si tu peux regarder les choses que tu as créées se détruire et si t’abaissant, tu les reconstruis avec tes mêmes instruments,

Si tu peux entasser tes gains, les risquer en un coup, jeter le dé, les perdre et recommencer tout du début, sans jamis dire un mot de ta défaite,

Si tu peux contraindre ton cœur, tes nerfs, tes muscles à servir, même après qu’ils se sont abîmés et tenir ferme, quand tu n’auras plus en toi que la volonté de dire à ce qui reste : tenez ferme,

Si tu peux parler aux multitudes en gardant ta vertu, et parler aux rois en gardant le sens commun,

Si un ennemi ne peut te blesser, ni même un ami,

Si tous les hommes ont une valeur pour toi, mais aucun n’en a trop,

Si tu arrives à remplir ta minute fatale de soixante secondes qui vaillent,

Alors, la terre est tienne et avec elle, tout ce qu’elle contient et ce qui importe plus encore, tu seras un homme, mon fils.

 

 


ANTI-KIPLING


Version française – ANTI-KIPLING – Marco Valdo M.I. – 2016

d’après la version italienne de RUGGERO JACOBBI

de l’Anti-Kipling du poète brésilien Domingos Carvalho da Silva (1915-2004).

 


Si, mon fils, tu croîs tordu comme

Croît le long de l’arbre tord la liane,

Ou tu t’engraisses dans la boue,

Comme la plante grasse dans la vase,

Contemple le bleu du ciel et pense,

Car le reste n’a aucune importance.


Aigle ou chacal tu seras.

Le monde admet tout et

Le soleil ne distingue pas

Entre les fleurs et le fumier.

Tu feras les péchés les plus pervertis

Je t’absoudrai. Rien n’avilit

Ou n’anoblit la vie.

La vérité et la vertu agonisent

Dans la même solitude funèbre

Où les vers et les rats

N’importent pas.

 

Avec Dieu, sans Dieu ou contre Dieu,

Tu te hérisseras dans un monde envieux

Agressé par les loups du bien, les agneaux de la guerre,

Les colombes du mal, les tigres de la bienveillance.

 

Tu aimeras celle qui un jour trahira ta confiance.

Tu te vengeras sur la femme de ton frère,

Sur ta propre sœur. Tu commettras encore

D’autres incestes de moindre importance.

 

Tu seras absent à toutes choses -

Cela importe nullement -

Et ton soleil sera brillant

Même si derrière cette splendeur se tient ta face morte

Et à rien d’autre tu n’accorderas la moindre importance.

 

Mais si tu participes, tu meurs, tu souffres

Maudissant ta vie qui fut ton seul héritage

Et ton père, et ta mère et le monde

Qui un jour, te poussa aux forceps à ton ultime agonie,

À ta dernière heure, tu sauras quand même

Que tout cela n’avait aucune importance.

 

 

 

Tu seras un Homme, mon fils

Version française du poème “If” de Rudyard Kipling (1910)

traduit de l’anglais par André Maurois (1918).

 

Interprète : Bernard Lavilliers : IF (1988) [https://www.youtube.com/watch?v=zY3dnHlGggY]

 

 

 

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,

Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,

Pourtant lutter et te défendre ;

LETTRE À MON FILS (SI…)
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Marco Valdo M.I.
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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 16:17

HISTOIRES DE L’AUTRE ITALIE

 

Version française – HISTOIRES DE L’AUTRE ITALIE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Storie dell’Altra ItaliaDaniele Biacchessi – 2012


Mise en scène et musique de Daniele Biacchessi, Gang e Massimo Priviero in "Storie dell’altra Italia"

 

 

 

 

 

La mafia est un phénomène humain et comme tous les phénomènes humains, elle a un début, une évolution et aura donc aussi une fin.


Ainsi écrivait Giovanni Falcone.

Mais pour accélérer sa fin, il faut de l’engagement civique, de la patience, de la volonté, de la connaissance, et énormément de courage.

L’Italie est le pays des mille lois bonnes mais peu appliquées.

Il y en a seulement une qui fait très peur aux boss de Cosa Nostra, de la Camorra, de la ’Ndrangheta, et de la Sacra Corona Unita.

C’est la loi n° 109/96 sur la réutilisation sociale des biens confisqués aux mafias.

Car la mafia, on la frappe certainement par les arrestations, mais surtout en la frappant dans son compte courant. La loi prévoit l’attribution des patrimoines et des richesses de provenance illicite à des personnes morales – associations, coopératives, Communes, Province et Régions – en mesure de les rendre à la société, au travers de services, d’activités de promotion sociale et de travail.

Jusqu’aujourd’hui, il y a plus de 28.000 biens séquestrés aux mafias pour une valeur globale de 15 milliards d’Euros.

Au moins 11.000 biens confisqués.

La plupart se trouvent en Sicile, Campanie, Calabre, Pouilles, mais aussi en Lombardie et dans le Latium.


Le travail sur les terrains confisqués a permis la production d’huile, de vin, de pâtes, de taralli, de légumes, de conserves alimentaires et d’autres produits biologiques réalisés par des coopératives de jeunes et marqués du label de qualité et de légalité Libera Terra.

Tous les ans sur ces terrains, se déroulent des chantiers de volontariat international avec des jeunes provenant de toutes les parties du monde.

En Sicile, la Coopérative Placido Rizzotto permet l’accession au travail de personnes désavantagées.

En Calabre, la coopérative sociale de travail et de production « Vallée du Marro – Libera Terra » cultive dans la Plaine de Gioia Tauro 60 hectares de terrains confisqués à la ` ndrangheta.

Dans les Pouilles, se développe la coopérative Libera Terra.

Mais qui sont ces garçons qui défient les mafias sur le terrain ?

Nous les appellerons les gars qui se sont engagés dans cette œuvre.

 

4 heures, Massimiliano se réveille.

À 5 heures, il doit être sur le terrain pour ramasser le raisin.

Massimiliano est un journalier, mais très particulier.

Unique.

Car lorsqu’il se réveille, il est en prison.

C’est est un 416bis, condamné à 12 ans pour participation à une association criminelle de type mafieux, la Sacra Corona Unita, la mafia des Pouilles.

Mais à présent, ce n’est plus un mafieux.

Il cultive les terres soustraites aux boss.

De l’illégalité à la culture de la légalité.

Ce sont les histoires qui nous plaisent.

Ne laissons jamais seuls ces garçons.

Car ils représentent les histoires de l’Autre Italie.

 

 

 

HISTOIRES DE L’AUTRE ITALIE
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Marco Valdo M.I.
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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 21:47

LE MEILLEUR DES MONDES POSSIBLES


Version française – LE MEILLEUR DES MONDES POSSIBLES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Il migliore dei mondi possibili - Massimo Priviero – 2015

 

 

 

 

Le Meilleur des Mondes Possibles 

Séisme Lisbonne 1755

100.000 morts

 

 

 

Chacun défend son pré carré.
Et peu sentent vraiment le besoin d
u bien commun. Celui qui a le cul protégé regarde de haut celui qui n’en sort pas. Est-ce ce que vous voulez ?
Dans ce cas, ignorez LE MEILLEUR des MONDES POSSIBLES. Dans le cas contraire, écoutez et vivez comme cette chanson. Chacun de nous a le devoir, pour ce qui le concerne, de faire de son mieux pour que peut-être, un jour, le nôtre soit le meilleur des mondes possibles. »

 

Massimo Priviero


Le concept du « meilleur des mondes possibles » est un concept philosophique de Gottfried Wilhelm von Leibniz.

 

Dialogue maïeutique entre l’âne et l’humain

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, dit Marco Valdo M.I., une chanson on ne peut plus contemporaine, musicalement inspirée d’une chanson étazunienne. Mais, oh miracle, elle se réfère aussi à un grand philosophe allemand du temps passé, ainsi qu’il est dit ci-dessus, le très savantissime et théologique Gottfried Wilhelm von Leibniz, lequel inventa (au sens latin du terme : qui mit au jour, découvrit, trouva, imagina, rêva…) la perfection divine et son corollaire absolu de l’optimisme, le mal du monde. Ce qui fait finalement que grâce à Dieu, ce divin mal est compensé par un encore plus grand et encore plus divin bien. Ainsi logiquement, nous sommes dans le meilleur des mondes (pouvait-il en être autrement avec un Dieu créateur parfait ?), mais en raison de cette curieuse marche d’Echternach où un pas de bien s’acquiert par un pas de mal nécessaire, en raison donc de cette restriction luxembourgeoise, il ne peut être que le meilleur possible.

Bref, il anticipe la loi de Murphy (https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Murphy), selon laquelle il y a toujours un inconvénient.

 

 

Moi, après des milliers d’autres, je m’en vais exposer ma version de cette loi dans une connotation leibnizienne : « Tout finit toujours par s’arranger, même mal ». Cela dit, je te trouve prêt à déverser un torrent d’ironie…

 

 

Pas vraiment, Lucien l’âne mon ami, un peu quand même. Enfin, tu n’as pas tort. Mais j’aimerais que tu m’expliques comment ne pas évoquer ici l’ineffable Pangloss (un émule de Leibniz ou une figure emblématique du-dit), Mademoiselle Cunégonde et l’Optimiste Candide, tous présentés dès 1759 au monde par Monsieur le Docteur Ralph, à l’état-civil François-Marie Arouet, alias Voltaire (notamment). Car cette histoire du « meilleur des mondes possibles » est le ressort leibnizien du Candide de Voltaire, sans aucun doute un des livres les plus emplis d’acide comique et les plus tissés de fibre ironique qui soient. Disons que la chanson me semblerait mieux inspirée par Candide que par le grand philosophe Pangloss (alias Leibniz) et sa théologie cosmicologique.

 

 

C’est en effet un ravissement, dit Lucien l’âne en tressautant de rire, que de lire Candide où Mademoiselle Cunégonde perd un nombre considérable de fois sa vertu, où la vieille a perdu sa fesse, où Pangloss assiste au séisme de Lisbonne qui rasa la ville et fit cent mille morts et où in fine, Candide conclut de toute l'histoire : « Cela est bien dit, mais il faut cultiver son jardin » et j’ajouterai, et tisser le linceul de ce vieux monde impossible, cacophonique, cacographique, catatonique, catastrophique et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Chaque jour qui passe de ma vie

Dans ce temps malade de sa folie
Des côtes de la mer jusqu’aux villes
Des nuits de lune à l’aube qui viennent
Je vois des gens qui n’ont plus de voix,

Je vois des gens qui crient et qui disent


Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles n’est pas ici.


Sur les visages que je rencontre dans ma rue
Dans le droit bafoué derrière chez toi
Où est l’avenir d’un fils que tu ne vois plus
Où est la force qui sert pour s’élever
Je vois des gens qui n’ont plus de voix,

Je vois des gens qui crient et qui disent

 

Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles n’est pas ici.


Car il n’y a pas de soleil dans mon ciel
Car cette terre n’est plus la mienne
Car parmi mille regards, tu es un homme seul
Car il n’y a pas de route qui soit la tienne
Car un homme tire au nom d’une foi
Car il y a celui qui a faim et celui qui ne le voit pas
Car nous ne croyons pas en un bien commun
Car l’amour n’existe pas
Lève tes yeux vers le ciel et crie
Lève les mains vers le ciel et crie
Lève ton cœur vers le ciel et crie
Lève la voix au ciel et crie


Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles n’est pas ici.


Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles,
Le meilleur des mondes possibles n’est pas celui-ci.

 

 

 
LE MEILLEUR DES MONDES POSSIBLES
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Marco Valdo M.I.
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