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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:23

CIGARETTES



Version française – CIGARETTES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – CigarettesSimone Cristicchi – 2013

 

Ce texte remonte à octobre de 1912 et est tiré d’un rapport de l’Inspectorat du Congrès américain sur les immigrés italiens dans les États-Unis d’Amérique.

 

Généralement, ils sont de petite taille et de peau sombre...

 

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Voici, Lucien l’âne mon ami, une canzone d’une actualité confondante. À l’écoute ou à la lecture, on dirait qu’elle a été composée hier ou aujourd’hui matin. Que dit-elle en gros ?

 

Dis-le-moi, dis-moi cela d’abord de sorte que je puisse comprendre ce que tu me racontes, car à ton habitude, tu suis ta pensée sans trop te soucier de savoir si les autres comprennent où tu en es et où tu veux en venir. Et puis, ce titre est quand même étrange ; pourquoi « Cigarettes » ?

 

Pour ce qui est de ce titre, en effet étrange, de « Cigarettes », j’ai dans l’idée qu’il s’agit tout simplement de ces choses que l’on passe en contrebande, en cachette de la douane ; mais peut-être que je me trompe, qui sait ? Pour ma façon de procéder, je te donne pleinement raison, Lucien l’âne mon ami, c’est une de mes mauvaises habitudes : je fais trop confiance aux autres, à leur bienveillante attention. J’oublie souvent que d’autres ne peuvent suivre les méandres de mes méditations, ni en deviner les péripéties antérieures. Bref, il est parfois bon de faire le point avant d’aller plus loin. Dès lors, cette chanson raconte une histoire de migration, une histoire d’émigrés, une histoire de réfugiés, de ces réfugiés que l’on dit « économiques »  – non pas qu’ils soient moins chers, mais bien parce qu’ils cherchent à échapper à la misère. En fait, Lucien l’âne mon ami, tous les réfugiés se ressemblent au moins sur un point : ils fuient leur lieu de vie précédent où, généralement, ils avaient leurs familles, leurs amis, leurs connaissances et toutes ces affinités qui rendent familiers et rassurants les lieux et les gens qui vous entourent. Tu le sais aussi bien que moi qu’il faut de très impératives raisons pour tout abandonner et aller vers des pays inconnus où l’on sera forcément un inconnu et un paria.

 

Ah, je commence à comprendre, il s’agit d’une chanson sur l’émigration, dit Lucien l’âne.

 

Pas vraiment, répond Marco Valdo M.I. Pas vraiment, car je dirais plutôt qu’il s’agit d’une chanson d’immigration. Une chanson qui envisage le migrant du point de vue du pays « d’accueil » – si on peut l’appeler ainsi. En fait, cette chanson énumère tous les défauts de l’immigré, toutes ses tares comme les imaginent les « gens de quelque part ». J’énumère à mon tour leurs griefs pour que tu comprennes bien. Les immigrés : sont petits, bruns, sales, ils puent, ils vivent en groupe (sous-entendu : en bande, en tribu, en troupeau – une idée de berger et de brebis, de pasteur et d’ouailles ?), ils parlent des dialectes incompréhensibles, ils ne maîtrisent pas la langue locale, ils font beaucoup d’enfants, ils mendient, ils volent, ils sont violents, ils violent, ils s’en prennent à « nos » femmes, ils organisent des bandes criminelles et bien d’autres choses encore.

 

Joli portrait, en effet, dit Lucien l’âne. Le pire, c’est que j’entends ça tous les jours dans les rues, sur les places, partout.

 

Et ce n’est pas fini. Les « bonnes gens » disent aussi : il faudrait fermer les frontières, car si ces réfugiés sont ici, c’est la faute du gouvernement qui est trop laxiste, qui les laisse entrer, qui ne les sélectionne pas.

 

Si je suis bien, pour un peu, ces « braves gens » exigeraient qu’on les reconduise chez eux.

 

J’entends ça chaque jour, ici et maintenant, hic et nunc et tu as raison, c’est vraiment une chanson d’actualité, d’une brûlante actualité.

 

Oui, bien sûr, sauf que, sauf que ce texte date de 1912 – il y a un peu plus d’un siècle et que les « migrants, émigrés, réfugiés, immigrés » dont il parle sont des Européens (en l’occurrence, des Italiens) et qu’ils essayent d’atteindre le « paradis de leurs rêves » : l’Amérique. Merica, Merica ! Sauf aussi que ce n’est pas la « vox populi » qui s’exprime, ce n’est pas un discours d’un parti populiste, c’est un rapport officiel parlementaire sur les immigrés.

 

Moi, je me demande ce que donnerait un même rapport parlementaire aujourd’hui dans l’un ou l’autre de nos bons États désunis d’Europe ou même, du parlement européen.

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu ne penses pas si bien dire. Ils ont déjà pris des accords pour renvoyer les réfugiés en Turquie en sachant pertinemment que la Turquie est un régime fasciste, que le pouvoir turc massacre les Curdes ou Kurdes, qu’il renvoie les réfugiés vers les lieux de guerre et de mort.

 

Arrêtons là et reprenons notre tâche qui, je le rappelle, consiste plus que jamais à tisser le linceul de ce vieux monde égocentrique, xénophobe, inhospitalier, criminel et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Généralement, ils sont de petite taille et de peau sombre.

Ils n’aiment pas l’eau, beaucoup d’entre eux puent,
Car ils portent le même vêtement de nombreuses semaines.
Avec du bois et de l’aluminium, ils se bâtissent des baraques
Dans les faubourgs où ils vivent, collés les uns aux autres.
Lorsque ils réussissent à se rapprocher du centre,
Ils louent à des prix élevés des appartements délabrés.
Ils se présentent d’habitude par deux et cherchent une chambre avec possibilité de cuisiner.
Ensuite, après quelques jours, à quatre, six, dix, ils se regroupent.
Entre eux, ils parlent d’anciens dialectes, des langues incompréhensibles



Cigarettes si vous plait...do you remember my name?
Tu vuo’ fa’ l’americano? Thank you paisà tell me wht’s your name.
Cigarettes si vuos plait... do you remember my name?
Tu vuo’ fa’ l’americano? Thank you but don’t wanna play your game.

Ils font beaucoup d’enfants qu’ils peinent à élever.
Ils utilisent les jeunes pour demander l’aumône,
Et souvent devant les églises, des femmes vêtues de sombre
Et des hommes presque toujours âgés invoquent la pitié,
Avec des tons plaintifs et impertinents.
On dit qu’ils volent et sont violents.
Nos femmes les évitent,
pas seulement car ils sont peu attirants et un peu sauvages
mais aussi car la rumeur court de viols
Perpétrés en cachette dans les rues à l’écart
Quand les femmes reviennent de leur travail.
Nos gouvernants ont ouvert trop grand les entrées aux frontières
Mais, surtout, ils n’ont pas su sélectionner
Ceux qui entrent dans notre pays pour travailler
Et ceux qui pensent y vivre d’expédients ou, d’activités criminelles ».

Cigarettes si vous plait...do you remember my name?
Tu vuo’ fa’ l’americano? Thank you paisà tell me wht’s your name.
Cigarettes si vuos plait...do you remember my name?
Tu vuo’ fa’ l’americano? Thank you but don’t wanna play your game.

CIGARETTES
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 17:43

LES FOUS

 

 

Version française – LES FOUS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – I matti – Francesco De Gregori – 1987

 

 

Ils s’arrêtent de longues heures, 

Pour se reposer, les os et les ailes, les os et les ailes, 

Et vont fumer... des centaines de cigarettes.

 

 

 

 

Les fous, les fous ; que peut bien raconter une chanson sur les fous ?, dit Lucien l’âne en ridant le front.

 

Oh, plein de choses. Il y a d’ailleurs beaucoup de chansons à propos des fous et de la folie. Encore qu’il faille distinguer la folie individuelle, cette manière particulière d’être : parfois, maladie, parfois, meilleure santé mentale. Écoute bien ce qu’en disait Pascal, le philosophe auvergnat – je le cite de mémoire : « Quelle étrange folie que de n’être point fou ». La formulation n’est peut-être pas parfaite, mais c’est bien le sens. Il est de ces folies qui sont des maladies et qui engendrent de grandes souffrances et d’autres qui relèvent de la divergence de pensée d’avec l’ordre ambiant – et qui peuvent faire naître de plus grandes souffrances encore. Et puis, il est des folies collectives – ce sont les plus terribles et les plus dangereuses ; il en est de très massacrantes, même si certaines paraissent assez douces et pacifiques ; le germe de la terreur vit en elles et souvent, débonde.

 

J’imagine bien tout cela, Marco Valdo M.I. mon ami, et sans doute, y a-t-il un rapport avec la canzone dont tu viens de faire une version française. Mais ne pourrais-tu me donner quelque précision sur cette dernière.

 

Bien sûr. Elle chante les fous, ceux du genre tranquille (dans nos régions, on les appelle des « demi-doux »), un peu décalés par rapport au monde affairé où nous sommes. Elle chante une sorte de folie-refuge. Ce sont des fous qui se tiennent à l’écart des grands tracas du monde et cheminent ainsi toute une vie. Peut-être leur manque-t-il un peu de ces convictions et de ces capacités mentales (ou les cachent-ils ?) qui amènent les hommes à participer à la grande foire de la société.

 

Dans le fond, Pascal, que tu citais, avait peut-être raison. Moi qui ne suis qu’un âne, je me sens assez proche de ces fous « contents, entre le chemin de fer et les champs » et beaucoup moins des agités de l’économie, des zélés du travail, des mordus de l’ambition et des zélotes de l’apparence. Il me paraît urgent de penser autrement cette société et de tranquillement tisser le linceul de ce vieux monde sain d’esprit, méprisant, méprisable, suractif, suractivé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 


Les fous vont contents, entre le chemin de fer et les champs.
À la chasse aux grillons et aux serpents, à la chasse aux grillons et aux serpents. 
Tenus en laisse par la folie, les fous vont contents 
À la chasse aux grillons et aux serpents, à la chasse aux grillons et aux serpents. 

Les fous n’ont plus rien, autour d’eux plus aucune cité 
Même s’ils crient qui les entend, même s’ils crient des vérités. 
Les fous s’en vont contents, au confin de la normalité, 
Comme des étoiles tombantes, dans la mer de la Tranquillité,
Transportant de grosses enveloppes de plastique du poids total du cœur, 
Pleines d’ordure et de silence, pleines de froid et de rumeur. 

Les fous n’ont pas de cœur ou s’ils l’ont, il est usé, 
C’est une caverne toute noire. 
Les fous restent là à songer à un train jamais arrivé 
Et à une femme emportée par on ne sait quelle tourmente. 
Les fous marchent sans patente, 
Les fous vivent toute une vie, dans la nuit, enfermés à clé.

Les fous s’en vont contents, ils arrêtent le trafic de la main, 
Puis ils traversent le matin, à l’aide d’une fiasque de vin.
Ils s’arrêtent de longues heures, 
Pour se reposer, les os et les ailes, les os et les ailes, 
Et vont fumer, dans les églises,
Devant l’autel, des centaines de cigarettes.

 

 

 
LES FOUS
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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 19:35

UNE LUCIOLE D’AOÛT

 

Version française – UNE LUCIOLE D’AOÛT – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Una lucciola d’agosto – Gianmaria Testa – 2003

 

 

 

 

 

 


Une luciole d’août
S’en allait un matin doux,
Fière de sa valise,
Chercher la lune
Et criait aux quatre vents
Sa joie d’être vivant.
Elle la criait aux quatre vents
Et sa lumière clignotait joyeusement.

Mais la luciole d’août, douce luciole,
Vit le soleil qui naissait.
Seul, derrière les montagnes,
Elle vit le soleil qui brillait.
Elle dit au soleil : il ne faut pas monter
Avec ta lumière assassine.
Elle cria au soleil – de ne pas monter
Et sa lumière déjà décline.


Et sur un perce-neige,
On trouva une luciole d’août, douce luciole,
Tenant dans sa main droite,
Sa valise contenant la lune.
Ils dirent : elle sera morte
De peur ou d’amour trop fortes.
Ils dirent : elle sera morte,
Car elle n’avait plus de lumière,
Car elle n’avait plus de lumière.


Et le soleil vit la luciole
Sur cette fleur de neige
Et à la luciole,
Il offrit un sourire.


 


Un des derniers, si pas le dernier, poème de Gianmaria Testa, dit par lui-même le 21 novembre 2015. Un poème contre la guerre (version française Marco Valdo M.I.) :

 

LA BEAUTÉ EXISTE

Dans le bec jaune-oranger d’un merle
Dans n’importe quelle fleur
Dans l’horizon perdu et lointain de la mer
La beauté existe.
C’est un mystère dévoilé
Un secret évident
La vie.
La beauté existe

Et elle n’a peur de rien
Même pas de nous
Les gens.

 

 
 
UNE LUCIOLE D’AOÛT
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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 21:11

SENS DESSOUS – DESSUS

Version française – SENS DESSOUS – DESSUS – Marco valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Sottosopra – Gianmaria Testa – 2011

 

 

 


Moi, je reste ici par ma volonté et je me contente
De parler avec l’enfant.

 

 

 

 

 

 

Tu vois, Lucien l’âne mon ami, même si comme moi, on déteste travailler dans l’instant, dans la coulée de l’actualité, on peut parfois faire l’exception. C’est le cas, ce soir, pour Gianmaria Testa, que j’avais traduit plusieurs fois pour les Chansons contre la Guerre. Je l’avais même suivi – de loin – lors d’une tournée au Québec où il s’essayait à chanter Ferré. Et donc, je me suis dit qu’aujourd’hui, je lui consacrerai une version française d’une de ses chansons. Hommage du vice à la vertu !

 

 

En effet. Qui es-tu toi pour décider de pareil hommage ?, dit Lucien l’âne en souriant.

 

 

Oh, comme tu le sais, je ne suis rien et comme toi, je m’en vais dans le sous-bois d’un petit pas. Mais, si tu veux bien, je reviens à Gianmaria Testa et à sa chanson Sottosopra qui me semble incarner sa situation présente. Car, tu le verras en lisant, cette chanson raconte l’histoire d’un homme qu’on écarte de son destin et qui va se réfugier sur un toit – solitaire, pour réfléchir à sa propre vie. Évidemment, comme pour toute la poésie, il faut dépasser l’interprétation au premier degré (où cet homme était un travailleur révolté et désespéré) et lui donner un plus vaste horizon. En l’occurrence, je l'ai reformulée pour l’infini du néant, où – dit Gianmaria Testa :

«  Ainsi tout seul, je continue mon histoire.
Il ne m’importe plus de descendre ou de rentrer ».

 

 

Eh bien, saluons cet homme en sa retraite éternelle et reprenons notre tâche et tissons le suaire de ce vieux monde si frelaté, télévisuel, médiatisé et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 


Beaucoup plus que la terre sous mes pieds,
Ici me manquent les voix et la cité
Et puis, tu me manques toi que je ne vois plus
Depuis que je suis ici au-dessus.


Nous sommes montés avant la fin de notre service 
Pour voir du toit de l’usine
Si d’en haut, on pourrait identifier
Celui qui nous a fait licencier.

 

À toute allure, le premier jour est passé :
Nous dessus, et les autres dessous à se demander
Qui sont ces visages sur le toit
Et que peuvent-ils regarder de là.


Puis la patrouille est arrivée, 
Un enfant a salué d’un balcon.
Avant qu’il fasse nuit, la télévision

S’est installée.

Non, je ne descends pas
Et on ne m’aura pas en bas,
Même pas la télé.
Non, je ne descends pas
Et va-z-y toi
Devant la télé !


Comme des passants quand il pleut à l’improviste,
Entassés sous l’abri d’un porche unique,
Ceux de dessous s’écrasaient sans façon
Devant la camera de la transmission.

 

Moi sur le toit, je suis resté moi-même ;
Pour moi, c’est la faute à la délocalisation.
Tous voulaient le micro pour dire

Quelque chose à la télévision


Quand l’obscurité tomba dans les rues,
Sur les grilles et les barrières de Turin,

Même le lampion du balcon s’est éteint
Où cet enfant regarde les nues.


Moi pour un instant, j’ai cru te voir
Parmi les autres en dessous, par solidarité.
Ce n’était pas toi et je suis resté dans le noir,
Sur le toit, seul à bivouaquer.


Non, je ne descends pas
Et on ne m’aura pas en bas,
même pas la télé.
Non, je ne descends pas
Et va-z-y toi
Devant la télé !


Des jours et des nuits ont passé depuis ce moment
Et dans la rue, tout recommence à circuler.
Quelqu’un lève les yeux de temps en temps 
Et me regarde regarder.

 

Les camarades sont partis et je les comprends,
Il n’est pas si facile de rester
Quand quelqu’un t’attend,
Si tu as quelqu’un à qui raconter.


Ainsi tout seul, je continue mon histoire.
Il ne m’importe plus de descendre ou de rentrer,
Il ne m’importe même plus de savoir
Qui m’a licencié.

Les jours passent tous égaux sans que je les compte ;
Ils étouffent qui les prend pour argent comptant.
Moi, je reste ici par ma volonté et je me contente
De parler avec l’enfant.

 

 

 

SENS DESSOUS – DESSUS
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Marco Valdo M.I.
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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 12:02

JE T’OFFRIRAI UNE ROSE

 

Version française – JE T’OFFRIRAI UNE ROSE – Marco Valdo M.I. – 2010 – nouvelle version 2016.

Chanson italienne – Ti regalerò una rosa – Simone Cristicchi – 2007

 

 

 

Je t’offrirai une rose, 

Une rose rouge pour peindre toute chose 

 

 

 

Une autre chanson qui parle de folie et d’asiles.

 

 

Moi, dit Lucien l’âne, je trouve cette nouvelle version plus jolie…

 

 

 

Je t’offrirai une rose,

Une rose rouge pour peindre toute chose ;

Une rose pour consoler chacune de tes larmes ;

Une rose pour t’aimer.

Je t’offrirai une rose,

Une rose blanche comme si tu étais mon épouse,

Une rose blanche qui te serve à oublier

La moindre peine.

 

Je m’appelle Antonio et je suis fou à lier

Je suis né en 54 et je vis ici depuis que j’étais enfant ;

Ils m’ont enfermé ainsi dans un asile durant quarante ans.

Je t’écris cette lettre, car je ne sais pas parler –

Pardonne ma calligraphie de petit garçon –

Et je m’étonne d’éprouver encore une émotion,

Mais la faute est à ma main qui ne cesse de trembler.

 

Je suis un piano avec une touche cassée,

L’accord dissonant d’un orchestre d’ivrognes

Et jour et nuit continuent à se ressembler

Dans le peu de lumière qui traverse les vitres opaques.

Je fais encore sous moi tant j’ai peur ;

Pour la société des sains, nous avons toujours été des hideurs.

Je pue de pisse et de chiure :

J’ai une maladie mentale et il n’existe pas de cure.

 

Je t’offrirai une rose,

Une rose rouge pour peindre toute chose ;

Une rose pour consoler chacune de tes larmes ;

Une rose pour t’aimer.

Je t’offrirai une rose,

Une rose blanche comme si tu étais mon épouse,

Une rose blanche qui te serve à oublier

La moindre peine.

 

Les fous sont des points d’interrogation sans phrase,

Des milliers d’astronefs qui rentrent à la base.

Ce sont des pantins étendus au soleil à sécher ;

Les fous sont des apôtres d’un Dieu qui les a rejetés.

Avec la frigolite, je me fabrique de la neige ;

Dtre toujours seul, m’a fait si malheureux.

Maintenant prenez un télescope, mesurez les distances

Et regardez entre vous et moi, qui est le plus dangereux ?

 

Dans les pavillons, nous nous aimons en cachette

Ciselant un coin qui soit à nous seulement.

Je me rappelle les rares instants où nous nous sentons vivants,

Plus un de ces dossiers cliniques perdus dans des archives.

Tu seras le dernier à disparaître de mon cœur ;

Tu étais comme mon ange lié à un radiateur.

Malgré tout, je t’attends à chaque heure

Et si je ferme les yeux, je sens ta main qui m’effleure.

 

Je t’offrirai une rose,

Une rose rouge pour peindre toute chose ;

Une rose pour consoler chacune de tes larmes ;

Une rose pour t’aimer.

Je t’offrirai une rose,

Une rose blanche comme si tu étais mon épouse,

Une rose blanche qui te serve à oublier

La moindre peine.

 

Je m’appelle Antonio et je suis sur le toit

Chère Marguerite, ça fait vingt ans que je t’attends

Nous sommes les fous quand personne ne nous comprend

Je te laisse cette lettre, à présent je dois partir sans toi

Pardonne ma calligraphie de petit garçon –

Et je m’étonne d’éprouver encore une émotion,

Qu’Antonio sache voler, ça t’étonne toi ?

 
 
 
JE T’OFFRIRAI UNE ROSE
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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 11:01

APRÈS LA BATAILLE

 

 

 

Version française – APRÈS LA BATAILLE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Nach der Schlacht – Kurt Tucholsky – 1924

 

 

 

Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le pseudonyme de Theobald Tiger in Die Weltbühne du 29 mai 1924.

 

 

 


Entre 1959 et 1961 ce poème de Tucholsky, comme beaucoup d’autres, fut mis en musique par Hanns Eisler. L’interprétation de Ernst Busch se trouve sur le disque « Rosen Auf Den Weg Gestreut – Ernst Busch Singt Kurt Tucholsky » publié en 1981.En 1984, on trouve la version de Leon Boden et Bernd Klinzmann dans leur « Tucholsky in Rock ».
Plus récemment, l
e poème a été repris par Christoph Holzhöfer, prolifique auteur-compositeur allemand de « gauche », originaire de Bestwig, Rhénanie-Westphalie.

Quand je vais malpersonne ne me répond.

La faim d’autrui est terrible : elle gêne.
Et plus d’un dit, en entendant mon nom :
« Oui, 
oui, je me rappelle… »

 

Je sonne en vain à toutes les portes.
J’encaisse ainsi, quand je patiente là sur le pavé.
Comme résultat d’une vie entière, il reste :
« Mon Dieu, c’est passé – ! »

 

Un ami des bons jours d’antan,
M’adresse quelques bonnes paroles
Il parle et m’offre un de ses vieux col
Et puis, se sauve rapidement.

 

Moi, je me cacherais, s’il m’arrivait d’aller mal, 
Il y a ici d’autres encore beaucoup plus mal :
Certains mendient aux coins des rues.
Là, l’un à côté de l’autre.

 

De quoi me plaindrais-je, si je ne peux plus rien faire ?
D’autres trouvent, après la sanglante danse d’enfer,
Avec une jambe de bois et une médaille de pacotille,
Le remerciement de la patrie.

 
 
 
APRÈS LA BATAILLE
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 13:54

LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER

 

 

Nouvelle version française – LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER – Marco Valdo M.I. – 2016

à partir de la

Version française – LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER – Marco Valdo M.I. – 2008Chanson italienne – Il testamento del parocco Meslier – Anton Virgilio Savona – 1972








 


Mes chers amis, puisqu'il ne m'auroit pas été permis et qu'il auroit même été d'une trop dangereuse et trop facheuse consequence pour moi de vous dire ouvertement, pendant ma vie, ce que je pensais de la conduitte et du gouvernement des hommes, de leurs religions et de leurs moeurs, j'ai résolû de vous le dire au moins après ma mort... (JEAN MESLIER - 1729)

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, en ces temps troubles, je suis allé au spectacle pas plus tard qu’hier à Bruxelles pour écouter la bonne parole du curé Meslier. On n’était pas vraiment très nombreux, car la salle était petite et puis, on n’aurait pas mis grand monde non plus dans l’église de Jean Meslier à Étrépigny.

 

Que voilà une bonne idée d’aller écouter la bonne parole d’un si bon curé, dit Lucien Lane en riant.

 

En effet, tu ne pourrais mieux dire, car c’était un excellent sermon, un très remarquable prône dans lequel notre curé athée s’en prend directement à toutes les religions – je dis bien à toutes les religions, y compris in primis les monothéismes, les religions du Livre. Mais pas seulement, cependant.

 

Pas seulement aux religions et à qui donc peut-il faire de tels reproches, de si grandes accusations ?, dit Lucien l’âne en levant les oreilles vers l’infinitude des espaces et des temps.

 

 

Eh bien, notre bon curé, qui connaît la vie qui est faire aux pauvres, s’en prend également aux riches et aux puissants – comme nous le faisons à la suite de Pierre Valdo – quand nous évoquons la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (les mêmes) font aux pauvres afin de les dominer, de les écraser, de les ruiner, de les mépriser et de s’assurer en propre les plus énormes richesses et les plus grands privilèges. C’était vrai au temps de Valdo, c’était vrai au temps de Meslier et c’est toujours vrai de notre temps. Et je me suis souvenu qu’il y a déjà huit ans, j’avais fait une version française d’une chanson italienne d’Anton Virgilio Savona, intitulée précisément « Il Testamento del parocco Meslier ». Mais, elle s’était un peu perdue à l’horizon.

 

C’est un peu normal, car depuis ce temps-là, à vue de nez, tu as fait plusieurs centaines de versions françaises de toutes sortes. Il est assez compréhensible que tu perdes de vue les plus anciennes.

 

 

Et donc, je me suis dit qu’il fallait profiter de l’occasion pour la ramener au jour et tant qu’à faire, la toiletter un peu et en donner une nouvelle version. Restait à la publier : bien évidemment, dans les Chansons contre la Guerre et tout aussi évidemment sur les blogs : le mien (Canzones) et le tien, celui de l’Asino resuscitato.


 

C’est un bon jour que ce lundi de Pâques pour une résurrection, dit Lucien l’âne en brayant un bon coup. Maintenant, voyons voir cette nouvelle version et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le suaire de ce vieux monde crédule, croyant, superstitieux, religieux, sectaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dernières nouvelles de Jean Meslier

Depuis Bruxelles 28 mars 2016.

 

 

Il s’agit de signaler deux livres à propos de Jean Meslier :

 

Celui de Serge Deruette :


LIRE JEAN MESLIER, CURÉ ET ATHÉE RÉVOLUTIONNAIRE (http://www.aden.be/index.php?aden=lire-jean-meslier---cure-et-athee-revolutionnaire)

Il s’agit de voir aussi cet extrait de sa conférence à propos de Meslier : https://www.youtube.com/watch?v=Bs1dvuyWnEI

 

Celui de Jean-François Jacobs :

LA BONNE PAROLE DU CURÉ MESLIER

chez le même éditeur (Aden)

et voir cette présentation du spectacle en un extrait de la véritable performance d’Alexandre Von Sivers

dont j’extrais (pour l’édification générale) cette petite citation :

 

« Unissez-vous donc, peuples, si vous êtes sages !

Toutes les religions ne sont que des inventions humaines.

La matière ne peut avoir été créée.

Elle a d’elle-même son être et son mouvement.

Il n’y a point de Dieu. »

 

À entendre certains qui discourent sur les « racines chrétiennes de l’Europe », dont je rappelle qu’il s’agit d’une marchandise d’importation, d’une pacotille pour bons sauvages, d’une colonisation cultuelle par des missionnaires venus du Moyen-Orient, je me dis qu’il est bon et juste de leur opposer Jean Meslier, né dans les Ardennes et solidement enraciné dans une des plus belles régions européennes.

 

Évidemment, également, une publication dans l’Asino s’impose, dit Lucien l’âne.

C’est ce que nous allons faire…

Car, comme les paysans (les terroni) de Lucanie, région du sud de l’Italie, anciennement Grande Grèce, pas loin d’Élée :

« Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme, des gens, des mécréants, des athées…)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Commentaire à la version de 2008.

 

Jean Meslier (Mazeny, Champagne 1664 – Étrépigny, Champagne 30 juin 1729), curé d’Étrépigny, en Champagne (commune proche de Charleville-Mézières, où naquit et grandit plus tard un autre imprécateur de haut vol, le dénommé Arthur Rimbaud – actuellement département des Ardennes – 08 – Région Champagne-Ardennes) eut cette idée de publier – en les déposant sous forme de testament – ses pensées et ses colères à titre posthume. Est-ce parce qu’il y travailla jusqu’au bout de sa vie ou en application d’un principe de précaution ? Toujours est-il que ce texte et sa lettre aux paroissiens qui le présente, ont surgi à son décès, puis ont disparu et par la suite, ont connu des fortunes diverses avant de pouvoir venir au jour en édition intégrale plus de deux cents ans après ce dépôt, qui pourtant les a sauvés. Dans cette aventure du « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier », le caviardage de Voltaire fut assurément une vilénie (Meslier à la sauce déiste de Voltaire est à la correction littéraire et intellectuelle, ce que le fast-food est à la cuisine – une trahison !), mais l’arrangement voltairien eût quand même le mérite (involontaire) d’attirer l’attention sur les 3 exemplaires que Jean Meslier avait déposés au greffe. Grâce soit rendue, dès lors, au hollandais Rudolf Charles, éditeur de son état, qui tenta la première intégrale !

 

Quant à savoir pourquoi Jean Meslier n’a pas publié de son vivant, j’ai ma petite idée à ce sujet. Tout simplement, il faut quand même connaître un peu les Ardennes pour comprendre que un : trouver un éditeur était en soi une odyssée, deux : qu’écrire le « Mémoire » (outre que de tenir sa charge de curé), était aussi un formidable défi et trois : qu’enfin, en rédiger les copies prenait du temps et était essentiel pour en assurer la postérité. Le reste est sans doute dû à la volonté d’aller le plus loin possible dans la rédaction. Jean Meslier ne s’en cache pas lui qui commença son texte par : « Mes chers amis, puisqu’il ne m’aurait pas été permis.. », et dit – en substance ensuite – « Je vous l’aurais bien dit de vive voix, juste avant de mourir, mais je ne suis pas sûr (ceci traduit en langage moderne) que j’aurai encore toute ma tête à ce moment… Donc j’ai pris la précaution d’écrire ». En ce temps-là, la mémoire des bûchers de l’Inquisition illuminait encore l’Europe.

 

Par ailleurs, on n’a pas fini de disserter sur Jean Meslier. Je n’en dirai pas plus ici, sauf à reprendre ce que les paysans de Lucanie disaient au temps de Carlo Levi (1936) : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (« Nous nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme »), sauf à reprendre la phrase de Jean Meslier qui excommunie quiconque la prononce ou la reproduit : « Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »

Puis-je ajouter, dit Marco Valdo M.I., que c’est aussi le mien de souhait – et pas le dernier.

Et, comme disait cet autre mécréant anarchiste de Brassens : « Et tant mieux si c’est un péché, nous irons en enfer ensemble… Il suffit de passer le pont… »

 

Le texte qui précède date du 2 août 2008, date de son insertion dans les Chansons contre la Guerre et il ne me paraît pas utile d’y changer, d’y retrancher ou d’y ajouter quelque chose.

Sauf que j’y adjoindrai volontiers les commentaires que j’en avais faits depuis lors dans les Chansons contre la Guerre. À savoir :

 

Notre bon Meslier

 

(date d’insertion dans les Chansons contre la Guerre : 20 mai 2010)

 

Pour en revenir à notre bon Meslier, curé de son état, il est proprement indigne de lui imputer la méconnaissance du christianisme, fût-il des origines. Bien au contraire, c’est de le bien connaître qu’il en eut la dégoûtation. Il suffit de lire les écrits de Jean Meslier pour s’en rendre compte de manière tout à fait objective. Par ailleurs, il ne pouvait ignorer cela ayant subi le « séminaire » de Châlons, été ordonné prêtre et nommé curé le 7 janvier 1769 curé d’Étrépigny et de But dans les Ardennes.

 

Cela dit, il voyait clair dans le jeu des illusions chrétiennes et plus spécifiquement, catholiques, apostoliques et romaines. Il disait, par exemple : « …vous adorez effectivement des faibles petites images de pâte et de farine, et vous honorez les images de bois et de plâtre, et les images d’Or et d’Argent. Vous vous amusez, Messieurs, à interpréter et à expliquer figurativement, allégoriquement et mystiquement des vaines écritures que vous appelez néanmoins saintes, et divines ; vous leur donnez tel sens que vous voulez ; vous leur faites dire tout ce que vous voulez par le moyen de ces beaux prétendus sens spirituels et allégoriques que vous leur forgez, et que vous affectez de leur donner, afin d’y trouver, et d’y faire trouver des prétendues vérités qui n’y sont point, et qui n’y furent jamais. Vous vous échauffez à discuter de vaines questions de grâce suffisante et efficace. Et en plus, vous vilipendez le pauvre peuple, vous le menacez de l’enfer éternel pour des peccadilles, et vous ne dites rien contre les voleries publiques, ni contre les injustices criantes de ceux qui gouvernent les peuples, qui les pillent, qui les foulent, qui les ruinent, qui les oppriment et qui sont la cause de tous les maux, et de toutes les misères qui les accablent. »

 

J’insiste pour qu’on relise la dernière phrase, dit Lucien l’âne, on dirait qu’elle parle de l’Italie actuelle et de bien d’autres pays.

 

Je la relis, Lucien mon ami : « Et en plus, vous vilipendez le pauvre peuple, vous le menacez de l’enfer éternel pour des peccadilles, et vous ne dites rien contre les voleries publiques, ni contre les injustices criantes de ceux qui gouvernent les peuples, qui les pillent, qui les foulent, qui les ruinent, qui les oppriment et qui sont la cause de tous les maux, et de toutes les misères qui les accablent. »

 

En effet, dit Lucien l’âne en redressant la tête et en lançant d’un coup de cou sec sa crinière en arrière pour dégager ses yeux, que cela plaise ou non aux cagots, Jean Meslier avait une vision du monde assez lucide.

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Et

 

Jean Meslier aurait connu le destin du Chevalier de la Barre, si...

(3 juin 2015)

 

Jean Meslier était un homme intelligent. De ce fait, il avait très bien perçu que s’il voulait atteindre son but : transmettre et faire connaître la nécessité de l’athéisme et la corollaire réfutation de(s) dieu(x), en ces temps où on torturait joyeusement les incroyants, avant de les massacrer, il était prudent d’être prudent et d’user de discrétion. Ce pourquoi, il attendit d’être mort pour diffuser son Testament.

Eût-il fait autrement, l’eût-il fait de son vivant… Il aurait connu le destin du Chevalier de La Barre (ou de tant d’autres qui finirent sur les bûchers catholiques) et ses textes auraient connu le même destin, de sorte que nul n’aurait pu savoir ce qu’il avait le souhait de faire connaître.

Quant au destin du Chevalier de La Barre, voici :

Quarante ans plus tard, le Chevalier de la Barre, un jeune homme de 20 ans – moins prudent – finira torturé, décapité et enfin, brûlé pour avoir chanté avec ses amis et n’avoir pas tiré son chappeau au passage de capucins…

Voici le témoignage de Voltaire :

Dans son article « Torture » de l’édition de 1769 du Dictionnaire philosophique, Voltaire fait le récit du martyre du chevalier de La Barre :

« Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête. »

Pour de plus amples informations :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Jean_Lefebvre_de_La_Barre.

Et pour que nul n’en ignore, dit Lucien l’âne, il faudra en faire une chanson et même deux, une pour Meslier, une pour La Barre.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER

nouvelle version française – 28 mars 2016.

 

 

 

Vous avez sur le râble le fardeau pesant

Des princes, des prêtres, des tyrans et des gouvernements;

Des nobles, des moines, des chanoinesses et des prélats,

Des fripons de garde-sel et de tabac et des magistrats.

Vous avez sur le râble les puissants et les guerriers,

Les ineptes, les inutiles et les rusés et les douaniers,

Les riches qui volent pour s’engraisser,

Laissant le peuple entier –

Entretemps – crever.

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

 

Des vermines qui laissent au paysan

Seulement la paille du sarrasin

Et la lie du vin.

Ils théorisent paix, bonté et fraternité

Et puis, ils légalisent les trônes et l’inégalité.

Ils ont inventé le Dieu des puissants

Pour endormir et faire plier

Les corps et les esprits. Ils ont inventé

Les démons et les enfers

Pour faire trembler et taire

Les pauvres et les sans-terre.

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

 

Ce ne sont pas les démons de la cour inférieure

Après la mort, vos ennemis les pires ;

Non, vos ennemis, ce sont ces gens qui accusent,

Pourrissent votre vie et vous anéantissent !

Et si vous vous unissiez, vous pourriez vous défendre

En usant du boyau de prêtre pour les pendre;

Ainsi, vous ne seriez plus leurs esclaves

Mais, enfin, du fruit de votre travail, les maîtres !

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER
LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER
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Marco Valdo M.I.
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 20:46

TOMBINO

 

 

 

Version française – TOMBINO – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Tombino – Areamag – 2010

 

 

 

 

La photo de rue pour prendre le monde

 

 

Les enfants de rue de Bucarest sont moins nombreux qu’autrefois. Mais seulement parce qu’ils ont grandi.


de notre envoyé Alessandro Ursic



Station dmétro Costin Giorgeanu, à la périphérie est de Bucarest. D’énormes blocs communistes, tous gris, comme la moitié de la capitale reconstruite selon les canongigantesques du régime de Ceaușescu. Derrière un carrefour perpétuellement saturé, le long des rails abandonnés d’un ancien chemin de fer, s’étend une brousse inculte. « Viens, viens à l’intérieur. Je te montre où je vis », dit Cătălin, 15 ans. Après une centaine de mètres dans les mauvaises herbes, une lampe éclaire une baraque délabrée. Ici vivent une quinzaine de jeunes, de 14 à 30 ans. Ils dorment à terre, sur les matelas en commun. De petits hommes, mais avec encore une âme d’enfant, comme le mettent en évidence quelques grandes peluches qu’ils gardent dans la baraque. Dans et hors de la « maison », c’est la dégradation absolue : ordures, feuilles de journaux, bouteilles partout. Pourtant, ils sont organisés : ils étendent le linge sur un fil après lavoir lavé dans un bassin, avec l’eau prise d’un lavage auto.

À Bucarest, comme eux, il y en a environ un millier. L’hiver, ils se réfugient sous la rue : les portes de leurs maisons sont les bouches qui donnent accès aux aqueducs de chauffage urbainCe ne sont pas des égouts, comme beaucoup pensent. Ce sont les tuyauteries de l’eau chaude des blocs d’immeubles de tout Bucarest qui passent dans ces tunnels souterrains. Les enfants les utilisent pour réchauffer leur vie ; dans la capitale roumaine, lhiver, la température peut descendre jusqu’à 20 degrés sous zéroIls font aussi des trous dans les tuyauteries, pour prélever directement l’eau chaude pour se laver. Ils se raccordent aux poteaux électriques pour avoir l’électricité, avec des fils qui courent dans leurs galeries, pour pouvoir employer télé et dvd, même si le risque d’électrocution et d’incendie est énorme. Le gel mord de toute façon, comme la tristesse : alors, ils sniffent l’Aurolac, un solvant qui coûte un euro la boîte et porte vite à la tête. Ils en versent un peu dans un sachet de nylon, qu’ils respirent continuellement. L’étourdissement aide à dépasser la sensation de froid, mais l’Aurolac brûle les cellules cérébrales et les voies respiratoires. Ce soulagement temporaire qui coûte si peu, on le paie, tôt ou tard.


Le phénomène des enfants de la rue a explosé au début des annéenonante, après l’écroulement du régime de Nicolae Ceaușescu. Sous le Conducător, même les denrées alimentaires les plus communes se faisaient rares, mais tous avaient un travail fourni par l’État. Avec la fin du communisme, la Roumanie connut un processus de libéralisation économique qui laissa des millions de familles sans emploi. Les plus entreprenants s’adaptèrent, en commençant à reformer un embryon de classe moyenne. Les plus pauvres devinrent encore plus pauvres. Pour beaucoup de familles, il était impossible d’élever les enfants, qui finirent ainsi à l’orphelinat ou se retrouvèrent à la rueIl n’existait pas de structures qui s’occupaient d’euxaussi en raison du manque de personnel adapté. Ceaușescu avait dissous les facultés universitaires de psychologie et l’assistance au début des annéeseptante. Elles ont été rouvertes seulement en 1992.

Les histoires de ces jeunes sont semblables. Ils se sont enfuis de chez eux , car ce sont des enfants de pères violents et alcooliques. Ou bien ils sont sans parents, ou leurs familles étaient trop pauvres, et ils ont été confiés à un orphelinat, où beaucoup disent avoir subi des violences. Quoi qu’il en soit, ils ont fui, en choisissant de vivre comme des vagabonds. À les entendrece n’est pas si mal. « Ça nous plaît de vivre ici », disent beaucoup du groupe de Costin Giorgeanu. Il est sûr que ça ne fait pas de bien, au moins à voir Radu, l’un d’eux. Il a 18 ans, mais le corps d’un gamin de 11 : petit, maigre, clairement non développé. Il mesure un mètre cinquante et pèse 30 kilos. Il n’a pas grandi car il sniffe et boit comme un forcené, depuis son enfance. À l’arrivée de l’hôte italien, Radu est clairement cuit et rit continuellement. Il blague avec les autres, boit le vin d’une bouteille de 3 litres, frappe avec une louche sur une marmite dégoûtante, s’agenouille à terre pour s’allumer la cigarette sur un mégot jeté par un camarade. Avec lui, il y a Mircea, 30 ans, qui vit la vie de rue. Il parle dans un roumain approximatif, mais il nécoute pas. L’Aurolac doit lui avoir ravagé le cerveau.

Franco Aloisio le considérerait « irrécupérable ». Aloisio est un opérateur italien responsable de Parada, la fondation créée par le clown français Miloud, qui en 1992 découvrit le phénomène des enfants de la rue et décida de vivre avec eux pendant quelques mois. Parada cherche à sortir les enfants de la rue en leur enseignant l’art du cirque, leur donne à manger, les aide dans les pratiques administratives, à condition que les jeunes se tiennent à l’écart de la colle et l’alcool. Aloisio est en contact avec cette réalité depuis presque dix ans. Et il l’a vue changer : « À la moitié des années nonante, les faits étaient massifs : les enfants de la rue étaient environ 4.000. Aujourd’hui, il chiffre leur nombre au quart ». Selon Mirela, une opératrice du centre pour enfants des rues « Sfanta Macrina », géré par l’Église orthodoxe, il n’est pas vrai que le nombre a baissé. De jour, les enfants qui mendient de l’argent seraient plus nombreux quil y a quelques annéesLe soir, beaucoup rentrent chez eux.

Pour Aloisio, 
la baisse est due à divers facteurs. Quelques-uns de ces jeunes sont des morts, ravagés par la vie errante et l’Aurolac. D’autres ont trouvé place dans les maisons-familiales, nées depuis quelques années pour combattre le phénomène. Aujourd’hui, ceux qui s’enfuient des familles et de l’orphelinat pour vivre dans la rue sont peu nombreux. Mais une fois qu’un enfant choisi la rue, explique Aloisio, il est difficile de le récupérer. « Il y a un rapport d’un à cinq, pour un travail similaire. Pour sortir de la rucelui qui a vécu en tant qu’errant un mois, il nous faut cinq mois. Un an, cinq ans. Cela signifie que les jeunes les plus âgés sont maintenant irrécupérables ». Comme Mircea, justement.

La situation de toute façon 
s’améliore, aussi car l’État a pris conscience du fait que, avec l’entrée dans l’Union Européenne, cela risquait d’obérer l’image de la Roumanie. Les politiciens veulent nettoyer les rues, tant bien que mal. La commune de Bucarest a au programme d’ouvrir trois dortoirs pour les enfants des rues ; cependant les organisations qui soutiennent ces jeunes ne sont pas vues d’un bon œil. « L’autre jour, j’ai été interpellé par le maire du secteur 4 – dit Aloisio – car le soir précédent, alors qu’il se promenait avec quelques parlementaires, il s’est retrouvé devant quelques enfants des rues qui se trouvaient devant notre centre ». En été, lorsque les jeunes vivent en plein air, la police a commencé à sceller les accès aux conduits où ils se réfugient en hiver. « Nous les rouvrons immédiatement après », dit avec un sourire de défi un gars du groupe de Costin Giorgeanu. Les policiers ne tiennent pas en sympathie ces enfants, car ce sont de petits délinquants, qui créent des problèmes même à ceux qui il les aident. Une nuit un groupe denfants bourrés d’Aurolac a réussi à entrer dans le centre de Parada, en causant pas mal de dommages. La police tolère les errants jusqu’à un certain point, mais de temps en temps, elle trouve des prétextes pour les coincer, ou seulement pour leur rendre la vie difficile.

Un soir, alors que les opérateurs de Parada effectuent le tour des divers groupes de rue pour les porter de la nourriture, à la station de Dristor deux agents arrivent et demandent à tous leurpapiers, que nombre de jeunes des rues n’ont pas. C’est un prétexte. Ils ne veulent tout simplement pas que les errants soient aidés. « Si on continue à le faire, ils restent dans la rueils ne travaillent pas et ils volent », dit un agent à ceux de Parada. Aux opérateurs sociaux, il ne reste qu’à s’en aller. « Si nous ne le faisons pas, ils nous collent une amende, car ils disent que nous n’avons pas la permission », admet désolé l’un d’eux. Avant que le convoi ne reparte, un enfant de 8 ans du nom d’Elvis embrasse Claire, une volontaire du Caritas Ambrosiano qui aide aussi « Sfanta Macrina ». Il l’a reconnue, car il se rappelle l’avoir rencontrée là une autre fois. Il ressemble à ce qu’il devrait être : un enfant comme tous les autres. Seulement le jour d’avant, toujours à Dristor, à six heures du soir, Elvis était saturé d’Aurolac, et respirait son sachet devant l’appareil photo.

Quel
le fin feront ceux comme lui ? Le sortir de la rue déjà difficile à présentimaginez dans quelques années. Mais cela ne veut pas dire que les « vétérans » n’essayent pas d’en sortir. Un exemple : Emil et Maria, lui 28 ans, elle 25. Ils se connaissent depuis 13 ans, ils vivent dans la rue depuis bien avant. Marie, qui a déjà été mariée avec un autre errant, a deux enfants. Entretemps, Emil a été en prison pour trois ans. Lorsque il est sorti, le mari de Marie s’est retrouvé en prison, et elle s’est réfugiée auprès d’Emil. Maintenant les deux ont eu leur premier enfant, Alexandru Constantin, qui cependant ne peut pas sortir du service de maternité, car Emil n’a aucun document d’identité. Pour létat civil, il n’existe pas. Mais Emil ne s’avoue pas vaincu : il travaille au noir, veut récupérer ses papiers dans son ancien domicileil a déjà trouvé quelqu’un qui louerait un appartement pour sa nouvelle petite famille. « C’est mon premier enfant et mon cœur pleure de le voir là et ne pas le pouvoir l’avoir avec moi. Maintenant, je voudrais une vie normale ».

 

Alessandro Ursic


Un ange habillé en clown !
Voici l’histoire de Miloud Oukili à Bucarest. Miloud Oukili, clown français sorti de l’école de cirque d’Annie Fratellini, a découvert les enfants de la rue en Roumanie en 1992 quand il travaillait avec Handicap International dans les orphelinats, dans les hôpitaux et dans les centres pour adultes handicapés. Il profitait des instants de liberté pour découvrir les Roumains et faire des spectacles de rue. À une de ces représentations, il découvrit damusants spectateurs :


« Les enfants de rue ont été mon meilleur public, ils venaient voir dans mon sac pour découvrir ce qui s’y cachait », se rappelle de Miloud. « Ensuite ils disparaissaient, mais ponctuellement ils reparaissaient à chaque spectacle. »

Son nez rouge, ses gags et sa bourse lui servirent de passeport pour approcher les enfants auxquels il enseignait les premiers rudiments de l’art du cirque. Le soir, il les accompagnait dans leurs refuges et passait la nuit avec eux, à l’entrée de la Gare du Nord, dans les souterrains de la ville. Ils jouaient aux errants et à sourire à la police qui les poursuivait. Miloud partageait leur désarroi, leur profonde solitude, leurs angoisses d’enfants abandonnés.

Ce fut ainsi que des enfants de Bucarest, ceux sans passé et sans futur, ceux échappés des orphelinats, ceux qui se droguent avec la colle, ceux qui se prostituent pour un sandwich au jambon, ceux que les pédophiles brutalisent, peut-être tuent du fait que personne ne réclamera même pas le corps, trouvèrent un frère aîné.

Les enfants le surnommèrent « Miloud respect ! ». Il ne les a plus laissés.

Fort de cette expérience et réellement convaincu de l’importance et de l’urgence d’approcher les enfants des rues selon les modalités qu’il avait expérimentées, Miloud décida de structurer une véritable intervention.

D’abord, il travailla six mois comme volontaire avec Terres des Hommes.

Quand le projet se termina, il commença tout seul, difficilement. Il repartit pour la France à la recherche d’un nouveau soutien. L’association Rue, Enfants, Ville lui permit de réaliser un premier programme.


En partageant la vie de rue avec les jeunes, Miloud réussit à leur faire comprendre que si jusqu’à ce moment, la vie n’avait pas été généreuse pour les faire sourire, eux, malgré tout, étaient capables de faire sourire les autres.


Un an plus tard le premier spectacle est monté . En août 1994, les jeunes participent au festival d’art du Moyen Âge de Sighisoara. 



L
eur spectacle rencontra un grand succès, en particulier parmi les opérateurs des services sociaux et culturels. Tous s’accordèrent sur la volonté de développer l’expérience. La reconnaissance, les applaudissements, l’orgueil pour les résultats obtenus après un dur travail transmirent aux jeunes le désir de changer de vie et de quitter la rue. Restait la grosse difficulté de garantir une continuité à ce choix. Miloud, qui avait réussi à susciter l’enthousiasme autour de lui, voulut donner à cette amusante école de cirque de rue les moyens de poursuivre et il réunit dans ce but certains Roumains de sa connaissance et des amis français motivés. L’urgence de l’intervention, mais aussi son sérieux et son caractère professionnel n’étaient plus à montrer. Le jeune clown français créa une structure locale, indépendante où développer des activités artistiques autour de la notion de réinsertion. 
En janvier 1996, se constitua « Fundatia PARADA ».

Le résultat de six ans d’activité
s de Parada : 
- 300 enfants et 
jeunes ont fréquenté le premier centre diurne, recevant une assistance socio-éducative ; 
- 600 enfants et jeunes ont reçu les soins médicaux de premier secour
s par l’équipe de Caravana ;
- 150 enfants et jeunes ont été insérés dans les écoles et dans leurs familles ;
- 50 jeunes ont été réinrés professionnellement ;
- 85 de ces enfants et jeunes font partie de la Compagnie du Cirque de Parada et ont participé en Roumanie, en France et en Italie à la campagne de sensibilisation de l’opinion publique ;
- 85 jeunes habitent dans les appartements sociauxils ont ainsi atteint la dernière étape du processus de réintégration sociale vers une réelle indépendance ;
- 27 collaborateurs roumains et 5 volontaires étrangers ont été formés comme assistants sociaux et éducateurs.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Tombino, tombino, kesako ?, dit Lucien l’âne d’un œil épouvanté.

 

Tombino, tombino ? C’est une chanson qu’on aurait pu intituler « La complainte des enfants de rue ». Elle nécessite quelques explications préliminaires. En premier, il faut élucider ce terme de Tombino, qui est à la fois le titre de la canzone et le nom qui désigne aussi bien, une petite tombe, une bouche d’égout ou d’aération, la plaque qui les couvre qu’une entrée de tunnel ou d’une conduite couverte, d’une galerie souterraine. Dans la chanson, il désigne aussi celui ou celle qui vit dans ces galeries, c’est-à-dire les enfants les enfants perdus de Bucarest (et par extension, d’ailleurs). C’est tout cela qui fait que j’ai dû conserver de mot et par fois, le traduire.

 

Voilà qui éclaire un peu ma lanterne et facilité ma compréhension de la canzone.

 

Avant d’autres commentaires, je voudrais encore expliciter un jeu mots particulier, car il repose sur la connaissance simultanée de l’italien et du français. Le passage est le suivant :

 

« Ils l’ont traîné dans un trou 
Et dans le trou, il reste, 
Dans le Buca reste »

 

Comme tu le vois, il joue sur la similarité de ce « dans le Buca reste » avec le nom de la ville de Bucarest, où se passe l’histoire. Mot infaisable en français ; il m’a fallu- là aussi – ruser et garder le mot italien Buca : bouche, trou… Traduction : très exactement : dans le trou reste...

 

 

On ne pouvait changer le nom de la ville… Aux dernières nouvelles, « Trourest » n’est pas le nom de la capitale de la Roumanie, ni d’ailleurs, commente Lucien l’âne en riant.

 

 

Une dernière chose : comme on le verra, il s’agit d’une histoire déjà ancienne et qui dure encore, mais elle a des descendances diverses. Parmi celles-ci, je voudrais spécialement faire écho à une initiative en cours à Bruxelles depuis quelques années, qui a connu elle aussi connu des débuts difficiles. Au départ, elle concernait des enfants roumains réfugiés dans la capitale de l’Europe ; elle a étendu son champ d’action à d’autres enfants en difficulté. Elle est menée par une association appelée Karousel ( http://www.karousel.be/) et utilise notamment la photographie pour ouvrir le champ de vision du monde.

 

La photo, quelle bonne idée ! La photo, le sténopé, pour comprendre le monde… Ce serait marrant, si on avait une photo de leurs photos…

 

J’en mettrai une pour illustrer. Mais revenons au fond de cette histoire des enfants des rues. Il nous faut considérer les efforts de tous ceux qui tentent d’y apporter un bout de solution comme le fait Parada, mais aussi Karousel à Bruxelles ou en Italie, les « Maestri di strada » (les maîtres d’école de rue – http://www.maestridistrada.it/). C’est un travail de Titans ou de fourmis ; ça dépend la façon dont on exprime la chose. Mais il faut également considérer l’existence de ces « enfants des rues » (de toutes les grandes villes du monde) comme un de ces multiples effets collatéraux de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent sans discontinuer contre les pauvres afin de les soumettre à l’exploitation, de les dominer, d’étendre leurs propres privilèges, de renforcer leur pouvoir, d’accroître leurs fortunes et satisfaire leurs ambitions et leurs délires.

 

Je le pensais ainsi aussi, dit Lucien l’âne en relevant le front. Cependant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde avaricieux, dispendieux, exploiteur, entrepreneur, riche et généreux pour les riches et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Tombino, on l’appela ainsi dès sa prime enfance, 
Depuis qu’on le jeta dans le noir, 
Depuis qu’on l’enferma par erreur 
Dans les bas-fonds de Dublin, 
Ou de Berlin : 
Rome, Vienne, Moscou, Londres, Madrid, Turin… 
La géographie n’a jamais été mon fort. 
Par force ! Je n’ai jamais visité même un pré, 
Je n’ai jamais été à l’école, je n’ai jamais travaillé, 
Je ne suis pas amusant ou incapable ou peu diligent, 
Personne ne m’a jamais rien dit. 
Depuis que je suis né, ils m’ont condamné à cette honte : 
Je vis dans un égout !


Tombino. 
Le monde, vu au travers d’une grille, me laisse de beaux signes, 
Une ligne sur le visage, un sillon, une ride d’enfant, 
Le torticolis permanent, en espérant que les gens 
Laissent tomber quelque sou dans la rue… et ensuite s’en aillent, 
Sans rien dire, ne réclament pas leur argent, 
Ne dénoncent pas ma position, 
À un policier, à la presse, à toute l’opinion, 
D’enfant de douze ans mendiant parmi la foule, 
Indifférents à ce qu’on colle régulièrement le nez dans un vase, 
Sniffant mon dîner, 
Pour mieux supporter mon sort, mon destin, mon cas 
Et ne pas lancer de S.O.S, 
Ne pas dire partout que j’ai peut-être le SIDA. 
Ne pas le dire surtout à celui qui a payé, 
À celui qui attend pour être satisfait, 
C’est ainsi depuis que je suis né et moi, j’y suis habitué, 
Pour ça, je suis muet comme une Tombino !


Tombino la vie est une ronde, tu verras qu’elle tournera… 
Quand tu tombes à terre, on est tous à terre et elle finira. 
Tombino la vie est une ronde, qui ne s’arrête pas
Si tu tombes à terre, on est tous à terre et elle finira dans la Tombino, avec Tombino !

TOMBINO
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Marco Valdo M.I.
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 11:09

LA BUCAREST QUI CHANGE

 

Version française – LA BUCAREST QUI CHANGE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La Bucarest che cambia – UltimoBinario – 2014

 

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

 


Voici l’histoire de Miloud Oukili, un Clown Franco-algérien qui à vingt ans est allé à Bucarest comme artiste de rue et là, il a connu les enfants de rue, complètement abandonnés à eux-mêmes, seuls dans la rue, destinés à une vie de privations, vécue dans les égouts de la ville ; qui, pour combattre le froid, la faim et la tristesse, s’étourdissent en respirant la colle… Miloud les prend en amitié et va vivre avec eux et lentement, il les initie à l’art du cirque et au métier du clown, pour qu’ils puissent trouver une occasion de vie digne. Naît Parada, une association qui en peu de temps, est connue dans le monde entier donnant la possibilité à un grand nombre de personnes abandonnées d’apprendre un métier et d’en vivreÀ ce projet, ont collaboré en studio avec nous, les amis Alzamantes, un band folk-rock milanais vraiment Fantastique ! !

De Miloud Oukili déjà on parlait dans Tombino 

 


Comme dit Miloud Oukili
« J’ai compris qu’il n’existe pas d’enfants des rues,
Mais qu’existent des enfants abandonnés sur la rue par des adultes
Et ces adultes, c’est nous tous. »

 

Sous terre comme des taupes, sans rien dans les poches,
Chaque jour et chaque nuit dans le froid de Bucarest :
Marchandises pour touristes, rebut d’une société,
Treize ans ou bien sept, dans l’aveuglement de Bucarest.
Et la colle qui vole faim, froid et dignité
Et la rue qui vole tes jeux et ton âge.

 

Clown amusant, grands yeux et nez rouge ;
Un sourire ensorcelant, dans l’ombre de Bucarest.
Parmi la foule amusée, il y a aussi de petits pauvres,
Destins croisés dans l’ombre de Bucarest
Et il découvre que là-dessous vit un monde qu’on ne connaît pas,
Et comprendre en un instant qu’il ne les abandonnera pas.

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

Acrobates parmi les cailloux, jongleurs-enfants,
Un défi sans histoire dans la grande Bucarest.
Rêves d’un chapeau et de la chaleur des applaudissements
Et l’envie d’un rachat dans la nouvelle Bucarest.
Chaque jour l’art pour changer ton histoire,
Le respect pour toi-même : direction obligatoire.

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

 

 
LA BUCAREST QUI CHANGE
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Marco Valdo M.I.
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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 20:49

DU CÔTÉ DES BÊTES

 

Version française – DU CÔTÉ DES BÊTES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Dalla parte delle bestie – Mimmo Cavallo – 2013

 

 

 

 

Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens

 

 

 

Moi aussi quand j’étais petit, je jouais aux Cow-boys- Indiens, lesquels, malgré les westerns de John Ford et John Wayne, me plaisaient seulement lorsqu’ils se tiraient dessus. Peut-être déjà quand j’étais petit, les perdants me plaisaient plus ; pour parler comme Finardi « Nous sommes tous Vil Coyote ». Et alors ce morceau pourrait donner le départ à une série de chansons pour un parcours « Du côté des perdants ».
 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon cher Lucien l’âne, cher ami, je ne sais si chez les ânes, on joue aux cows-boys (il y a plusieurs boys, mais aussi ils gardent plusieurs vaches ; généralement, un troupeau ; d’où, la nécessité de mettre au pluriel les vaches – en anglais cow ; et les gars, en anglais boy) et aux Indiens (il y a généralement, plusieurs Indiens), aux gendarmes et aux voleurs (voir ce qui est dit des vaches et des gars), aux brigands et aux carabiniers…

 

 

En effet, les ânes ne jouent pas à des jeux aussi « humains ». Mais je les connais quand même ; quoique du temps où j’étais encore un garçon, je n’ai jamais joué à de pareils jeux ; on jouait au gibier-chasseurs ; il est vrai que certains jouaient aux Spartiates – Athéniens ou aux Grecs – Perses, aux citoyens – ilotes, aux maîtres – esclaves. Une remarque piquante, si tu veux bien l’entendre : je n’ai jamais entendu, ni a fortiori, vu jouer aux fascistes-communistes, ni aux patrons-ouvriers… sauf chez les adultes, évidemment !

 

 

Bref, en matière de jeux, ce sont des universaux. On les trouve partout sous des dénominations et des formes diverses. Ces jeux sont les premières manifestations formalisées de la Guerre de Cent Mille Ans dans la vie enfantine. Avant cela, dès les premiers instants de socialisation, dès que se forment des groupes d’enfants, de contemporains, on voit apparaître des comportements de dominants et des comportements de dominés. C’est une chanson où dans la mythique guerre, dans la guerre fantasmée, le « héros », entretemps déjà plus âgé, prend parti pour les « perdants ». Je n’aime d’ailleurs pas trop cette formulation. Je parlerais plutôt volontiers d’un côté : de révoltés, d’agressés, de défenseurs et de l’autre côté : d’attaquants, d’agresseurs et de dominateurs. C’est donc une chanson qui pose à sa manière la question centrale de la Guerre de Cent Mille Ans et qui, en même temps, montre l’importance des jeux d’enfants dans la formation de la personnalité du petit humain. Sans doute même qu’elle dévoile quelque chose de plus profond qu’on ne l’imagine habituellement : le fait que la division en deux camps opposés de l’humanité s’établit très tôt dans l’existence. Je dis ça sans chercher à trancher la question de l’éventuelle propension génétique ou d’un acquis de socialisation ; même si, j’ai fortement tendance à imaginer que ces types de comportement sont des traits sociaux qui sont le résultat d’une éducation ou d’une absence d’éducation, souvent induit. Une sorte d’imprégnation par le milieu dans lequel le jeune enfant baigne. Ce qui ferait que sauf changement volontaire ultérieur, le pli est pris et on se retrouve de l’un ou de l’autre côté.

 

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne en fronçant ses énormes sourcils, on est très rapidement soit du camp des riches et des puissants, soit de celui des pauvres ou des faibles. La Guerre de Cent Mille Ans commence très tôt chez les hommes. Mais alors, il n’en reste pas oins que si ce positionnement social se fait par imprégnation, il échappe à la volonté de l’enfant ; il lui est instillé, il s’impose dès le plus jeune âge.

 

 

En effet, c’est comme le baptême, c’est comme un conditionnement qui se fait en dehors de la volonté de la personne elle-même (trop jeune encore pour déjà en avoir une très développée) et qui lui est imposé. Et comme pour l’attachement à une croyance, à une religion, seule la raison peut redresser la barre. Évidemment, tout dépend du côté où l’on se place ; on peut choisir d’aller dans le sens imposé ou dans l’autre ; soit maintenir le cap, soit s’orienter de l’autre côté. Ce choix est le résultat de ce processus souterrain qu’on appelle la pensée et la conscience morale. Dans la conscience de l’enfant s’établit progressivement une sorte de cartographie, un dictionnaire, un guide interne, une boussole qui lui indique les choses qui se font, celles qui ne se font pas ; ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas. Cependant, l’imprégnation par le milieu est très précoce et il est très difficile de s’en départir ; d’autant plus difficile qu’on la renforce par l’éducation. C’est ce qui explique que les religions (avec ou sans Dieu(x)) entendent mettre la main sur l’éducation dès la plus petite enfance afin de pouvoir museler toutes les tentatives d’émancipation des enfants et des jeunes et par voie de conséquence, également, celle des adultes et de toute l’humaine nation.

 

 

En effet, dit Lucien l’âne, l’enjeu est de taille… Quant à moi, j’aime beaucoup cette expression qui donne le titre à la canzone : « Dalla parte delle bestie – Du côté des bêtes », qui me paraît aller dans le même sens que noter propre antienne : « Noi, non siamo cristiani. Siamo somari – Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme. » À présent, il nous reste à reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde encombré de Dieux, de prophètes, de religieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens
Qui étaient chassés par les Américains.
Du côté des bêtes.
Toute ma vie contre la peste,
Contre les premiers de classe,
Les espions des maîtresses.


Je me rappelle au cirque ces lions sans dents,
Au sourire triste, éteint et fatigué de perdants
Et tous ces zèbres, et tous ces singes
Si gais, si sautillants,
Mais dans mon cœur, des momies,
Mais dans mon cœur, des momies
Me persécutaient sans bruit.

 

Elles mettaient le sel au milieu des cheveux
Et ces regards perçants me lançaient des lazzis.
Il est fou debout sur le bord d’un toit.
Il est fou quand il sort, serrez-le à l’étroit.
Il est fou sur la porte de chez lui, on a écrit :

Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.

Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens
Qui étaient chassés par les Américains.
Du côté des opposants fiers,
Toute ma vie par les sept mers,
Contre les rets des chasseurs,

Et les pièges des trappeurs.
Pauvre de moi, je m’illusionnais, je voulais changer le monde,
Mais je me suis pris des claques 
Et maintenant, c’est le fond que je racle.
Mais j’espère au paradis me débarrasser de l’hyène
Qui me poursuit sans gêne,
Dans ma vie sur scène,
Dans ma vie sur scène.

 

Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.

Et si vous venez me chercher, je suis ici
Dans ce train de dernière classe, oui.
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.
Du côté des bêtes et des damnés,
Du côté des bêtes et des damnés,
Il y a une bande de pirates,
Du côté des bêtes et des damnés,
Du côté des bêtes et des opposants,
Du côté des bêtes et des opposants.
Toute ma vie par les sept mers et les océans,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes…

DU CÔTÉ DES BÊTES
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Marco Valdo M.I.
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