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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 11:01

APRÈS LA BATAILLE

 

 

 

Version française – APRÈS LA BATAILLE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Nach der Schlacht – Kurt Tucholsky – 1924

 

 

 

Texte de Kurt Tucholsky, publié sous le pseudonyme de Theobald Tiger in Die Weltbühne du 29 mai 1924.

 

 

 


Entre 1959 et 1961 ce poème de Tucholsky, comme beaucoup d’autres, fut mis en musique par Hanns Eisler. L’interprétation de Ernst Busch se trouve sur le disque « Rosen Auf Den Weg Gestreut – Ernst Busch Singt Kurt Tucholsky » publié en 1981.En 1984, on trouve la version de Leon Boden et Bernd Klinzmann dans leur « Tucholsky in Rock ».
Plus récemment, l
e poème a été repris par Christoph Holzhöfer, prolifique auteur-compositeur allemand de « gauche », originaire de Bestwig, Rhénanie-Westphalie.

Quand je vais malpersonne ne me répond.

La faim d’autrui est terrible : elle gêne.
Et plus d’un dit, en entendant mon nom :
« Oui, 
oui, je me rappelle… »

 

Je sonne en vain à toutes les portes.
J’encaisse ainsi, quand je patiente là sur le pavé.
Comme résultat d’une vie entière, il reste :
« Mon Dieu, c’est passé – ! »

 

Un ami des bons jours d’antan,
M’adresse quelques bonnes paroles
Il parle et m’offre un de ses vieux col
Et puis, se sauve rapidement.

 

Moi, je me cacherais, s’il m’arrivait d’aller mal, 
Il y a ici d’autres encore beaucoup plus mal :
Certains mendient aux coins des rues.
Là, l’un à côté de l’autre.

 

De quoi me plaindrais-je, si je ne peux plus rien faire ?
D’autres trouvent, après la sanglante danse d’enfer,
Avec une jambe de bois et une médaille de pacotille,
Le remerciement de la patrie.

 
 
 
APRÈS LA BATAILLE
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Marco Valdo M.I.
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28 mars 2016 1 28 /03 /mars /2016 13:54

LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER

 

 

Nouvelle version française – LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER – Marco Valdo M.I. – 2016

à partir de la

Version française – LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER – Marco Valdo M.I. – 2008Chanson italienne – Il testamento del parocco Meslier – Anton Virgilio Savona – 1972








 


Mes chers amis, puisqu'il ne m'auroit pas été permis et qu'il auroit même été d'une trop dangereuse et trop facheuse consequence pour moi de vous dire ouvertement, pendant ma vie, ce que je pensais de la conduitte et du gouvernement des hommes, de leurs religions et de leurs moeurs, j'ai résolû de vous le dire au moins après ma mort... (JEAN MESLIER - 1729)

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, en ces temps troubles, je suis allé au spectacle pas plus tard qu’hier à Bruxelles pour écouter la bonne parole du curé Meslier. On n’était pas vraiment très nombreux, car la salle était petite et puis, on n’aurait pas mis grand monde non plus dans l’église de Jean Meslier à Étrépigny.

 

Que voilà une bonne idée d’aller écouter la bonne parole d’un si bon curé, dit Lucien Lane en riant.

 

En effet, tu ne pourrais mieux dire, car c’était un excellent sermon, un très remarquable prône dans lequel notre curé athée s’en prend directement à toutes les religions – je dis bien à toutes les religions, y compris in primis les monothéismes, les religions du Livre. Mais pas seulement, cependant.

 

Pas seulement aux religions et à qui donc peut-il faire de tels reproches, de si grandes accusations ?, dit Lucien l’âne en levant les oreilles vers l’infinitude des espaces et des temps.

 

 

Eh bien, notre bon curé, qui connaît la vie qui est faire aux pauvres, s’en prend également aux riches et aux puissants – comme nous le faisons à la suite de Pierre Valdo – quand nous évoquons la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants (les mêmes) font aux pauvres afin de les dominer, de les écraser, de les ruiner, de les mépriser et de s’assurer en propre les plus énormes richesses et les plus grands privilèges. C’était vrai au temps de Valdo, c’était vrai au temps de Meslier et c’est toujours vrai de notre temps. Et je me suis souvenu qu’il y a déjà huit ans, j’avais fait une version française d’une chanson italienne d’Anton Virgilio Savona, intitulée précisément « Il Testamento del parocco Meslier ». Mais, elle s’était un peu perdue à l’horizon.

 

C’est un peu normal, car depuis ce temps-là, à vue de nez, tu as fait plusieurs centaines de versions françaises de toutes sortes. Il est assez compréhensible que tu perdes de vue les plus anciennes.

 

 

Et donc, je me suis dit qu’il fallait profiter de l’occasion pour la ramener au jour et tant qu’à faire, la toiletter un peu et en donner une nouvelle version. Restait à la publier : bien évidemment, dans les Chansons contre la Guerre et tout aussi évidemment sur les blogs : le mien (Canzones) et le tien, celui de l’Asino resuscitato.


 

C’est un bon jour que ce lundi de Pâques pour une résurrection, dit Lucien l’âne en brayant un bon coup. Maintenant, voyons voir cette nouvelle version et reprenons notre tâche qui consiste à tisser le suaire de ce vieux monde crédule, croyant, superstitieux, religieux, sectaire et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dernières nouvelles de Jean Meslier

Depuis Bruxelles 28 mars 2016.

 

 

Il s’agit de signaler deux livres à propos de Jean Meslier :

 

Celui de Serge Deruette :


LIRE JEAN MESLIER, CURÉ ET ATHÉE RÉVOLUTIONNAIRE (http://www.aden.be/index.php?aden=lire-jean-meslier---cure-et-athee-revolutionnaire)

Il s’agit de voir aussi cet extrait de sa conférence à propos de Meslier : https://www.youtube.com/watch?v=Bs1dvuyWnEI

 

Celui de Jean-François Jacobs :

LA BONNE PAROLE DU CURÉ MESLIER

chez le même éditeur (Aden)

et voir cette présentation du spectacle en un extrait de la véritable performance d’Alexandre Von Sivers

dont j’extrais (pour l’édification générale) cette petite citation :

 

« Unissez-vous donc, peuples, si vous êtes sages !

Toutes les religions ne sont que des inventions humaines.

La matière ne peut avoir été créée.

Elle a d’elle-même son être et son mouvement.

Il n’y a point de Dieu. »

 

À entendre certains qui discourent sur les « racines chrétiennes de l’Europe », dont je rappelle qu’il s’agit d’une marchandise d’importation, d’une pacotille pour bons sauvages, d’une colonisation cultuelle par des missionnaires venus du Moyen-Orient, je me dis qu’il est bon et juste de leur opposer Jean Meslier, né dans les Ardennes et solidement enraciné dans une des plus belles régions européennes.

 

Évidemment, également, une publication dans l’Asino s’impose, dit Lucien l’âne.

C’est ce que nous allons faire…

Car, comme les paysans (les terroni) de Lucanie, région du sud de l’Italie, anciennement Grande Grèce, pas loin d’Élée :

« Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme, des gens, des mécréants, des athées…)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Commentaire à la version de 2008.

 

Jean Meslier (Mazeny, Champagne 1664 – Étrépigny, Champagne 30 juin 1729), curé d’Étrépigny, en Champagne (commune proche de Charleville-Mézières, où naquit et grandit plus tard un autre imprécateur de haut vol, le dénommé Arthur Rimbaud – actuellement département des Ardennes – 08 – Région Champagne-Ardennes) eut cette idée de publier – en les déposant sous forme de testament – ses pensées et ses colères à titre posthume. Est-ce parce qu’il y travailla jusqu’au bout de sa vie ou en application d’un principe de précaution ? Toujours est-il que ce texte et sa lettre aux paroissiens qui le présente, ont surgi à son décès, puis ont disparu et par la suite, ont connu des fortunes diverses avant de pouvoir venir au jour en édition intégrale plus de deux cents ans après ce dépôt, qui pourtant les a sauvés. Dans cette aventure du « Mémoire des pensées et sentiments de Jean Meslier », le caviardage de Voltaire fut assurément une vilénie (Meslier à la sauce déiste de Voltaire est à la correction littéraire et intellectuelle, ce que le fast-food est à la cuisine – une trahison !), mais l’arrangement voltairien eût quand même le mérite (involontaire) d’attirer l’attention sur les 3 exemplaires que Jean Meslier avait déposés au greffe. Grâce soit rendue, dès lors, au hollandais Rudolf Charles, éditeur de son état, qui tenta la première intégrale !

 

Quant à savoir pourquoi Jean Meslier n’a pas publié de son vivant, j’ai ma petite idée à ce sujet. Tout simplement, il faut quand même connaître un peu les Ardennes pour comprendre que un : trouver un éditeur était en soi une odyssée, deux : qu’écrire le « Mémoire » (outre que de tenir sa charge de curé), était aussi un formidable défi et trois : qu’enfin, en rédiger les copies prenait du temps et était essentiel pour en assurer la postérité. Le reste est sans doute dû à la volonté d’aller le plus loin possible dans la rédaction. Jean Meslier ne s’en cache pas lui qui commença son texte par : « Mes chers amis, puisqu’il ne m’aurait pas été permis.. », et dit – en substance ensuite – « Je vous l’aurais bien dit de vive voix, juste avant de mourir, mais je ne suis pas sûr (ceci traduit en langage moderne) que j’aurai encore toute ma tête à ce moment… Donc j’ai pris la précaution d’écrire ». En ce temps-là, la mémoire des bûchers de l’Inquisition illuminait encore l’Europe.

 

Par ailleurs, on n’a pas fini de disserter sur Jean Meslier. Je n’en dirai pas plus ici, sauf à reprendre ce que les paysans de Lucanie disaient au temps de Carlo Levi (1936) : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari » (« Nous nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme »), sauf à reprendre la phrase de Jean Meslier qui excommunie quiconque la prononce ou la reproduit : « Je voudrais, et ce sera le dernier et le plus ardent de mes souhaits, je voudrais que le dernier des rois fût étranglé avec les boyaux du dernier prêtre. »

Puis-je ajouter, dit Marco Valdo M.I., que c’est aussi le mien de souhait – et pas le dernier.

Et, comme disait cet autre mécréant anarchiste de Brassens : « Et tant mieux si c’est un péché, nous irons en enfer ensemble… Il suffit de passer le pont… »

 

Le texte qui précède date du 2 août 2008, date de son insertion dans les Chansons contre la Guerre et il ne me paraît pas utile d’y changer, d’y retrancher ou d’y ajouter quelque chose.

Sauf que j’y adjoindrai volontiers les commentaires que j’en avais faits depuis lors dans les Chansons contre la Guerre. À savoir :

 

Notre bon Meslier

 

(date d’insertion dans les Chansons contre la Guerre : 20 mai 2010)

 

Pour en revenir à notre bon Meslier, curé de son état, il est proprement indigne de lui imputer la méconnaissance du christianisme, fût-il des origines. Bien au contraire, c’est de le bien connaître qu’il en eut la dégoûtation. Il suffit de lire les écrits de Jean Meslier pour s’en rendre compte de manière tout à fait objective. Par ailleurs, il ne pouvait ignorer cela ayant subi le « séminaire » de Châlons, été ordonné prêtre et nommé curé le 7 janvier 1769 curé d’Étrépigny et de But dans les Ardennes.

 

Cela dit, il voyait clair dans le jeu des illusions chrétiennes et plus spécifiquement, catholiques, apostoliques et romaines. Il disait, par exemple : « …vous adorez effectivement des faibles petites images de pâte et de farine, et vous honorez les images de bois et de plâtre, et les images d’Or et d’Argent. Vous vous amusez, Messieurs, à interpréter et à expliquer figurativement, allégoriquement et mystiquement des vaines écritures que vous appelez néanmoins saintes, et divines ; vous leur donnez tel sens que vous voulez ; vous leur faites dire tout ce que vous voulez par le moyen de ces beaux prétendus sens spirituels et allégoriques que vous leur forgez, et que vous affectez de leur donner, afin d’y trouver, et d’y faire trouver des prétendues vérités qui n’y sont point, et qui n’y furent jamais. Vous vous échauffez à discuter de vaines questions de grâce suffisante et efficace. Et en plus, vous vilipendez le pauvre peuple, vous le menacez de l’enfer éternel pour des peccadilles, et vous ne dites rien contre les voleries publiques, ni contre les injustices criantes de ceux qui gouvernent les peuples, qui les pillent, qui les foulent, qui les ruinent, qui les oppriment et qui sont la cause de tous les maux, et de toutes les misères qui les accablent. »

 

J’insiste pour qu’on relise la dernière phrase, dit Lucien l’âne, on dirait qu’elle parle de l’Italie actuelle et de bien d’autres pays.

 

Je la relis, Lucien mon ami : « Et en plus, vous vilipendez le pauvre peuple, vous le menacez de l’enfer éternel pour des peccadilles, et vous ne dites rien contre les voleries publiques, ni contre les injustices criantes de ceux qui gouvernent les peuples, qui les pillent, qui les foulent, qui les ruinent, qui les oppriment et qui sont la cause de tous les maux, et de toutes les misères qui les accablent. »

 

En effet, dit Lucien l’âne en redressant la tête et en lançant d’un coup de cou sec sa crinière en arrière pour dégager ses yeux, que cela plaise ou non aux cagots, Jean Meslier avait une vision du monde assez lucide.

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Et

 

Jean Meslier aurait connu le destin du Chevalier de la Barre, si...

(3 juin 2015)

 

Jean Meslier était un homme intelligent. De ce fait, il avait très bien perçu que s’il voulait atteindre son but : transmettre et faire connaître la nécessité de l’athéisme et la corollaire réfutation de(s) dieu(x), en ces temps où on torturait joyeusement les incroyants, avant de les massacrer, il était prudent d’être prudent et d’user de discrétion. Ce pourquoi, il attendit d’être mort pour diffuser son Testament.

Eût-il fait autrement, l’eût-il fait de son vivant… Il aurait connu le destin du Chevalier de La Barre (ou de tant d’autres qui finirent sur les bûchers catholiques) et ses textes auraient connu le même destin, de sorte que nul n’aurait pu savoir ce qu’il avait le souhait de faire connaître.

Quant au destin du Chevalier de La Barre, voici :

Quarante ans plus tard, le Chevalier de la Barre, un jeune homme de 20 ans – moins prudent – finira torturé, décapité et enfin, brûlé pour avoir chanté avec ses amis et n’avoir pas tiré son chappeau au passage de capucins…

Voici le témoignage de Voltaire :

Dans son article « Torture » de l’édition de 1769 du Dictionnaire philosophique, Voltaire fait le récit du martyre du chevalier de La Barre :

« Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu ; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête. »

Pour de plus amples informations :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fran%C3%A7ois-Jean_Lefebvre_de_La_Barre.

Et pour que nul n’en ignore, dit Lucien l’âne, il faudra en faire une chanson et même deux, une pour Meslier, une pour La Barre.

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER

nouvelle version française – 28 mars 2016.

 

 

 

Vous avez sur le râble le fardeau pesant

Des princes, des prêtres, des tyrans et des gouvernements;

Des nobles, des moines, des chanoinesses et des prélats,

Des fripons de garde-sel et de tabac et des magistrats.

Vous avez sur le râble les puissants et les guerriers,

Les ineptes, les inutiles et les rusés et les douaniers,

Les riches qui volent pour s’engraisser,

Laissant le peuple entier –

Entretemps – crever.

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

 

Des vermines qui laissent au paysan

Seulement la paille du sarrasin

Et la lie du vin.

Ils théorisent paix, bonté et fraternité

Et puis, ils légalisent les trônes et l’inégalité.

Ils ont inventé le Dieu des puissants

Pour endormir et faire plier

Les corps et les esprits. Ils ont inventé

Les démons et les enfers

Pour faire trembler et taire

Les pauvres et les sans-terre.

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

 

Ce ne sont pas les démons de la cour inférieure

Après la mort, vos ennemis les pires ;

Non, vos ennemis, ce sont ces gens qui accusent,

Pourrissent votre vie et vous anéantissent !

Et si vous vous unissiez, vous pourriez vous défendre

En usant du boyau de prêtre pour les pendre;

Ainsi, vous ne seriez plus leurs esclaves

Mais, enfin, du fruit de votre travail, les maîtres !

 

Abattez les riches condottières

Et les princes !

Ce sont eux les diables,

Pas ceux de l'enfer !

LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER
LE TESTAMENT DU CURÉ MESLIER
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Marco Valdo M.I.
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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 20:46

TOMBINO

 

 

 

Version française – TOMBINO – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Tombino – Areamag – 2010

 

 

 

 

La photo de rue pour prendre le monde

 

 

Les enfants de rue de Bucarest sont moins nombreux qu’autrefois. Mais seulement parce qu’ils ont grandi.


de notre envoyé Alessandro Ursic



Station dmétro Costin Giorgeanu, à la périphérie est de Bucarest. D’énormes blocs communistes, tous gris, comme la moitié de la capitale reconstruite selon les canongigantesques du régime de Ceaușescu. Derrière un carrefour perpétuellement saturé, le long des rails abandonnés d’un ancien chemin de fer, s’étend une brousse inculte. « Viens, viens à l’intérieur. Je te montre où je vis », dit Cătălin, 15 ans. Après une centaine de mètres dans les mauvaises herbes, une lampe éclaire une baraque délabrée. Ici vivent une quinzaine de jeunes, de 14 à 30 ans. Ils dorment à terre, sur les matelas en commun. De petits hommes, mais avec encore une âme d’enfant, comme le mettent en évidence quelques grandes peluches qu’ils gardent dans la baraque. Dans et hors de la « maison », c’est la dégradation absolue : ordures, feuilles de journaux, bouteilles partout. Pourtant, ils sont organisés : ils étendent le linge sur un fil après lavoir lavé dans un bassin, avec l’eau prise d’un lavage auto.

À Bucarest, comme eux, il y en a environ un millier. L’hiver, ils se réfugient sous la rue : les portes de leurs maisons sont les bouches qui donnent accès aux aqueducs de chauffage urbainCe ne sont pas des égouts, comme beaucoup pensent. Ce sont les tuyauteries de l’eau chaude des blocs d’immeubles de tout Bucarest qui passent dans ces tunnels souterrains. Les enfants les utilisent pour réchauffer leur vie ; dans la capitale roumaine, lhiver, la température peut descendre jusqu’à 20 degrés sous zéroIls font aussi des trous dans les tuyauteries, pour prélever directement l’eau chaude pour se laver. Ils se raccordent aux poteaux électriques pour avoir l’électricité, avec des fils qui courent dans leurs galeries, pour pouvoir employer télé et dvd, même si le risque d’électrocution et d’incendie est énorme. Le gel mord de toute façon, comme la tristesse : alors, ils sniffent l’Aurolac, un solvant qui coûte un euro la boîte et porte vite à la tête. Ils en versent un peu dans un sachet de nylon, qu’ils respirent continuellement. L’étourdissement aide à dépasser la sensation de froid, mais l’Aurolac brûle les cellules cérébrales et les voies respiratoires. Ce soulagement temporaire qui coûte si peu, on le paie, tôt ou tard.


Le phénomène des enfants de la rue a explosé au début des annéenonante, après l’écroulement du régime de Nicolae Ceaușescu. Sous le Conducător, même les denrées alimentaires les plus communes se faisaient rares, mais tous avaient un travail fourni par l’État. Avec la fin du communisme, la Roumanie connut un processus de libéralisation économique qui laissa des millions de familles sans emploi. Les plus entreprenants s’adaptèrent, en commençant à reformer un embryon de classe moyenne. Les plus pauvres devinrent encore plus pauvres. Pour beaucoup de familles, il était impossible d’élever les enfants, qui finirent ainsi à l’orphelinat ou se retrouvèrent à la rueIl n’existait pas de structures qui s’occupaient d’euxaussi en raison du manque de personnel adapté. Ceaușescu avait dissous les facultés universitaires de psychologie et l’assistance au début des annéeseptante. Elles ont été rouvertes seulement en 1992.

Les histoires de ces jeunes sont semblables. Ils se sont enfuis de chez eux , car ce sont des enfants de pères violents et alcooliques. Ou bien ils sont sans parents, ou leurs familles étaient trop pauvres, et ils ont été confiés à un orphelinat, où beaucoup disent avoir subi des violences. Quoi qu’il en soit, ils ont fui, en choisissant de vivre comme des vagabonds. À les entendrece n’est pas si mal. « Ça nous plaît de vivre ici », disent beaucoup du groupe de Costin Giorgeanu. Il est sûr que ça ne fait pas de bien, au moins à voir Radu, l’un d’eux. Il a 18 ans, mais le corps d’un gamin de 11 : petit, maigre, clairement non développé. Il mesure un mètre cinquante et pèse 30 kilos. Il n’a pas grandi car il sniffe et boit comme un forcené, depuis son enfance. À l’arrivée de l’hôte italien, Radu est clairement cuit et rit continuellement. Il blague avec les autres, boit le vin d’une bouteille de 3 litres, frappe avec une louche sur une marmite dégoûtante, s’agenouille à terre pour s’allumer la cigarette sur un mégot jeté par un camarade. Avec lui, il y a Mircea, 30 ans, qui vit la vie de rue. Il parle dans un roumain approximatif, mais il nécoute pas. L’Aurolac doit lui avoir ravagé le cerveau.

Franco Aloisio le considérerait « irrécupérable ». Aloisio est un opérateur italien responsable de Parada, la fondation créée par le clown français Miloud, qui en 1992 découvrit le phénomène des enfants de la rue et décida de vivre avec eux pendant quelques mois. Parada cherche à sortir les enfants de la rue en leur enseignant l’art du cirque, leur donne à manger, les aide dans les pratiques administratives, à condition que les jeunes se tiennent à l’écart de la colle et l’alcool. Aloisio est en contact avec cette réalité depuis presque dix ans. Et il l’a vue changer : « À la moitié des années nonante, les faits étaient massifs : les enfants de la rue étaient environ 4.000. Aujourd’hui, il chiffre leur nombre au quart ». Selon Mirela, une opératrice du centre pour enfants des rues « Sfanta Macrina », géré par l’Église orthodoxe, il n’est pas vrai que le nombre a baissé. De jour, les enfants qui mendient de l’argent seraient plus nombreux quil y a quelques annéesLe soir, beaucoup rentrent chez eux.

Pour Aloisio, 
la baisse est due à divers facteurs. Quelques-uns de ces jeunes sont des morts, ravagés par la vie errante et l’Aurolac. D’autres ont trouvé place dans les maisons-familiales, nées depuis quelques années pour combattre le phénomène. Aujourd’hui, ceux qui s’enfuient des familles et de l’orphelinat pour vivre dans la rue sont peu nombreux. Mais une fois qu’un enfant choisi la rue, explique Aloisio, il est difficile de le récupérer. « Il y a un rapport d’un à cinq, pour un travail similaire. Pour sortir de la rucelui qui a vécu en tant qu’errant un mois, il nous faut cinq mois. Un an, cinq ans. Cela signifie que les jeunes les plus âgés sont maintenant irrécupérables ». Comme Mircea, justement.

La situation de toute façon 
s’améliore, aussi car l’État a pris conscience du fait que, avec l’entrée dans l’Union Européenne, cela risquait d’obérer l’image de la Roumanie. Les politiciens veulent nettoyer les rues, tant bien que mal. La commune de Bucarest a au programme d’ouvrir trois dortoirs pour les enfants des rues ; cependant les organisations qui soutiennent ces jeunes ne sont pas vues d’un bon œil. « L’autre jour, j’ai été interpellé par le maire du secteur 4 – dit Aloisio – car le soir précédent, alors qu’il se promenait avec quelques parlementaires, il s’est retrouvé devant quelques enfants des rues qui se trouvaient devant notre centre ». En été, lorsque les jeunes vivent en plein air, la police a commencé à sceller les accès aux conduits où ils se réfugient en hiver. « Nous les rouvrons immédiatement après », dit avec un sourire de défi un gars du groupe de Costin Giorgeanu. Les policiers ne tiennent pas en sympathie ces enfants, car ce sont de petits délinquants, qui créent des problèmes même à ceux qui il les aident. Une nuit un groupe denfants bourrés d’Aurolac a réussi à entrer dans le centre de Parada, en causant pas mal de dommages. La police tolère les errants jusqu’à un certain point, mais de temps en temps, elle trouve des prétextes pour les coincer, ou seulement pour leur rendre la vie difficile.

Un soir, alors que les opérateurs de Parada effectuent le tour des divers groupes de rue pour les porter de la nourriture, à la station de Dristor deux agents arrivent et demandent à tous leurpapiers, que nombre de jeunes des rues n’ont pas. C’est un prétexte. Ils ne veulent tout simplement pas que les errants soient aidés. « Si on continue à le faire, ils restent dans la rueils ne travaillent pas et ils volent », dit un agent à ceux de Parada. Aux opérateurs sociaux, il ne reste qu’à s’en aller. « Si nous ne le faisons pas, ils nous collent une amende, car ils disent que nous n’avons pas la permission », admet désolé l’un d’eux. Avant que le convoi ne reparte, un enfant de 8 ans du nom d’Elvis embrasse Claire, une volontaire du Caritas Ambrosiano qui aide aussi « Sfanta Macrina ». Il l’a reconnue, car il se rappelle l’avoir rencontrée là une autre fois. Il ressemble à ce qu’il devrait être : un enfant comme tous les autres. Seulement le jour d’avant, toujours à Dristor, à six heures du soir, Elvis était saturé d’Aurolac, et respirait son sachet devant l’appareil photo.

Quel
le fin feront ceux comme lui ? Le sortir de la rue déjà difficile à présentimaginez dans quelques années. Mais cela ne veut pas dire que les « vétérans » n’essayent pas d’en sortir. Un exemple : Emil et Maria, lui 28 ans, elle 25. Ils se connaissent depuis 13 ans, ils vivent dans la rue depuis bien avant. Marie, qui a déjà été mariée avec un autre errant, a deux enfants. Entretemps, Emil a été en prison pour trois ans. Lorsque il est sorti, le mari de Marie s’est retrouvé en prison, et elle s’est réfugiée auprès d’Emil. Maintenant les deux ont eu leur premier enfant, Alexandru Constantin, qui cependant ne peut pas sortir du service de maternité, car Emil n’a aucun document d’identité. Pour létat civil, il n’existe pas. Mais Emil ne s’avoue pas vaincu : il travaille au noir, veut récupérer ses papiers dans son ancien domicileil a déjà trouvé quelqu’un qui louerait un appartement pour sa nouvelle petite famille. « C’est mon premier enfant et mon cœur pleure de le voir là et ne pas le pouvoir l’avoir avec moi. Maintenant, je voudrais une vie normale ».

 

Alessandro Ursic


Un ange habillé en clown !
Voici l’histoire de Miloud Oukili à Bucarest. Miloud Oukili, clown français sorti de l’école de cirque d’Annie Fratellini, a découvert les enfants de la rue en Roumanie en 1992 quand il travaillait avec Handicap International dans les orphelinats, dans les hôpitaux et dans les centres pour adultes handicapés. Il profitait des instants de liberté pour découvrir les Roumains et faire des spectacles de rue. À une de ces représentations, il découvrit damusants spectateurs :


« Les enfants de rue ont été mon meilleur public, ils venaient voir dans mon sac pour découvrir ce qui s’y cachait », se rappelle de Miloud. « Ensuite ils disparaissaient, mais ponctuellement ils reparaissaient à chaque spectacle. »

Son nez rouge, ses gags et sa bourse lui servirent de passeport pour approcher les enfants auxquels il enseignait les premiers rudiments de l’art du cirque. Le soir, il les accompagnait dans leurs refuges et passait la nuit avec eux, à l’entrée de la Gare du Nord, dans les souterrains de la ville. Ils jouaient aux errants et à sourire à la police qui les poursuivait. Miloud partageait leur désarroi, leur profonde solitude, leurs angoisses d’enfants abandonnés.

Ce fut ainsi que des enfants de Bucarest, ceux sans passé et sans futur, ceux échappés des orphelinats, ceux qui se droguent avec la colle, ceux qui se prostituent pour un sandwich au jambon, ceux que les pédophiles brutalisent, peut-être tuent du fait que personne ne réclamera même pas le corps, trouvèrent un frère aîné.

Les enfants le surnommèrent « Miloud respect ! ». Il ne les a plus laissés.

Fort de cette expérience et réellement convaincu de l’importance et de l’urgence d’approcher les enfants des rues selon les modalités qu’il avait expérimentées, Miloud décida de structurer une véritable intervention.

D’abord, il travailla six mois comme volontaire avec Terres des Hommes.

Quand le projet se termina, il commença tout seul, difficilement. Il repartit pour la France à la recherche d’un nouveau soutien. L’association Rue, Enfants, Ville lui permit de réaliser un premier programme.


En partageant la vie de rue avec les jeunes, Miloud réussit à leur faire comprendre que si jusqu’à ce moment, la vie n’avait pas été généreuse pour les faire sourire, eux, malgré tout, étaient capables de faire sourire les autres.


Un an plus tard le premier spectacle est monté . En août 1994, les jeunes participent au festival d’art du Moyen Âge de Sighisoara. 



L
eur spectacle rencontra un grand succès, en particulier parmi les opérateurs des services sociaux et culturels. Tous s’accordèrent sur la volonté de développer l’expérience. La reconnaissance, les applaudissements, l’orgueil pour les résultats obtenus après un dur travail transmirent aux jeunes le désir de changer de vie et de quitter la rue. Restait la grosse difficulté de garantir une continuité à ce choix. Miloud, qui avait réussi à susciter l’enthousiasme autour de lui, voulut donner à cette amusante école de cirque de rue les moyens de poursuivre et il réunit dans ce but certains Roumains de sa connaissance et des amis français motivés. L’urgence de l’intervention, mais aussi son sérieux et son caractère professionnel n’étaient plus à montrer. Le jeune clown français créa une structure locale, indépendante où développer des activités artistiques autour de la notion de réinsertion. 
En janvier 1996, se constitua « Fundatia PARADA ».

Le résultat de six ans d’activité
s de Parada : 
- 300 enfants et 
jeunes ont fréquenté le premier centre diurne, recevant une assistance socio-éducative ; 
- 600 enfants et jeunes ont reçu les soins médicaux de premier secour
s par l’équipe de Caravana ;
- 150 enfants et jeunes ont été insérés dans les écoles et dans leurs familles ;
- 50 jeunes ont été réinrés professionnellement ;
- 85 de ces enfants et jeunes font partie de la Compagnie du Cirque de Parada et ont participé en Roumanie, en France et en Italie à la campagne de sensibilisation de l’opinion publique ;
- 85 jeunes habitent dans les appartements sociauxils ont ainsi atteint la dernière étape du processus de réintégration sociale vers une réelle indépendance ;
- 27 collaborateurs roumains et 5 volontaires étrangers ont été formés comme assistants sociaux et éducateurs.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Tombino, tombino, kesako ?, dit Lucien l’âne d’un œil épouvanté.

 

Tombino, tombino ? C’est une chanson qu’on aurait pu intituler « La complainte des enfants de rue ». Elle nécessite quelques explications préliminaires. En premier, il faut élucider ce terme de Tombino, qui est à la fois le titre de la canzone et le nom qui désigne aussi bien, une petite tombe, une bouche d’égout ou d’aération, la plaque qui les couvre qu’une entrée de tunnel ou d’une conduite couverte, d’une galerie souterraine. Dans la chanson, il désigne aussi celui ou celle qui vit dans ces galeries, c’est-à-dire les enfants les enfants perdus de Bucarest (et par extension, d’ailleurs). C’est tout cela qui fait que j’ai dû conserver de mot et par fois, le traduire.

 

Voilà qui éclaire un peu ma lanterne et facilité ma compréhension de la canzone.

 

Avant d’autres commentaires, je voudrais encore expliciter un jeu mots particulier, car il repose sur la connaissance simultanée de l’italien et du français. Le passage est le suivant :

 

« Ils l’ont traîné dans un trou 
Et dans le trou, il reste, 
Dans le Buca reste »

 

Comme tu le vois, il joue sur la similarité de ce « dans le Buca reste » avec le nom de la ville de Bucarest, où se passe l’histoire. Mot infaisable en français ; il m’a fallu- là aussi – ruser et garder le mot italien Buca : bouche, trou… Traduction : très exactement : dans le trou reste...

 

 

On ne pouvait changer le nom de la ville… Aux dernières nouvelles, « Trourest » n’est pas le nom de la capitale de la Roumanie, ni d’ailleurs, commente Lucien l’âne en riant.

 

 

Une dernière chose : comme on le verra, il s’agit d’une histoire déjà ancienne et qui dure encore, mais elle a des descendances diverses. Parmi celles-ci, je voudrais spécialement faire écho à une initiative en cours à Bruxelles depuis quelques années, qui a connu elle aussi connu des débuts difficiles. Au départ, elle concernait des enfants roumains réfugiés dans la capitale de l’Europe ; elle a étendu son champ d’action à d’autres enfants en difficulté. Elle est menée par une association appelée Karousel ( http://www.karousel.be/) et utilise notamment la photographie pour ouvrir le champ de vision du monde.

 

La photo, quelle bonne idée ! La photo, le sténopé, pour comprendre le monde… Ce serait marrant, si on avait une photo de leurs photos…

 

J’en mettrai une pour illustrer. Mais revenons au fond de cette histoire des enfants des rues. Il nous faut considérer les efforts de tous ceux qui tentent d’y apporter un bout de solution comme le fait Parada, mais aussi Karousel à Bruxelles ou en Italie, les « Maestri di strada » (les maîtres d’école de rue – http://www.maestridistrada.it/). C’est un travail de Titans ou de fourmis ; ça dépend la façon dont on exprime la chose. Mais il faut également considérer l’existence de ces « enfants des rues » (de toutes les grandes villes du monde) comme un de ces multiples effets collatéraux de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent sans discontinuer contre les pauvres afin de les soumettre à l’exploitation, de les dominer, d’étendre leurs propres privilèges, de renforcer leur pouvoir, d’accroître leurs fortunes et satisfaire leurs ambitions et leurs délires.

 

Je le pensais ainsi aussi, dit Lucien l’âne en relevant le front. Cependant, reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde avaricieux, dispendieux, exploiteur, entrepreneur, riche et généreux pour les riches et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Tombino, on l’appela ainsi dès sa prime enfance, 
Depuis qu’on le jeta dans le noir, 
Depuis qu’on l’enferma par erreur 
Dans les bas-fonds de Dublin, 
Ou de Berlin : 
Rome, Vienne, Moscou, Londres, Madrid, Turin… 
La géographie n’a jamais été mon fort. 
Par force ! Je n’ai jamais visité même un pré, 
Je n’ai jamais été à l’école, je n’ai jamais travaillé, 
Je ne suis pas amusant ou incapable ou peu diligent, 
Personne ne m’a jamais rien dit. 
Depuis que je suis né, ils m’ont condamné à cette honte : 
Je vis dans un égout !


Tombino. 
Le monde, vu au travers d’une grille, me laisse de beaux signes, 
Une ligne sur le visage, un sillon, une ride d’enfant, 
Le torticolis permanent, en espérant que les gens 
Laissent tomber quelque sou dans la rue… et ensuite s’en aillent, 
Sans rien dire, ne réclament pas leur argent, 
Ne dénoncent pas ma position, 
À un policier, à la presse, à toute l’opinion, 
D’enfant de douze ans mendiant parmi la foule, 
Indifférents à ce qu’on colle régulièrement le nez dans un vase, 
Sniffant mon dîner, 
Pour mieux supporter mon sort, mon destin, mon cas 
Et ne pas lancer de S.O.S, 
Ne pas dire partout que j’ai peut-être le SIDA. 
Ne pas le dire surtout à celui qui a payé, 
À celui qui attend pour être satisfait, 
C’est ainsi depuis que je suis né et moi, j’y suis habitué, 
Pour ça, je suis muet comme une Tombino !


Tombino la vie est une ronde, tu verras qu’elle tournera… 
Quand tu tombes à terre, on est tous à terre et elle finira. 
Tombino la vie est une ronde, qui ne s’arrête pas
Si tu tombes à terre, on est tous à terre et elle finira dans la Tombino, avec Tombino !

TOMBINO
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Marco Valdo M.I.
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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 11:09

LA BUCAREST QUI CHANGE

 

Version française – LA BUCAREST QUI CHANGE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – La Bucarest che cambia – UltimoBinario – 2014

 

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

 


Voici l’histoire de Miloud Oukili, un Clown Franco-algérien qui à vingt ans est allé à Bucarest comme artiste de rue et là, il a connu les enfants de rue, complètement abandonnés à eux-mêmes, seuls dans la rue, destinés à une vie de privations, vécue dans les égouts de la ville ; qui, pour combattre le froid, la faim et la tristesse, s’étourdissent en respirant la colle… Miloud les prend en amitié et va vivre avec eux et lentement, il les initie à l’art du cirque et au métier du clown, pour qu’ils puissent trouver une occasion de vie digne. Naît Parada, une association qui en peu de temps, est connue dans le monde entier donnant la possibilité à un grand nombre de personnes abandonnées d’apprendre un métier et d’en vivreÀ ce projet, ont collaboré en studio avec nous, les amis Alzamantes, un band folk-rock milanais vraiment Fantastique ! !

De Miloud Oukili déjà on parlait dans Tombino 

 


Comme dit Miloud Oukili
« J’ai compris qu’il n’existe pas d’enfants des rues,
Mais qu’existent des enfants abandonnés sur la rue par des adultes
Et ces adultes, c’est nous tous. »

 

Sous terre comme des taupes, sans rien dans les poches,
Chaque jour et chaque nuit dans le froid de Bucarest :
Marchandises pour touristes, rebut d’une société,
Treize ans ou bien sept, dans l’aveuglement de Bucarest.
Et la colle qui vole faim, froid et dignité
Et la rue qui vole tes jeux et ton âge.

 

Clown amusant, grands yeux et nez rouge ;
Un sourire ensorcelant, dans l’ombre de Bucarest.
Parmi la foule amusée, il y a aussi de petits pauvres,
Destins croisés dans l’ombre de Bucarest
Et il découvre que là-dessous vit un monde qu’on ne connaît pas,
Et comprendre en un instant qu’il ne les abandonnera pas.

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

Acrobates parmi les cailloux, jongleurs-enfants,
Un défi sans histoire dans la grande Bucarest.
Rêves d’un chapeau et de la chaleur des applaudissements
Et l’envie d’un rachat dans la nouvelle Bucarest.
Chaque jour l’art pour changer ton histoire,
Le respect pour toi-même : direction obligatoire.

 

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.
La rue n’est pas une maladie à soigner,
Mais une condition dont il faut s’échapper.

Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide
Cirque, cirque, cirque Parada en haut de la pyramide

 

 

 
LA BUCAREST QUI CHANGE
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Marco Valdo M.I.
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11 mars 2016 5 11 /03 /mars /2016 20:49

DU CÔTÉ DES BÊTES

 

Version française – DU CÔTÉ DES BÊTES – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Dalla parte delle bestie – Mimmo Cavallo – 2013

 

 

 

 

Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens

 

 

 

Moi aussi quand j’étais petit, je jouais aux Cow-boys- Indiens, lesquels, malgré les westerns de John Ford et John Wayne, me plaisaient seulement lorsqu’ils se tiraient dessus. Peut-être déjà quand j’étais petit, les perdants me plaisaient plus ; pour parler comme Finardi « Nous sommes tous Vil Coyote ». Et alors ce morceau pourrait donner le départ à une série de chansons pour un parcours « Du côté des perdants ».
 

 

Dialogue Maïeutique

 

Mon cher Lucien l’âne, cher ami, je ne sais si chez les ânes, on joue aux cows-boys (il y a plusieurs boys, mais aussi ils gardent plusieurs vaches ; généralement, un troupeau ; d’où, la nécessité de mettre au pluriel les vaches – en anglais cow ; et les gars, en anglais boy) et aux Indiens (il y a généralement, plusieurs Indiens), aux gendarmes et aux voleurs (voir ce qui est dit des vaches et des gars), aux brigands et aux carabiniers…

 

 

En effet, les ânes ne jouent pas à des jeux aussi « humains ». Mais je les connais quand même ; quoique du temps où j’étais encore un garçon, je n’ai jamais joué à de pareils jeux ; on jouait au gibier-chasseurs ; il est vrai que certains jouaient aux Spartiates – Athéniens ou aux Grecs – Perses, aux citoyens – ilotes, aux maîtres – esclaves. Une remarque piquante, si tu veux bien l’entendre : je n’ai jamais entendu, ni a fortiori, vu jouer aux fascistes-communistes, ni aux patrons-ouvriers… sauf chez les adultes, évidemment !

 

 

Bref, en matière de jeux, ce sont des universaux. On les trouve partout sous des dénominations et des formes diverses. Ces jeux sont les premières manifestations formalisées de la Guerre de Cent Mille Ans dans la vie enfantine. Avant cela, dès les premiers instants de socialisation, dès que se forment des groupes d’enfants, de contemporains, on voit apparaître des comportements de dominants et des comportements de dominés. C’est une chanson où dans la mythique guerre, dans la guerre fantasmée, le « héros », entretemps déjà plus âgé, prend parti pour les « perdants ». Je n’aime d’ailleurs pas trop cette formulation. Je parlerais plutôt volontiers d’un côté : de révoltés, d’agressés, de défenseurs et de l’autre côté : d’attaquants, d’agresseurs et de dominateurs. C’est donc une chanson qui pose à sa manière la question centrale de la Guerre de Cent Mille Ans et qui, en même temps, montre l’importance des jeux d’enfants dans la formation de la personnalité du petit humain. Sans doute même qu’elle dévoile quelque chose de plus profond qu’on ne l’imagine habituellement : le fait que la division en deux camps opposés de l’humanité s’établit très tôt dans l’existence. Je dis ça sans chercher à trancher la question de l’éventuelle propension génétique ou d’un acquis de socialisation ; même si, j’ai fortement tendance à imaginer que ces types de comportement sont des traits sociaux qui sont le résultat d’une éducation ou d’une absence d’éducation, souvent induit. Une sorte d’imprégnation par le milieu dans lequel le jeune enfant baigne. Ce qui ferait que sauf changement volontaire ultérieur, le pli est pris et on se retrouve de l’un ou de l’autre côté.

 

 

Si je comprends bien, dit Lucien l’âne en fronçant ses énormes sourcils, on est très rapidement soit du camp des riches et des puissants, soit de celui des pauvres ou des faibles. La Guerre de Cent Mille Ans commence très tôt chez les hommes. Mais alors, il n’en reste pas oins que si ce positionnement social se fait par imprégnation, il échappe à la volonté de l’enfant ; il lui est instillé, il s’impose dès le plus jeune âge.

 

 

En effet, c’est comme le baptême, c’est comme un conditionnement qui se fait en dehors de la volonté de la personne elle-même (trop jeune encore pour déjà en avoir une très développée) et qui lui est imposé. Et comme pour l’attachement à une croyance, à une religion, seule la raison peut redresser la barre. Évidemment, tout dépend du côté où l’on se place ; on peut choisir d’aller dans le sens imposé ou dans l’autre ; soit maintenir le cap, soit s’orienter de l’autre côté. Ce choix est le résultat de ce processus souterrain qu’on appelle la pensée et la conscience morale. Dans la conscience de l’enfant s’établit progressivement une sorte de cartographie, un dictionnaire, un guide interne, une boussole qui lui indique les choses qui se font, celles qui ne se font pas ; ce qui est acceptable, ce qui ne l’est pas. Cependant, l’imprégnation par le milieu est très précoce et il est très difficile de s’en départir ; d’autant plus difficile qu’on la renforce par l’éducation. C’est ce qui explique que les religions (avec ou sans Dieu(x)) entendent mettre la main sur l’éducation dès la plus petite enfance afin de pouvoir museler toutes les tentatives d’émancipation des enfants et des jeunes et par voie de conséquence, également, celle des adultes et de toute l’humaine nation.

 

 

En effet, dit Lucien l’âne, l’enjeu est de taille… Quant à moi, j’aime beaucoup cette expression qui donne le titre à la canzone : « Dalla parte delle bestie – Du côté des bêtes », qui me paraît aller dans le même sens que noter propre antienne : « Noi, non siamo cristiani. Siamo somari – Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme. » À présent, il nous reste à reprendre notre tâche et tisser le linceul de ce vieux monde encombré de Dieux, de prophètes, de religieux et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens
Qui étaient chassés par les Américains.
Du côté des bêtes.
Toute ma vie contre la peste,
Contre les premiers de classe,
Les espions des maîtresses.


Je me rappelle au cirque ces lions sans dents,
Au sourire triste, éteint et fatigué de perdants
Et tous ces zèbres, et tous ces singes
Si gais, si sautillants,
Mais dans mon cœur, des momies,
Mais dans mon cœur, des momies
Me persécutaient sans bruit.

 

Elles mettaient le sel au milieu des cheveux
Et ces regards perçants me lançaient des lazzis.
Il est fou debout sur le bord d’un toit.
Il est fou quand il sort, serrez-le à l’étroit.
Il est fou sur la porte de chez lui, on a écrit :

Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.

Tout petit, je tenais toujours pour les Indiens
Qui étaient chassés par les Américains.
Du côté des opposants fiers,
Toute ma vie par les sept mers,
Contre les rets des chasseurs,

Et les pièges des trappeurs.
Pauvre de moi, je m’illusionnais, je voulais changer le monde,
Mais je me suis pris des claques 
Et maintenant, c’est le fond que je racle.
Mais j’espère au paradis me débarrasser de l’hyène
Qui me poursuit sans gêne,
Dans ma vie sur scène,
Dans ma vie sur scène.

 

Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.

Et si vous venez me chercher, je suis ici
Dans ce train de dernière classe, oui.
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes, 
Toute ma vie contre la peste,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes et des perdants,
Du côté des bêtes et des perdants.
Toute ma vie en montrant les dents,
Du côté des bêtes, des bêtes.
Du côté des bêtes et des damnés,
Du côté des bêtes et des damnés,
Il y a une bande de pirates,
Du côté des bêtes et des damnés,
Du côté des bêtes et des opposants,
Du côté des bêtes et des opposants.
Toute ma vie par les sept mers et les océans,
Du côté des bêtes, des bêtes,
Du côté des bêtes, des bêtes…

DU CÔTÉ DES BÊTES
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Marco Valdo M.I.
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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 15:12

MER DES ÉMIGRÉS

 

 

 

Version française – MER DES ÉMIGRÉS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienneMar dei migrantiSine Frontera – 2015

 

 

 


Mère d'émigrés

MER DES ÉMIGRÉS


 

Version française – MER DES ÉMIGRÉS – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienneMar dei migrantiSine Frontera – 2015

 

 

Un morceau, explication du titre, qui affronte une thématique aujourd’hui plus que jamais tristement actuelle et voisine : le drame vécu par des milliers de personnes forcées de guerres et la misère à abandonner leur pays natal, en défiant la mer, pour rejoindre les côtes européennes. Le texte raconte à la première personne, le malheureux voyage d’un réfugié, à bord d’un canot pneumatique bourré de personnes, à la recherche d’une vie qu’on espère meilleure. Comme toujours sensibles aux thèmes sociaux, les Sine Frontera décident de leur dédier ce premier morceau, anticipation du nouveau disque « Restiamo umani – Restons humains », à cette tragédie collective, évoquée dans ce voyage, qui malgré son apparente brièveté kilométrique, semble ne jamais finir, tout autant que dangereux, et qui comporte le douloureux éloignement des affections et des lieux aimés, à la recherche d’un monde nouveau.

 

 

 

Dialogue Maïeutique

 

Entre le réfugié, l’émigré, le migrant, le fuyard, le rescapé de la guerre et la terre d’exil, il y a souvent une mer ou mieux encore, un océan. Même si c’est difficile à traverser et risqué et dangereux, même quand la mer est faite de rocailles, l’océan de sable, car pour bien des exilés, c’est le cas. Certains, presque tous, cumulent : plaines interminables, villes dangereuses, montagnes désertes, fleuves infranchissables, déserts mortifères, mers, frontières… Et à tout cela, il faut ajouter le soleil, la pluie, le gel, la neige, la chaleur, le froid, le vent, la faim, la soif, la maladie, la brutalité, la violence et mille autres inconvénients. Et du côté du paradis d’accueil, il y a la bêtise des hommes ou leur méchanceté, que sais-je, qui en ajoutent encore : ils entendent juger de la cause du départ, de l’origine de l’exil. Soyons net : la cause principale, celle qui vient en premier lieu, c’est la misère. Mais la misère n’est pas une bonne raison pour s’exiler, ni la faim, ni la maladie… Ces émigrés-là, ces migrants, certaines bonnes gens (les assis sur leurs sièges, les culs dans le beurre, comme on dit chez nous) veulent les rejeter. Pourtant la faim, la bête, la terrible faim est bien plus assassine que les bombardements et elle pousse à l’exil bien plus de gens. Mais voyez-vous, ma chère, ce sont des réfugiés « économiques ».

 

Seraient-ils moins chers ?, qu’on les qualifie ainsi d’économiques, demande Lucien l’âne.

 

 

Ce n’est certainement pas pour cette raison. Tout simplement, ils fuient la misère économique ; cette banale misère qui tue. Mais la mort et la terreur économiques ne peuvent être dévoilées sans mette en cause la richesse des maîtres du monde. Les réfugiés qui fuient un régime adverse et reconnu comme tel par les « nations civilisées » ont droit à plus d’égards. Ils ont droit au titre de réfugié disons « officiel », « estampillé » et tout se passe relativement bien pour eux tant qu’ils sont peu nombreux. Ensuite, plus leur nombre s’accroît, plus leur accueil devient problématique. C’est mathématique. Ce sont les émigrés de la chanson : ils peuvent payer leur fuite.

 

 

Mais pourquoi donc cette différence, pourquoi cette ségrégation…, demande Lucien l’âne en assombrissant le regard. Et que fait-on des autres de ceux qui fuient sans ce « label », les opposants politiques, les libres penseurs, les porteurs de liberté ? On sait et si on ne sait pas, c’est qu’on ne veut pas savoir, on sait que le sort des incroyants est des plus terribles dans les pays où fleurit la religion – peut importe laquelle, peu importe son idole.

 

 

Ah, Lucien l’âne mon ami, tu le sais bien toi, que les idoles sont des enfants débiles qui veulent qu’on les considère, qu’on les respecte et qu’on en passe par tous leurs caprices. Et des caprices, elles ont en ont de tous les genres : alimentaires (mangez ceci, ne mangez pas cela – du porc, par exemple) ; vestimentaires : habillez-vous comme-ci, ne montrez pas cela (le cheveu, le bras, la jambe, le nombril et finalement, tout le corps) ; totalitaires : ne vous coupez-pas ceci (barbe, cheveu), coupez-vous cela (prépuce, lèvres vaginales). Le Bochiman avait raison : Les dieux sont tombés sur la tête. Mais comme ils n’existent pas, on délèguera la responsabilité de ces imbécillités aux prophètes ces inventeurs vindicatifs et farfelus.

 

 

À propos d’injonctions divines vestimentaires, dit Lucien l’âne en jetant un regard malicieusement noir, il me revient en mémoire, à l’instant, un excellent livre de Pierre Louÿs – Les Aventures du Roi Pausole, où les jeunes filles et les femmes doivent impérativement porter un fichu sur la tête. On y voit donc les demoiselles et les dames se promener (le Royaume de Pausole est un pays où heureusement il fait chaud), à commencer par la fille du Roi, nues avec un fichu sur la tête. Malheur à celle qui le perd ! Ce foutu fichu.

 

 

Lucien l’âne mon ami, tu dérives. Revenons à cette histoire d’émigration marine. Établissons une solide vérité : le sort de ces réfugiés est détestable et c’est une honte qui retombe en poussières vénéneuses sur ceux qui les rejettent. Mais le pire, c’est le destin des pauvres de là-bas qui n’ont même pas la ressource de fuir et qui doivent subir et la misère et la guerre et les envahisseurs assassins et les bombes des libérateurs du ciel. Il faut à tout moment réfléchir le propos dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les puissants et les candidats à la richesse et à la puissance font aux pauvres pour assurer leur domination et démultiplier leurs richesses. L’humaine nation ne connaîtra la paix véritable et définitive qu’avec la disparition du goût de la richesse, de l’arrogance du pouvoir, de l’ambition de dominer et de l’habitude d’imposer ses lubies.

 

 

Alors, reprenons vite notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde capricieux, religieux, absurde, assassin et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

J’ai abandonné ma maison un jour de fin septembre
Tous disaient « Partons, qu’avons-nous à perdre ? »
J’ai laissé mon peu de choses
Et un bouquet de roses
À ma mère.


Sur la plage, tous veulent partir. Le ciel est beau.
L’Europe est proche ; un filet de mer nous sépare.
J’ai donné toute ma fortune
Pour une place assise sur le radeau.
De la main, je peux effleurer l’eau.


40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.


On naviguait dans la nuit,

Moi, j’imaginais une vie
Sans guerre dans un lointain pays civilisé.

Et je vis 
Dans les yeux médusés,
Peur et terreur
Quand s’éteignit

Le moteur.


40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.

 

Hommes, femmes, enfants, serrés l’un contre l’autre,
Tremblent, pleurent ; la mer monte.
Nous nous abandonnons à notre destin,
Nous nous abandonnons à notre sort :
À la vie ou à la mort.

 

40 milles au Nord, le ciel commença à crier
Aux… lucides et aux fatigués,
Bienvenus sur la Mer des Émigrés.

Sur la Mer des Émigrés.

Sur la Mer des Émigrés.

MER DES ÉMIGRÉS
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Marco Valdo M.I.
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 21:58

MAUDIT SOIT COPERNIC

 

Version française – MAUDIT SOIT COPERNIC – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Maledetto sia Copernico – Michele Mari – 2007

 

 

 

 

 


Nicolas Copernic face au ciel

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue maïeutique 

 

 

 

 

Tiens, dit Lucien l’âne en riant, voilà Copernic qui revient. Si je me rappelle bien, c’était lui qui fermait le bal de ta dernière version française.

 

 

Eh oui !, Lucien l’âne mon ami. C’était bien lui et sa révolution copernicienne qui concluait L’INQUISITION . Mais cette fois, au lieu d’éloges, il reçoit une volée de bois vert, il est maudit.

 

« Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic ! »

 

 

On ne peut être plus clair, dit Lucien l’âne en riant aux éclats. Pauvre Copernic !

 

 

Halte !, Lucien l’âne mon ami. C’est de l’humour, c’est pour rire. En fait, de toute façon, Copernic s’en fout, vu qu’il est mort il y a près d’un demi-millénaire. C’est l’humour d’un de nos contemporains qui dit regretter la grandeur passée de l’humanité, quand l’homme se croyait encore cet être merveilleux créé par un Dieu qu’il avait inventé tout exprès pour ça. Alors, comme c’est bien cette fameuse révolution copernicienne, cette remise à plat de la platitude de la Terre et de sa centralité dans l’Univers, qui a fait chuter et l’homme et son Dieu de leur piédestal, l’auteur de la chanson maudit Copernic. Ce « Lost Paradise » est le résultat le plus désolant, aux yeux de notre auteur, de cette découverte copernicienne. Mais cette déception est baignée d’acide comique…

 

 

Il ne me reste qu’à conclure, à proposer de reprendre illico notre tâche et à nous remettre à tisser le linceul de ce vieux monde déboussolé, déchu, triste et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Un temps, il y avait des points fixes
Tout tournait autour de nous
L’espace n’avait pas d’abysses
Immobile, au centre, notre monde à nous.
Nous étions le principe,
Tout le reste conséquence.
Nous étions le prince et les maîtres,

Mais ensuite, damnée connaissance !


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !


Nous savions où se trouvait le paradis
Et l’espace était seulement une réplique.
Nous nous tenions fermes en un point précis
Et pas sur cette espèce de manège.
Nous ne nous attendions pas à ce que finît

Le règne de Dieu parmi les étoiles fixes.
Nous ne savons jamais où nous sommes
Depuis que avons découvert notre sarabande.


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

Un temps, nous avions une immense
Terre à conquérir,
Un univers où montrer notre puissance
Et des géants à estourbir.
Maintenant, nous sommes réduits à des fourmis,
Sous mille drapeaux tous ennemis,
À nous tuer pour une aire à répartir,
Une demi-heure avant de mourir.


Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

 

Maintenant que nous sommes minuscules et mobiles,
À quoi riment nos prétentions,
Nos amours et nos sentiments nobles,
Notre rage et nos contestations ?
Au vu de la poussière que nous sommes,

Je ne sais pourquoi nous continuons.
Je ne sais même pas si c’est bêtise,
Orgueil ou désespérance.

 

Maudit soit Copernic,

Maudit soit Copernic !

MAUDIT SOIT COPERNIC
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Marco Valdo M.I.
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4 mars 2016 5 04 /03 /mars /2016 14:25

INQUISITION


Version française – INQUISITION- Marco Valdo M.I.

Chanson italienne – Inquisizione – Elio e le Storie Tese – 2016

"Figgatta De Blanc" (2016)

 

 

 


Il y a la sainte Inquisition qui

Fait rôtir les gens oh, non !

Damnée Inquisition !

 

 

 

 

 

Depuis que le monde est monde, l’Inquisition brûle les gens ; plus au Moyen Âge qu’à d’autres époques, mais de toute façon, on les brûle. Les gens brûlés se comptent par milliers, si pas davantage. Cela dépendait de ceux auxquels il plaît d’enquêter, le phénomène serait toujours très répandu. Il n’est heureusement pas le cas chez nous actuellement, car un fort mouvement d’opinion s’y oppose.

 

 

 

Dialogue maïeutique

 

 

Nous qui pensions, Lucien l’âne mon ami, que notre opéra-récit Till le Gueux qui s’élève tout entier contre l’Inquisition était une sorte de sujet hors du temps présent et peu répandu dans la chanson contemporaine, voici qu’une chanson italienne récente (ô combien, elle vient de sortir) aborde de face ce sujet de la confrontation entre la libre pensée et la religion, entre les athées et les tenants de Dieu ou des Dieux, vu que les divinités pullulent comme champignons après la pluie. Cette chanson s’intitule fort à propos : Inquisizione – INQUISITION. En somme, pour résumer la chose, l’Inquisition est à la religion, ce que la police politique et les tribunaux d’exception sont aux dictatures. Il y a là aussi des murs à faire tomber. Quant à son fonctionnement, on trouve dans Till le Gueux, une série d’exemples Coupez les pieds !Katheline suppliciée Tuez les hérétiques, leurs femmes et leurs enfants! , Procès et condamnationLa Mort de Claes, le charbonnier Telle est la Question Trois cents ans de torture et L’Araignée de l’Escurial. Malgré les terribles soubresauts de la bête dans certains coins du monde, comme on le sait de plus en plus, dans tous les pays, les religions sont en recul. Et de plus, c’est un processus lent, mais irréversible.

 

 

Voilà qui fait plaisir et qui montre que l’humaine nation progresse en sagesse et conscience de soi. Ainsi, tu n’es pas – comme tu pouvais l’imaginer – une vox clamans in deserto. Il y a de l’écho. Et même en Italie et en italien, de surcroît. Il te fallait donc de toute évidence faire une version française de cette canzone d’Elio sans attendre.

 

 

Et je n’ai pas attendu, comme tu le vois. Même si, appelé à d’autres tâches, j’avais un peu ralenti dans la confection des chansons de Till, j’ai dégagé quelques heures pour cette version d’INQUISITION, car – à nos yeux – c’est un sujet prioritaire en raison du climat d’affrontements aux relents religieux dans lequel nous baignons depuis quelques temps. Il est temps de rappeler ce qui se cache derrière le discours vantant les « racines chrétiennes » de l’Europe. Ça sent l’encens, ce symbolique parfum aux odeurs de bûchers et de grandes persécutions.

 

 

Surtout, dit Lucien l’âne, que ce sont là des choses contagieuses et passionnelles. On meurt aisément quand on meurt pour le ciel. Et dire qu’on prétendait que Voltaire était périmé… Mais finalement, que raconte cette chanson ? J’aimerais bien que tu m’éclaires, car je ne distingue pas tous les personnages dont il est question.

 

 

En fait, quatre quatrains se réfèrent à des personnages réels qui ont eu à souffrir de l’Inquisition de diverses manières. Le quidam du premier est Galilée, qui se sauva du bûcher en abjurant. Le Giordano Bruno est lui-même, celui qui a été rôti sur le Campo dei Fiori de Rome. L’Anglais est Charles Darwin toujours en butte aux persécutions des créationnistes et dans ma version, j'ai remplacé le babouin des religieux par le Singe nu de Desmond Morris et la révolution copernicienne renvoie à Copernicqui fit de la Terre une planète du Soleil et du Soleil une étoile perdue dans l'univers. Tous font l’objet d’une vindicte cléricale. Même si ces exemples renvoient au passé, il n’en reste pas moins qu’il faut les rappeler, tout comme il convient de rappeler les horreurs des croisades – y compris celles contre les Albigeois, contre les Cathares, contre les membres de la Fraternité des Pauvres de Pierre Valdo. D’ailleurs, des appels à la croisade courent dans l’air. On ne sait trop quand elle viendra, mais quand ce genre de longue marche se met en route, elle s’étend comme la peste porcine, la grippe aviaire ou la maladie de la vache folle. Il me paraît impératif de faire face et de refuser de choisir entre la peste et le choléra. On ne dira jamais assez que l’humaine nation ne peut se construire qu’en se débarrassant des oripeaux et des fantasmes célestes. On ne peut éluder cette question au nom du « vivre ensemble » ou de je ne sais quel « arrangement raisonnable » quand il s’agit de prendre le parti de l’humaine nation contre les ingérences divines et leurs séides.

 

 

Pour nous les ânes, comme pour toutes les espèces vivantes, le choix est simple : entre le pantin divin et notre mère nature, nous choisissons le monde réel, naturel et forcément, sans Dieu(x). Nous choisissons d’être des « sans Dieu(x) », nous sommes athées. Nous voulons un monde sans prophètes et sans dieux. Reprenons dès lors notre combat contre les Dieux, les religions (même athées) et leurs Inquisitions et tissons le linceul de ce vieux monde croyant, crédule, inquisitorial et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Un quidam, il y cinq cents ans 

Observait le ciel au télescope
Et ce qu’il y vit ne plut pas un instant
Aux tenants des vieilles écritures

Un Giordano contemporain, très érudit,

Un certain Bruno, a été questionné, 
Et par la justice condamné au bûcher.
De science et de connaissance, 
il vaut toujours mieux ne pas parler.


Il y a la Sainte Inquisition
Qui fait rôtir les gens oh, non !
Il y a cette damnée Inquisition.
Il suffit de dire deux blagues sur la place
Et Torquemada se déplace.

Il y a deux cents ans, un Anglais

Observa avec son microscope
Et ce qu’il découvrit, ennuyait 
Les Églises et les ministres du culte.


Il n’est pas facile d’admettre que nos aïeux
Étaient des singes nus
Surtout quand on est convaincu 
Que nos ancêtres avaient été créés par Dieu
La libre pensée a du mal à s’affirmer si


Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Ennuyeuse Inquisition !
Il y a la sainte Inquisition qui
Fait rôtir les gens oh, non !
Damnée Inquisition !
Si on veut éviter la torture oh, oui !

Il faut abjurer ses convictions.

Il y a la sainte Inquisition
Qui vient d’Espagne oh non !
Mais qui donc jamais s’attendit 
À ce qu’un savant soutienne
Que nous tournons autour du soleil oh, oui !
C’est la révolution, c’est la révolution
Copernicienne.

 

 
INQUISITION
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Marco Valdo M.I.
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 23:44

TROIS MINUTES D’ATTENTION

 

Version française – TROIS MINUTES D’ATTENTION – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson allemande – Drei Minuten Gehör ! – Kurt Tucholsky – 1922

Publié sous le nom de Theobald Tiger in Republikanische Presse, 29.07.1922, Nr. 6

 

 

 

 

 

 

 

 

Connais-tu Lucien l’âne mon ami, la ville où l’art de Tucholsky fleurit ?

 

 

Oh, oh, dit Lucien l’âne, je connais de Tucholsky sa réputation de polémiste contre la guerre et le militarisme. Nous connaissons aussi son penchant pour les jolies dames et notamment Mademoiselle Ilse. Je sais aussi qu’il vit très tôt la montée des périls, la venue du Péril. Il s’y opposa tant qu’il put, puis il se suicida, épuisé, à l’étranger.

 

 

Aurait-il patienté quelques années… Parfois, j’ai l’impression qu’on se suicide trop vite, dit Marco Valdo M.I., pensif.

 

 

Donc, avant ça, il fit très tôt (1920) de très nombreux textes pour alerter les Allemands contre l’esprit de revanche, contre les détracteurs de la République de Weimar qui, malgré tous ses défauts et ses côtés de guerre civile larvée, avait permis à Berlin (où avant ses exils, vivait et écrivait Tucholsky) de connaître un temps une atmosphère de liberté et de création absolument extraordinaire. Que le pouvoir s’efforça bien vite de liquider. Voilà ce que je connais de Tucholsky, alias Theobald Tiger, Kaspar Hauser, Peter Panter et Ignaz Wrobel.

 

 

C’est déjà beaucoup et cela me paraît une excellente introduction à la chanson dont je viens de faire une version française. Si la version française est d’aujourd’hui, la chanson de Tucholsky date de 1922. Elle fait référence directe à la guerre qui vient de se terminer quelques années auparavant, avec cette antienne récurrente : « Vous en souvenez-vous ? ».

Son titre d’abord, car l’explication par le titre t’intéresse toujours. C’est « Drei Minuten Gehör ! » ou « Trois minutes d’attention ! » En fait, Tucholsky, alias Tiger, s’adresse à trois parties, trois tranches, trois groupes de la population allemande : un : les hommes ; 2 : les femmes et 3 : les jeunes. À chaque groupe, il demande une minute d’attention. 3 groupes, 3 minutes, d'où le titre. Il précise dès le début qu’il s’adresse à une partie bien spécifique de la population ; il dit qu’il parle à ceux qui travaillent. Pour situer cet appel, il est intéressant de le voir dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants font aux pauvres afin d’assurer leur domination, de renforcer leur pouvoir, d’accroître leurs richesses, d’étendre le champ de l’exploitation… En clair, Tucholsky s’adresse aux pauvres ; il décrit, il rappelle aux hommes comment on les traita entre 1914 et 1918 et ce qui s’ensuivit pour eux ; il rappelle aux femmes comment leur jeunesse fut perdue, leurs familles détruites, leur misère subséquente, leurs morts et leurs hommes invalides ; aux jeunes, il livre un bréviaire de l’insoumission pacifique. Mais là aussi, la loi de Cassandre a joué à plein. La catastrophe que Tucholsky annonçait et qu’il tentait de parer a eu lieu. Son « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! » est resté une volonté. Volonté que nous partageons encore toujours.

 

 

Ah, dit Lucien l’âne, « – Nie wieder Krieg –! » : « Plus jamais la guerre ! », comme volonté, c’est toujours d’actualité à présent, mais cela restera comme alors tant qu’on n’aura pas mis fin à la cause fondamentale de la Guerre de Cent Mille Ans, à savoir le mélange détonnant que constituent la richesse et le pouvoir, avec leurs corollaires que sont l’ambition, l’avidité, l’exploitation. En attendant, prenons notre part dans l’élaboration de cette fin, nous qui ne sommes que grains de sable et tissons le linceul de ce vieux monde avide, ambitieux, guerrier et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Vous devez m’accorder

Votre attention trois minutes,

Vous qui travaillez !

Vous qui tapez du marteau, 
Vous qui clopinez sur des béquilles, 
Vous qui tenez le plumeau, 
Vous qui chargez les poêles, 
Vous qui, de vos mains fidèles, 
Donnez votre amour à l’homme – 
Vous, vieux et jeunes – : 
Vous devez m’accorder trois minutes. 
Nous ne sommes pas entre vainqueurs de la guerre. 
Gardons bien ça en tête.


La première minute appartient à l’homme. 
Qui a marché en gris-vert pendant des années ? 
À la maison, les enfants – à la maison, la mère pleure. 
Vous : chair à canon gris-verte – ! 
Vous avez creusé les tranchées dans les champs argileux. 
Là vous n’avez vu aucun fils de famille prétentieux: 
Ils se saoulaient à l’arrière.

Ils allaient au claque avec les dames.
On vous a formés. On vous a entraînés. 
Étiez-vous encore à l’image de Dieu ? 
Dans la caserne – dans la guérite,
On vous tenait pour le pou le plus sale.
L’officier était une perle, 
Mais vous seulement des « types » ! 
Des automates juste bons à tirer et à saluer.
« Bandes de porcs ! Doigt sur la couture du pantalon – ! » 
Les blessés pouvaient souffrir mille morts ; 
Quand un prince venait, il fallait saluer réglementairement.
Et dans le charnier encore, vous étiez les porcs : 
Les officiers avaient un vrai enterrement ! 
Vous ne valiez pas cher pour la mort. 
Cette sanglante comédie a duré quatre ans.
Vous en souvenez-vous – ?

 

La deuxième minute appartient à la femme. 
De qui à la maison, les cheveux sont-ils devenus gris ? 
Qui, la journée finie, s’effraye
Et s’éveille en criant dans la nuit
Qui tout au long de quatre années, 
A connu l’embarras des longues files, 
Quand les princesses et leurs époux
Avaient tout, tout, tout – – ? 
À qui a-t-on écrit dans une courte lettre, 
Qu’un de plus dormait dans les Flandres ? 
Et joint, un formulaire avec deux attestations. 
Qui devait mendier ici pour les pensions ? 
Larmes, douleurs et cris sauvages. 
Il reposait. Vous étiez seule. 
Ou bien, ils l’ont renvoyé boitant sur sa canne, 
Revenu dans vos bras comme infirme. 
Ainsi est passée la merveilleuse
Grande époque – quatre longues années. 
Vous en souvenez-vous – ?

 

La troisième minute appartient aux jeunes ! 
Ils ne vous ont pas forcés à l’uniforme ! 
Vous étiez libres ! Vous êtes toujours libres aujourd’hui ! 
Veillez à ce qu’il en soit toujours ainsi ! 
L’espoir repose sur vous. À vous la confiance 
De millions d’Allemands : femmes et hommes. 
Ne vous mettez pas au garde-à-vous. Ne servez pas ! 
Il faut leur montrer ! Vous êtes libres !
Et s’ils viennent à vous et avec des pistolets menacent – : 
Ils devront venir vous chercher ! N’y allez pas !
Pas de soldats ! Pas d’obligation militaire !
Pas d’actes de diktats au monocle !

Pas d’alignement! Pas d’ordre !
Pas d’officiers de réserve ! 
C’est votre avenir qui se joue ! 
C’est votre pays que l’on floue ! 
Jetez vos chaînes d’esclaves ! 
Quand vous le voudrez, vous serez tous libres ! 
Ne collaborez plus ! Que votre volonté se fasse !
Quand vous le voudrez, vous aurez la victoire ! 
– Plus jamais la guerre – !

 

 

TROIS MINUTES D’ATTENTION
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Marco Valdo M.I.
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 22:48

LA BOMBE INTELLIGENTE

Version française – LA BOMBE INTELLIGENTE – Marco Valdo M.I. – 2016

Chanson italienne – Bomba intelligente – Elio e le Storie Tese – 2016

Paroles de Francesco di Giacomo (2005)
Musique de Paolo Sentinelli

 

 


Les amours de la femme-poisson rose, alias

 la Bombe intelligente.

 

 

 

 

« C’était 2005 le souvenir reste comme si c’était hier, en plein dans la deuxième guerre du Golfe. Bagdad avait été frappée plusieurs fois et une bombe dite intelligente avait manqué sa cible. Ali avait 14 ans, il perdit ses bras et à Bagdad, il y avait le soleil qui brûlait vraiment très fort. Je me le rappelle comme si c’était hier, face à cette nouvelle qui nous remplissait de rage. Ensuite Francesco commença à raconter une histoire, il ouvrit son cœuril alignait des phrases très belles que jécrivais en toute hâte sur une feuille de papier, l’arrière d’une quittance d’électricité, trouvée sur la table de la cuisine. « En soutenant, avec la force de la raison, qui une bombe puisse être très intelligente, on pourrait lui demander peu avant l’explosion la description d’un coucher de soleil ou si elle a déjà ou non fait l’amour ». « Continue Francè, c’est beau ». Oui, c’est beau.

« À ce 
moment, cette bombe très intelligente parlerait, elle dirait avec le cœur en main, elle raconterait son amour qui était un avion mythique qui disait le monde est étrange, peut-être vaut-il mieux rester à l’écart, mon amour. Ah ! Ce séducteur me portait contre le vent, ah ! qui aurait dit qu’ensuite, il me larguerait ici. » Avec la feuille pleine d’encre et de notes, je rentrai chez moi et imaginant raconter cette histoire à un enfant, je composai une musique légère, presque une comptine. C’était le premier morceau que nous écrivions ensemble. Depuis nous avons commencé à nous voir plus souvent jusqu’à ce que ça devienne une agréable habitude. Il racontait, je prenais note, je rentrais chez moi, et j’en faisais des chansons. Durant ces dix ans, il a écrit des choses merveilleuses, sa créativité ne s’était pas du tout tarie, au contraire, elle était viveElles sont  dans un tiroir, chantées, jouées, et il n’est pas facile rassembler la force pour les publier. Pour nous, ça n’avait aps d’importanceça ne nous intéressait pas, on échangeait des pensées, des émotions, de la créativité, et le vin n’était jamais banal. C’était 2005, je m’en souviens comme si c’était hier chez Francesco. Je rapportai la quittance avec le texte écrit au verso, la lumière ne fut pas débranchée, et avec un microphone d’un portable, nous avons enregistré la voix à la cuisine, entre une gousse d’ail et une aubergine, comme en passantUne histoire à faire frémir un ingénieur du son. 
...

Aujourd’hui cette chanson est publiée par Elio e Le Storie Tese ... La première écrite avec Francesco, la première à être publiée ».

 

En Italie, les premiers à traduire l’idée en musique ont été les Bisca, avec un morceau appelé précisément Lbomba intelligente . Dans leur version, la bombe intelligente s’appelait Carmela et elle tombait amoureux éperdument de Ciruzzo, un vieux surplus de guerre. Le bruit de la bombe qui tombe est en réalité un échantillon de l’avion de Back in the U.S.S.R.‎ des Beatles. (marok)

 

 

Dialogue maïeutique de l’âne

 

 

Les bombes intelligentes, dit Lucien l’âne, en voilà une idée. Ce doit être une idée de militaire ou alors, d’un savant amoureux fou d’une sirène atomique.

 

 

Tu ne crois pas si bien dire, Lucien l’âne mon ami, c’est exactement de ça que parle la chanson. Enfin, plus ou moins. Je ne dirai rien d’autre de sa genèse, car nos amis italiens l’ont déjà fait dans le commentaire introductif que j’ai traduit (en partie). Mais je vais te dire quelques mots de l’illustration, car elle en vaut la peine. À première vue, elle n’a aucun rapport avec la bombe intelligente dont il paraît qu’il en existe vraiment et même beaucoup, mais elles sont équipées d’une intelligence militaire, toute tournée vers la destruction et l’art de la guerre. Ces bombes intelligentes en uniforme sont des êtres spécialement conçus pour la Guerre de Cent Mille Ans , cette guerre que les riches font aux pauvres depuis tant de temps aux seules fins de renforcer leur pouvoir, d’étendre leur domination, d’accroître leurs richesses, de multiplier leurs profits… Il suffit d’ouvrir les yeux pour s’en apercevoir.

 

 

Certes, dit Lucien l’âne, mais il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.

 

 

À propos de voir, revenons à notre illustration. À quoi donc fait-elle penser ?

 

 

Oh !, dit Lucien l’âne en riant de toutes ses dents et en clignant de l’œil gauche. On dirait des femmes-poissons qui vont s’enlacer. On dirait une parade amoureuse au fond de l’océan.

 

 

Et c’est exactement ça. Deux femmes-poissons se cajolent au fond de la mer, ce qui est sans doute le destin de notre « bombe intelligente » :

« Ah, l’amour est silencieux là sur le fond, 
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson ! », chante la chanson.

Ceci dit, il y a diverses interprétations possibles de cette expression « bombe intelligente », qui m’a tout l’air d’un oxymore à plus d’un titre. Suis bien mon explication. Le premier sens, c’est celui que les militaires ont donné à une bombe qui, grâce à un système de guidage se dirige « seule » vers son objectif, comme si elle pensait réellement et c’est d’elle que parle la chanson. Toutefois, dans la chanson, cette bombe va user de son intelligence pour se mettre à penser, comme les créatures des frères Čapek ou plus tard, d’Asimov – les robots, et à agir à l’encontre de la mission de destruction qui lui était assignée. Sa récompense sera, sans doute par la grâce de Poséidon, de devenir une femme-poisson promise à l’amour marin.

 

 

Ah, l’amour marin, c’est le plus tonique, dit Lucien l’âne radieux, et j’ai connu personnellement un certain nombre de ces dames depuis que je baguenaude autour de la Méditerranée. Généralement, on les nomme des sirènes ; ce sont de braves filles aux amours humaines et pas seulement, comme tu le devines. Ulysse lui-même les avait rencontrées.

 

 

Cependant, Lucien l’âne mon ami, il est une autre interprétation qui m’est venue en tête. Depuis peu de temps, les humains, principalement les mâles, dénomment « bombes », les jeunes personnes : jeunes femmes, jeunes filles aux proportions anatomiques percutantes. Quant à l’intelligence, on ne sait trop ce qu’il en est, car c’est une caractéristique qui échappe généralement à l’entendement de ces messieurs.

 

 

Ah !, dit Lucien l’âne, c’est une interprétation indiscutable, mais elle ne colle pas vraiment avec la chanson. Ceci dit, que voulais-tu dire encore à propos de l’illustration ?

 

 

Je voulais indiquer qu’il s’agit d’un dessin connu du peintre Magritte, dessin qui doit dater de 1924 et selon les habitudes héritées des courants dada, expressionniste, surréaliste et plus tardivement, situationniste, ce dessin – comme beaucoup d’autres illustrations dont j’use pour ces chansons que j’écris ou dont je fais une version française – est une variation, une dérivée, une dérive, un détournement. C’est et c’est pas (’tis or ’tis not) un dessin, une image, une peinture de tel ou tel autre. Ceci rejoint bien évidemment le « je est un autre et inversement », de l’autre jour.

 

 

De toute façon, Marco Valdo M.I. mon ami, dit Lucien l’âne en agitant les oreilles alternativement en commençant par la gauche, en formant des points d’interrogation sur le dessus de son crâne, n’est-ce pas Magritte lui-même qui avait fait cette peinture représentant une pipe en indiquant sur la toile : « Ceci n’est pas une pipe ».

 

 

Bien sûr que c’est lui…

 

 

Alors…, dit Lucien l’âne en levant les yeux au ciel comme pour chercher son fantôme dans les nuages. Alors, poursuivons notre route et reprenons notre tâche et tissons le linceul de ce vieux monde explosif, létal, poissonneux et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 


Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.


À ce moment, cette bombe pleine d’intelligence
Parlerait, elle dirait les yeux dans les yeux,
Son fol amour pour un avion fabuleux
Qui lui serinait « Le monde est étrange,
Tenons-nous à l’écart, mon amour, ça vaut mieux. »

Ah ce séducteur, il m’emmenait dans le vent,
Ah qui aurait dit qu’il me larguerait maintenant ?


En séduisant le mécanisme de guidage, 
Elle se montra une bombe très intelligente, 
D’un geste exceptionnel, elle mobilisa toute sa force
Et se jetant dans la mer, elle sauva tout le monde.

Ce criminel qui l’emmenait dans le vent,
Ah mais quel amour ? Quel amour là-dedans ?

Entretemps passent les saisons ; et les factions 
Rédigent des accords et des conclusions 
Sans tenir compte, ni prévoir d’éventuels amours… d’exception.


Ah, l’amour est silencieux là sur le fond, 
Ah, quel grand jour quand l’amour la fit poisson !

 


Si l’on peut soutenir, par la force de la raison,
Qu’une bombe peut être très intelligente,
On peut aussi lui demander juste avant qu’elle n’explose
La description d’un crépuscule
Ou si elle a déjà fait l’amour, oui ou non.

LA BOMBE INTELLIGENTE
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Marco Valdo M.I.
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