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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 09:07

'sti Messieurs


Canzone léviane – 'sti Messieurs – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 85

'sti Messieurs est la huitante-cinquième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Tu vois, Lucien l'âne mon ami, si j'osais – c'est juste une façon de parler, car tu l'entends bien, j'ose – je dirais que cette canzone en italien devrait être intitulée « 'sti Signori » ou quelque chose comme çà, avec l'apostrophe, avec l'élision de dérision. Je m'explique, car je vois ton œil gauche interloqué et ton œil droit qui clignote comme un phare breton. En fait, la canzone s'intitule en français Ces Messieurs et on entend bien toute la dérision que cela comporte. Qu'est-ce à dire...Ce sont ces gens de la caste, ceux qui si l'on replace cette canzone dans la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font impitoyablement aux pauvres, ceux qui sont résolument et arrogamment dans le camp des forts, dans le camp des riches et qui se pavanent en se poussant du menton, en lissant leurs cheveux en polissant leur sourire et en méprisant tout ce qui n'est pas eux ou à tout le moins, de leur monde.

 

Oh, oh, dit Lucien l'âne, voilà bien de petits messieurs que ces messieurs.

 

C'est exactement çà que veut dire mon « 'sti signori », mais je ne te garantis pas qu'il soit connoté ainsi habituellement. Pour le reste, notre méditation-rêve-songe de notre ami le prisonnier-guerrier-blessé continue sous la forme d'un voyage en train quelque part en Allemagne, mais est-ce bien Trêves (rime de rêve), à moins que ce soit Brême (rime de crème) ou Breslau (rime d'eau), voyage dans le temps où il était libre, peintre et pas encore enfermé. Et ces messieurs, « 'sti signori » était-ce hier ou est-ce là maintenant... Charme flou de la méditation.

 

Mais, à t'entendre, Marco Valdo M.I. mon ami, il me semble que la conclusion, le sens est clair en qui les concerne...  « 'sti messieurs » sont proprement méprisables, ce sont, me semblent-ils les hommes de pouvoir et leurs larbins zélés... Tristes engeances. L'expression « pourritures terrestres » qui les désigne est une belle trouvaille, qui me rappelle un peu les fameuses « nourritures terrestres » de Gide, cet écrivain que j'ai croisé en Algérie ou en Russie, je ne sais plus exactement. Quant aux « 'sti messieurs », ils sont l'incarnation-même de ce monde en putréfaction et cacochyme pour lequel toi, moi et des millions d'autres tissons ou tisserons un splendide linceul...

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Qui sont donc ces messieurs,

Ces hommes impeccables et fiers d'eux ?

Ces étranges personnages agitent mes rêves

Ils traversent les gares, les places

On part pour un lieu incertain, comme Trêves

Dans un wagon de troisième classe,

Un vieux wagon à couloir central.

Bondé des voyageurs du matin.

Je descends acheter un journal

En revenant, mon linge est parti avec le train.

Dans ce jardinet semi-oriental,

Parmi les bustes de marbres rares

Polis par les tailleurs de Carrare

Au crépuscule qui descend sur l'eau,

Le soleil bas rend difficile de trouver

Des ombrages où mettre la blancheur rugueuse de mes tableaux.

De grandes peintures d'arbres secs et de rochers.

Dans cette nuit trop sombre, çà chuchote tout bas

Que font donc ces messieurs,

Rassemblés dans leurs auberges "All'Isoletta",

Ces hommes impeccables et fiers d'eux,

Qui contournent et transgressent toute loi,

Avec l'arrogance et l'astuce de ceux

Qu'on trouve dans les villas de rivages lumineux

Dans les gares, dans les aéroports, aux commandes de l'État ?

On les retrouve plastronnant dans les villes.

Sveltes, cupides, complices et serviles,

Certains journalistes, certains avocats,

Pour ces pourritures terrestres se courbent bien bas.

Ils en adoptent le langage, obscur, allusif, mielleux.

Leurs mots gargouillent visqueux comme la poix au feu,

Avec de grosses bulles opaques, ils disent leurs n'importe quoi.

Qui sont donc ces messieurs,

Dans les gares, dans les aéroports, aux commandes de l'État,

Ces hommes impeccables et fiers d'eux ?

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 21:08

VAGUE LIBRE

 

Version française – VAGUE LIBRE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Onda Libera – Modena City Ramblers – 2009

 

C'est une vague qui s'étire

Comme quand l'air annonce l'orage

Une énergie qui monte et se répand

Et on ne peut l'arrêter

 

Tu la sens qui te pique les lèvres

C'est une bonne fièvre qui te nourrit

Et avant de comprendre elle est déjà dans ta peau

Cette secousse qui prépare le changement

 

Vague libre, vague libre ! La vague libre arrive !

Vague libre, vague libre ! Libre fréquence, libre expérience

Vague libre, vague libre ! La vague libre arrive !

Libre conscience, libre présence

Libre terre, libres pensées et rêves et libres nos voix !

 

Elle descend sur les places et dans les rues

Elles suit les fleuves et les montagnes

Elle passe avec les oiseaux en vol

Et saute avec les grillons et les cigales

 

Tu la sens qui te pique les lèvres

C'est une bonne fièvre qui te nourrit

Et avant de comprendre elle est déjà dans ta peau

Cette secousse qui prépare le changement

 

Vague libre, vague libre ! La vague libre arrive !

Vague libre, vague libre ! Libre fréquence, libre expérience

Vague libre, vague libre ! La vague libre arrive !

Libre conscience, libre présence

Libre terre, libres pensées et rêves et libres nos voix !

 

Elle libère la terre, elle libère l'amour

L'amour pour cette terre

Qu'on ne peut mesurer

Une terre où tu naquis

Avec tous tes sentiments

C'est une terre de misère, une terre de noblesse

Une terre exploitée, une terre de sueur

Ni mafia, ni camorra

Ne peuvent te faire abandonner

Lutte pour cette terre

Lutte pour cet amour

Qui bat en ton cœur

Et ne peut jamais mourir

Terre de sueur, terre de chaleur

Terre de culture, terre de liberté

Terre de musique, terre qui ne meurt

Terre d'un peuple qui lutte

Et qui ne se rend jamais

 

 

Elle libère la terre, elle libère l'amour

L'amour pour cette terre

Qu'on ne peut mesurer

Une terre où tu naquis

Avec tous tes sentiments

C'est une terre de misère,

Une terre de noblesse

Une terre exploitée, une terre de sueur

C'est ta terre et on ne peut jamais te la prendre

Lutte pour la terre, lutte pour l'amour.


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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 09:01

MORT D'UN POÈTE

 

Version française – MORT D'UN POÈTE – Marco Valdo M.I.. – 2010

Version italienne - Morte di un Poeta – Modena City Ramblers

 

 

 

Si je devais tomber au plus profond de l'Enfer

Dans un fleuve noir d'encre

Rouler perdu entre des sacs d'immondices

Dans un gouffre sans retour.,

Si je devais disparaître dans les méandres de la terre

Et ne plus voir la lumière du jour

Mais c'est toujours la même vieille histoire et personne ne le comprend

Et laissez-moi ici dans mon coin de ciel à noyer mes mauvais souvenirs

Dans les rues de New York, le poète est seul et personne ne s'en soucie,

Dans le dix-neuvième, la vie passe vite

Entre les immeubles et les boulevards de Paris,

Les immigrés qui dansent des rythmes tziganes,

Et s'écoulent les noirs et les verts

l'édenté suit les filles étrangères

Aux chapeaux et aux robes légères,

Mais c'est toujours la même vieille histoire et personne ne le comprend

Et laissez-moi ici dans mon coin de ciel à noyer mes mauvais souvenirs

Dans les rues de Paris, le poète est seul et personne ne s'en soucie,

Vieille et sale Dublin pour un enfant qui revient

Tu es une mère qui attend à la tombée du jour

Avec la puanteur de l'alcool, avec des baisers et des chansons,

Pour celui qui fut longtemps prisonnier,

Il y a une bombe et un pistolet, un Anglais à buter

Et un uniforme vert de l'armée

Mais c'est toujours la même vieille histoire et personne ne le comprend

Et laissez-moi ici dans mon coin de ciel à noyer mes mauvais souvenirs

Dans les rues de Dublin, le poète est seul et personne ne s'en soucie,

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1 février 2010 1 01 /02 /février /2010 15:21

Cinq Doigts


Canzone léviane – Cinq Doigts – Marco Valdo M.I. – 2010

Cycle du Cahier ligné – 84


Cinq Doigts est la huitante-quatrième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.


Ah, Lucien l'âne mon ami, tu te souviens certainement de la canzone précédente, celle que j'avais intitulée bizarrement Crapoeuf et de cette comptine qui la commençait et de celle qui la finissait... Deux rébus enfantins... Celui-ci, celui-ci... Si tu les comptes, tu verras qu'ils sont cinq et que le dernier se distingue des autres... Et bien, ce sont les cinq doigts de la main qui servent à domestiquer l'enfant dans une gestuelle expressive et hypnotique. Ce sont eux qui reviennent ici. Et comme l'autre fois, le cinquième n'accepte pas de s'incliner, il n'accepte pas la loi du silence qui est la loi de la terreur, la loi de la peur, la loi de l'oppression.


Je la connais bien cette vieille pratique, je l'ai souvent rencontrée... Elle sert à maintenir la domination de ceux qui détiennent le pouvoir, même occulte, surtout occulte... C'est bien celle-là qu'on appelle l'omertà... Ce serait donc une canzone qui dévoile le mécanisme fondateur de tout pouvoir, de l'acceptation de la mafia et des privilèges qu'elle sert à protéger et à développer.


C'est bien cela... Mais tu verras, comme dans l'histoire du Petit Poucet ( le petit pouce... est aussi le petit doigt, le cinquième...), c'est le petit dernier qui se rebiffe et résiste. Juste au passage, je te signale cet hommage à Beppino Impastato, enfant de mafieux qui mena le combat contre la mafia jusqu'à en mourir... Cento Passi... C'est lui . ( http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=4266&lang=it). Je pense cependant que la canzone va bien au-delà de la lutte contre le pouvoir illégal, mais qu'elle met en cause tous les pouvoirs et le conformisme qu'on impose dès le plus jeune âge aux enfants, cette domestication systématique de l'être humain... Il te faut cependant lier les deux canzones, car c'est dans la première que se trouve décrite l'issue positive de ce piège – j'en profite pour cette démonstration des cinq :

« L'enfant,

Dans un paysage calciné

De coquilles vides et d'os de seiche

Subit le règne des maîtres.

Voilà l'œuf (1 – le pouce)

Celui-ci l'a cassé ( 2 - l'index)

Celui-ci lui a ôté la coquille (3 – le majeur – dit le doigt d'honneur)

Celui-ci l'a mangé. ( 4 – le médium)

Celui-là a refusé, ( 5 – l'auriculaire – le petit doigt)

Il a gardé sa liberté. »


C'est à espérer, dit Lucien l'âne, qu'il y en ait de plus en plus des comme çà et qu'ils soient de plus en plus nombreux à échapper aux manigances des riches et des puissants, qui avec leur arrogance, leurs promesses, leurs mensonges, leurs armées, leurs armes et leurs télévisions maintiennent leur domination, à tous prix.


Ce monde est décidément bien répugnant ..., dit Lucien l'âne en tirant une langue aussi longue qu'un jour sans pain. Montrez-lui votre main ouverte et ses cinq doigts qui en français comme italien voudra lui signifier ce que Cambronne disait aux alliés … MERDE ! (en italien : MERDA !) Ainsi, poursuivons le grand œuvre des Canuts et tissons-lui à ce vieillard cacochyme et sans désemparer son linceul dans un lin blanc qui irisera sa disparition et notre bonheur...


Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.


Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Le cinquième qui a parlé

Celui qui a osé parler

Sera puni

Cent pas, cento passi,

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Nuit obscure, sommeil, obscurité :

Quelqu'un passe,

Regard à terre, nez baissé.

On ne sait pas qui passe.

On ne peut pas savoir

Il vaut mieux ne pas savoir.

C'est le véritable sens

De la philosophie de l'ignorance.

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Le savoir est un couperet.

Ignorer pour être ignorés.

Comme des feux follets

Ils apparaissent et disparaissent

Pour reparaître plus loin.

Qui c'est ? Qui est-ce ?

Baisse les yeux, ne vois rien.

On ne sait pas qui c'est.

Savoir, on ne peut pas

Savoir, il vaut mieux pas

Le savoir est un couperet.

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Quand j'étais petit

Mon père me disait, :

Tais-toi, petit

Garde tout secret.

Un jour, j'allais en campagne

J'ai vu sur le versant de la montagne

Deux hommes qui poussaient des cochons.

« Ce sont nos cousins ? Non, non...

Penche-toi à terre et ne regarde pas ».

Criait papa.

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Un peu après, trois carabiniers.

« Penche-toi à terre, dis que tu ne sais pas.

Sinon petit, tu resteras sans manger. »

Les carabiniers n'ont rien demandé

Ils étaient seulement trois.

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà

Les 5 frères, les 5 doigts

MERDE ! MERDA !

Le silence et l'omertà !!!!

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 22:24

LAMENTO

Version française – LAMENTO – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Lamento – Ratti della Sabina





La version française est, en fait, un peu composite; comme il y avait la chanson italienne et le poème allemand qui l'avait inspirée, et qu'il paraissait difficile d'ignorer Hermann Hesse, elle a tenu compte autant que possible des deux et s'est tenue au plus près tantôt de l'une tantôt de l'autre. Exercice périlleux, s'il en est.

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.



Il ne nous est pas permis d'être, nous sommes

Seulement un fleuve; nous nous coulons dans chaque forme

Du jour et de la nuit, de la caverne au dôme

Nous passons outre : l'angoisse nous presse.



Nous remplissons forme après forme, sans répit

Aucune ne nous est patrie, joie ou peine

Nous sommes toujours en chemin, toujours hôtes

Aucun champ, aucune charrue ne nous requiert, pour nous ne lève aucun pain.



Et nous ne savons ce que Dieu veut de nous

Il joue avec nous, l'argile dans sa main

Muette et malléable, ne rit ni ne pleure,

Mille fois pétrie, mais jamais cuite.



Ah devenir pierre ! Ah durcir !

Le voilà, notre éternel désir

Et un frisson nous glace éternellement

Et nous ne trouverons pas de paix sur notre route.

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 20:17

L'INCENDIE

Version française – L'INCENDIE – Marco Valdo M.I. - 2010

Chanson italienne – L'incendio – Ratti della Sabina

 

Vint une nuit

Le monstre de feu aux yeux assassins

Détruire le blé

Descendant de la montagne, au pied du haut-plateau

Manger le travail des paysans

Laissant derrière lui désert et abandon

Brûlant le futur des enfants

Des enfants de l'Homme

Ni faux, ni prière, ni sueur

Ni pluie, ni espoir, ni courage, ni douleur

Ne réussirent à arrêter sa rage méchante

Du brasier et de la haine qui lentement croissait

Et vinrent les enfants de la guerre et du mal

Qui nourrirent la bête, l'égoïsme occidental.

 

Et quand l'incendie fut trop grand désormais

Pour être dompter là sur les montagnes

Dans les campagnes où tout était noir

Les gens confondirent le faux et le vrai


Il n'y avait plus de rêve, ni idée, ni idéal

Tout désormais était noir

Tout, désormais, tout était égal.

Grâce à un sinistre mirage

Caché par le feu

L'homme trompé était attiré

Et dévoré par le monstre

Qui sait si le bon sens tuera la créature

Chassera la peur de la chaleur et des flammes

Qui sait si le futur éteindra cet incendie

Chassera ce mal, enfant du siècle dernier

Qui sait si le futur éteindra cet incendie

Chassera ce mal,

Enfant du siècle dernier.

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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:37

PAUVRE MATTEOTTI

Version française – PAUVRE MATTEOTTI – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Povero Matteotti – Anonyme



Pauvre Matteotti

Ils t'en ont fait une laide

Et ta vie

Ils l'ont entièrement détruite.



Et pendant qu'il mourait

Mourant il disait

« Vous tuez l'homme

Mais pas son idée ».



Et pendant qu'il mourait,

De tout son héroïsme,

Il criait fort, fort

« Vive le Socialisme ! »


Des lâches sont

Qui l'ont fait assassiner !

Nous autres prolétaires

Nous saurons le venger.


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Marco Valdo M.I.
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:35


LES FOSSES COMMUNES

Version française – LES FOSSES COMMUNES – Marco Valdo M.I. – 2010

à partir de la version italienne d'Alessio Lega, de la chanson russe Братские могилы de Vladimir Vysotskij (1969)



« Dans la Russie qui avait eu vingt millions de morts lors de la seconde guerre mondiale, c'était la chanson avec laquelle Volodja ouvrait ses concerts » - Alessio Lega



Les fosses communes n'ont jamais de croix,

Ni les voix des veuves en pleurs.

On y dépose distrait des fleurs,

Un chant ranime la flamme, parfois.


Un temps la terre semblait plus haute,

La guerre et les plaques de pierre

Ont enlevé à chacun son identité,

Mêlée là en un amas macabre.


Et au-dedans des flammes, on voit

Un temple ou un char

Ou le parlement, mais le seul à brûler

Est le cœur de chaque soldat.



Les veuves absentes n'y pleurent pas.

Celui qui vient est calme et serein.

Les fosses communes n'ont jamais de croix,

Mais le cœur n'en brûle pas moins.


Les fosses communes n'ont jamais de croix,

Mais le cœur n'en brûle pas moins.

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Marco Valdo M.I.
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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 14:34

FRÈRES EN OSSUAIRES

Version française – FRÈRES EN OSSUAIRES – Marco Valdo M.I. – 2010

à partir de la version italienne de Riccardo Venturi, elle-même tirée de la version allemande de la chanson russe Братские могилы de Vladimir Vysotsky (1969)



« Dans la Russie qui avait eu vingt millions de morts lors de la seconde guerre mondiale, c'était la chanson avec laquelle Volodja ouvrait ses concerts » - Alessio Lega





Sur les ossuaires, on ne met pas de croix,

Les veuves en sanglots n'y viennent pas.

Certains y portent des couronnes de fleurs,

D'autres ravivent la flamme du malheur.



Ici, où un temps la terre était couverte d'arbres,

Il n'y a à présent que des plaques de granit.

Personne n'y est resté seul

Ici, on les voit tous en un seul tas.

Dans la lumière de la flamme, regarde, brûlent

Un char, des masures, brûle tout le pays,

Smolensk en flammes, brûle le Reichstag

Dans le cœur des soldats : l'incendie de la Russie.



Sur les ossuaires ne pleurent pas de veuves.

Ceux qui sont là sont d'une autre espèce.

Sur les ossuaires on ne met pas de croix,

Mais le triste lamento ne manque à personne.



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Marco Valdo M.I.
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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 21:52

Crapoeuf


Canzone léviane – Crapoeuf – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 83

Crapoeuf est la huitante-troisième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, je suis – comme toujours - très content de te voir... Georges Brassens, d'ailleurs, se plaisait à chanter un refrain qui n'était pas de lui ( mais de W.Heyman-J.Boyer) - et qui disait : « Avoir un bon copain / Voilà ce qu'il y a de meilleur au monde... » ( il n'y a d'ailleurs pas grand chose de plus dans cette savonnette)... Donc, fermons la parenthèse, et découvrons ensemble cette canzone que je viens de terminer et qui sort tout droit de la méditation du prisonnier. Elle est construite, comme tu le découvriras sur deux comptines enfantines : une parle du cochon, l'autre de l'œuf; à la fin, les deux s'emmêlent. Mais tu sais comme tout le monde que le rêve a sa logique propre qui bien souvent nous échappe.

 

Quant à moi, Marco Valdo M.I. mon ami, tu sais combien je suis heureux de ta compagnie... Surtout pour ce qui est de parler... À qui ? Avec qui ? Ta canzone le dit bien : parler est miraculeux, surtout dans le cas d'un âne comme moi. D'ailleurs, j'ai toujours pris la précaution de ne pas révéler – sauf à un ami sûr - mon don de paroles... On en a brûlé pour bien moins que çà. Et l'air de rien, j'y tiens à ma peau d'âne, surtout depuis que je t'ai rencontré et que je peux enfin parler. Mais cela dit, que veut dire ce titre bizarre : Crapoeuf... Je n'ai jamais entendu ce mot...

 

Tout d'abord, pour Crapoeuf, rassure-toi, c'est un mot qui ne veut rien dire, un mot libre en quelque sorte... Un de ces mots des comptines enfantines et qui n'ont pas trouvé à signifier quelque chose... Mais vu du côté de l'enfant, presque tous les mots sont pareils à celui-là et ce n'est qu'au fil du temps et des usages qu'ils finissent par trouver un emploi. Tu vois, Lucien l'âne mon ami, les mots sont comme les hommes, il y en a qui n'ont pas d'emploi et même qui n'en auront jamais... Ce qui pour eux est sans doute une bonne chose... Pour le reste, comme ce que tu dis est juste et sonne juste par rapport à la canzone. La parole, même le soliloque ( j'imagine assez le soliloque du solipède que tu as dû connaître dans la grande solitude où seuls le soleil levant et le vent étaient tes interlocuteurs) sont de bons compagnons et permettent de se libérer des emprises de la mort et du temps. Et puis, nous savons que notre ami le prisonnier-blessé-malade a pris cette voie de la méditation pour résister, résister encore. Ceci m'amène à la comptine de l'œuf qui raconte comment on soumet l'enfant au monde des maîtres, comment on le conduit à accepter, à embrasser sa carrière de valet, comment on le domestique. Une parabole du maître et de l'esclave où seul le refus de l'œuf, le refus de le briser et plus encore de le manger, de l'avaler permet d'échapper au destin de soumission que la société des maîtres veut imposer à tous. Ici, c'est l'œuf, là c'est l'hostie, ailleurs, c'est un autre rite de passage... Cette canzone, c'est une autre manière de raconter cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches et les puissants mènent obstinément contre les pauvres afin d'imposer et leur domination et leurs privilèges. J'insiste, si tu veux bien, sur le fait que cette domination est perverse et tente de s'imposer dès la plus tendre enfance... C'est le sens profond de la canzone... Il s'agit donc de refuser la domestication et dès le départ, refuser de courber la tête, refuser les « plaît-il maître ? » et aider l'enfant dans ses refus. Autrement, plus tard dans la vie et mieux vaut tard que jamais, il restera toujours la solution de l'Oncle Archibald... lequel Archibald devrait figurer dans les Canzoni contro la Guerra.

 

Oh, oui, ce serait une excellente idée... moi, je l'aime beaucoup aussi l'Oncle Archibald... Pour autant, il n'est évidemment pas question d'accepter pareille diminution de l'être... Tout âne que je suis, j'ai toujours au plus profond de mon cœur ce goût de chardon sauvage qu'il faut aller chercher là-haut dans le soleil et le vent des plateaux rocailleux. L'âne que je suis entend bien préserver sa liberté et sa dignité et refuse de manger de cet œuf-là. Je veux te dire, Marco Valdo M.I., combien j'apprécie et je médite souvent la devise que tu nous a proposée : « Ne jamais se soumettre ».

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

Voilà le porc

Celui-ci l'a tué

Celui-ci lui a brûlé les soies

Celui-ci l'a mangé

Celui-là a été oublié.

L'enfance est muette

Elle ne sait à qui parler.

Parler est miraculeux.

Parler vraiment, s'entend

Ce qui compte,

Ce sont ces mois,

Où chaque instant est un siècle,

Où les choses s'inventent.

La parole ou la peinture signifiantes

Changent le monde,

Libèrent des limites

De la mort et du temps.

Ne pensez pas que je préfère la pénombre confuse,

Le monde des innocents et des âmes mortes

Je connais le poids de pierre des mots

Et la lumière resplendissante.

Une cantilène de mon enfance disait, à peu près, ceci :

"Il était une fois un œuf, ovillon, crapoeuf,

Mais ensuite vinrent les maîtres et les valets

Qui mangèrent l'œuf, ovillon, crapoeuf,

Le détruisirent et l'anéantirent".

Les maîtres rongent, dévorent,

Et détruisent la vie.

C'est le monde du marché,

Où avec le mètre et la balance,

Tout est vendu et acheté.

Comptine des mères et des nourrices,

Avec une cuillère pleine de jaune d'œuf.

Chez l'enfant, la répulsion

Tourne en admiration

Il casse l'œuf, le mange

Et devient valet,

Du grand et du petit monde.

L'enfant,

Dans un paysage calciné

De coquilles vides et d'os de seiche

Subit le règne des maîtres.

Voilà l'œuf

Celui-ci l'a cassé

Celui-ci lui a ôté la coquille

Celui-ci l'a mangé.

Celui-là a refusé,

Il a gardé sa liberté.

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