Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 22:58

GRANDCHANT

Version française – GRANDCHANT – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Cantagranda – Ivan Della Mea – 2000



L'insertion de « Grandchant » dans les CCG est due essentiellement à deux strophes au caractère clairement antimilitariste (et, dans une moindre mesure, aussi à la présence dans cette très longue chanson – dix neuf minutes et trois secondes – d'une allusion à la mort de Giuseppe Pinelli (Ces strophes sont en gras). Pour le reste, à propos de ces très vaste chanson (dont le texte est ins&éré pour la première fois sur le net) je reprends un article publié le 22 juillet 2005.


Ivan Della Mea est des mêmes années que Guccini et que De André. Lui aussi de 1940, année de guerre; il est né un seize octobre, curieusement le même jour que ma mère (qui il y a quelques jours, l'a écouté pour la première fois de sa vie...) On me dit qu'il n'est pas très bien et qu'il n'a pas seulement mal à sa tocante; il serait cependant trop facile d'accrocher à « Grandchant »l'étiquette de testament. Della Mea n'a jamais villonné, brassensé, poétisé … mais s'est battu, a lutté comme une bête en tirant ses guitarades, et il continue à le faire. En faisant ainsi, il est arrivé même « en passant » d'écrire certaines parmi les plus belles chansons de vie et d'amour qui aient jamais été écrites dans ce pays de merde. …


Le « Grandchant » fait partie du dernier album d'Ivan Della Mea, auquel il donne son titre. Il est de 2000. Il dure dix-neuf minutes et trois secondes, comment l'appeler ? Appelons-le simplement une chanson, une très longue chanson dense somme un mélange de miel et de pétrole. Della Mea ne perd pas de temps pour le dire; dès le premier vers : « Il y a tant de choses que je veux dire ». Et il en dit; parfois, j'ai l'idée qu'il les a dites toutes ou qu'au moins, il s'en est approché. C'est une chanson qui parle de ce monde, avec un son « doux et aimable »... C'est encore une fois une chanson de capitulation et de résignation; et ce n'est pas facile, avec ce clair de lune, de ne pas céder et de ne pas se résigner. C'est la description exacte de tout ce qui se passe sous nos yeux, dans ce monde qui « enseigne à mourir »; des prêtres de mort aux « prophètes qui comptent les lires », de la vie à la conscience renvoyée, retardée et annihilée par l'anéantissement des choses les plus belles et les plus dignes créées par l'être humain. C'est comme la nature qui se rebelle en silence et par l'abandon de ses caractéristiques (le merle qui tait son chant, le saule pleureur qui ne pleure plus, jusqu'à la rose qui épouse un figuier [ lequel est aussi un « minet », un « poseur », un « m'as-tu vu ? »...]), la mer qui dit à la mouette d'aller à Milan car désormais c'est dans les villes qu'on trouve le plus de choses à manger [Milan ???? le plus de choses à manger? Il y en a qui en savent quelque chose...] (Avez-vous jamais vu combien de mouettes volent au dessus des décharges et des mégadépôts d'immondices métropolitains?), mais il y a celui qui a encore un bateau et une réserve de voiles « Pour graver la mémoire du passé et du présent ». Et c'est là la révolte la plus efficace, celle que nous serons tous appeler à accomplir, mais aussi à chaque instant. Les cent, les mille, les dix mille révoltes de la mémoire.


Ne jamais perdre aucun fait, aucun nom, aucune histoire. Ce sont des choses qui, un jour, donneront leur fruit. Ce sont des choses que l'on foutra dans la gueule et dans le cul de ces bâtards qui maintenant se complaisent à pontifier, à ironiser et à montrer à tout moment et en tout lieu leur plus intime essence de serviteurs. Ceux-là, semble dire Della mea, méritent le pouvoir qui les rend esclaves, « riches de tout et de rien »; ils supportent mal que quelqu'un, encore, n'entend pas se déclarer vaincu.


Ils devraient lire, ceux-là, les mots de Della Mea réserva au « pauvre dieu qui pleure déconfit »; car s'il y a bien dans ce monde un vaincu total dans ce monde, c'est Dieu. Et plus il est invoqué à vide, plus il est mâchonné par des foules adorantes et puantes de pieds, d'eaux bénites et de télévisions, plus il est jeté dans les métros et les cours suprêmes, plus il est représenté par de saints hommes qui inhalent le pouvoir du trou du cul et le revomissent de leurs balcons sur les têtes des « ouailles ». Jamais mot ne fut plus approprié. Le monde est fait d'ouailles, de brebis bêlantes. Et ainsi, ce « pauvre Dieu »N'est même plus mort. Il est mort et enterré, enfin. Ailleurs qu'au Ciel : dans les viscères de la terre. Qu'il y reste jusqu'à la mort du soleil, si vraiment, comme jacassent ces pauvres

nullards qui se disent « croyants », « l'homme a été fait à son image et à sa ressemblance ». Belle ipage, belle ressemblance, il n'y a pas à dire. Mais du reste, le signe le plus tangible et la preuve la plus irréfutable de l'inexistence de Dieu sont justement ces ramassis d'infamies, de mensonges et d'oppressions qui circulent sous le nom de « religions ». En 1259, peu avant d'être assassiné, le grand poète islandais Snorri Sturluson, l'auteur de l' « Edda en prose », créa pour la religion une « kenning »qui est la désignation la plus terrifiante et la plus exacte qui fut jamais : «  þrallagervari », qui signifie, à la lettre, « faiseuse d'esclaves ».


La vérité est que ça fait mal de rêver, comme dit le « genêt » qui, dans le registre bigarré du « Grandchant », Della Mea tire, avec « le col isolé »d'où « il n'y a plus d'infini », de Leopardi qui semble traverser en sautillant l'ensemble du texte (et le « Grandchant » est sans doute dans son essence une « opérette morale »).

Il faudrait pourtant voir précisément à qui fait vraiement le plus mal de rêver, si c'est à qui rêve ( autrement défini souvent, avec mépris, « utopiste » ou quelque chose du genre), ou à celui qui ne rêve jamais. Si c'est à qui est dans les nuages car il s'est aperçu que du haut on perçoit immensément mieux la réalité, ou si c'est à celui qui bavarde constamment de « pieds sur terre » sans se rendre comppte que la terre sur laquelle il se pose risque d'être sa tombe vivante. Et le « Grandchant » pazraît justement dédié à ces grandes quantités de morts-vivants qui vaguent sur cette planète désormais « consacrée Au dieu argent, au fils profit Et au saint esprit du marché».


Mais il y a celui qui continuera à « chanter avec les fous, avec les chats et avec la mer » et à avoir « son propre temps pour la joie et la douleur ». Il y a des mouettes qui, volant par dessus les palces, s'apercevront qu'elles sont toujours plus emplies de vieillesse, de solitude et de mort, et voudront encore réserver leur vol à une espérance … qui s'appelle lutte. Qui s'appelle « communisme », cette chose dans laquelle Della Mea découvre « un dieu qui a créé les choses les plus belles ». Celui qui s'appelle Anarchie, dont le nom est Beppe tué par une fenêtre, qui est le nom de celui qui va défaire toute chose en restituant au pouvoir « un peu de son désordre et de son bruit », qui est le nom le plus répandu dans vos prisons de merde. Mais un jour, comme chantait un ami de Della Mea qui s'appelait Alfredo Bandelli, on en fera bon usage de vos prisons.

Nous avons encore, et la chose doit vous mettre en grande rage vu la bile que je vois couler des vésicules automobiles, un lambeau d'amour pour moyen. Nous avons encore une conscience qui se fait toujours plus précise plus on la frappe, avec sa soeur et camarade mémoire. Une consicence qui n'a pas honte du tout, bien que issue de mille origines , fomrations, cultures et expériences, à se définir de « classe ». Et si Della Mea , avec tant d'autres, a vu « Et j'ai vu le déclin

D'une classe dite ouvrière » 'ici il parle seulement de déclin, mais dans une autre chanson terrible, il parle plus simplment de la « Grande classe morte des camarades... »)...



Ivan Della Mea sait utiliser son arme et sa « guitare d'ancienne protestation » à qui il demande «  seulement la corde bien tendue Pour donner des sons de joie et de fête » dans la strophe finale de ce « Grandchant » multicolore – aussi dans son langage parsemé de vieilles assonances lucchaises et lombardes. Ce n'est certes pas un hasard s'il y a intercalé l'ancien chant de quête qui accompagnait le rite du « Cristé », en Brianza...



Quant à la « Vispa Teresa », dit Marco Valdo M.I., c'est d'abord une comptine enfantine – dont l'autre titre est « Petit papillon », mais aussi une chanson moins innocente où la Vispa est une « guêpe » (elle est fine la guêpe) un peu piégée par la vie... Voir l'histoire récitée par Andrea Camilleri (http://www.youtube.com/watch?v=F4dp3R5wuns). C'est une chanson dès lors présente dans le folklore dès l'école et dont apparemment, on se souvient bien des années plus tard.



Il y a tant de choses que je veux dire,

au vol comme l'abeille ou la vispa Teresa,

J'utilise un son doux et gentil

Pour que mon chant soit d'une grande longueur.


J'ai vu des lieux proches et lointains

J'ai vu un monde qui enseigne à mourir,

J'ai vu des prêtres manger des chrétiens

Et des prophètes compter les lires.

J'ai vu Ithaque revenir à Ulysse,

J'ai vu Ulysse retourner à sa mer,

« Quand je rentre, je pars », me dit-il,

« Et quand je pars, il me faut rentrer. »


J'ai vu des murs de pierre et je fatigue

À tirer des soirs de veilles constantes,

Là la parole est plane et amie,

Elle dit des choses sages et des soupirs aimants.


Et j'ai vu des dents d'excavatrices lascives

Crever les murs lissés à la main,

Des résultats magnifiques et des progrès

Y font des orphelins d'hier et demain.

J'ai vu des enfants trahis au berceau

Prêts pour la vie à quarante ans,

Riches de tout et de rien,

Victimes peut-être, peut-être tyrans.


Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.


J'ai vu une cloche sans son

Et une pie-grièche chercher sa branche,

Elle disait : « À la vêprée, il n'y a plus de magie

Si même l'Ave ne trouve pas Marie. »


J'ai vu le merle taire son chant,

J'ai vu le saule tarir son pleur,

J'ai vu la rose du plus vieux rosier,

Se marier en mai avec le figuier.

J'ai vu un homme vêtu de blanc,

Venir presque chaque jour chez moi

Me dire : « Tu sais, je te vois un peu fatigué,

J'ai une place blanche exprès pour toi »

« Je ne peux pas », dis-je, « je dois avancer,

Je n'ai pas d'alpage et je suis berger,

Je chante avec les fous, les chats et la mer,

J'ai un temps pour la joie et un temps pour la douleur.

Et j'ai un bateau, et j'ai des voiles de secours

Pour graver la mémoire du passé et du présent,

Forza Giuan, car l'idée n'est pas morte,

Qui est camarade est fou et conscient. »


Mais le genêt me dit : « Berger,

Du col isolé, il n'y a plus d'infini

L'erreur errante est d'errer pendant des heures

Et de faire du vieux avec la fleur passée. »

Donne-moi, genêt, un vent levant,

Et l'aventure je l'ôte du rêve.

« Comment t'appelles-tu, berger chantant ?

Prénom : Rien, Nom : Besoin. »

Je connais les nuits souriantes à la vue

De ciels profonds parsemés d'étoiles,

J'ai découvert dans mon dieu communiste,

Un dieu qui a créé les plus belles choses.


Pauvre Dieu, qui pleure déconfit

Dans chaque banque que l'homme a consacré

Au dieu argent, au fils profit

Et au saint esprit du marché.


« La vérité », me dis-tu, ô saule,

«  Est que ça fait mal, fait mal de rêver,

On ne peut dire « La saison est ainsi

Et l'avenir », me dit-il, « est déjà grave. »

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.


J'ai vu la mer crier à la mouette

« Il est préférable que tu ailles à d'autres plages

Ici tu meurs éteint, c'est mieux à Milan

Tu y trouves ton content dans chaque quartier. »

Et la mouette vole au-dessus de la place

Des vieux et solitaires qui agitent leurs doigts,

Qui tue le temps, tue son esprit

Ce n'est pas ainsi qu'on achève la vie.

Et j'ai vu le jour des pas perdus

Sans un brin d'amour pour but,

Le temps vif égare les saluts

Seul le vers fait seulement la soie.

Et j'ai vu le déclin

D'une classe dite ouvrière,

Histoire et mémoire ne comptent plus,

Restent des bribes de satire gaie.

Et à siester les heures s'abêtissent,

Dit le surnuméraire sans travail,

Pour la misère qui rime avec douleur,

Il n'est pas de poète qui rende l'honneur.

Et j'ai revu la rose mariée

Sans parfum et aux pétales fanés

Épouser un figuier n'est pas une bonne idée

Si tu n'es pas de noix et les figues sont sèches.

J'ai vu le monde de la chanson

Faire des versets sonnants et trébuchants,

On gagne mieux, il y a plus d'inspiration,

Los compañeros sont tous chantants.

Et j'ai vu un signe de la poésie

Demander au bras une dernière veine

Adieu patience, c'est ainsi, qu'ainsi ce soit,

Ce n'est pas ainsi qu'on assomme la peine.

Et j'ai vu Beppe, de son nom Anarchie,

Tué avec fracas par une fenêtre

Pour qui sait la vérité, son destin est plus pervers

C'est un repenti qui lui tira dans la tête.

Et j'ai vu nos tuteurs de paix

Les blancs armés plus durs et plus prospères

Porter la guerre chez qui déjà succombe

N'étaient-ils pas blancs les lansquenets ?

Tout comme blanche est notre violence,

Tout comme est blanche notre culture,

Puisque la paix découle de la conscience,

Il reste à nier notre nature.

Mais toi, ô genêt, tu me dis encore :

« Comme ça fait mal, fait mal de rêver. »

Moi, rêve dur de chair , de tête

Le Grandchant peut encore chanter.

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie

Si vous donnez un œuf

Nous ferons réussir aussi les cocons

Si vous donnez un sou

Nous guérirons les cocons malades

Mesdames nous venons chanter ici le « christ »

Pour mener à bien les vers à soie.

Et j'ai chanté les chœurs de la révolution

Pourtant de toujours une note sonnait faux

Là, entre les voix de grandes passions

Perçait le pouvoir et il chantait, il chantait

D'une voix claire, décidée, scandée,

Mais sans le bleu qu'on trouve dans l'amour,

Qui donne au chant un signe de vie,

Pour dire la joie, pour dire la douleur.

Pour dire la rage et la mélancolie,

La femme à l'homme, leur saison,

Le rythme est histoire, le son est poésie,

Et le chant enfin donne raison


Aux Calendes de mai d'oisiveté et de lenteur

De notre temps pour notre vie.

Cette chanson ne sera jamais finie

Et aucune certitude ne nous attriste,


Et à ma guitare d'ancienne protestation

Je demande seulement la corde bien tendue

Pour donner des sons de joie et de fête
À Grandchant et à des chants aux grandes aires.


Repost 0
17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 22:04

CAPORETTO 1917

Version française - CAPORETTO 1917 – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Caporetto '17 – Ivan Della Mea – 1973

 

 

 

Juste deux petites remarques : la première concerne le mot : « Hostie » (in italiano : ostia) qui dans un usage ancien – dans les deux langues – signifie : victime sacrificielle – j'ai préféré garder le mot tel quel (et non victime); la seconde, c'est de renvoyer pour le commentaire à Judith à Caporetto (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=22803&lang=it).

 

Ce Badoglio quand même..., dit Lucien l'âne en raclant le sol de colère rentrée. C'est un peu le Pétain italien... La vieille baderne qui avait conquis sa « gloire » sur la peau des autres, qui ordonna mille massacres, s'encourut dès qu'il le put, servit sous le régime et qu'on rappela en sauveur de la nation.... Le Saint Pierre de la chanson a bien raison... et Tonio encore plus, mieux vaut encore s'en aller au diable.... que fréquenter ces gens-là.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Je suis allé en guerre je suis allé en guerre

Ils m'y ont envoyé

Envoyé au front contre l'ennemi

Contre l'ennemi

 

Je suis allé à l'assaut je suis allé à l'assaut

Ils m'y ont envoyé

Et j'ai vu mes compagnons s'enfuir

Je les ai vu s'enfuir

 

D'abord le major puis le capitaine

D'abord le major

Puis le lieutenant et tout derrière moi

Et tout derrière moi

 

Le major dit au capitaine

Dit au capitaine

« Capitaine résistez ici

Résistez ici »

 

Le capitaine dit au lieutenant

Dit au lieutenant

« Lieutenant résistez ici

Résistez ici »

Le lieutenant me dit « Tonio »

Le lieutenant

Me dit « Tonio tu attends ici l'ennemi

Tu attends ici l'ennemi »

 

Je lui ai répondu « Oui mon Lieutenant

Moi, je lui ai répondu

Quand voici qu'une balle vient à me frapper

Vient à me frapper


Et là par terre il y avait un képi

Là par terre

Un beau képi mais de général

Mais de général

 

Tant qu'à crever, je me le suis mis

Tant qu'à crever

Et puis, je suis mort mais en général

Mais en général

Arrivé au ciel près de Saint Pierre

Arrivé au ciel

Près de Saint Pierre et il me regarde

Et il me regarde

 

« Au Paradis tu n'entres pas
Au Paradis

Avec ce képi qui te va mal

Qui te va mal

 

Tu ne le sais pas mais ce képi

Tu ne le sais pas

Celui qui l'a perdu est celui qui t'a eu

Celui qui t'a eu »

Oyi ti, Saint Pierre toi dis-moi la vérité

Oyi ti, Saint Pierre

Tu dois me dire quel est celui qui m'a eu

Qui est celui qui m' a eu.

C'est Badoglio, je te le dis Tonio

C'est Badoglio

Qui à Caporetto s'est embusqué

Il s'est embusqué ».

 

Oyï ti, Saint Pierre toi dis-moi la vérité

Oyï ti, Saint Pierre

Tu dois me dire s'ils l'ont condamné

S'ils l'ont condamné

 

« Lui, ils l'ont promu, pauvre Tonio

Lui, ils l'ont promu

Ils l'ont nommé général en chef

Général en chef. »

 

C'est çà cette guerre, ô Saint Pierre

La guerre sainte

Mais des patrons et des généraux
Et des généraux.

 

« Ainsi va le monde, pauvre Tonio

Ainsi va le monde

Et arrive au ciel qui sait patienter

Qui sait pardonner

 

Patience une hostie, ô Saint Pierre

Patience une hostie

Je vais en enfer pour ne pas patienter

Pour ne pas patienter

 

Patience une hostie, ô Saint Pierre

Patience une hostie

L'est mieux l'enfer que patienter

Que pardonner !

Repost 0
17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 16:55

L'homme en pain d'épice

L'homme en pain d'épice– Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 89

L'homme en pain d'épice est la huitante-neuvième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.



Comme tu le verras ou l'entendras, Lucien mon ami l'âne, la rêverie du prisonnier solitaire est comme un voyage autour de sa chambre, ce qui somme toute pourrait être le titre du Cycle du Cahier ligné, s'il n'existait déjà sous ce titre de Voyage autour de ma chambre, une sorte de longue nouvelle ou de roman d'un prisonnier. C'était au temps où l'Italie allait seulement devenir elle-même... Il était sous-titré, dans certaines éditions, ce qui pour nous a de l'importance : Expédition nocturne autour de ma chambre. Et la canzone d'aujourd'hui a comme titre « L'homme en pain d'épice » et commence par la description d'une simple chambre, une pièce pauvrement meublée comme pourrait l'être une cellule de prisonnier ou de retiré du monde. Puis, elle s'ouvre sur le monde et le soleil. Comme au matin, le regard s'ouvre au jour après les angoisses de la nuit et que surgissent les couleurs.



Je connais bien ces moments, ces instants où la paupière décolle de l'autre paupière et que le paysage te saute aux yeux. Mais dis-moi, ami Marco Valdo M.I., on dirait là que tout se mélange... Quel titre étrange... « L'homme en pain d'épice »... Où as-tu bien pu aller pêcher pareil titre ? Et de qui tu causes donc là ? Pourquoi l'appelles-tu ainsi ? Est-il le prisonnier ou bien... ? N'est-ce pas un peintre ? Et que vient-il faire ici ?



Tu as parfaitement raison, Lucien l'âne mon ami. Il s'agit bien d'un peintre, Vincent, fou de la couleur, homme halluciné, à l'oreille coupée, plongé dans les angoisses... Tu auras reconnu Van Gogh et le tableau qui peint la chambre à Arles, un autre qui peint le blé, un autre les tournesols... et ainsi de suite jusqu'aux étoiles. Mais n'oublie pas que Carlo Levi était lui aussi un peintre et non des moindres,et un franc admirateur de Vincent, si ce n'est un de ceux qui ont continué dans la même voie lumineuse... Tout comme il fut un prisonnier... Quant à Vincent, sa prison était une prison dont on a bien du mal à sortir; c'est une prison à l'air libre, celle qui vous suit partout jusqu'au jour où on arrête de courir le monde. Quant à cette appellation d'« homme en pain d'épice », elle vient de la correspondance de Vincent à son frère Théo et c'était, selon lui, le surnom que certains lui donnaient pour le dire inconsistant, faible... Mais à mon sens, c'est là un titre de grandeur morale et un très beau surnom... J'aimerais assez qu'on me nomme ainsi...



On dirait, Marco Valdo M.I., on dirait, mon ami, que dans son grand voyage intérieur notre ami le prisonnier soudain s'identifie au peintre... et la pièce qui l'emprisonne entre dans le tableau...



C'est exactement cela la fin de la canzone... Une dernière chose, sais-tu que Vincent Van Gogh a peint ou dessiné un nombre considérable de mineurs et de tisserands... qu'il aimait beaucoup en raison de leur grande solidarité et de leur esprit d'indépendance et de lutte. On oublie souvent l'engagement de cet homme et son désespoir face à ce monde ... Vincent a souffert de la misère, de la sienne, mais surtout de celle des autres.



Oui, je le dis ainsi : puant et cacochyme, ce monde où les marchands d'hommes pullulent, ce monde où l'artiste doit se vendre... comme la viande morte ou comme une quelconque marchandise... ou comme n'importe quel travailleur... Allons, Marco Valdo M.I., la Guerre de cent Mille Ans (que les riches font aux pauvres au seul but d'accroître leur richesse et leur puissance) n'est pas finie... En l'honneur des mineurs et des tisserands, tissons à notre tour le linceul de ce monde puant et cacochyme...



Ainsi parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Je contemple cette pièce dépouillée,

Les chaussures, la chaise empaillée,

Le blé qui tremble, le ciel qui ondule,

Le soleil rayonnant qui se recule

Après des nuits d'obscurité

Dans ce néant de bruits répercutés.

Sans répit en masses,

Renaissent mes angoisses.

L'œil de Vincent cherche la couleur

Pour recréer la nature,

Le couteau de Vincent triture la peinture

Pour vaincre la peur.

Son regard blessé comme une oreille coupée

Vacille sous le jaune d'une lumière éclatée.

Les tournesols ne tournent plus.

L'homme en pain d'épices n'en peut plus.

J'entends les lamentations du caroubier

Abattu par le gel et le vent.

Y aura-t-il encore des caroubiers?

D'autres troncs ? D'autres printemps ?

Ainsi, on s'étiole, on s'exfolie

On descend doucement dans la folie

Vincent, halluciné, regarde,

Bleu, rouge, jaune et vert

Le jour qui s'attarde

Bruissant de lumière.

Un hérisson court se cacher

Parmi les herbes et les argiles mêlés

Tout me revient à présent

De l'autre côté du temps :

D'anciennes amours oubliées,

Des figures, des voix retrouvées,

Les fleurs, les maisons, les nuages,

Mille choses, les visages,

Les tisserands, les mineurs, les oiseaux,

La gloire colorée du monde, les tableaux,

La nuit étoilée, les glaces, les sables.

Les fins de jour indéfinissables

Et je contemple cette pièce dépouillée,

Mes chaussures, la chaise empaillée,

Le blé qui tremble, le ciel qui ondule,

Et mon soleil rayonnant qui se recule.

Repost 0
17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 16:53

LA GRANDE ET LA PETITE VIOLENCE

Version française – LA GRANDE ET LA PETITE VIOLENCE – Marco Valdo M.I.– 2010

Chanson italienne – La grande e la piccola violenza – Ivan Della Mea – 1962

 

« […] Entre 1957 et 1960, viennent au jour les ballades de LA GRANDE ET LA PETITE VIOLENCE. C'est ce moment où Ivan Della Mea …, puise impétueusement dans les souvenirs et les images taillées dans l'irruption féroce de l'enfance et de l'adolescence, fouettées par la furie guerrière et par les blessures post-bellum, donne une marque précise à son engagement politique et artistique.

Au travers des aventures familiales (« la petite violence ») – où le père, brigadier fasciste, revit ses moments d'exaltation et ceux de déconfiture... jusqu'à sa mort – il réussit à construire une fresque magistrale qui recueille globalement le climat, à la fois tragique et effervescent, de la période dictatoriale et de celle post-résitancielle de la restauration. Dans la figure du père, revisitée pour la cause, en même temps qu'un morceau d'histoire nationale, le jour après-sa mort, on retrouve clairement de nombreuses autres figures de pères : hiérarques ou simples passionnés de la dictature, frustrés et impuissants dans leur fanatisme, n'hésitent par à décharger leur haine et leur violence sur les désarmés et les plus faibles, incarnant ce credo que fut l'exaltation et la barbarie du « Grand Fascisme ».


Tout en entrant presque toujours dans les thèmes de l'autobiographie – ou plus exactement, en faisant coïncider les aspects avec la phénoménologie de la haine collective de classe – Della Mea transforme ses personnages en emblèmes ou, plutôt, en prototypes d'une ou plusieurs générations et, en tous cas, caractéristiques d'un moment historico-politique précis.... » (Teresio Zaninetti,
Rabbia e poesia in Ivan Della Mea)

 

MON PÈRE EST MORT HIER

 

Mon père est mort hier,

Seul et sans rien.

Je l'ai revu

Dans la chapelle ardente.

Ses moustaches faisaient taches

Elles semblaient des injures

Contre ce relent fort

De la mort.

« Une carcasse vide »

Mais aussi à son apparence

On pouvait comprendre

Ce qu'il avait été.

De grosses larmes, dures

Frappèrent le sol

Mon frère pleurait

Ma sœur aussi.


Et là, au cimetière

descendu sous terre, je pensai:

« Pauvre papa

Tu l'as perdue ta guerre ».

LA PREMIÈRE GRANDE GUERRE EST FINIE DEPUIS LONGTEMPS

 

La première grande guerre est finie depuis longtemps
La Sainte... Les morts sont déjà oubliés sous terre

Avec ses ailes peintes aux couleurs de Victoire

L'Italie vétuste sourit à sa Gloire.

 

Les enseignes de l'Empire Romain reparaissent

Le fascio s'avance avec son Duce fier

Et derrière les manipules, les cohortes, les condottières

Dans l'air un hymne de guerriers bravaches

 

« Qu'est-ce qu'on en a à foutre

de la prison

Chemise noire

Triomphera... »

 

Italie du Génie, Italie si grande

Ils t'ont enlevé la robe, la jupon et la culotte

De ton sein flasque envahi de sangsues

Le fascisme naissant veut tirer du lait...

Et après avoir bu jusqu'à l'ultime goutte

Il te laisse la marque d'un gros suçon.

DU GRAND FASCISME

 

Du grand Fascisme

Mon père fut un vrai croyant

Qui sous ses ailes noires

Se sentait puissant !

 

Les gens s'écrasent, se pressent contre les murs

Sur son cheval bai, altier, impuissant

Mon père sourit, sourit avec un certain mépris

Au peuple qui esquive les sabots durs

 

Après voir fait

le tour de tout le pays,

Pour se faire admirer par les femmes,

Il cavale à présent vers les champs.


La moisson est finie depuis longtemps

Dans la ferme, il y a une grande fête

Le grain est à terre, l'épi est blond et dur...

Mais voilà qu'avec son bai, mon père le piétine.

Les paysans

Sont là comme pantois
Sans réagir

à cet acte d'héroïque violence.

 

Excusez-moi, Mesdames, Messieurs, Je ne vous ai aps encore dit

Qu'avant le Fascio Papa était carabinier

Mais avec sa chemise noire, papa devint brigadier

Et donc une personne très respectable.

 

Il est minuit

Un chant s'élève dans la rue

La ritournelle de « Faccetta Nera »

C'est mon père bourré à mort.

 

Maintenant vous direz : «  Quel mauvais père
Mais je l'aimais tant, j'en étais fier...

Qu'importe s'il était soûl, s'il avait vomi;

Pour moi, c'était toujours mon papa sur son destrier bai.


ADUA EST LIBÉRÉE

« Adua est libérée

Elle nous est revenue.

Adua est reconquise;

Les Héros ressurgissent

...va, Victoire, va,

Tout le monde sait :

Rouges dans leur visage mâle

avec un sourire, ils veulent chanter ! »


Mon père et l'Italie, dans un monde, qui change

Sont de grands piliers de la loi de Savoie

À qui le Père éternel, avec le Concordat

A donné son divin, son suprême consentement.

Italie du Génie, Italie de l'Art,

Au mâle conflit, le Fascio ouvre la porte;

Cela ne sert à rien par la suite,

Nous deviendrons des Héros dans une Patrie de Héros.


Italie du Génie, Italie si grande

Tu as une nouvelle robe, avec jupon et culotte,

Et maintenant tu semble vraiment une grande reine;

Ils t'ont gonflé les seins à la paraffine

Et sur ta couronne, il y a une étoile dorée

Oh ! Italie, mon Italie, comme tu es belle !

VINGT-CINQ AVRIL

 

Vingt-cinq avril

La guerre est finie

Vingt ans et plus de noire gloire

Un repas pour les vers, là, sous terre.

La vie retrouve une lumière nouvelle,

Se perd peu à peu le souvenir du Duce,

Mais pour mon père, rien n'a changé,

De Fascio et de vin, il est à jamais intoxiqué...


MESDAMES, MESSIEURS, JE VOUS PRIE D'ÉCOUTER

 

Mesdames, Messieurs, je vous prie d'écouter

Cette histoire que je vais chanter.

Je vais vous parler des coups

Que ma mère a toujours reçus.

 

Dans une pièce sans âge,

Où régnait la misère,

La vie était chose assez grave

Avec un père, roi des buveurs.


Lequel saoul, presque chaque soir,

Divaguait nu dans cette pièce,

Chantonnait « Faccetta Nera »

Et n'arrêtait que quand maman

« Mon bel ami, mon bel ami !

Regarde dans quel état tu es;

Tu as bu même ton manteau,

Et pour tes enfants, il ne reste rien à manger ».

 

« Ma belle amie, ma belle amie !,

Combien de fois devrai-je te le redire

Que cette rengaine doit cesser

Car sinon ça va aller mal ! »

« Écoutez-moi çà, Monsieur se fâche

Pour qui me prends-tu , pour ton esclave:

Celle qui coud, qui repasse et qui lave,

Qui obéit sans piper mot ? »

 

Mon père alors, en vrai homme,

Ne voulut plus continuer à écouter

D'un coup, il se met à jurer

De tout le souffle qu'il a dans la gorge.

 

Puis, pas content, toujours plus vexé,

Avec une gifle à pleine main

Soulève maman à bout de bras

Et d'un coup de pied l'étale.

Dans cette pièce sans âge,

Voilà la scène de trop de soirs :

Papa et Fascio, vin et verres

Maman fatiguée et les claques.

 

UN JOUR DANS LA RUE

 

Un jour dans la rue, je reconnus un clochard

L'ombre de mon père à jamais alcoolisé

Un pauvre homme, un pauvre malheureux

Avec soixante années noires pesant sur son dos

Avec soixante années noires pesant sur son dos

Je me mis à son côté, il ne me reconnaissait pas

Je lui dis qui j'étais, il m'éructa en face

Il puait la grappa, le ranci de vinasse;

Il avait un visage jaune pire qu'un citron

Il avait un visage jaune pire qu'un citron

Avec son visage vide, son visage exalté,

Il parla longuement, mais en substance il dit

Que toute sa vie, ma foi, il vécut

Pour un idéal qui était destiné

À devenir le credo de toute la création.

« Si j'avais cent hommes, chacun hardi comme moi,

En moins de deux, nous serions au pouvoir.

Je retournerais au pays, faire le brigadier,

J'irais à cheval admiré et révéré,

J'irais à cheval admiré et révéré ».


Désormais sa mémoire s'égarait dans le vent

À la recherche vaine d'une gloire passée

Sur sa lèvre revînt le souffle de suffisance

Je revis mon père quand il était craint

Je revis mon père quand il était craint

 

Mais ensuite d'un coup la réalité le reprit,

Il me dit : « Gamin, tu n'as pas cent lires

À présent, il ne me reste plus qu'à boire,

Je noie mon passé et je peux rêver.

Je vois mes cent braves et je continue à espérer ».

Il s'éloigne en titubant et semble un clochard;

Son regard fixé à terre, il ne voit rien.

Avec mes cent lires, il se perd parmi les gens;

Avec cent lires, un litre d'illusion.

Avec cent lires, un litre d'illusion.

MON PÈRE EST MORT HIER

 

Mon père est mort hier,

Seul et sans rien.

Je l'ai revu

Dans la chapelle ardente.

Ses moustaches faisaient taches

Elles semblaient des injures

Contre ce relent fort

De la mort.

« Une carcasse vide »

Mais aussi à son apparence

On pouvait comprendre

Ce qu'il avait été.

De grosses larmes, dures

Frappèrent le sol

Mon frère pleurait

Ma sœur aussi.


Et là, au cimetière

descendu sous terre, je pensai:

« Pauvre papa

Tu l'as perdue ta guerre ».

ÉPILOGUE

 

Italie des héros, Italie de Gloire,

Pour toi a commencé l' histoire nouvelle

Tu n'as plus cet air de grande putain

Car tu es la Dame Italie républicaine...

Cependant, tu as un chapeau de feutre un peu étrange

Noir comme est noire la longue soutane.

Amen.

Repost 0
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 14:22

L'Hélicon de Berluscon

Parodie de langue française – L'Hélicon de Berluscon – Lucien Lane – 2010

d'après L'Hélicon – Boby Lapointe, 1963

Oh, oh, Marco Valdo M.I. mon ami, je viens de faire une parodie.

 

Encore... et à propos de quoi ? De qui ?

 

Tu connais Boby Lapointe... Je sais que tu le connais et même, presque par cœur... Moi aussi d'ailleurs. J'adore ses chansons. L'ennui, c'est qu'elles sont d'un genre particulier, celui de Boby très précisément. Et qu'elles ont peu de chance d'être dans les CCG. Pourtant, à mon sens, elles devraient y être, parce que... comment dire ?, elles sont par nature des Chansons contre la Guerre. Boby était un gars éminemment pacifique et amilitariste. « Une idée de l'adjudant, qu'en avait très peu pourtant... des idées... »... Il était tellement amilitariste qu'il n'en a jamais fait de chansons... Cela dit, il nous a donné des chansons loufoques, du moins en apparence; de ces chansons qui mettent à mal le « sérieux », cette plaie de toute société, ce corset de l'intelligence et de la liberté, ce fondement de l'autorité et du pouvoir. L'ironie, la dérision sont des respirations essentielles... C'est un peu le ton de celle-ci... J'ai conservé l'hélicon... Un excellent instrument dont je propose l'usage au destructeur de l'Italie et à tous les tenants du pouvoir...

 

Dans le fond, tu as raison, s'il pouvait aller jouer de l'hélicon... Ce serait bien pour lui et pour tout le monde. Quoique, pauvres Tunisiens !

 

Bon, d'accord, ce n'est pas l'œuvre du siècle... Mais qui a jamais demandé à une parodie d'être un chef d'œuvre... Et puis, je suis un âne, moi. J'avais juste envie de fustiger ce dément, de lui faire savoir la haute considération que je lui porte. Hihan...

Et enfin, comme disait Boris Vian...

 

« Tout a été dit cent fois
Et beaucoup mieux que par moi
Aussi quand j'écris des vers
C'est que ça m'amuse … »

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Silvio, tu as déjà passé septante ans

Tes vieilles dents sucent les fraises

On ne veut plus d'elles au trapèze

Tu devrais t'en aller, il est temps.

Tu devrais jouer de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

Dans ton petit cirque ambulant

Il y a un tas de fainéants

Choisis donc plutôt d'être papi

En Tunisie comme Craxi

Tu pourras y jouer de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

N'en parlons plus mauvaise tête

Tiens va donc là-bas faire des fêtes

Et manger des haricots de moutons

On t'attend déjà à Hammamet

Tu pourras y jouer de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

Silvio, tu es bien polisson

De te moquer de la population

La population qui est si bonne

Eh! que t'importe la population

Va-t-en jouer de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

Laisse donc cette population

Qui est trop bonne pour toi

Et va trouver d'autres serpents

Tu pourras jouer avec au boa

Pas du hautbois de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

Eh bien, il y a ton ami Kadhafi

C'est ça, le vrai gouvernement

Si tu veux, va jouer avec lui

Il est vraiment très puissant

Jouez ensemble de l'hélicon

Pon pon pon pon

 

Ah! il nous énerve,

Ah! c'en est trop

Tiens: pan pan pan boum, toc il tombe

On l'a tué à coups de marteau

Et l'on a fait graver dessus sa tombe

"Il voulait jouer de l'hélicon

Pon pon pon pon

Con"

Repost 0
Marco Valdo M.I. - dans Lane Lucien
commenter cet article
15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 10:16

Tout finit ici


Canzone léviane – Tout finit ici – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 88

Tout finit ici est la huitante-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Tout finit ici est la huitante-huitième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

On pourrait croire, vois-tu Lucien mon ami l'âne aux yeux froncés, on pourrait croire qu'avec un titre pareil : Tout finit ici, que c'est la fin de tout, que notre ami le prisonnier-blessé-guerrier est définitivement désespéré. Qu'il s'est effondré, au moins moralement. On pourrait le croire, mais rassure-toi, il n'en est rien. Même s'il ressent une sorte de dépression, d'accès de mélancolie, de plongée dans la mer de la tristesse et de fatalité... Ce n'est pas la dernière canzone.

 

J'espère bien, car elle est assez désespérante, dit Lucien l'âne.

 

Mais, elle l'est en effet, comme le sont les conditions de vie en prison ou dans tout lieu d'enfermement. Ce n'est quand même pas une partie de plaisir que d'être enfermé, que d'être bloqué en un lieu... Ainsi, notre ami a un coup de bleu, comme cela arrive à de nombreuses personnes enfermées dans ces lieux désolés et contraintes à l'isolement et à des conditions de vie assez peu enthousiasmantes, pour ne pas dire carrément désastreuses et insupportables. Vois-tu, même si les lieux sont – disons – modernisés, si les cellules ont des allures de chambrettes, si l'on y met un peu de couleur sur les murs... il n'en reste pas moins que tout y est « comme moisi, tout a le goût du renfermé... »... On y perd son humeur joyeuse... Au point que – outre ceux qu'on y suicide, certains s'y suicident ... Le phénomène est fréquent et souvent, ce sont des personnes qui pouvaient espérer en sortir assez rapidement... C'est ce goût du renfermé le véritable poison... Enfin, cette canzone décrit l'emprisonnement vu de l'intérieur... Je veux dire de l'intérieur de la prison et du prisonnier.

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Tout ici est comme moisi

L'air, la lumière sont aseptisés

Tout a le goût du renfermé.

La tristesse suinte des murs gris

Où est mon humeur joyeuse ?

Où est cette force heureuse,

Pour laquelle aucun effort n'est trop grand, et

Pour laquelle aucun poids n'existe, Et...

Il est vain de la rechercher:

On ne peut poursuivre le bonheur;

Ne l'atteint que celui qui l'a au cœur.

Parfois tôt, parfois tard, parfois trop tard.

On le trouve seulement par hasard

Avec émerveillement et plaisir,

Comme un élan du désir

Au coin d'une rue d'une ville lointaine

Un soir, un matin, une fin de semaine.

Exilé, en relégation, en prison,

Du plus profond

Je regarde le monde ancien…

Et dans le noir,

Émerge le temps lointain

De ma mémoire.

Les rites des jours avivent

Les heures de transparence

Où le bruit du monde arrive

Éreinté de tant de patience

Comme dans le coquillage, la rumeur du vent.

Cette solitude imposée, cet isolement violent,

Étouffent la vie et tout bonheur.

Les yeux fermés par force sombrent

Dans les cendres et les ombres.

Et s'enfoncent en un monde intérieur.

À la lumière du matin, le jour s'éveille

Une fine mélancolie éloigne le sommeil.

Une odeur proche, une voix familière

Quelques mots, la neige, l'étoile amère.

Il est vain de s'illusionner ainsi.

Tout finit ici.

Repost 0
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:04

LE MORAL DES TROUPES

 

Version française – LE MORAL DES TROUPES – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – Il Morale delle Truppe – Max Manfredi - 2008



Le moral des troupes

N'a jamais été ainsi

Si haut, si vif

Si vrai, si, si...

 

Tous savent que la guerre

Ne se fait pas avec des mais et des si

Et ils repoussent les assauts

D'un simulacre d'ennemi

 

L'ennemi ne t'écoute pas

Ne sait même pas que tu existes

Mais s'il croit, il te fait faire

Tout ce qu'il veut

 

L'ennemi est partout,

L'ennemi, c'est nous.

Si parfois nous nous tuons

C'est pour jouer au héros

On nous a donné du bon

Dans les nuits de tranchée,

Ainsi on ferme l'œil

En attendant la marée.

Quand nous rouvrirons les yeux

La tranchée ne sera déjà plus là

Une joute entre les étoiles

Quatre chars avec Jésus

 

On a amené nos épouses,

On les a mises à l'arrière

Sauf que depuis deux mois

Elles s'en sont allées.

Il y a la belle vivandière

Qui s'offre à tout le monde;

Si elle te prend par surprise,

Démontre-lui qui tu es.

Souvent l'aumônier

Nous prépare un café

Il raconte ses histoires

Il nous fait un peu de cabaret

 

Hélas avec les chiens en dotation

On va nous écrasant

Sous les ruines de la guerre

Depuis de très nombreuses années.

 

Les tavernes de frontières

Ont des parfums de Hongrie

On t'y porte à boire

Une bière d'abbaye

 

Chaque fin de semaine

On se soûle en bas en ville

Et nous pensons : Le général

Sait au moins ce qu'il fait.

 

Le moral de la troupe

Est toujours ce qu'on sait:

Il dit que sans une guerre

Un jour ou l'autre on s'ennuiera

 

C'est au front que la paix

Semble une bonne idée;

Quand on rentre chez soi

On regrette la tranchée.



Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article
14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 15:03

IL ARRIVERA

Version française – IL ARRIVERA – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – 'L Rivarà – Ivan Della Mea - 1979

 

 

'L Rivarà ("IL ARRIVERA" en dialecte milanais) est la chanson introductive de Sudadio Giudabestia, seulement précédée brièvement de la première strophe de Io so che un giorno. Introductive et en un certain sens, récapitulative : l'univers de la rue Montemartini, la rue du quartier Corvetto où vivait et est mort Ivan Della Mea, est présenté tout entier, dans sa composante humaine et politique.

 

Ivan Della Mea n'aimait pas trop faire de préambule. Il se lance directement, et d'un coup. La chanson se « passe » en un jour précis : celui de la mort de Che Guevara. C'est, donc, le 9 octobre 1967. Un navetteur qui travaille toute la journée rue Montemartini, venant de qui sait quel coin perdu de l'hinterland milanais a manqué son train et vague, bourré, par la rue. En quelques mots, il dit tout à un Della Mea qui vague comme lui et c'est toute une vie, tout un désespoir, toute une solitude. La mort de sa femme et de son fils, qui sauta sur une mine après guerre (encore proche alors) et l'attente quasi-messianique des « justes » et des « héros » qui « viendront aussi pour nous ». Peu importe qui ils seront, des merdes, Staline ou Dieu. Le vin et le rachat d'un jour. Della Mea est embarrassé, justement ce soir-là il vient d'apprendre que le héros, le Che, a été assassiné. Il tire dix mille lires de sa poche, montrant ainsi un sentiment de culpabilité à penser au héros lointain tandis que devant lui il a une terrible quotidienneté ( « Sa raison était mon tort »).

Il s'aperçoit alors, et nous avec lui, que dans cet univers circonscrit, visible de la fenêtre de sa maison, les « héros » n'existent pas. Existent des gens quelconques, avec leurs grandeurs impensables (« Divin par le haut « ) et leurs pires bassesses (« bestial par le bas »), qui sont inséparables et qui devraient rendre inutile la recherche ou l'espoir en des « héros » et en des mythes lointains. Subitement, l'univers Montemartini s'ouvre. Ivan Della Mea décide de le chanter dans son intégralité.

 

À commencer par Rita, la « folle de la rue », figure centrale de la chanson, qui fait subitement son apparition. Ainsi dans cette première chanson elle est déjà dans les jardins avec la rose et son besoin d'amour. Della Mea est comme abasourdi, de cet étourdissement qui frappe quand on comprend subitement quelque chose qui ne s'est pas encore bien formé dans la tête : un éclair, qui pourtant dans les premiers instant se heurte au vide. Nonobstant, même ce vide, avec le navetteur qui dort sur la rue et Rita dans les jardins, doit être chanté. [RV]

Je sais qu'un jour

Viendra vers moi

Un homme blanc

Vêtu de blanc

Et il me dira

Mon cher ami

Tu es fatigué

Et avec un sourire

il me donnera la main...

 

et tout commença avec le navetteur

Étendu par terre brouillard printemps

Ses lèvres violettes dures à mâchonner

Et son vieil œil fixe dans le soir.

 

« J'ai travaillé », dit-il, il était serein,
«  Durant tout le jour justement dans cette rue

Puis vin grappa puis j'ai manqué le train

J'ai perdu mes sous dans l'auberge.


Ma femme je l'ai déjà perdue en soixante

Mon fils sur une mine après guerre

J'ai manqué le train de six heures quarante

Laissez-moi dormir ici par terre.

 

Mais un jour il reviendra aussi pour nous »,

Je le regarde : « Qui viendra ? », je demande

« Les justes », dit-il, « Les martyrs, les héros,

Enfin tous, merde, Staline, Dieu. »

Et alors je ne sus plus quoi dire

Sa raison peut-être était mon tort

Je lui donnai fautif dix mille lires

Je lui dit : « Excuse-moi, mais le héros est mort.

Le héros est mort ce soir

Avec son œil dur suspendu à essuyer

Et celui qui l'a tué au printemps

Au fond est seulement un navetteur. »

De ma fenêtre je ne vois plus de héros

De ma fenêtre aujourd'hui je vois seulement

Des faces, des yeux, des corps et des têtes de gens comme nous

De ma fenêtre, je ne vois plus de héros

Mais bien plus souvent un bête humain

Divin par le haut bestial par le bas, le même

Que celui dont vous ne voulez plus de héros

Et maintenant chez moi la tête vide

Je me penche sur la rue Montemartini

Ma femme est avec moi à la fenêtre

Elle me dit : « Il y a Rita dans les jardins ».

Rita de l'amour, dame Rita

À sa manière est une navetteuse

L'hiver enfermée à la Villa Fiorita

Et maintenant sur la plaine de jeux, elle attend.


Elle attend on ne sait quoi

Avec un sourire et en main une fleur

La même fleur, une tige de rosier

« Je suis Rita », chante-t-elle, « et je veux un peu d'amour.

Auf wiedersehen encore mon amour
Auf wiedersehen encore de Rita
Auf wiedersehen à tous même à Dieu
Au revoir à la Villa Fiorita. »

 

Et je reste là avec le vide dans ma tête

Et l'œil perdu dans la rue Montemartini

Ma femme tranquille ferme la fenêtre

Elle la ferme sur Rita et ses jardins.

Repost 0
11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 23:09

RITA EST REVENUE


Version française – RITA EST REVENUE – Marco Valdo M.I. – 2010

Chanson italienne – La Rita è tornata – Ivan Della Mea – 1979


Sur ce site, sont déjà présentes deux chansons provenant de Sudadio Giudabestia, l'œuvre collective qu'Ivan Della Mea et sa bande de « pirates » (que j'ai eu la chance de connaître) écrivirent et mirent en scène en 1979 : il s'agissait de

Storia di un cane e Sebastiano. Obligatoirement, tout le Sudadio devrait être inséré. Peu importe comment, et sous n'importe quel prétexte; petit à petit, il en sera ainsi. Entretemps, en insérant cette chanson magistrale que Ivan martelait presque en un crescendo rossinien, avec sa voix inépuisable nonobstant les neuf mille cigarettes par jour qu'il fumait ou d'autres choses du genre, je prends l'occasion de parler un peu mieux du Sudadio et de Rita qui en est la figure centrale.



Le Sudadio est l'épopée de la rue milanaise où habitait Ivan Della Mea, et où il est mort à cette aube maudite du 14 juin 2009. Rue Montemartini, ses jardins, ses maisons quelconques, ses chiens, ses gamins, ses seringues d'héroïne, ses révolutions et, précisément, sa Rita. Rita est la folle de la rue. Dans chaque rue, il y a une folle; même moi, ici, dans la rue de l'Argingrosso à Florence, j'ai ma folle de référence sur laquelle j'écrirais des dizaines de chansons si je savais les écrire comme Ivan.


Le Sudadio, qui ne découle pas par hasard d'une autre et ancienne chanson d'Ivan,
Io so che un giorno... est la description totale de l'univers Montemartini; un univers de dureté et de douceur, de lutte et de résignation, d'ouvertures et de fermetures, de la mort gratuite donnée à un chien et de la vie qui naît désespérément; et pour naître désespérée, ne peut faire autrement que le faire par le truchement d'une soi-disant « folle ». Rita. Celle qui est toujours dans les jardins. Ce devait être une femme mûre mais pas encore vieille, encore belle, encore avec sa poitrine dressée et ses gestes d'amour vécu; il vient à l'esprit, qui sait, une Alda Merini dans la quarantaine.



Rita est une folle avérée. Elle a sa chambre à la « Villa Fiorita » ( Villa Fleurie – nom typique des pavillons d'asiles d'aliénés : à Florence également, au milieu de la zone de San Salvi ancien asile, on trouve actuellement une Villa Fiorita qui sert pour aux « visites fiscales » pour la concession des pensions d'invalidité), et elle sait déjà qu'un jour... Là tout de suite, elle est dehors, dans un automnal après-midi enchanteur dans la rue Montemartini, avec en main une tige de rose à laquelle elle veut redonner vie et elle le plante en terre. Puis, elle accomplit un autre et décisif acte de vie, un geste primaire. Elle se déshabille, nue. Elle veut elle aussi devenir une rose en se débarrassant de tout vêtement humain. On songe, avec ce geste, à une de ses sœurs folles : la
Teresa Torga de José Afonso.


Comme pour Terresa Torga, arriva la police; pour Rita, arriva l'ambulance. Je suis conducteur d'ambulances et je ne sais combien de fois il m'est arrivé , en trente-deux ans de service volontaire, d'être appelé à « emmener des fous ». Je me souviens d'une femme sarde, à l'incroyable nom d'Elmas Piras, qui dans la Florence des années 1980 aimait s'étendre au milieu des carrefours les plus fréquentés de la ville, bloquant complètement le trafic et créant autour elle un vide qui ramenait la rue à un calme absolu, presque irréel. Elle créait une île comme sa Sardaigne lointaine.

Nous arrivions et nous devions l'« emmener » pour recréer les conditions normales de confusion : ainsi va la vie. Arrive l'ambulance et Rita se rhabille « doucement doucement » et se laisse emmener. Dans son habituelle Villa Fiorita. Encore comme Teresa Torga, Rita s'était mise à danser nue; c'est sa fête. Folle, sainte, anarchique, ce qu'on veut : surtout belle.


Car de cette chanson émane un sens de la beauté, que même l'intervention de l'autorité et le « rétablissement de la normale » n'arrivent pas à éliminer. Le temps s'arrête presque, comme le souligne la façon dont Ivan exprime l'heure : quinze heures soixante. Pas quatre heures. Quatre heures n'arrive pas et n'arrivera jamais; il faudrait garder ces minutes de poésie et liberté. Des minutes qui sont en arrêt par la présence de Rita, en forme de « rose étrange » qui reste plantée là où elle était.[RV]


C'est très émouvant cette chanson et cette histoire de la Rita, dit Lucien l'âne. Et tu connais ma passion absolue et nécessaire pour les roses... Et puis aussi, Ivan Della Mea, tu as déjà traduit de ses chansons. La chanson de la Teresa Torga aussi tu l'avais traduite... Mais il me souvient d'une des chansons que tu avais écrite aussi à propos d'une folle...


Ah !, tu t'en souviens de Clara... Mais la mienne, c'est une folle de village, une folle dans un pays bien différent de ces grandes villes que sont Milan ou Lisbonne... C'est l'histoire de Clara la pazza qui finit dans le feu... et j'entends encore sa lamentation, son long hululement avant de quitter volontairement cette vie où on la laissait périr. Je l'avais rencontrée dans ce village de Sardaigne décrit par ce merveilleux conteur qu'est Ugo Dessy. J'en tremble encore du cri de Clara … C'est d'ailleurs le titre de la canzone : HOU HOU ! (http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8853&lang=it)...


Cela dit, ce monde des humains est quand même assez barbare, dit Lucien l'âne...



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.






Quinze heures quarante

Rue Montemartini

L'automne s'enchante déjà

Dans le vide des jardins

Quinze heures quarante

Rita est sur le banc

Sculptée comme une sainte

Ou comme une Madone

La poitrine bien dressée

Semble aussi poser

Sa main tient droit serrée

Une tige de rosier


Comme si elle priait

La tête penchée à droite

On dirait qu'elle regardait

Par la fenêtre, droite

Au moment où l'amour

Doucement se renferme

Rita a pris la fleur

Et l'a plantée dans la terre

Ô rose bénie

à l'eau de la fontaine

Plus personne ne t'attend

Ni sainte ni putain

Toi l'ultime illusion

que le délirant accroche,

Ta passion si rouge

Déteint là dans la guerre.


« J'ôte ma robe

Je me défais de tout,

De toute vêture humaine,

Pour devenir rose »

L'ambulance arrive,

Avec sa sirène hurlante,

Rita danse nue

Et crie : « C'est ma fête ! »


La fête de la douleur

Une tige de rose

Qui découvre l'amour

Dans le néant de chaque chose

« Emmenez-moi donc,

Je suis folle et sainte

L'anarchie est douce

À quinze heures soixante.

Rendez-moi ma chambre

Là-bas à la Villa Fiorata,

Ayez un peu de clémence

Pour Rita qui est affolée. »

Elle se vêt doucement doucement

Avec des gestes de poésie,

Puis chante à mi-voix :

« Courage, allons-y. »

Quinze heures soixante

Rue Montemartini

L'automne encor enchante

Le vide des jardins


Et de ma fenêtre,

Ni sainte, ni putain

Regardant sur la droite

Il y a cette rose étrange.

Repost 0
11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 23:08

Les Routes Parfumées


Canzone léviane – Les Routes Parfumées – Marco Valdo M.I. – 2010
Cycle du Cahier ligné – 87

Les Routes Parfumées est la huitante-septième chanson du Cycle du Cahier ligné, constitué d'éléments tirés du Quaderno a Cancelli de Carlo Levi.

 

Décidément, Marco Valdo M.I. mon ami, les titres de tes canzones sont souvent bien étranges ou inattendus... Celui-ci est porteur d'une poésie lointaine qui me ravit tellement... On a comme une sensation d'immenses espaces un peu déserts et où le vent ramasse en un parfum unique le thym, la menthe, le pin, la rose et l'odeur puissante de la lavande et du mimosa. Mille couleurs envahissent ma bouche et mille saveurs tourbillonnent en ma pauvre tête d'âne soudain éwaré. D'où peuvent-elles bien venir tes routes parfumées que j'ai l'impression de sillonner depuis l'aube des siècles...

 

Elles viennent, Lucien l'âne mon ami, via Carlo Levi, tout droit d'un poète du Sud, d'un poète mort trop vite et trop tôt, qui s'appelait de son vivant et qu'on appellera encore ainsi maintenant Rocco Scotellaro... Oui, ce même Rocco qui rejaillit au cinéma sous le titre de Rocco et ses frères. D'ailleurs, les poésies de Rocco sont bien plus parfumées encore que l'évocation ici ironique et dérisoire des routes de la modernité. Il conviendrait d'ailleurs de remplacer dans les écoles les cours de religion par des cours de dérision... Cela aurait plus de sens.

 

Oui, sans doute, mais que dit-elle d'autre la canzone ? Est-ce toujours ce voyage à l'intérieur du monde de notre ami le prisonnier ? , demande Lucien l'âne aux yeux noirs de soleil.

 

Que veux-tu que ce soit d'autre, mon ami l''âne Lucien ? On ne peut jamais jeter l'ancre dans cette navigation intérieure où l'on traverse la mer des enfers en voguant sur les plateaux pierreux et blanchis par les lumières insensées du grand midi. Celui qui baisse la tête, celui qui entre dans le jeu de ce monde frelaté est dans la position du joueur, assuré d'une seule certitude : celle de toujours perdre.

 

Finalement, dit Lucien l'âne révolté, la seule manière de vivre est de se tenir encore et toujours à l'écart de ce monde vil et cacochyme et de lui tisser inlassablement son linceul... jusqu'à sa complète disparition.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Sans scrupules et sans respect

Derrière leurs regards lasers

Ils avancent comme les criquets

Par dessus les déserts

Après leur passage, nuage de malheur,

Il ne reste ni un brin d'herbe ni une fleur

Mais seulement des trous, des ravins

Une Lune qui tourne en vain

Une horloge sans passé.

Des entreprises, des agences, des sociétés

Animent le monde pour cacher le malheur

Simulent et vendent du bonheur,

Et diffusent de rassurantes comédies,

Pour transformer en jeu la tragédie,

Et peindre les ruines de vives couleurs.

Travestissement, leurres.

Ils imposent cette guerre,

Il nous faut la faire,

En tenant le terrain pas à pas.

Une espèce de guérilla

Dans les villes et dans les bois,

Ora e sempre : Resistenza !

Partout, dans tous les temps,

La bataille dure depuis si longtemps,

Plus le pouvoir est immense,

Plus s'étend son impuissance.

Le monde est fait désormais de routes,

De routes pour tous ! Des routes

Belles, attrayantes, merveilleuses routes parfumées

Dans un perpétuel week-end de plage ensoleillée

Couvertes de papiers sales, de plastic et de cannettes

Qui submergent la planète.

Nous avons fait tant de chemin ensemble

Comme des chevaliers du Temple

Qui combattent sans même plus savoir pourquoi

Chrétiens ou sarrasins liés par cette folie de la foi.

Où chacun court à sa perte.

Ni héros ni soldats dans les caillasses désertes

Qui conduisent aux villages d'antan

Où pendant le jour, on rencontre de rares paysans.

Où la nuit, les esprits vacillent

Et le chien veille sur les brebis endormies.

Repost 0

Présentation

  • : CANZONES
  • CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche