Bonaveri Germano

Samedi 24 mars 2012 6 24 /03 /Mars /2012 21:24

LE MAT – LE FOU

 

Version française – LE MAT – LE FOU – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – LE MAT – Germano Bonaveri

Texte : Germano Bonaveri

Musique : A. D'Urso, G. Bonaveri

 

Encore une histoire de fou ?, dit Lucien l'âne en riant. Il y en a des chansons qui parlent de la folie, des fous, des asiles (manicomi) et autres lieux d'enfermement, du destin tragique que la société réserve à ceux qui ne suivent pas les chemins fréquentés, qui sont – aux yeux de vos cruels jardiniers – de la mauvaise herbe [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=2673&lang=it]]...

 

En effet, Lucien l'âne mon ami, le destin que l'on réserve dans ce monde aux plus démunis d'entre nous est absolument épouvantable... Parfois, dans certains lieux, dans certains pays seulement, l'homme différent est accueilli comme un homme, comme un «autre je ». C'est assez rare, mais ça existe. Mais de façon générale, le fou, le mat, le malade mental, le rêveur de l'absolu... subit le sort de l'autre, du différent, de celui venu d'ailleurs, du non-conforme, du nomade, du clandestin, du déviant par rapport aux rigidités sociales, de celui que la petitesse d'esprit et l'égoïsme titanesque des contemporains fulminent et stupéfient... Je te rappelle, mais je te l'ai déjà dit, la façon dont je formule cette pensée de Pascal à propos de la folie : Quelle folie que de n'être point fou !

 

 

Je disais encore une chanson sur la folie... Car il me souvient, Marco valdo M.I., mon ami, que tu en as déjà abordé plusieurs dans ce site et tu en as même écrite une... Elle était d'ailleurs confondante, bouleversante, renversante de tendresse... Si je me souviens bien, elle s'intitulait Hou ! Hou ! [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=8853&lang=it]]... et donc, cette fois...

 

Donc, cette fois, c'est une chanson de Germano Bonaveri que j'ai traduite et qu'il chante en italien, en espagnol et en français, dans la version ci-dessous. Mais outre que de parler de la folie et de la place du fou dans le monde des hommes, elle parle aussi du destin, car le fou qui apparaît dans la chanson, c'est un arcane du tarot de Marseille... connu sous le nom du Mat, vieux nom français pour le fou. On le retrouve ce nom de Mat en anglais sous le mot déformé de « mad » et bien sûr, en italien « matto ». Regarde, cette belle façon de décrire la personne du mat : « Celui qui vit comme un chat ». Autrement dit, celui qu'on ne soumet pas, celui qui sans trop se poser de question vit en pleine liberté.

 

Oui, c'est bien mon avis aussi, ce monde – que j'ai parcouru dans bien des sens, m'apparaît comme bien trop policé. C'est ça, le monde des humains est trop policé... On a bien du mal à y vivre dans la sérénité. Pourtant, comme dit Léo Ferré : « la vie est courte et il n'y en a qu'une. Qu'on soit Ricain ou qu'on soit Russe... Y en a marre ! » [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=7794&lang=it]]. Crois-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, le monde actuel, celui de la Guerre de Cent Mille Ans, celui qui veut que tout le monde soit sous la domination des riches, où tous doivent subir les effets du droit d'exploiter la terre, le temps et la vie des autres, où tous doivent payer de leur sueur, de leur sang les caprices des riches, ce monde de l' « ARBEIT MACHT FREI », ce monde du libéralisme et du travail obligatoire, ce monde-là est incurable et l'origine de sa maladie, l'élément moteur de sa folie, c'est l'avidité, le goût de la richesse, la richesse elle-même que d'aucuns poursuivent comme des enragés... en écrasant tout et tout le monde sur leur passage... À côté des riches d'à présent, Attila était un chérubin plein de délicatesse... Alors, Marco Valdo M.I., mon ami, reprenons notre tâche prophylactique et tissons le suaire de ce monde destructeur, brutal, inconscient et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Depuis des millénaires, j'habitais au milieu des mers

Comme dans un pouding, flotte une cuillère :

Au-dessus de ma tête, tout bleu, un haut ciel

Sous mes pieds, un autre ciel tout pareil.

 

Cependant, un jour, j'imaginai un autre matin

Je décidai avec ingénuité de sauter

Vers l'autre rive, bien au-delà du destin

Que l'existence semblait me réserver.

 

Puis, à l'improviste, Tempête m'agrippa

Océan debout me paralysait de terreur,

D'un seul coup, ma barque chavira

Et je fis naufrage sur les plages de l'erreur.

 

Dites-moi fou, s'il faut

Car le gêne de la folie

N'est pas un défaut

N'est pas une maladie.

 

Je suis l'unique qui n'a pas de chiffre ;

La vraie liberté n'a pas d'adresse.

C'est pourquoi on dit fada,

Celui qu'il vaut mieux écarter

Celui qui vit comme un chat,

Celui qui choisit de rester

En marge du monde

Où il n'y personne qui réponde

Pour qui a touché l'infini

Et n'en a pas encore fini.

 

Moi, depuis ce jour, je ne connais plus de peine

Et je n'agis que pour ce que je sais

La légèreté sans l'influence du passé

Est comme le chien qui me pousse dans l'aine :

 

Pure action dans cet éternel présent

Mon espace, c'est moi. Je n'ai plus de lieu,

Je suis le phénomène effronté et impertinent

La métaphore parfaite et indéchiffrable de Dieu

 

Appelez-moi fou, s'il vous chaut

Car le gêne de la folie

N'est pas un défaut

N'est pas une maladie.
Je suis l'arcane majeur

Qui n'est pas numéroté

Telle est la valeur

De ma liberté.

 

C'est comme ça, on dit fou

Sans trop chercher, par où

Esquiver l'embarras

De qui ne comprend pas

Celui qui vit comme un chat

Aujourd'hui comme demain.

Donc fou, criez-le moi

Vous êtes si loin.

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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Vendredi 23 mars 2012 5 23 /03 /Mars /2012 22:16

LE DIABLE

 

Version française – LE DIABLE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – Le Diable – Germano Bonaveri – 2011

 

Voici une chanson, mon ami Lucien l'âne, qui devrait te ravir ainsi que tous les ânes, les athées, les bouffeurs de curés (mangiapreti), les anticléricaux, les sans Dieu, les mécréants, les païens, les enfants de la raison, les fils de la science, les humains, les descendants de Cro-Magnon, les porteurs de lumière, les excommuniés, les infidèles, les incroyants, les vrais optimistes, les gens d'Albi, les amoureux de la vie, les vivants...

 

Si je comprends bien, dit Lucien l'âne l'initié d'Eleusis, tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans le « In God we trust », dans le « Gott mit uns », « Dieu le veut » et autres fadaises... Ceux qui comme nous ont comme devise : « Noi, non siamo cristiani, siamo somari ».

 

Oui, en effet, et ceux aussi qui, à l'occasion, chantent le Semeur. [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=37216&lang=it]]. Et bien entendu, terminent par un vibrant « Oui, nous irons chasser, ohé, la calotte... À bas la calotte ! »

 

Voilà pourquoi, Marco Valdo M.I., mon ami, il nous faut sans relâche tisser le suaire (comme à Turin) de ce monde crédule, superstitieux, sectaire, imbécile et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 


 

 



Je suis l'androgyne obscène et bisexuelle

La monade maudite qui fait peur

L'ange sans maître et sans frayeur

La fleur qui éclot d'une tombelle.

 

Toute vengeance naît de mon cerveau

Je suis le bourreau qui vous mène à l'échafaud

Avec au cou, la croix de votre Dieu impeccable

Mais en poche, le maître-atout du Diable.

 

L'abîme sans fin,

D'où naît le vide, engendrera

La première étoile du matin

Quand le matin se lèvera.

 

Multitude ambitieuse

Sur la voie de la sénilité,

Je suis le seigneur et l'accoupleuse,

Noumène de l'humanité.

 

Je suis l'idée et la révolution,

L'antagoniste perspicace

Je vis dans une quatrième dimension

Qui n'a ni temps ni espace.

 

Je suis le mystique impénitent

Le chaman investigateur

Je suis la rage des gens

La Beauté dans l'erreur.

 

Je suis l'instinct charnel sans pudeur

Le mensonge le plus infâme qui fut jamais dit

Je suis le corrompu et le corrupteur

Je suis la part la plus vraie de vos vies.

 

Je suis le démon de la désobéissance

La quinzième carte sur la table,

Le lieu secret de la concupiscence,

En somme, en d'autres mots, ton diable.

 

L'abîme sans fin,

D'où naît le vide, engendrera

La première étoile du matin

Quand le matin se lèvera.

 

Je suis l'âme impénitente

Giordano Bruno sacrifié

L'inquisition militante

Et le martyre du condamné

 

Je suis Dante l'initié

Adam Kadmon pécheur,

Je suis Judas réincarné,

Prométhée le trompeur.

 

Je suis la rage et la compassion

La tentation du péché

Je suis la voie de l'initiation

Le désir jamais réalisé.

 

Je suis l'être et le néant

Je suis le semblable et le différent.

L'impérialisme délirant

De la pensée de l'Occident.

 

Je suis l'équivoque qui se déchaîne

Face à la vraie superstition

Je suis le décor et la mise en scène

Je suis la politique et la religion.

 

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 11:46

LA JUSTICE

 

 

Version française – LA JUSTICE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – LA-JUSTICE – Germano Bonaveri

Texte et musique : Germano Bonaveri.

 

 

 

Voici une chanson tirée de L'ORA DELL'OMBRA ROSSA... Elle s'intitule LA JUSTICE, y compris dans la version italienne...

 

Voilà qui est bien curieux, dit Lucien l'âne en secouant ses naseaux fumants dans ce matin d'hiver.

 

C'est curieux, en effet. J'ai moi-même été surpris au départ quand j'ai vu que les titres des onze chansons italiennes de Bonaveri étaient tous en français. Mais cette curiosité s'explique aisément, puisqu'il s'agit des personnages, des figures tirées du tarot de Marseille... Un des plus anciens tarots connus et tant que j'y suis, je te rappelle quoique tu doives en savoir mille fois plus que moi sur la divination, toi l'ensorcelé, je te rappelle donc que le tarot a deux usages : celui commun à tous les jeux de cartes... C'est-à-dire justement de jouer – lieu de loisir et de lien social ; et celui d'instrument de divination.

 

Évidemment que je sais tout cela. Tu me prends pour un homme ? J'ai quelques lumières sur la divination et la sorcellerie, sans compter que je connais aussi les mystères de l'antique Grèce, y ayant été initié quand l'Ionie était un des hauts lieux de la Grèce, d'où vinrent rien moins qu'Anaximandre, Anaximène, Leucippe, Héraclite, Anaxagore, Pythagore et Thalès. Je te dis ça, car comme souvent déjà je te l'ai révélé, je les ai croisés et même, pour certains, véhiculés sur mon dos poilu. Mais que cela ne te retienne pas et continue donc à m'expliquer...

 

Donc, je disais, le tarot est instrument de divination et c'est dans ce rôle qu'il apparaît dans les chansons de Germano Bonaveri, tout comme il apparaît dans l'excellent livre d'Italo Calvino – auquel comme tu sais, d'étranges secrets me lient. Ce livre s'intitule « Il castello dei destini incrociati », « Le château des destins croisés ». Tout un livre bâti sur le tarot, tout un album construit sur le même tarot... Le tarot dit de Marseille, un des plus anciens connus... Voilà pourquoi les titres sont en français, même en italien. Mais cette chanson intitulée LA JUSTICE, comme on le verra, parle des rapports entre la Justice et le Pouvoir, situation des plus complexes et des plus ambiguës. Je te résume les deux positions : du point de vue du pouvoir, la Justice est une simple auxiliaire et si elle doit s'appliquer à tout le monde, elle ne peut s'appliquer au pouvoir lui-même, lequel se considère comme son maître.

 

En somme, dit Lucien l'âne, le pouvoir se considère hors d'atteinte de la Justice... et c'est bien ce qui se passe quand la Justice est serve.

 

Exactement. Quand la Justice est à la botte (n'y vois, je t'en prie aucune allusion...), le pouvoir ou son incarnation, dit à la Justice ce qu'elle peut faire, ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne peut pas faire, ce qu'elle doit ignorer... C'est là que la Justice devient aveugle. Quand on lui bande les yeux et plus encore, quand on les lui crève.

 

Et que se passe-t-il dans le cas contraire, quand la Justice relève la tête, retrouve sa dignité et fait ce pourquoi elle est là ?

 

C'est l'autre position évoquée plus... Quand la Justice ne soucie pas des injonctions du pouvoir, quand la Justice n'est pas serve, quand elle peut agir en toute conscience, en toute liberté de paroles et d'action... C'est la conclusion de notre chanson : « Dame Justice est revenue – Et l'empereur décapité. »... Enfin, je te renvoie à la chanson qui en dit bien plus que ça : elle parle d'équité, de révolution, de coup d'état, de dictature, de démocratie dévoyée... Bref, elle parle de notre quotidien...

 

Je vois, je vois, dit Lucien l'âne... La justice, quelle belle dame, quelle égérie... Il lui faudrait se débarrasser de ses chaînes en or et refuser d'appliquer la loi des riches, refuser de prendre leur parti dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres... Elle devrait refuser d'être leur servante et dire qu'il est injuste d'accumuler les choses, injuste de vouloir dominer les autres, injuste d'exploiter les gens, injuste de tirer des profits, injuste d'accaparer les biens communs... voilà aussi pourquoi j'aime bien cette chanson, et pourquoi, quand même, il nous faut tisser – comme les Canuts – le linceul de ce vieux monde inique, léonin, truqueur, injuste et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Le dimanche au marché

Arriva dramatique la notice

Qu'un commando masqué

Avait enlevé Dame Justice.

La foule estomaquée resta sans voix

Tandis qu'on l'emmenait,

Prisonnière d'un petit roi

Dame de compagnie au palais.

 

Les ploutocrates rapidement

Contrôlèrent l'information

Le résultat ne se fit pas attendre longtemps

Les pauvres gens tombèrent en confusion.

Les plus imbéciles se rassurant

Prirent le fait avec euphorie

Une dictature en rampant

Chassa la démocratie.

 

Dame Justice n'était pas un laideron

Elle fit de vertu nécessité

De son magnifique cul rond

Elle s'ouvrit les portes de la félicité.

Neuf mois après cette dévotion

Arrivèrent les fruits de ce bonheur.

Elle les baptisa Châtiment et Condamnation

Enfants illégitimes de la rancœur.

 

Belle Dame

Ayez confiance,

Car il viendra le temps

De la vengeance.

 

Plus par talent que par chance

Elle fut la favorite de l'Empereur

Maintenant elle est la Reine

Des putains de Sa Grandeur.

 

Elle garda Condamnation adolescente

Courtisée par les ruffians assassin

Châtiment qui s'impatiente

Les chasse comme des chiens.

 

Ce fut en ces instants interminables

Qu'elle décida d'agir avec diligence

Et ce fut une fille des invisibles

Qui dut exécuter la vengeance.

 

Un dimanche qui lui était propice

Elle se mit en route pour le marché

Le soir même, Dame Justice

Porta dans son giron son péché.

À la cour du Grand Sultan

Personne ne savait la vérité

À sa naissance, pourtant, il parut un peu étonnant

Qu'elle voulut l'appeler Équité.

 

Belle Dame

Il ne faut pas tarder

Le temps est venu

De retourner.

 

Tout se passa rapidement

Le coup d'État fut dénoncé

En présence de tous les gens

Le tyran fut condamné.

La sentence fut exemplaire

Équité témoigna de l'affaire

Il revint à Condamnation de fixer

Et donc, à Châtiment d'exécuter.

 

La nouvelle est parvenue

Sur la place du marché
Dame Justice est revenue

Et l'empereur décapité.

 

 

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 21:30

CENDRES

Version française – CENDRES – Marco valdo M.I. a – 2012

Chanson italienne – Cenere – Germano Bonaveri

 

 

Il y a , Lucien l'âne mon ami, il y a souvent, peut-être même toujours diverses interprétations possibles à une chanson et souvent, certaines d'entre elles échappent à l'auteur... Au moins au moment où il l'écrit... Par la suite, comme n'importe quel lecteur – auditeur, il lui arrive de les découvrir. Les mots sont comme les cendres des enfants d'Auschwitz – fumées et cendres – dont parlait la chanson de Guccini [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=7]], quand ils s'envolent, on ne sait trop ce qu'ils vont devenir, ni même s'ils vont devenir.

 

Je me souviens très bien de cette chanson de Guccini... Pleine de cendres et de fumées... Une histoire un peu comme celle de la vie elle-même telle que la décrit Macbeth : 

« The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing. »

 

Tu as raison, l'âne aux mille visages et aux vies tout aussi innombrables, il y a de ça dans la chanson de Germano Bonaveri... De cette « dusty death » qui ne saurait tarder, de ce « walking shadow », de ce « poor player »... Un ton , une fragance des bords de Tamise... C'est ça que j'aime dans cette manière d'aborder la chanson, avec ce qu'il faut de philosophie pour inquiéter les esprits et traverser les temps. Suffisamment énigmatique pour tenir le cerveau en éveil, assez claire pour le satisfaire un instant, assez séduisante pour qu'on y revienne et d'une belle saveur poétique à chantourner la langue. Je te dis cela et je te rappelle, des fois que cela t'aurait échappé, que je l'ai traduite cette chanson... Oh, ce n'est sans doute pas la meilleure des traductions, mais c'est la mienne... Autrement dit, je l'ai examinée cette chanson de Cendres de près et comme il se doit, j'ai dû la démonter et la reconstruire dans une autre langue... Dès lors, je puis t'assurer qu'elle a bien des qualités... Et comme une belle dame, je ne te dirai jamais ses défauts, pour autant que je lui en trouve...

 

Mais au fait, où voulais-tu en venir avec cet excellent préambule ? Car, pour ce qui me concerne, j'ai perdu le fil... dit l'âne Lucien en ouvrant de grands yeux interdits et en dressant ses oreilles en points d'interrogation.

 

Oh, je te l'ai laissé entendre dès le début... C'est sa proximité avec la chanson de Guccini. On peut l'entendre comme une chanson à résonance individuelle... Un père, un fils, une interrogation sur la relation (Che ora è ?), une solitude qui se désespère, une autre qui part dans la brume... Ou la voir comme une réflexion sur d'autres désespoirs, d'autres dimensions du malheur... Par exemple, prends le personnage d'Anna, qui apparaît au détour d'un vers :

« Anna qui rêve d'un amour qui ne peut pas survivre En laissant mourir une larme dans le bassin,... »,

n'est-elle pas celle qui nous laissa son journal pour tout bagage ? Et puis, ne peut-on voir ces millions de destins individuels charriés par le fleuve noir de la démence dans ces vers :

« Pourtant, parmi ces particules friables d'humanité,

Tu pourrais lire d'anonymes histoires glissées dans ta mémoire.

Chaque colline de cendre a sa vérité... ».

 

Oui, maintenant que tu le dis...

 

Tu sais, Lucien l'âne, mon ami, je vais te laisser expérimenter le chemin poétique... Et pas seulement pour cette chanson-ci. Le chemin poétique, je vois ton regard... Le chemin poétique... Il suffit de se laisser porter et des vents inconnus tirés par des courants « variopinti » t'emmènent dans les étranges pays où vivent la pensée et sa sœur, l'imagination. Ce sont des endroits où l'on ne s'ennuie jamais.

 

Je les connais bien, j'y vais souvent et depuis si longtemps et en effet, je ne me suis jamais ennuyé... Qu'est-ce donc que l'ennui ? Si je pouvais – au moins une fois – l'éprouver... Oui, je les connais bien et de puis longtemps ces chemins poétiques, ces endroits où conduisent les vents imaginaires... Il est facile de les connaître... il suffit pour cela s'échapper des mains des hypnotiseurs et de tourner le dos à leurs machines à décerveler... Ainsi, de nos rêves et de nos méditations fragiles et obstinées, tissons le linceul de ce vieux monde plat comme un écran, rébarbatif, hypnotique et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 


La voile recueille la coulée du vent ; au loin, sur le canal,

Le déshabillage des arbres cède les feuilles à la vie.

Comme tombent en chute libre les confettis du carnaval,

Les instants qui passent se muent en années de ta vie.

 

L'écho lointain des impressions crie de ton passé

Je gèle comme la cendre grise brûlée sur un ancien bûcher .

L'impalpable imprécision de ce qui a été

Ne laisse pas de trace quand le présent s'est consumé.

 

Pourtant, parmi ces particules friables d'humanité,

Tu pourrais lire d'anonymes histoires glissées dans ta mémoire.

Chaque colline de cendre a sa vérité,

Chaque vérité peut accoucher du vagissement d'une histoire.

 

Anna qui rêve d'un amour qui ne peut pas survivre

En laissant mourir une larme dans le bassin,

Un chien qui aboie à la lune et semble presque rire

De ce qu'il cherche un patron dont il n'a pas besoin.

 

Un père assis dans un bar, la tête entre les mains

Qui appelle par son nom un fils déjà parti ailleurs

Poussé par son impatience d'accepter demain

Et le cauchemar de ne pouvoir se réinventer un lieu.

 

Ces yeux grand ouverts et tristes derrière l'avenir

D'un enfant encore maltraité sans raison,

Quelqu'un subira un futur à vomir

En pleurant une enfance nue et sans compréhension...

 

Toutes histoires comme file doucement la cendre dans le vent,

Se posent tranquilles poussières sur mes moments d'ennui.

Peut-être n'est-elle pas folie, la nostalgie que je ressens maintenant

Pour toutes mes espérances qui ne sont pas changées en vie.

 

Pendant que l'automne enlève les feuilles oubliées sur le canal

Se couche sur nos vies habituelles un soleil routinier

Des tas de cendres s'évanouissent doucement sans faire mal

Fils de feux allumés sur des histoires oubliées,

Et cette cendre glisse tranquille dans ton été.

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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Lundi 6 février 2012 1 06 /02 /Fév /2012 12:32

LA BALLADE DES RÉVOLTES

 

Version française – LA BALLADE DES RÉVOLTES – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne - La ballata delle rivolte – Resto Mancha – 2005

Texte et musique de Germano Bonaveri

 

 

 

Quand Lada s'échappa de la guerre, à Sarajevo, c'était une enfant. Lada est ma soeur, elle l'est devenue. Lada a de toute façon été chanceuse; pendant que nous regardons la télévision et nous horrifions pour la férocité de l'homme, des enfants meurent en épaulant le fusil, quand ils devraient sourire en s'enlaçant dans une ronde. Il y a à avoir honte du genre humain, parfois.

 

 

 

Je crois bien que Germano Bonaveri a raison... Il y a de quoi avoir honte de ce genre de gens...

Rappelle-toi ce que disait Jacques Brel :

 

« Pauvre monde, insupportable monde

 

C'en est trop, tu es tombé trop bas

 

Tu es trop gris, tu es trop laid ;

 

Abominable monde. »

 

Il le disait dans une chanson intitulée L'HOMME DE LA MANCHE [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?lang=it&id=39065]], ce qui devrait bien se dire en italien : L'Uomo della Mancha.... Je dis cela en référence au nom du groupe... "Resto Mancha" et aussi, à Don Quichotte qui semble bien aimer Bonaveri lui aussi..

 

 

En effet, dit Lucien l'âne, il y a de quoi désespérer de ce genre d'humains... Encore un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches, les aspirants riches et leurs séides font aux pauvres de tous les pays, de tous les temps, pour s'approprier leur sueur, pour tirer profit de leur faiblesse, pour leur prendre leur vie... Vois-tu, Marco Valdo M.I., mon ami, les riches sont les vampires du monde. Il n'y aura de paix que lorsqu'ils auront disparus de la surface de la planète et d'ailleurs... Alors voilà, tissons le linceul de ce vieux monde massacreur, tortueux, au cœur sale et cacochyme.

 

 

Ainsi Parlaient Marco valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Une lumière étrange dans son ciel

Confirma le pressentiment:

Ce qu'il craignait arriva pour de vrai

Il descendit à la rue sans perdre temps.

 

Il chercha en toute hâte une pelle, une fourche,

Sa casaque en chenille grise ;

Un bout de bois pour barrer la porte

Il ferma derrière toute sa famille.

 

Les camionnettes étaient déjà arrivées :

Des escadrons de mort et des fusils,

Un mur d'hommes aux brassards gammés,

Des enfants cachés dans les granges.

 

Mains désarmées, sang, blessures

Pleurs étranglés des jeunes héros ;

Mille regrets de vies jeunes :

Trop de remords en chacun de nous.

 

Une casaque en chenille grise

Perdue dans le sang d'une nuit d'avril,

Recueillie par un enfant d'on ne sait quelle famille,

Endossée par un enfant qui porte un fusil.

 

Héritage ancien d'orgueil et de révolte,

Fils d'un peuple qu'il veut une terre;

Partie d'un mur qui se tait et écoute

Face aux canons qui tonnent à la guerre.

 

Une casaque en chenille grise

Perdue dans le sang d'une nuit d'avril,

Recueillie par un enfant d'on ne sait quelle famille,

Endossée par un enfant qui épaule un fusil.

 

Quelle tristesse dans un journal télévisé,

Quel courage assis dans un fauteuil:

Pour fuir, tu peux changer de canal,

Il y a un enfant qui tire que personne ne console.

 

Quelle tristesse dans un journal télévisé,

Quel courage assis dans un fauteuil:

Pour fuir, tu peux changer de canal,

Il y a un enfant qui tire que personne ne console.

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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