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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 20:45

WACATROIA WACATANCA

Version française - WACATROIA WACATANCA – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne d'Alberto Martino d'une

Chanson comasque (italien) - Wacatroia Wacatanka - Davide Van De Sfroos

 

 

Il faut toujours se demander, dit Marco Valdo M.I. de l'air docte du savant, le pourquoi des choses...

 

Certes, dit Lucien l'âne en hochant la tête qu'il a grosse comme celle d'un âne. Mais encore...

 

D'abord, ce titre mystérieux... On dirait une langue inconnue et peut-être l'est-ce réellement, mais pour moi, je le traduirais volontiers... Je rappelle avec prudence que je ne suis ni traducteur, ni linguiste et moins encore, étymologiste... Mais, quand même, comme on dit, par ci, « En avant, y a pas d'avance ! »

 

Ah oui, dit Lucien l'âne, et je voudrais bien voir comment...

 

C'est tout simple..., dit Marco Valdo en souriant d'un air bizarre comme s'il venait de découvrir un œuf de colombe. Et de plus, ça éclairerait bien la chanson tout entière. Je m'explique, car je vois ton regard incrédule. On retrouve deux fois le même début : wacca ou vacca... Autrement dit : vache. Je te rappelle que Van De Sfroos vient d'une région montagneuse du Nord de l'Italie où le mot « vacca » signifie très clairement : « vache » et où de fait, il y en a pas mal sur les plateaux herbeux. On doit d'ailleurs y faire d'excellents fromages... mais passons...

 

Va pour la vache..., dit Lucien l'âne. Ce sont des bêtes placides avec lesquelles je m'entends assez bien. Et elles me sont très sympathiques. Et le reste...

 

Il y reste : troia et tanca... Pour troia, je m'en tiendrai à la signification que peut en donner un italien, c'est-à-dire truie ou, dans un sens dérivé, putain. Donc, putain de vache !

 

Admettons, dit l'âne Lucien complètement hilare... J'en connais plein des vaches de ce genre... Elles meuglent comme des folles et ennuient tout le monde dans les prés. Et la suite...

 

Là, c'est plus compliqué... Peut-être notre ami, Gian Piero qui est de la même région pourrait-il nous éclairer... mais, moi, je vais te dire ce que j'en crois. Tanca... en Sardaigne, c'est le pré... Comme bien tu penses, les prés et les vaches vont ensemble... Mais le K me ferait penser plutôt à une vache tank... À moins que ce ne soient tout bêtement que des imprécations à une divinité... Comme quoi, tu le vois, Lucien l'âne mon ami, l'étymologie est une science difficile. Cela dit, la chanson rapporte la réflexion ou la récrimination d'un Amérindien à propos de l'invasion de son univers par les Visages Pâles... Un récit plein d'humour, mais un rappel saumâtre de l'indignité de cette extermination dont les Européens se sont rendu coupables ce qui nous ramène au début de notre conversation... Le pourquoi de cette chanson écrite en comasque.

 

Je crois deviner, dit Lucien l'âne, qu'il nous faut établir certain parallèle avec ce qui s'est passé dans les régions de montagne... N'y a-t-on pas vu venir des gens (les touristes ? Les industries du tourisme?) qui ont repoussé les paysans, qui les ont délogés des meilleurs endroits ? Qui repoussent les montagnards et qui on transformé les villages en désert ? Bref, n'y a-t-il pas eu là aussi une invasion civilisatrice ou une « civilisation forcée » ? Regarde ces « macaques à la face blanche venus pour prier » qui tiennent leur divinité clouée sur une croix pour qu'elle ne s'en aille pas... Souviens-toi de notre « Noi, non siamo cristiani, siamo somari »...

 

En effet... Et, dis-moi Lucien l'âne mon ami, ce « train plein de gens qui mange nos plaines » ne te rappelle-t-il rien ? Remplace plaine par vallée, donne de la vitesse à ce train... Bien sûr tout cela n'est que supputation... Mais quand même, ça me rappelle le combat de Marco Camenisch (que les autorités suisses tiennent toujours en prison... pour un assassinat qu'il n'a pas commis et pour faire taire une voix intransigeante) pour le sauvetage des alpages, contre l'invasion électrique, autoroutière, ferroviaire... touristique... C'est une chanson de résistance... Ora e sempre : Resistenza !, semble-t-elle dire.

 

En fait, pour conclure, il faudrait demander l'avis du fantôme du lac... dont toutes les rives sont mangées par les « résidences », les hôtels... et la mercantilisation. Il nous faut vraiment continuer notre tâche et tisser obstinément le linceul de ce monde rétrograde, destructeur, inconscient, attilesque et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Vaccatroia, Wacatanka

Ici, pour tous, c'est l'abondance

Mais pourquoi les Visages pâles

Veulent-ils tout pour eux seuls ?

Nous étions ici, beaux avec nos peintures

Avec les plumes sur nos têtes

Ce doit être pour ça qu'ils nous ont pris pour des Alpini

Qu'ils ont commencé à nous faire boire leur whisky

Et leurs trains pleins de gens

Mangent toutes nos plaines

Alors, nous avons essayé de prendre leurs femmes

Mais elles étaient trop difficiles à déshabiller

Et leurs trains pleins de gens

Nous ont apporté aussi la peur.

Quand il pleut, ils restent à l'intérieur

Quand il fait soleil, ils prennent une ombrelle.

Ils sont venus prendre notre monde

Avec un plat sur la tête.

Prenez garde, wacatanka

Aux macaques à la « face blanche »

« Nous sommes venus pour prier »

Et maintenant, il y a une banque.

Mais qui croient-ils être

Coiffés comme des poissons ?

D'abord, ils m'ont photographié

Et après, ils m'ont tiré dessus.

Ils sont arrivés en bas sur la plage

Sur une île qui voyageait

Un Gênois qui s'était trompé de route

A amené les autres avec une épée

Et tous, ils ont une montre

Pour savoir quand vient le soir

Et une selle sur leur cheval

Pour ne pas s'écraser les balles.

Ils ont tué leur dieu

Et ils lui demandent pardon à voix basse

Mais par peur qu'il s'échappe,

Ils le tiennent cloué sur une croix.

Wacatanka, je suis ici

Nu, au sommet de la montagne

Et je peux voir à présent leur bannière

Effacer mon tableau.

Nous avons essayé de leur faire entendre raison

Et de discuter ensemble sous une tente

Ils ne nous ont pas donné de réponse

Et ils ont même rejeté notre demande.


Vaccatroia, Wacatanka.

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