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29 août 2012 3 29 /08 /août /2012 11:53

VAINCUS

 

Version française – VAINCUS – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne de Lorenzo Masetti d'une

Chanson espagnole – Vencidos – Joan Manuel Serrat – 1971

Poème de León Felipe (de Versos y oraciones de caminante, 1920)

Musique de Joan Manuel Serrat
Album: "Mediterraneo" (1971)

 


León Felipe, né Felipe Camino Galicia de la Rosa, 1884 -1968, a été un des plus importants poètes espagnols, des années 20 jusqu'à sa mort en 1968. Son premier livre de poésies, Versos y oraciones del caminante, a été publié en 1920. Felipe ne peut être classé dans aucun des courants poétiques de ces années : ni avant-gardiste, ni partisan du classicisme ou révolutionnaire, mais un poète aux poésies simples en vers libres, peut-être comparable à Antonio Machado.

 

La guerre et l'exil firent de lui un des poètes révolutionnaires les plus ardents. Ce poème appartient à son premier livre : l'illustration du Don Quichotte a été utilisé plusieurs fois par León Felipe comme symbole du véritable esprit espagnol, et comme un alter ego de lui-même: toujours perdu dans les rêves, toujours à combattre les moulins au vent, et toujours défait.

 

Originairement, cette poésie ne parlait certainement pas de la défaite République Espagnole, ni de l'exil (contrôlez la date!), cependant par la suite, comme il est naturel, elle a aussi pris ce sens.

 

C'est probablement aussi pour cela que Serrat l'a choisie pour clore un de ses meilleurs albums, Mediterraneo (1971).

 

Extrait de La Zamarra de Gustavo

 

 

 

 

Holà, dit Lucien l'âne en râpant le sol de son sabot noir comme la suie, encore une chanson à propos de Don Quichotte. Et quelle belle et triste chanson... Je le vois d'ici voûté, effondré, repassant au travers de l'Estremaura au pas clopinant, claudiquant de Rossinante... Je le vois d'autant mieux que j'étais juste derrière, moi qui portait ce brave Sancho... Ce que le poète a oublié. Mais on nous oublie presque toujours, nous les pauvres, les "somari", nous qui sommes derrière et qui portons les impedimenta. Car le Don Quichotte, nous, on l'a escorté durant toute sa vie de chevalier errant et on a dû supporter tous les jours cette « Triste Figure »...

 

Mauvaise traduction, Lucien l'âne mon ami, et je vois bien que tu le sais et que toi aussi tu lui mets des guillemets à cette « triste figure »... Il va de soi que comme ici, on ne parle pas de la figure de Quichotte, ni de son visage, ni de sa face, ni de son faciès, mais bien de sa silhouette, de son allure... Ah, merci monsieur le Marquis d'avoir ramené en français, cette « zilueta » basque; au moins, on dispose d'un mot sans amphibologie. Cette « Triste figure » est en fait l'expression imagée, le contour, le portrait découpé sur l'horizon infini de ce « vencido », de ce vaincu... En fait, le Don Quichotte a dès le début été décalé par rapport au réel... Ce n'est pas qu'il soit faux, il est sur une autre planète, il est le chevalier d'un autre monde...

 

Un monde perdu ?, dit l'âne Lucien. Un chevalier de l'Atlantide ?

 

Non, pas du tout, un monde pas encore gagné... Tout s'éclaire si on lit ses aventures au travers du kaléidoscope de la Guerre de Cent Mille Ans... Don Quichotte, c'est le rêveur de l'avenir, celui qui est venu trop tôt, encore et toujours du côté des vaincus, des pauvres... Hantant les paysages les plus désolés jusqu'à la fin de la Guerre de Cent Mille Ans quand enfin, l'homme sera advenu et que l'humaine nation sera parvenue à éradiquer la richesse, l'avidité, l'arrogance et la bêtise.

 

Ainsi, Don Quichotte – vaincu, mais toujours remontant le temps avec Rossinante – et toujours suivi de Sancho et de l'âne immortel, à sa manière déglinguée, tisse sans répit le linceul de ce vieux monde parasite, périmé, failli, escroc, assassin et cependant, cacochyme. (Heureusement !)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Dans la plaine de la Manche

On revoit la silhouette

De Don Quichotte qui passe...

 

Et à présent, oiseuse et cabossée se rouille l'armure,

Et avance oisif le chevalier, sans cuirasse et sans dossière...

Il avance ruminant l'amer...

À la rencontre de la sépulture

De son amoureuse bataille...

Il avance ruminant l'amer...

Où l'appelle son aventure

Sur la plage de Barcino, face à la mer...

 

Dans la plaine de la Manche

On revoit la silhouette

De Don Quichotte qui passe...

Il avance ruminant l'amer...

Il va, vaincu, le chevalier revenant sur ses terres

 

Combien de fois, Don Quichotte, par cette même plaine

Aux heures d'abattement t'ai-je vu passer comme ça...

Et combien de fois, je t'ai crié : fais-moi place sur ta monture

Et emmène-moi chez toi.

Fais-moi place sur ta monture

Car je suis aussi chargé

D'amer

Et je ne peux batailler.

Prends-moi en croupe avec toi

Chevalier de l'honneur,

Prends-moi en croupe avec toi

Et emmène-moi

Avec toi, je veux être pasteur.

 

Dans la plaine de la Manche

On revoit la silhouette

De Don Quichotte qui passe...

 

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Marco Valdo M.I.
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