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1 octobre 2012 1 01 /10 /octobre /2012 20:26

UN SURVIVANT DE VARSOVIE

 

 

Version française – UN SURVIVANT DE VARSOVIE – Marco Valdo M.I. – 2012

Opéra - Texte d'origine en anglais et hébreu – A Survivor from Warsaw – Arnold Schönberg – 1947

Textes de natures et de provenances diverses, tirés des témoignages des survivants de la révolte du ghetto de Varsovie (1943)

Musique : Arnold Schönberg

 

 

 

 

 

 

Au terme de la Seconde Guerre Mondiale, le nazisme définitivement vaincu, Schönberg écrivit un opéra pour évoquer la persécution menée par l'Allemagne de Hitler contre les Juifs. Il utilisa le récit d'un de ceux-ci, échappé au massacre du "ghetto" de Varsovie.

Il s'agit d'une composition dodécaphonique où une voix raconte en anglais (avec de brèves insertions en allemand) le moment dramatique où un groupe de prisonniers juifs sort des baraquements pour être mené aux chambres à gaz.

Le récit de ce jour, fait par un Juif de Varsovie qui a survécu au massacre, peut parfois paraître très cru ; en lisant le texte et en écoutant la musique, nous ne pouvons pas manquer de réfléchir et méditer; la férocité de la persécution, la force et la confiance en Dieu des Juifs, la condamnation de tout type de fratricide: tout ceci ressort clairement de la musique et du texte, tous deux d'un impact émotionnel très fort.

 

Au travers de cet opéra, Schönberg veut faire comprendre l'absurdité du massacre antisémite: pourquoi existe-t-il des haines entre les hommes?

Pourquoi l'homme opère-t-il des distinctions de race, de couleur, de religion ?

Pourquoi l'homme tue-t-il ses semblables?

Ne sommes-nous pas tous égaux ?

Ne devrions-nous pas être tous frères ?

Pourtant nombre de fois, au cours de l'histoire, l'homme a haï, ségrégué, tué.

L’opéra "Un survivant de Varsovie" veut nous aider à ne pas oublier ce qui s'est passé afin de ne pas faillir à nouveau.

L'opéra fut écrit en 1947 et publié aux États-Unis. Dans les années qui suivirent la Seconde Guerre Mondiale commencèrent à se répandre les nouvelles affreuses sur les camps de concentration nazis. Schönberg lui-même avait appris depuis peu que son petit-fils était mort dans un de ces monstrueux "lagers". Ceci explique pourquoi le public, après que le morceau fut présenté pour la première fois, n'applaudit pas, mais resta plongé stupéfait dans un recueillement silencieux.

 

 

 

UN SURVIVANT DE VARSOVIE

Arnold Schönberg
Condamnation de la persécution antisémite.

 

Le texte de l'opéra commence avec une brève introduction de l'orchestre ; quelques secondes de musique qui rendent bien le but de l’œuvre, c'est-à-dire aider à réfléchir sur l'absurdité de l'extermination des Juifs en faisant ressortir toute la férocité et la cruauté auxquelles ils ont été soumis. Voilà d'où naît l'impact émotif fort de la musique, toujours caractérisée par une dramaticité croissante. Les sonneries de trompettes, les dissonances, les crescendos soudains créent autour de nous, avec toute leur efficacité, une scène déchirante, faite de douleur et de mort. La musique ne se limite pas à souligner la netteté déjà présente dans le texte de l’opéra, mais contribue de manière déterminante à reconstruire la scénographie et à recréer l'ambiance des faits racontés.

 

 

 

 

 

INTRODUCTION INSTRUMENTALE

 

 

Après la brève introduction de l'orchestre commence à parler la voix narrante, qui pendant tout l'opéra décrira avec l'orchestre les tristes faits arrivés ce jour dans le ghetto de Varsovie. Le narrateur affirme ne pas pouvoir se rappeler tout car il est resté privé de sens pendant la plus grande partie du temps à cause des coups subis de la part des soldats; dans cette brève introduction, il fait référence au moment grandiose (qui correspond à la dernière partie de l'opéra) durant lequel ses camarades entonnèrent un chant hébraïque peu avant d'être tués dans les chambres à gaz.

 

 

INTRODUCTION DU NARRATEUR

 

 

Je ne peux tout me rappeler

J'ai dû être inconscient la plupart du temps

Je me rappelle seulement le moment grandiose

Quand ils ont tous commencé à chanter, comme si c'était arrangé d'avance,

La vieille prière qu'ils avaient négligée pendant tant d'années

Le credo oublié !

Mais je n'ai pas souvenance de comment j'ai fait

Pour vivre en sous-sol dans les égouts de Varsovie pendant un si long temps.

 

 

Ici commence la description d'une journée typique dans le ghetto de Varsovie: tous étaient réveillés tôt, avant que le soleil ne se lève; le narrateur souligne l'impossibilité pour les Juifs du ghetto de dormir, du fait qu'ils avaient été séparés de leurs chers et que personne ne savait ce qu'ils étaient devenus. Les préoccupations tenaient en éveil les gens toute la nuit en les empêchant de dormir ; le narrateur lance alors un cri douloureux: "How could you sleep?" - "Comment pourrait-on dormir?" Après le réveil chaque personne devait se rendre au point de ralliement pour l'appel. La musique dans ce cas aussi accompagne les divers moments de la scène: le pizzicato des contrebasses souligne le réveil douloureux des condamnés et des phrases rythmiques convulsives, susurrantes et brisées, accompagnent dès lors leur chemin désordonné vers le point de ralliement. Le sergent nazi cependant est pressé et en hurlant commence à frapper les prisonniers avec la crosse de son fusil, suivi à la brève distance de ses adjoints qui n'épargnent leurs coups à personne. Tous les prisonniers qui ne pouvaient pas se tenir debout étaient alors frappés sur la tête ; les hurlements de ces personnes sont soulignés tant par la musique que par la voix narrante. À un moment donné le texte dit: "It was painful to hear them groaning and moaning" – "Il était douloureux de les entendre gémir et se plaindre ». Le narrateur, en effet, lit les deux mots "groaning" et "moaning" comme deux faibles cris, pendant que l'orchestre reprend ces deux cris avec des notes longues et en decrescendo pour matérialiser la perte sensible de force et d'énergie des prisonniers. En anglais, en outre, le verbe "to moan" possède une nuance plus légère que le verbe "to groan", ainsi avec le choix approprié des mots, Schönberg a voulu souligner là la forte présence de douleur, mais aussi la perte progressive d'énergie de la part des personnes frappées avec une extraordinaire férocité par les gardes nazis.

 

 

 

INTRODUCTION DU NARRATEUR

 

 

 

Le jour commença comme d'habitude :

Réveil quand il fait encore noir

Vous étiez séparés de vos enfants,

De votre femme, de vos parents ;

Vous ne saviez pas ce qu'il en était d'eux

Comment pouviez-vous dormir ? Sortez !

Que vous dormissiez

Ou que des tourments vous tinssent éveillés

toute la nuit

Les trompettes à nouveau – Dehors !

Le sergent sera furieux.

On sort. Certains très lentement ;

Les vieux, les malades.

Certains agités.

Ils craignent le sergent.

Ils se pressent tant qu'ils peuvent

En vain ! Trop, beaucoup trop de bruit,

Trop beaucoup trop d'agitation – et pas

Vite assez ! Le Feldwebel crie

« Achtung! Stillstanden!

Alors, on se décide. Ou je dois

vous aider avec la crosse du fusil ?

Bien ; puisque vous l'aurez voulu ! »

Le sergent et ses sous-fifres

Frappent tout le monde : jeune ou vieux,

Calme ou nerveux, coupable ou innocent.

C'était douloureux de les entendre gémir

Et se lamenter. Je l'entendais malgré

Que j'avais été frappé très fort,

Tellement fort que je ne pus éviter

De tomber. Tous par terre,

Celui qui ne pouvait se relever, alors

Était frappé à la tête.

 

 

 

Le narrateur perd connaissance à cause des coups subis ; pendant ce temps, tout autour de lui se fait silence car aucun prisonnier n'avait été épargné par la férocité des soldats, et personne n'avait plus les forces pour se relever. Mais le silence, comme le rappelle après le narrateur, porte en soi "fear and pain", c'est-à-dire "peur et douleur." Le narrateur déclame avec lenteur extraordinaire et dramatique les deux mots: d’abord "fear", suivi par une brève réponse, dépourvue de force, de l'orchestre, puis la conjonction "and" ; là, un bref silence est interrompu à l'improviste par le mot "pain", très marqué, mais prononcé presque hors de haleine; l'orchestre semble imiter ce déclenchement de douleur du narrateur en faisant suivre le mot "pain" d'une série rapide de notes en decrescendo et bien marquées.

 

 

PERTE ET RETOUR À LA CONSCIENCE DU NARRATEUR

 

 

Je devais avoir sombré dans l'inconscience.

La chose suivante que je vis était un soldat

Qui disait : « Ils sont tous morts »,

Sur ce le sergent ordonna

de nous faire disparaître.

Moi, je gisais là à demi-conscient.

Tout était fort calme peur et douleur.

 

 

Puis le moment dramatique du comptage de ceux qui, survivant aux coups sont emmenés à la chambre à gaz: cet épisode est accompagné d'une accélération continue du rythme jusqu'à l'hymne final, un chant hébraïque avec lequel les condamnés ont encore la force de proclamer leur credo religieux. Le moment est dramatique: les soldats doivent en effet compter combien de gens doivent être envoyés à la chambre à gaz. Le comptage n'est pas bien fait et alors le sergent ordonne de recommencer depuis le début ; le comptage reprend, en commençant lentement, puis en accélérant toujours plus, formant un tumulte semblable, comme dit le texte à "une fuite de chevaux sauvages".Une chose à remarquer est, dans une partie du texte suivant, l'opposition texte/signifié utilisé pour marquer encore plus la dramaticité des actions. Quand le texte dit que le comptage "became faster and faster sait fast that it...", "devint plus rapide et de plus en plus rapide, aussi rapide que...", le narrateur lit les mots "faster... faster...fast" d'une manière spéciale ; au lieu d'accélérer, comme du reste la musique procède en suivant ce qui est le sens du texte, la voix narrante déclame les mots qui indiquent une augmentation de vitesse en ralentissant et en s'arrêtant sur eux. L'effet qui se crée est fort contrasté, car les mots qui expriment un sens de rapidité et de progression rapide sont mis en contraste à travers leur lecture ralentie et marquée. Alors cette partie se termine avec l'augmentation d'intensité et de vitesse sonores qui culmineront dans le credo hébraïque "Shema Ysroël", chanté par les prisonniers avant d'être envoyés dans les chambres au gaz

 

COMPTAGE DES PRISONNIERS

 

 

Alors, j'entendis le sergent crier : « Comptez ! »

Ils commencèrent lentement et irrégulièrement :

Un deux, trois, quatre - « Achtung ! »

Le sergent cria à nouveau : « Plus vite ! »

« Recomptez encore une fois au début !

Je veux savoir en une minute,

Combien je vais en livrer à la chambre à gaz !

Comptez ! »

Alors on recommença, d'abord lentement : un,

Deux, trois, quatre, puis plus vite

Et plus vite, tellement vite que

À la fin, ça sonnait comme un sauve-qui-peut

De chevaux sauvages et tout-à-coup

En plein milieu

On commença à chanter le Shema Ysroël.

 

 

Un chœur entonne à l'unisson cet hymne qui se veut la réponse courageuse du fidèle devant la brutalité aveugle de l'homme et de la guerre.

Même pas dans les moments les plus difficiles, l'homme n'oublie sa propre foi et son propre espoir en Dieu, source d'amour et de paix.

 

 

 

HYMNE JUIF « SHEMA YSROËL»

 

 

 

Écoute Israël

Le Seigneur est notre Dieu,

Le Seigneur est unique.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu

De tout ton cœur

De toute ton âme

De toutes tes forces.

Et ces paroles

Que je te dicte aujourd'hui,

Dans ton cœur,

Tu les répéteras à tes fils

Et tu en parleras avec eux,

Chez toi

Dans la rue

Quand tu te coucheras

Et quand tu te lèveras.

 

 

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Marco Valdo M.I.
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