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26 février 2013 2 26 /02 /février /2013 16:59

UN BOUQUET DE FLEURS



Version française - UN BOUQUET DE FLEURS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne - Un mazzo di fiori – Lucio Dalla – 1975



Texte de Roberto Roversi
Musique de Lucio Dalla
Album: Anidride Solforosa


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Et voici un de mes (désormais nombreux) retours au site. Même si, en réalité, je ne m'en vais vraiment jamais ; je me limite à regarder ce qui se passe et à m’exercer aux nobles arts de l'absence et de l'observation souterraine. Comme d'habitude, je reviens avec un « Extra » en le reprenant cette fois d'un des albums plus beaux et les plus importants de toute la chanson d'auteur italienne : Anhydride Sulfureux, écrit en 1975 par le poète Roberto Roversi sur la musique et pour l'interprétation de Lucio Dalla.
Roberto Roversi était un lecteur attentif des faits divers ; dans le même album, est présente par exemple une chanson, Carmen Colon dédiée à une enfant d'onze ans qui avait été victime d'un tueur en série. Mais celle-ci est une chanson de non-événement. Un épisode, peut-être relaté en deux lignes dans un journal local. Un suicide, comme on dit, « sans raison apparente ». À écouter ce dur et émouvant poème en musique, on ne peut s'empêcher de penser à la « nomina nude »  d'Umberto Eco ; c'est en effet un nom « nu » ce que nous trouvons ici.


Emilia Villesi. « Une femme quelconque » – comme l'écrit Alessio Lega dans
A-Rivista Anarchica (A – Revue Anarchiste )« qui fatiguée de vivre, se suicide en se jetant dans le Pô ; ce n'est pas le suicide romantique d'un poète qui court contre sa tempête, plutôt une reddition à l'horreur des voies maigres et inutiles du quotidien, en sachant que ses jours ne peuvent pas changer, c'est l'euthanasie de la vie considérée comme un mal incurable. » On pourrait ajouter bien peu à ces mots ; peut-être seulement mettre l'accent sur le terrible bouleversement du paysage de la campagne qui semble accompagner et souligner le geste final d'une pauvre femme qui se jette dans le fleuve en abandonnant la bicyclette sur le rivage et en tenant avec soi un bouquet de fleurs.
Si ceci est un site de « Chansons contre la guerre », celle-ci est une chanson qui parle de la quotidienne et indéfinissable guerre des vies ; qui est souvent perdue. Peut-être, peut-être, dans quelque archive oubliée, de vieux journaux ou de dossiers légaux et médicaux, on trouverait l'histoire d'Emilia Villesi ; mais on peut aussi bien dire que son histoire est toute ici, dans sa bicyclette par terre et dans ces six fleurs serrées dans son poing. À toutes les Emilia Villesi, à toutes les personnes qui se sont rendues est dédiée cette chanson et c'est une dédicace intemporelle. Une dédicace qui n'a pas seulement l'étendue des vers du poète, mais même l'architecture, tout aussi vaste de la partition du musicien. Ils furent trop peu ensemble ces deux Bolognais ; qu'ils le restent maintenant, et toujours, dans ce très vaste néant où ne les touchent ni le maintenant, ni le ici (ni le hic, ni le nunc). [RV]

 

 

 

 

Le soleil, cette année, est inquiet
Le chien s'enfuit de la maison
Et un veau ivre dans le pré
Encorne les pigeons.

 

Tous les cœurs de fleurs se glacent
Un fleuve lent rampe sur la poitrine
Au poil de loup de montagne
Et raconte ses toutes premières histoires.

 

Dans un ciel de vin et d'écume
Ce fleuve de glace et de plumes
Arrache des éclairs de feu aux prairies
Et tient ouvert sur l'eau un parapluie.

 

Femme et arbre sont vieillis
La chaise et la porte sont libres,
C'est l'heure : personne ne reste.

La plaine est cette herbe qui frémit.

 

La femme enfourche la bicyclette
Entre les cannaies et la digue haute,
Au bord du fleuve, elle ôte ses sandalettes :
L'eau écume, la vie a hâte.

 

Femme et arbre sont vieillis.
La misère, c'est la faim plus nette.
Là au bord du fleuve, elle ôte ses sandalettes
Et serrant du poing six fleurs, frémit

 

Passe une vague, la femme s'y jette.
La vague coule, la femme est noyée.
La vague casse la longue journée.
La vague déchire cette ombre fluette.

 

C'était l'ombre d'Emilia Villesi
Qui dans le Pô, transit
Bicyclette et sandales à terre,
Les fleurs au poing, elle serre.

 

Les chevelures fuligineuses
Voix des veuves sur l'eau,
Gifles des mains épineuses,
Parapluie ouvert au dessus de l'eau.

La misère, c'est la faim la plus noire.
Villesi Emilia avec ses pauvres habits.
S'est jetée dans l'eau du Pô, un soir
Pour mille ans, elle y vit.

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Marco Valdo M.I. - dans Dalla Lucio
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