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16 octobre 2012 2 16 /10 /octobre /2012 20:49

TROPICANA

Version française – TROPICANA – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Tropicana – Gruppo Italiano – 1983

 

 

Et les messages, que peut-on dire des messages des chansons? Qu'ils sont nombreux, différenciés, complexes et se cachent là où on les attend le moins ; c'est tellement vrai qu'un poète comme Roberto Roversi a pu présenter sur "Rinascità" du 25 novembre 1983 une analyse assez approfondie et riche de deux morceaux à l'apparence banale, « Vamos a la playa » de Righeira et « Tropicana » du Gruppo Italiano, qui sont sortis au cours de l'été 1983. La catastrophe atomique - dit Roversi - est déjà survenue, nous sommes les rescapés de cette catastrophe. Par suite, il n'y a plus la terreur de l'attente et l'engagement subséquent pour l'empêcher. Chaque action est terminée, chaque projet est anéanti, chaque mot brûlé. Il y n'a pas plus rien à raconter en ce que tout a déjà été vu. Pour cela, les deux chansons sont "terribles" par l'absence et non "catastrophiques" par la violence, car elles n'annoncent pas mais constatent; et elles se réfèrent aux épaves ou à des pièces géologiques qui flottent encore sur une mer bouillonnante, mais qu'on est en train de calmer progressivement, après non une seule, mais après plusieurs explosions atomiques d'une guerre. Les mots chantés se comprennent mal; ils arrivent en morceaux, par intermittences, ce sont beaucoup de petits signaux-éclairs clignotants.

Étendus, côte à côte, pas résignés, mais exsangues, les deux protagonistes ne regardent pas la mer mais une grande grisaille qui réfléchit et reproduit mer, désastre et calme et chaque image ou panorama est filtré à travers l'écran qui les consume. Les bombes sont donc déjà tombées; les lueurs nucléaires lointaines restantes aident à bronzer; des légions de nageurs déchaînés par une vitalité obsédante se battent sur le surf; le flot nous alimente de pizzas radioactives. Et ce "Oh!" (voir [[42445]]) répété pendant quatre alinéas résonne comme l'incitation avec laquelle Ulysse encourageait les moutons pour qu'ils sortissent de la caverne de Polyphème. Allons à la mer, le pire est déjà survenu.

"Dis-moi, dis tu ne te sens pas comme au cinéma?" La question se trouve dans Tropicana. Là aussi l'eau qui bout – donc la mer est proche, une explosion qui s'éteint doucement – donc la violence a déjà eu lieu; de fait, on mentionne un bronzage atomique, la lave incandescente, l'ouragan – conséquence de l'explosion, qui emporte les bungalows. "Dis-moi, dis tu ne te sens pas comme au cinéma?". Est-ce que tu ne les as pas déjà vues ces choses? Est-ce qu'après tout, cette violence ne t'ennuie pas?
Les jeunes ne craignent plus le déluge mais ils se disposent à recevoir ce qui restera du monde après l'explosion finale. Pas beaucoup, s'il reste quelque chose. La violence de qui hurle en courant sur les flots. Les bungalows qui brûlent. Et sur cette partie de sable qui reste disponible, des personnages rabotés et calcifiés, avec un coup de spray bleu rouge sur la figure sont étalés dans une fixité brillante, visés par la réverbération dynamique des couleurs qui se déversent des écrans comme la violence d'une eau qu'il s'éparpille autour et brûle le sable ou les herbes. Ils commencent ainsi à vivre un peu. Sans compter les morts. Qui sont cendres... « car le soleil a une force terrible / et Mara sait qu'il peut détruire le soleil et l'univers / et voit devant soi la force comme le film de La Guerre des Étoiles, etc. etc.".
Roversi du reste n'est pas le seul à avoir écrit que la chanson est philosophie, fête et tendresse, et que la vérité passe plus souvent à travers le chas d'une aiguille plutôt que d'enfiler des bottes de cuir dans les salons de l'académie?"




Gianni Borgna, "Storia della canzone italiana", Laterza 1985, pp. 219-221

 

 

 

 

Et oui, Lucien l'âne mon ami, la chanson est plus politique qu'il n'y paraît, à certain moment, elle n'est plus qu'un langage social. Elle ne dit plus rien de très individuel, elle devient groupale. En cela, Roversi a raison et la Rock Collection de Laurent Voulzy, qui date, date... d'avant cette explosion nucléaire imaginaire... en 1977 déjà, démontrait par la chanson cet écart entre le monde de la Jet-set et les gars de la banlieue des villes de France (mais c'était aussi vrai pour les gars des banlieues de Londres, Mumbai, Milan, Stockholm, Johannesburg, Vienne, Berlin, Moscou... que dans les Antilles). Alors, pour que tu voies ce dont il s'agit, la voici... Tu peux l'écouter en boucle si ça te chantes... je t'ai renseigné une version courte, mais tu peux aussi bien en écouter une longue d'un quart d'heure... Tu remarqueras le refrain « Et la petite fille chantait...Et la petite fille chantait... » [Rock Collection Laurent Voulzy 1977 ], que j'ai utilisé ici pour la traduction...

 

 

 


 

 

 

Et ce gardénia bleu ? D'où sort-il ? Est-ce que tu peux me le dire ?

 

Mais bien évidemment, il s'agit d'une chanson, devenue un standard du jazz... qu’interprète Nat King Cole dans un film de Fritz Lang de 1953, intitulé précisément Blue Gardenia...

 

 


 

 

 

 

 

Blue Gardenia est le nom du cabaret où se déroule l'histoire du crime que rapporte le film... Mais je suppose qu'ici, dans Tropicana, la référence est au morceau de jazz qui depuis lors a été repris par nombre d'orchestres et de solistes instrumentistes. Par exemple, le trompettiste Lee Morgan [http://www.youtube.com/watch?v=mfXy1cd1CMg] ou chanté par Dinah Washington [http://www.youtube.com/watch?v=odMLsULJeCU].

 

 

 


 

 

 

Cela dit que vient faire le gardénia bleu dans toute cette histoire ?

 

Tout simplement ceci, c'est qu'il a servi de symbole à la brièveté des choses… Le gardénia bleu est une petite fleur qui ne vit que vingt-quatre heures.... Une histoire d'amour qui se passe mal... Mais je reviens à notre chanson Tropicana et à sa parenté avec le cinéma... Pour cela, il suffit de lire son insistance sur le cinéma :

« Nous étions là dis-moi dis-moi

Ne te sens-tu pas comme au cinéma?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Comme dans un film ?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Ne te sens-tu pas comme au cinéma?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Comme dans un film ? »....

 

Et pourquoi un titre comme Tropicana ?

 

Bon, là aussi, c'est toute une histoire et une histoire d'émigré italien, qui pour une fois (il y en a eu d'autres, mais peu par rapport aux millions d'émigrés...), va faire réellement fortune aux Zétazunis. Antonio Rossi venait tout droit Sicile... On était en 1921. Il commença comme les autres Siciliens émigrés par de petits boulots, puis il ouvrit un commerce de fruits, puis, il devint grossiste... en oranges... comme Michele Schirru, qui était Sarde, avait fait dans la banane, avant de revenir en Europe et même, à Rome, avec le projet – malheureusement manqué à la dernière minute – d'assassiner Mussolini [http://www.youtube.com/watch?v=ZPLGWk8TIxs et http://www.youtube.com/watch?v=FoULwxrefRg&feature=channel&list=UL]. Mais pas de lutte ouverte contre le régime de Mussolini pour Antonio ; la comparaison avec Michael Schirru s'arrête là. L'histoire de Rossi est celle d'un commerçant et d'un industriel prospère. Donc, vingt-cinq ans plus tard, Rossi se rendit en Floride où il finit par acheter une usine de fabrication de jus d'oranges... Plus tard, il inventa ou découvrit, c'est comme on veut, le moyen de conserver le jus d'oranges en bouteille sans devoir le tenir au froid. Il commercialisa le produit sous le nom de Tropicana (des tropiques, ce qui fait exotique...). Il finit par revendre l'affaire et de fil en aiguille, elle a fini dans les mains de Pepsi-Cola... et est revenue en Europe... sous le nom de Tropicana. Avec une déferlante de publicité :

« Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé ».

 

Comme quoi, tu avais raison, la chanson est plus politique qu'on ne l'imagine... Et nous, nous on continue, inlassables, comme les amis des CCG, à tisser le linceul de ce vieux monde écœurant, publicitaire, menteur, assassin, dictatorial, étouffant et décidément, cacochyme. (Heureusement !)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mais ce rêve étrange

D'un volcan et d'une ville

De gens qui dansaient sur une île

Un petit orchestre de jazz jouait

Blue Gardinia, du reste

L'eau bouillait lentement à l'est

L'explosion et puis doux doux

Un bronzage atomique

Entre la musique

Tout doux doux

Tout s'effondrait

 

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est du tropicana yé

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est du tropicana yé

 

Brûle dans la nuit la ville de Saint José

Radio Cuba hurlait d'un café

La lave incandescente

Cramait les hulahoops

L'ouragan renversait les bungalows

Nous étions là dis-moi dis-moi

Ne te sens-tu pas comme au cinéma?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Comme dans un film ?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Ne te sens-tu pas comme au cinéma?

Nous étions là dis-moi dis-moi

Comme dans un film ?

 

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé

Et la télé disait

Et la télé chantait

Bois-la c'est tropicana yé

Il y a du tropicana yé

Il y a du tropicana yé

Il y a du tropicana yé

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Marco Valdo M.I.
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