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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 22:43

Tout va très bien, Madame la Marquise

 

Chanson française – Tout va très bien, Madame la Marquise – Ray Ventura et les Collégiens – 1935


Paroles : Paul Misraki & Bach et Laverne
Musique: Paul Misraki 

 

 

L'interprétation de  Ray Ventura 1935 : 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, connais-tu ce petit refrain qui enchanta la France au point d'être une scie à l'égal du Petit Chemin de Mireille et Jean Nohain et que je m'en vais illico te fredonner, on verra si tu suis et si tu m'emboîtes le pas.

« Tout va très bien...

 

 

...Madame la Marquise. Tout va très bien tout va très bien... ». Évidemment que je le connais. Ici, tout le monde le connaît, même si on ne se rappelle plus trop la suite et les détails. C'est devenu une phrase qu'on utilise à tout propos et de façon certainement ironique. Généralement, quand, de fait, cela ne va pas très bien et même, pas bien du tout.

 

 

Tout va très bien Madame la Marquise est devenu une expression proverbiale pour désigner une attitude d'aveuglement face à une situation désespérée ou désespérante, c'est tout comme.

 

 

L’histoire que raconte la chanson, tu la connais donc ; une marquise – sans doute épouse d'un vieux marquis fort argenté – est absente du château conjugal et passe quelques jours – probablement à Paris. Elle téléphone pour prendre des nouvelles et de Tout va très bien en Tout va très bien, les serviteurs lui annoncent par bribes et morceaux que sa jument est morte, que l'écurie a flambé, que le château y est passé lui aussi, tout comme le marquis qui s'est suicidé et enfin, qu'elle est ruinée...

 

 

Oui, oui, en effet, je connais bien cette histoire et j'ai toujours eu comme le sentiment qu'elle devait raconter autre chose que ce qu'il semblait et que si ce n'était pas le cas à l'origine, elle fut ressentie ainsi – même inconsciemment – par les auditeurs...

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami, ton sentiment est fort juste. Quand la chanson paraît sur les scènes, les disques et les ondes françaises, on est en 1935. Au cœur d'années tumultueuses et dans un monde aux allures telluriques. Dans un certain sens, avec le recul, on peut même la considérer comme prophétique... Quatre ans plus tard avec entre deux la Guerre d'Espagne, l'Anschluss, l'invasion de la Tchécoslovaquie, l'invasion de la Pologne... toute l'Europe est en flammes avant d'enflammer le reste du monde. Quant à ses manières prophétiques, par exemple, les négociateurs de Munich sont assez bien portraiturés par cette chanson. À Munich, tout le monde chante « Tout va très bien Madame la Marquise »... Tout va très bien, en effet, mais pour qui ? C'est vrai que certaines chansons finissent par connaître un destin imprévisible et signifier tout autre chose que ce qu'elles étaient censées exprimer au départ ; je retiendrai deux exemples : Le Temps des Cerises de Clément [[41674]] et celle-ci. Elle trouva rapidement un emploi politique dans l'acide comique de Pierre Dac : « Tout va très bien Mon Führer » – Hitler venait de perdre Stalingrad.

 

 

Mais au fait, d'où est-elle venue cette chanson, dont on dit que son auteur n'était pas sans avoir pêché son inspiration chez d'autres...

 

 

En effet, Paul Misraki l'a écrite pour l’orchestre de Ray Ventura, dont il faisait partie, mais très rapidement, les fantaisistes Bach et Laverne firent valoir leur antécédence. Donc, comme tu le vois, l'affaire n'est pas simple et d'aucuns y ont vu successivement l'origine dans un sketch de Bach et Laverne datant du début des années 1930, lui-même inspiré d'une pièce de théâtre en un acte de Gabriel de Lautrec (1893) ; on y a vu la patte de Ponson du Terrail, d'Alexandre Dumas... Peut-être même d'Alphonse Allais... D'autres en font remonter l'origine à une histoire connue en Autriche un siècle auparavant et ainsi de suite, de région en région, de période en période, on finit au Portugal vers 1100... Arrêtons-nous là... Cela dit, elle est toujours là et reprise régulièrement par des interprètes les plus divers. En quelque sorte, c'est devenu un standard.

 

 

Une dernière chose, Marco Valdo M.I., mon ami, je crois bien qu'on pourrait la proposer aux Grecs cette chanson (au deuxième degré et avec des pincettes), et REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT BIENTÔT, on pourrait tout aussi bien la seriner à l'Europe qui fonce droit dans le mur... Tant on a l'impression d'être dans un « remake » de 1938, tant on sent planer sur le continent l'inquiétant « rêve d'Otto » (von Bismarck). Si les pauvres d'Europe n'obligent pas certains à aller demain à Canossa, on pourrait en voir retourner à Munich en chantant bien évidemment « Tout va très bien Madame la Marquise ». Certains chefs d'état et de gouvernement, certains dirigeants européens, certains dirigeants d'institutions, la chantent en chœur cette chanson. « Tout va très bien », pour Qui ? Pour les riches, pardi. On renfloue les banques et les pertes des riches avec des impositions qui touchent les pauvres... C'est encore une fois un de ces épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres. Alors, Marco Valdo M.I., tissons le linceul de ce vieux monde qui se berne lui-même et qu'on baigne dans un doucereux optimisme. Ce vieux monde furieusement trompeur, manipulateur, lénifiant et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

Allô ! Allô ! James ! Quelles nouvelles ?

E suis absente depuis quinze jours,

Au bout du fil je vous appelle.

Que trouverai-je à mon retour?

 

Tout va très bien,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien,

Un incident,

Une bêtise,

La mort de votre jument grise.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Martin! Quelles nouvelles ?

Ma jument grise morte aujourd'hui?

Expliquez-moi, cocher fidèle

Comment cela s'est-il produit ?

 

Cela n'est rien,

Madame la Marquise

Cela n'est rien,

Tout va très bien.

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien.

Elle a péri

Dans l'incendie

Qui détruisit vos écuries.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Pascal! Quelles nouvelles ?

Mes écuries ont donc brûlé ?

Expliquez-moi, mon chef modèle

Comment cela s'est-il passé ?

 

Cela n'est rien,

Madame la Marquise

Cela n'est rien,

Tout va très bien.

Pourtant il faut,

Il faut que l'on vous dise,

On déplore un tout petit rien.

Si l'écurie brûla, madame

C'est que le château était en flammes

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

 

Allô ! Allô ! Lucas! Quelles nouvelles ?

Notre château est donc détruit ?

Expliquez-moi, car je chancelle.

Comment cela s'est-il produit ?

 

Eh bien ! voilà madame la Marquise.

Apprenant qu'il était ruiné,

À peine fut-il revenu de sa surprise

Que Monsieur le Marquis s'est suicidé,

Et c'est en ramassant la pelle

Qu'il renversa toutes les chandelles

Mettant le feu à tout le château

Qui se consuma de bas en haut.

Le vent soufflant sur l'incendie

Le propagea sur l'écurie,

Et c'est ainsi qu'en un instant

On vit périr votre jument.

Mais à part ça,

Madame la Marquise

Tout va très bien, tout va très bien

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Marco Valdo M.I.
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