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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 20:56

MOI, JE M'EN VAIS SUR LA LUNE

Version française – MOI, JE M'EN VAIS SUR LA LUNE – Marco Valdo M.I. – 2013

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

d'une chanson sicilienne – Mi 'nni vaju 'nta la luna – Ciccio Busacca -1971

Écrite par Ciccio e Concettina Busacca

 

 

 

Histoire de Ciccio (qui alla sur la Lune en 600 Multipla)
deRiccardo Venturi.

 

 

Francesco Busacca, dit Ciccio (ou mieux, Cicciu), né à Paternò en province de Catane le 15 février 1925, parcourait la Sicile, jusque dans les villages plus isolés et oubliés, à bord de sa vieille Fiat 600 Multipla avec son toit ouvrant. À bord il avait peu de choses : une paire de guitares, des cordes de rechange et le panneau qui illustrait les histoires qu'il racontait en musique. Les dessins il les faisait lui-même ; les histoires, parfois, il les écrivait avec sa sœur Concettina. C'était un aède, un chantauteur , un vrai, un de ceux-là, nés dans les campagnes du monde, qui allaient de village en village raconter des histoires véridiques, « des faits et des faits divers » qui s'étaient produits à un kilomètre ou aux antipodes. Dans le monde rural (mais, pas seulement, dans les villes aussi), ils faisaient fonction de véritable « journal chanté », même si le « journalisme » qu'ils exerçaient était ce qu'aujourd'hui nous appellerions un journalisme de bas étage, des « Faits-divers » ; mais, parfois, ils développaient une passion pour le récit et pour la dénonciation civile qui les élevait au rang des poètes et des chantres populaires. Ciccio Busacca était un de ceux-ci ; il possédait en outre, cas pas fréquent, une grande sensibilité musicale.

 

Après avoir écouté dans sa prime jeunesse les plus grands aèdes de Paternò, Paolo Garofalo et Gaetano Grasso, et en avoir appris l'art, en 1951, il commença en chantant et en représentant, sur la place de San Cataldo, en province de Caltanissetta, l'histoire de l'Assassinat de Raddusa. C'était l'histoire, entièrement vraie, d'une fille de dix-sept ans qui s'était vengée de l'homme qui l'avait violée, en l'approchant sur la place du village déguisée en femme âgée et en le poignardant. La Sicile des années 50 était remplie d'aèdes grands et experts (Orazio Strano, Turiddu Belle, Vito Santangelo, Matteo Musumeci, « Ciccio Rinzinu » et autres) ; le très jeune Busacca, à un peu plus de vingt-cinq ans, devint une étoile grâce à son habileté. Sa renommée le mena tellement loin qu'en 1956, il débuta au Petit Théâtre de Milan avec un spectacle intitulé Pupi et aèdes de Sicile. En 1957, à Gonzaga (MN), il conquit le premier prix de « Trouvère d'Italie » conféré par l'AICA, l'Association Italienne des Chantauteurs Ambulants ; et à « ambuler » Busacca continuait, malgré son authentique renommée.

 

Dans les années qui suivirent, il rencontra un grand poète : Ignazio Buttitta. De cette rencontre, jaillira la composition la plus fameuse de Busacca, Lamentu pi la morti di Turiddu Carnivali, sur des vers de Buttitta dédiés à l'histoire d'un syndicaliste socialiste, Salvatore Carnevale, tué par la mafia en 1955 [7734]. Dans les années 70, il connut une célèbre expérience théâtrale avec Dario Fo , en participant au spectacle de chansons populaires Ci ragiono e canto; on l'entendait souvent même à la radio, et on le voyait à la télévision.

 

Avec la fin des années 70, la période d'intérêt dans les joutes de chantauteurs populaires (et même des chantauteurs qui n'étaient pas populaires) commença inexorablement à décliner ; les funestes années 80 s'annonçaient. Cela ne correspondit cependant pas du tout à un déclin artistique de Busacca et des autres chantauteurs siciliens, qui cependant durent littéralement succomber à la diffusion de la télévision et des autres moyens de communication de masse. Ce n'était pas la fin seulement du chantauteur (parmi lesquels survécut, peut-être, le seul Franco Trincale) mais d'une civilisation entière qui, dans ses formes (parmi lesquelles la diffusion orale des nouvelles en musique à travers l'activité du chantauteur), avait traversé les siècles. Les faits-divers, maintenant, arrivaient aux gens directement des écrans de télévision, sans aucune « médiation » poétique ; le chantauteur était une épave d'un passé millénaire. Ciccio Busacca meurt à Busto Arsizio, en Lombardie, le 11 septembre 1989.

 

Pourtant, il ne s'était pas passé beaucoup d'années depuis 1971, quand il voulait aller sur la Lune, lui aussi. Peut-être, peut-être, à bord de sa 600 Multipla qu'il avait encore. C'étaient des années durant lesquelles la Lune était fort à la mode ; seulement deux ans auparavant, en juillet 1969, l'Homme y avait posé le pied pour la première fois (Allez, Merckx!, dit Lucien l'âne en riant). « Un petit pas pour moi, un grand pas pour l'humanité », avait dit Neil Armstrong ; il y eut ensuite les autres expéditions « Apollo ». Elle mit assez peu de temps, cependant, pour passer de mode la Lune ; en 1972, avec le dernier voyage d'Apollo 17, on n'en parla plus. Durant ces quelques années cependant, ils voulaient tous y aller sur la Lune; et alors, pensa Ciccio Busacca dans sa 600 Multipla, pourquoi ne pas y aller travailler moi aussi ? Pourquoi ne pas y émigrer ? Et ce fut ainsi que, au lieu de raconter un fait-divers, dans cette chanson qui fut publiée dans des 45 tours des « Disques du Soleil » (Lune et le Soleil sur le même disque, dirait-on…) Busacca emmena les Siciliens et tous les Sudsdu monde sur la Lune. Pas tout à fait une affaire de quatre sous !

 

 

[ Incise de Lucien l'âne : Trenet disait :

Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Ici-bas souvent chacun pour sa chacune
Chacun doit en faire autant
La lune est là, la lune est là
La lune est là, mais le soleil ne la voit pas
Pour la trouver il faut la nuit
Il faut la nuit mais le soleil ne le sait pas et toujours luit
Le soleil a rendez-vous avec la lune
Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend
Papa dit qu'il a vu ça lui...]

 

 

Il les y mena cependant, sur la Lune, dans les formes usuelles de l’émigration. Pas du tout avec l'astronef superinformatisé de la NASA, qui débarqua sur la Lune guidé par un « cerveau électronique » qui avait la puissance d'un portable actuel en vente à 20 euros au supermarché. Non, il les y mena avec leurs valises, sans doute liées avec de la ficelle – même si la chanson ne le dit pas. Il les mena, naturellement, faire fortune ; mot qui, inexorablement, a sa rime avec « lune » et ce doit être ainsi. Il les mena faire de l'argent, sur la Lune, de la même manière qu'on allait à Turin, en Amérique ou en Australie. Il les mena travailler à des conditions finalement justes, car – comme il est notable – sur la Lune on travaille, on gagne et il n'y a personne qui est forcé. Il les mena avec les chants de sa terre, comment en douter ? Sur la Lune ne pouvait pas résonner seulement la langue barbare des astronautes (même si il semble que, à un certain point, un d'eux – peut-être même Armstrong, je ne me rappelle pas lequel, s'est exclamé « Mamma mia ! » en italien, qui sait pourquoi) ; on y voulait même Vitti 'na crozza et, pourquoi pas, même l'histoire de la fille qui avait poignardé son violeur et celle du syndicaliste tué par les mafieux. Et sur la Lune, ensuite, il n'y a personne qui commande (peut-être, qui sait, y aura-t-il trouvé même son compatriote Alfonso Failla, peut-être avec un carrier de Carrare ; qui sait combien de marbre y doit y avoir sur la Lune, sans que ne viennent le prendre les multinationales). Sur la Lune, il n'y a pas de voleurs, n'existent même pas les juges et les tribunaux ; et il n'y a pas de roi, de présidents, d'états et de ministres. Il n'y a pas de bureaucratie. Il n'y a pas la guerre. Il y a la vraie liberté.

 

C'est, qu'on me le laisse dire, une chanson extraordinaire. J'ai un souvenir, toutefois décoloré et de gamin, de ces années de la Lune. Nous aussi on jouait, à l'école primaire, à imaginer ce que nous aurions fait sur la Lune ; nous avions dépassé la phase de « vouloir faire l'astronaute ». Nous étions déjà des astronautes et nous nous trouvions déjà sur la Lune à vouloir faire, peut-être, les électriciens. Ou les ingénieurs. Ou les ouvriers lunaires. C'est ainsi que, sans le savoir, nous avons rencontré tous Ciccio Busacca, qui sur la Lune naturellement y était déjà allé avec la moitié de la Sicile. Il parcourut la Mer de la Tranquillité (qui, je crois, était en province de Syracuse) à bord d'une Fiat 600 Multipla, et racontait des histoires en les chantant

 

+++++++

 

Voilà donc une chanson mon bon Lucien l'âne qui devrait te plaire au plus haut point et qui devrait te rappeler ta jeunesse, du temps où tu étais toi-même un des premiers écrivains de l'Histoire... N'essaye pas de nier que tu fus un temps Lucien à Samosate, dans ce qui est aujourd'hui la Syrie. Lieu où se déroule encore un des ces grands massacres, dont sont coutumières ces régions du côté ,du Pont-Euxin; là-bas aussi, le prix de la connerie en graine est en train de monter . Et fameusement … Nul ne sait à quelles hauteurs astronomiques il va s'arrêter. Que tu fus déjà Lucien et que tu écrivis cette Histoire véritable qui inspira Cyrano et Voltaire et le bon Jules Verne – entre autres. Ne rabats pas tes oreilles par timidité ! Ne fais pas ta Modestine !

 

Je ne fais pas ma Modestine, dit Lucien l'âne en rougissant à travers son poil noir comme les rejets de l'Etna et les maisons de Catane. Et peut-être même que ce Lucien de Samosate ne fut pas le premier à relater un voyage dans la Lune. Tu sais bien comme moi que la Lune a toujours attiré les poètes. Quant à ce qui s'est passé en 1969, on n'est pas sûr du tout que le fameux « petit pas » d'Armstrong ait été réellement dit ce jour-là... On raconte que le brave Armstrong, Neil de son prénom, aurait tout simplement dit : « Good luck, Mr Gorsky ». En français : « Bonne chance, Monsieur Gorsky ! ». Certains avaient cru entendre Trotsky ou quelque chose du genre... Ce qui préoccupa beaucoup les services secrets étazuniens. Le fait est qu'à son retour sur Terre, Neil Armstrong ne voulut pas s'expliquer sur ces étranges propos. Motus et bouche cousue pendant 30 ans. Et pourtant la question revenait à tout bout de champ. La Lune a toujours, comme tu vois, mon ami Marco Valdo M.I., engendré des légendes quelque peu cryptographiques...

 

 

De fait, mais tu sais dans ce cas, Lucien l'âne mon ami, on en a su un peu plus le jour où Neil Armstrong lui-même levé le voile sur cette affaire. Ce n'est qu'en 1995, lors d’une conférence de presse à Tampa, qui comme on sait est une ville en Floride, qu'Armstrong a dévoilé le mystère. Il pouvait enfin parler sans mettre dans l'embarras le mystérieux Monsieur Gorsky, qui venait de décéder. Voici donc l'élucidation du mystère et comme on le verra, elle est assez juteuse.

Quand il était enfant, Neil Armstrong, par un bel après-midi d'été, jouait à la balle avec un ami dans la cour de l'immeuble où résidait sa famille. La balle finit sur la terrasse de la chambre à coucher des résidents du rez de chaussée... Les Gorsky.

Neil courut rechercher la balle et en la ramassant, il entendit Madame Gorsky, très en colère et d'une voix plus qu'indignée, dire à Monsieur Gorsky « Une pipe ? Tu veux une pipe ? Je te ferai une pipe quand le gosse des voisins marchera sur la Lune ! ». Pauvre Monsieur Gorsky ! Mais quelle délivrance vingt ans après... On n'a d'ailleurs jamais su ce qui était advenu de la promesse... S'est-elle réalisée ? Dans le fond, à son retour de la Lune, Neil Armstrong aurait dû s'en enquérir auprès de Monsieur Gorsky. Peut-être l'a-t-il fait, mais il n'en a rien dit et maintenant qu'il est lui aussi décédé... On ne le saura donc jamais.

 

 

Magritte-La-trahison-de-image.jpg

 

La Trahison de l'Image - René Magritte

 

 

 

Et puis, si j'en crois le peintre hainuyer René Magritte qui disait à propos de son tableau « Ceci n'est pas une pipe ! » : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau « ceci est une pipe », j’aurais menti ! ». Ah, dit Lucien l'âne très troublé et pensif, les manières des humains me stupéfieront toujours... Nous les ânes, on ne fait pas tant d'histoires, surtout pour une malheureuse pipe ! Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, trucidons ce vieux monde plein d'ecclésiastiques, pudibond, menteur, dissimulateur et décédément, cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Je vous salue, chers amis,
Je pars chercher fortune.
J'ai déjà prêtes mes valises,
Je m'en vais sur la Lune.

Sur la Lune, sur la Lune,
Sur la Lune on travaille,
Il n'y a personne qui bâille,
On y fait des sous, sur la Lune.

Tous les chants de vie
de ma belle terre ,
Qui sont tout de poésie
et je m'en vais les divertir.

Sur la Lune, sur la Lune
Il n'y a personne qui commande,
Ces foutus voleurs n'y sont pas
La condamnation n'existe pas

Ces foutus dirigeants n'y sont pas
Et n'y sont pas ces foutus ministres,
Il n'y a ni papiers ni registres,
Nous sommes tous égaux là-bas.

Là nous sommes tous nos maîtres
Car là-bas, la terre est libre
Personne n'y fait la guerre,
C'est la vraie liberté
C'est la vraie liberté
C'est la vraie liberté.

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Marco Valdo M.I.
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