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12 décembre 2012 3 12 /12 /décembre /2012 20:42

PIERRE PHILOSOPHALE



Version française – PIERRE PHILOSOPHALE – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne de Riccardo Venturi

d'une chanson portugaise – Pedra filosofal – Manuel Freire – 1956

Poème d' António Gedeão, pseudonyme de Rómulo Vasco da Gama de Carvalho (1906-‎‎1997), savant, chimiste, historien et poète portugais.

 

« Ils ne savent pas, eux, et ils ne rêvent pas,

Que le rêve est le moteur de la vie

Que chaque fois qu'un homme rêve

Le monde roule et s'embellit

Comme une balle colorée

Dans les mains d'un enfant. »

Des vers qui inévitablement se transformèrent en un hymne de la résistance contre la dictature salazariste...

 

 

Oh, mais mon ami Marco Valdo M.I., nous voici à nouveau au Portugal et au cœur d'une des dictatures les plus longues de l'histoire contemporaine.

 

En effet, elle durait déjà depuis un bon temps quand fut écrit ce poème qui donna la chanson. Et tu fais bien de me relancer ; nos discussions commençaient à me manquer. Nos petits commérages, vois-tu Lucien l'âne mon ami, me sont devenus presque indispensables. J'ai l'impression, souvent, de ne pas avoir fait ce qu'il convenait quand je me suis arrêté à traduire une chanson et ne pas avoir commenté la chose avec toi. Il y a là comme un vide. C'est bien étrange, vois-tu, tout ça. On commence par jeu et puis, on finit par en faire une chose essentielle. Ainsi ces derniers jours, je traduisais des chansons de Manuel Freire... Bien sûr, la précédente que j'ai traduite était commentée par Riccardo Venturi et fort bien...

 

 

Je me souviens. Ouvindo Beethoven, si je me souviens bien, il y avait là un hommage à José Saramago, le serrurier lusitanien comme tu l'appelles parfois. Mais n'avais-tu pas, toi-même, rendu quelque hommage au dernier des évangélistes... Car il est quand même l'auteur d'un évangile, le bon José...

 

 

Certes, un évangile apocryphe, diront certains... Mais à la vérité, tous les évangiles sont apocryphes. Cependant, celui-ci est – selon le chroniqueur, un évangile selon J.C., selon Jésus Christ. Je précise tout ceci pour que celui qui n'en a jamais entendu parler puisse en retrouver trace dans l'une ou l'autre bonne bibliothèque... La bonne bibliothèque se distingue par le fait qu'elle n'a pas d'enfer... Franchement, cet évangile-là vaut qu'on s'y arrête. Et il est bien exact que j'avais consacré une chanson à faire écho à un de ses romans à cet ancien journaliste... Très précisément au Siège de Lisbonne. Mais, il est une autre chanson qui elle relate un épisode de résistance au temps de Salazar...

 

 

Laisse-moi deviner... Je crois bien qu'il s'agit de cette chanson où un vieux journaliste lisboète catho et conservateur vire sa cuti et suite à l'assassinat, chez lui, dans son appartement généralement si tranquille, par la PIDE (la police politique de Salazar) d'un jeune homme qu'il hébergeait (un certain Monteiro Rossi, antifasciste italien) devient clandestin, change de nom et s'exile en France. N'était-ce pas cette histoire ?

 

 

Si, si. Le journaliste s'appelle Pereira, la chanson était tirée d'un roman de Tabucchi. Je l'avais d’ailleurs écrite en italien, puis traduite en français. C'était La Ballata di Pereira [37262]. Pereira, un grand rêveur, un songeur, un homme qui échappera au fascisme par la pensée, tiré hors de l'enfer par son intelligence et sa culture – en l'occurrence, française. On était aux temps du Front Populaire et de la Guerre civile espagnole, de la république massacrée par les franquistes, aidés en cela par les fascistes italiens et les nazis allemands. Une longue période de dictature en découlera et figera l'Espagne pour près d'un demi-siècle.

 

 

Elle ne s'en est pas encore remise d'ailleurs, dit Lucien l'âne en inclinant doucement le front vers la droite comme s'il cherchait une herbe, un chardon, que sais-je... Je ne sais comment dire, comment formuler cette impression, cette intuition, cette prescience, mais regarde, Marco Valdo M.I. mon ami, les quatre dictatures fascistes des années trente (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) sont encore à la traîne et justement traînent encore certains boulets de ce temps-là. Comme une sorte de densité qui les empêchent de prendre leur envol. Quant à l’Allemagne... Les mêmes ambitions bismarckiennes resurgissent... En fait, rien n'a encore été résolu et le ventre est encore fécond... Je veux dire ceci que ceux qui ont porté ces régimes - les "Eux" de la chanson de Freire, qui en ont profité et qui d'ailleurs n'en verraient pas d'un mauvais œil le retour, eux ou leurs descendants, sont toujours là et n'ont jamais été éliminés. Pire, il y a eu des retours en grâce. En somme, je finirai par penser que les mouvements tectoniques de la Guerre de Cent Mille Ans sont fort lents, qu'il y a là des inerties gigantesques et que rien n'est jamais acquis et qu'il en faudra encore bien du temps et des efforts pour faire advenir l'homme... L'hydre renaît ; les riches (anciens et nouveaux) mènent avec une certaine opiniâtreté la même guerre d'asservissement des pauvres. Ceci tient sans doute à leur insatiable avidité... Tissons dès lors avec une obstination encore plus inébranlable le linceul de ce vieux monde absurde, avide, arrogant, absolu, asocial, ahistorique et cacochyme.

( Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ils ne savent pas, eux, que le rêve

Est une constante de la vie,

Concrète, définie

Comme toute autre chose

Comme cette pierre grise

Où je m'assieds et me repose,

Comme ce ruisseau doux

Avec des sursauts sereins

Comme ces hauts pins

Qui s'agitent dans l'or et le vert

Comme ces oiseaux qui crient

En s'enivrant de bleu.

 

Ils ne savent pas, eux, que le rêve

Est vin, est mousse, est ferment,

Bestiole vive et assoiffée

Avec son museau en pointe

Qui creuse à travers tout

En un perpétuel mouvement.

 

Eux ne savent pas que le rêve

Est toile, il est couleur, il est pinceau,

Base, tronc, chapiteau,

Vitrail, arc ogival,

Pinacle de cathédrale,

Contrepoint, symphonie,

Masque grec, magie,

L'alambic de l'alchimiste,

La carte du monde éloigné,

La Rose des Vents, l'Infante,

La caravelle en Quinze-Cent,

Le Cap de Bonne Espérance

 

Or, cannelle, ivoire

Fleuret de spadassin,

Toile, pas de danse

Colombine et Arlequin

La montgolfière qui vole,

Le paratonnerre, la locomotive,

Le navire pavoisé en fête,

Le haut fourneau, le générateur,

La scission de l'atome, le radar,

L'ultrason, la télévision,

Le débarquement d'une navette

À la surface de la Lune.

 

Ils ne savent pas, eux, et ils ne rêvent pas,

Que le rêve est le moteur de la vie

Que chaque fois qu'un homme rêve

Le monde roule et s'embellit

Comme une balle colorée

Dans les mains d'un enfant.

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Marco Valdo M.I.
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commentaires

luca 13/12/2012 09:25

par une tragique coïncidence, Lucien l'âne : "Pereira" est aussi le patronyme de ce photographe qui perdit la vie dans le port d'Auckland, lors de l'attentat instigué par les
saucialistes-à-française (arrivés au pouvoir en 1981) contre le Rainbow Warrior, un bateau de Greenpeace...

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