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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 20:29

PAUVRES PARTISANS

 

 

Version française – PAUVRES PARTISANS – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson italienne – Poveri partigiani – Ascanio Celestini– 2007

 


Texte et musique : Ascanio Celestini



Il y a deux immeubles.

 

Un est le centre commercial avec sa belle enseigne, son toit hyperbolique et ses baies vitrées translucides qui le font ressembler à un auto-grill d'une autoroute pour Mars.

L'autre est un parallélépipède rectangle imaginé par un géomètre atteint de coliques ; c'est un centre d'appels.

L'un est fait pour être regardé et en effet, tous le voient.

L'autre est invisible ; un peu car ça ne fait plaisir à personne de le voir, un peu car le jumeau voyant qui est à côté capte toute l'attention. Par contre, il se fait entendre.

Il nous parle au téléphone pour nous vendre à domicile un aspirateur ou un nouveau plan tarifaire.

Il nous parle quand on appelle un numéro vert écrit sur l'étiquette d'une boisson gazeuse ou d'un tampon absorbant.

À côté de ces jumeaux de béton armé passe la route et autour se trouve le faubourg.

À côté du faubourg, il y a la ville ou peut-être, est-ce le contraire. Et au milieu se meut le peuple.

 

Le peuple est un enfant.

 

Il s'enrage contre les injustices, il s'émeut face à la douleur, il s'illusionne et il s'amourache. Puis, il éteint la télévision et va dormir tranquille.

Le peuple travaille, gagne et dépense. Ils l'ont convaincu que l'économie fonctionne ainsi. Il faut faire tourner la roue.

Mais ensuite entre les néons du centre commercial et les téléphones du centre d'appel quelqu'un cesse de tourner. Peut-être est-ce seulement la chenille qui sort du trou, le cadavre qui essaye de se ressusciter tout seul.

Peut-être est-ce le voleur et on se rend compte qu'il ne suffit pas de voler les voleurs pour égaliser les comptes. Et en effet c'est un collectif de travailleurs, Mais c'est aussi un morceau de peuple.

Christian dit « nous avons commencé parce que nous n'avions rien à perdre ». Maurizio dit « cette place est comme le Titanic. Le transatlantique coule et les passagers font comme si de rien n'était. Mais nous ne coulerons pas en chantant ».


Saintes paroles !





Pauvres partisans menés en procession,
Dans les journaux télévisés, à la télévision,
Survivant un temps aux fosses communes,
Mais enterrés dans ce temps de l'information.

 

Ils défilent le 25 avril, avec des médailles accrochées aux drapeaux
Suivent les femmes des sous-secrétaires à peine sorties de chez le coiffeur
Elles disent à voix basse : « Vive la constitution ! Mais maintenant il est tard, la poste ferme… Je dois aller chercher ma pension… »

 

Pauvres déportés qui montrent aux caméras entre deux publicités leur matricule, ce sombre tatouage
« Cette extermination vous est gentiment offerte par une boisson gazeuse et un célèbre fromage »

 

Pauvres prénoms et pauvres noms des morts de toutes les guerres
qui sont toujours dans la bouche des politiques
Avec tous ces morts en bouche, ils auront sûrement une haleine lourde
leur langue est un cimetière… où ils ressuscitent de temps en temps…

 

Pauvres morts de Nassirya qui peut-être croyaient vraiment que

Celui qui meurt meurt avec honneur…

Celui qui survit vit dans la douleur
Pauvre Nicola Calipari ! I Ils lui ont même dédié une zone piétonnière
Comme sa femme sera contente d'avoir épousé une zone à trafic limité.

 

Pauvres parents des héros,

qui au moins pour un jour ont été des héros,

Par leurs enterrements en mondovision
Mais le jour après, ils étaient morts eux aussi…
Des morts… qui se remémoraient d'autres morts.

 

Souvenez-vous des morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants

Souvenez-vous les morts

Mais souvenez-vous d'eux vivants
….



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