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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 22:05

Papi Blues

 

Canzone française – Papi Blues– Marco Valdo M.I. – 2012

Histoires d'Allemagne 77

 

An de Grass 78

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

Papi Blues, papi Blues, ça me rappelle quelque chose... N'y a-t-il pas eu, il y a bien longtemps, dans ces années-là précisément, les années 70, une chanson Mamy Blues... qui me rebattait les oreilles... ce qui pour un âne est vraiment terrible. C'était, si je me souviens bien, l'histoire d'une demoiselle qui partait à l'étranger et qui revenait et qui souffrait d'une sorte de spleen au souvenir de sa grand-mère... Mais la rengaine m'est restée dans l'oreille... Le Blues de la grand-mère... Et voilà que tu m'assènes un Blues du grand-père...

 

 

Pour un âne, tu as de la mémoire... Il y eut en effet une chanson qui correspondait à ce que tu racontes. Et c'est bien à sa rengaine que renvoie le refrain et le titre Papi Blues est dès lors une réminiscence de ce Mamy Blues. Mais là s'arrête la ressemblance. Au titre et au refrain. Et d'abord, laisse-moi, te confier que c'est un papi blues dans deux acceptions différentes... C'est aussi un Pape Blues. Mais c'est surtout, une histoire d'Allemagne, celle de l'année 1978, l'année des trois papes...

 

 

Trois papes dans la même année... Ça n'a pas dû arriver souvent dans l'histoire... Dans l'histoire récente plus que certainement.

 

 

Au fait, je n'en sais trop rien. Je ne sais même pas s'il y a eu un autre cas semblable. Mais c'est sûr, de ce point de vue, c'est une année exceptionnelle. Et le petit couplet en dit plus long qu'il n'en a l'air... Le premier des trois s'appelait Paul Six. D'aucuns prétendent qu'on lui avait substitué un sosie et que ce serait ce dernier qui serait mort... Que le Paul en question aurait été « éloigné » par la force et vivrait encore... Il devrait avoir plus de 115 ans. Tu imagines... Les mêmes prétendent qu'il reviendra sur le trône de Pierre. Allez savoir.... Voilà pour l'escamotage. Le deuxième avait souhaité s'appeler Jean-Paul Un et raconte-t-on, ne voulait pas être pape. Il ne l'est pas resté longtemps... Un pape express. Durée : 33 jours. Pourtant, il était jeune pour un pape... À peine 65 ans. Un bien mystérieux décès, sans autopsie... On raconte que derrière sa mort, il y avait une histoire de banquiers, dont il n'aurait pas voulu couvrir les turpitudes... Histoire dont on reparle actuellement au Vatican... Les histoires de banques sont souvent bien mystérieuses.

 

 

En effet, pour un pape, c'est jeune... Vingt ans de moins que l'actuel... Le Joseph Alois Ratzinger qui jouait aux échecs avec Günter Grass dans un camp, où l'on parquait les prisonniers allemands en 1945.

 

 

Le troisième, l'étranger... Ce fut un Polonais... Comme il prenait la succession de Jean-Paul Un, on l'a appelé logiquement Jean-Paul Deux. Il a tenu plus longtemps, presque un record, ça aussi. Mais remarque ce « je partirai bien tôt » de Jean Paul Un ("bien tôt" en deux mots... ce qui peut s'interpréter trop tôt, trop vite par rapport à la norme, un départ précipité... alors qu'il est en parfaite santé au moment où il le dit); un Jean-Paul Un qui semble, en quelque sorte, prévoir son court destin et deviner qui on mettra à sa place. Je conclus : Pape-blues, pape-blues, Ô pape-blues.

 

 

Quer pasticcio... Mais que raconte donc le reste de la canzone ?, dit Lucien l'âne en ouvrant de grands yeux de basalte.

 

 

Le reste de l'histoire est celle racontée par Günter Grass... L'arrivée de la punkitude dans une famille sans histoires... Du moins, en apparence. Les enfants se mettent à déjanter... Et puis, le grand-père. Ancien banquier de haut vol qui lui déraille vraiment... On finira par l'enfermer... En attendant, il se met à révéler ce qu'il ne faudrait pas. Secret bancaire, secret d'État... La collaboration des banquiers avec les chanceliers... Ou peut-être bien l'inverse... Les chanceliers (et maintenant Chancelière) pilotés par les banquiers... Une histoire de compromissions... Fondée sur des faits réels, sur un personnage qui a réellement existé et qui a réellement été le maître caché des finances allemandes, le dénommé Hermann Josef Abs. Le papi de la chanson se prend pour Abs, dont il fut un proche collaborateur. Manière comme une autre d'exposer la continuité des finances d'un chancelier à l'autre, d'un Reich à la république... À mon sens, toujours ce projet d'Otto... La grande Allemagne... Deutchsland über Europa... La finance comme moteur et guide du grand projet... La continuité dans l'accumulation de richesses et de pouvoir... Avec en arrière-plan, les ilotes...

 

 

Les ilotes, les ilotes... dit Lucien l'âne venu des paysages les plus antiques. Ça me rappelle quelque chose... Dans la Grèce antique, les Lacédémoniens, qui se prenaient pour des gens supérieurs, pour une race élue, en quelque sorte, s'étaient entourés d'un peuple esclave... les ilotes, précisément. Les ilotes étaient là pour assurer la richesse et le confort des maîtres... En somme, ils étaient exploités... Un autre épisode de cette Guerre de cent Mille Ans que les riches et les puissants (les forts...) font aux pauvres afin d'accroître leurs richesses, de les exploiter, de les forcer à travailler...

 

 

C'est bien de cela qu'il s'agit avec Abs et ses successeurs..., dit Marco Valdo M.I. : amener par la finance l'Allemagne à la place qu'elle ne put conquérir par les armes... et de fait, nous y voilà... À propos des ilotes... Je tiens quand même à rappeler qu'en l'occurrence, les premiers ilotes du système d'Abs, ce furent les travailleurs ouest-allemands eux-mêmes et puis, les Ossies... D’ailleurs, dans la canzone, on raconte qu'Abs, dans les premières années 40 du siècle dernier, aryanisait partout en Europe... Ne voit-on pas aujourd'hui pareille main-mise sur des tas d’entreprises et même des pays entiers ? REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS... ILS VOUS LE FERONT BIENTÔT.

 

 

Voilà pourquoi, je suis content que tu racontes ces histoires d'Allemagne et que tu éclaires un peu certaines tendances... Voilà pourquoi aussi, il nous faut continuer à tisser le linceul de ce monde impérialiste, manœuvrier, conquérant et cacochyme cependant. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

C'était l'année des trois papes

Le premier fut escamoté, raconte-t-on,

Le pape est mort, un nouveau pape

Le second disait, raconte-t-on,

Je partirai bien tôt et l'étranger

Assis en face de moi va me succéder

Le troisième, venu de Pologne, aura

Un bien long pontificat

Pape-blues, pape-blues,

Ô pape-blues

 

Chez nous aussi, ce fut

Un joyeux tohu-bohu

Jusque là, tout était calme chez grand-père

À l'écart de la ville, au grand air

Dans sa maison pleine de lumière

Le grand jardin accueillait les fêtes des enfants

Même Papi trouvait ça plaisant

Et tout soudain sauta en l'air

Papi-blues, papi-blues,

Ô papi-blues

 

Le premier à déraper fut Martin.

Notre beau frisé, un beau matin,

S'en revînt avec une tête d'Iroquois

Ensuite, ce fut le tour de Monica

Aux yeux d'un bleu si profond

Aux magnifiques cheveux blonds

Moitié vert pomme, moitié lilas

Et ce n'était qu'un début...

On n'avait encore rien vu

Papi-blues, papi-blues,

Ô papi-blues

 

Martin, jeans troués et chaîne rouillée

Blouson à clous et cadenas

Et sa petie soeur Monica

Toute en cuir et godasses de l'armée

Amenait ses punks qui hurlaient des chansons

No future, no future, jusqu'à la nausée.

On en retrouvait partout dans la maison

Couchés, vautrés, toute la sainte journée.

Papi-blues, papi-blues,

Ô papi-blues

 

Jusque là, ça allait encore

C'est quand le papi a disjoncté

Qu'on a atteint le record

Un homme discret, posé

Qui avait été un si grand financier

Patron de la Deutsche Bank en pantalon rayé

Dans toute l'Europe, il allait aryaniser

Chut, secret bancaire, ne pas en parler

Papi-blues, papi-blues,

Ô papi-blues

 

Comme un coq, crête rouge au déjeuner,

Papi déboule dans la cuisine

Tout perclus d'épingles de sûreté

De la braguette à la poitrine

Dans les oreilles, dans le nez

Hermann Josef Abs, il s'imagine

Encore conseiller de chancelier

On a dû le placer... Là, il continue ses combines...

Papi-blues, papi-blues,

Ô papi-blues

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