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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 23:10

Narcisse

Commentaire à l'Adieu de Ritsos

 

Mes souvenirs, dit Marco Valdo M.I., ne m’entraînent pas comme notre ami Riccardo vers des exploits footballistiques – même s'il m'est arrivé d'en relater plusieurs ici : par exemple, rien que dans les Histoires d'Allemagne : Le Pied d'Ivan [[40978]] et Le Miracle de Berne [[39654]]... J'aurais plutôt tendance à regarder à d'autres histoires... Notamment celle de Narcisse qu'évoque pour moi l'auto-admiration de ce héros telle qu'elle est rapportée par Yannis Ritsos... C'est-à-dire l'histoire de Narcisse... et notamment, cette partie du texte, telle qu'elle apparaît dans la version française :

 

Narcisse

 

« on s'incline sur le ruisseau pour boire et dans le gazouillis du ruisseau on rencontre

Son beau visage, buriné par le travail, par le vent, par la jeunesse, par le soleil,

Et on reconnaît dans l'eau ses yeux brillants et cela ne nous arrête pas

Et on boit l'eau en même temps que soi-même . » (Yannis Ritsos – ADIEU)

 

Narcisse Caravage

 

 

 

Qui m'a rappelé un tableau de Carlo Levi (le petit Narcisse), que j'avais exposé à Mariemont en 2005, une peinture de Pompéi et un tableau du Caravage, tous trois reprenant cette histoire de celui qui se penche sur l'eau et boit l'eau en même temps que... son image. Car il n'est question là que d'image... et encore, fugace, évanescente et dès lors, extrêmement périssable. Ceci éclaire cela et donne une autre dimension au poème de Ritsos, une dimension plus anciennement grecque et pour tout dire, mythologique.

Narcissus-_mural-_Pompeii.jpg

En effet, on ne saurait être grec, poète et ne pas être mythologique, dit Lucien l'âne en éclatant d'un rire sonore comme une trompe marine. À ce sujet, je ne voudrais pas en rajouter, mais quand même, cette histoire de grotte et de caverne, il me semble en avoir déjà entendu parler à l'époque, quand je me promenais à Athènes du temps de Socrate, Aristophane, Xénophon, Platon, Aristote et les autres...

 

Bien évidemment, tout comme cette ouverture resserrée qui donne accès au monde et ouvre l'horizon du soleil et de la lumière et permet d'échapper au monde des ombres...Comme quoi, Lucien l'âne mon ami, comme on disait en ces temps-là, « Tout s'écoule, rien ne demeure »... Bien qu'Apollinaire semblât dire le contraire « Vienne la nuit, sonne l'heure. Les jours s'en vont. Je demeure » ce qui pourrait d'ailleurs synthétiser le poème de Ritsos et l'ambition du héros.

 

Autrement dit, mon ami Marco Valdo M.I., pour reprendre la formulation de Lavoisier d'une pensée grecque, une idée d’Anaxagore, je crois : « Rien ne se perd, rien ne se crée... » Ainsi donc, le monde est monde et personne ne l'a créé.

 

En effet, et si Anaxagore disait tout se combine, Lavoisier disait tout se transforme... Et notre taximan, par les événements, va se transformer en héros... Cependant, je ne voudrais pas que nos propos fassent perdre de vue le problème central que pose (surtout ici dans les Chansons contre la Guerre) le caractère proprement nationaliste et pour tout dire franchement fasciste de Grivas, dont je rappelle qu'il fut le fondateur et le chef de l'Eoka et de l'EOka B... et étant donné qu'il était né en 1898, qu'il avait fait l'Académie militaire grecque, on pourrait quand même se demander ce qu'il était sous le régime de Métaxas. Ceci pour confirmer l'intuition de Gian Piero Testa et combien Ritsos (et tous ceux qui s'interrogent sur la situation de Chypre) marchent sur le fil d'une ambiguïté...

 

Pas seulement eux, mon ami Lucien l'âne. Figure-toi que la même ambiguïté prend dans ses rets tous ceux qui dans le monde résistent à une invasion « étrangère »... Car la chose est ambiguë... Ce qui nous ramène à la Guerre de Cent Mille Ans, qui, in fine, ne se déroule pas vraiment entre des populations situées d'un côté différent de frontières, lesquelles frontières sont par essence factices et arbitraires... En somme, il n'y a qu'une seule terre et une seule humanité... Et s'il existe des divisions fratricides, elles sont le fait du vieux principe monarchique : « Diviser pour régner », du principe de domination, de la folle ambition infantile de possession, de pouvoir et de propriété... Et sans doute aucun, c'est contre elle qu'il faut organiser la résistance, contre elle qu'il faut diriger tous nos efforts de libération. Regarde bien le héros de Ritsos... Si l'on se place à un autre niveau « philosophique », on constate qu'il n'atteint sa plénitude que du moment où il se sépare des choses, que du moment où il accepte – enfin, finalement, à la fin, d'être lui-même et seulement, lui-même. Un être unique, un atome sous le soleil, un grain de sable de l'immense désert de la vie. Plus d'impedimenta, n'être plus qu'un voyageur sans bagages, un déambulateur dans l'espace... Quelque part ou nulle part entre la lune et le soleil. En somme, par cette chanson à paysage philosophique, Ritsos renoue avec l'intelligence des matérialistes de l'antiquité...

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

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Marco Valdo M.I.
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