Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 20:18

MILLE



Version française – MILLE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson napolitaine italienne – Mille – Eugenio Bennato – 2011
Texte d'Eugenio Bennato
Musique de Carlo D'Angiò
Album: Questione Meridionale


« J'ai intitulé ainsi ce recueil de nouveaux morceaux en empruntant la célèbre expression apparue au Parlement de Turin, à peine réalisée l'unité de l'Italie. Mes maîtres sont gens anonymes d'un sud profond, les personnages qui racontent sont les brigands d'une histoire niée, les voix et les instruments sont l'expression d'un sud encore plus profond qui vient de la Méditerranée et de l'Afrique, mère de toutes les légendes, et arrive aujourd'hui en Italie avec les nouveaux flux migratoires de l'histoire. » (Eugenio Bennato)



 

Comme beaucoup le savent, ce site accueille une page fort importante sur ce qui est probablement la chanson la plus célèbre d'Eugenio Bennato : Brigante se more. Une page dans laquelle, entre autres choses, le même Eugenio Bennato est plusieurs fois intervenu pour clarifier quelques aspects de l'histoire et des raisons de cette chanson; mais elle comporte aussi une grande discussion pas seulement à propos de la chanson en soi, mais, également, de tout le problème méridional dans l'Italie postunitaire où se sont confrontées, avec des tons parfois acerbes, différentes positions. Nous ne voudrions pas nous tromper, mais nous il semble que dans l'album Questione Meridionale, et particulièrement dans cette chanson, retentissent presque les échos de cette discussion. Naturellement, il ne s'agit pas pour nous de nous attribuer qui sait quoi, mais simplement parce que les positions claires du grand artiste napolitain par rapport à toute la question transparaissent parfaitement de cette belle et dure chanson (mise en musique, une fois encore, par Carlo D'Angiò). Le maudit imbroglio de ce qui avait été accueilli comme une expédition de libération, et qui par contre ouvrit la voie à une occupation militaire, à une invasion, à une annexion; les espoirs des populations pour un changement de l'état de choses s’effacèrent quand il apparut à quoi tendait tout cela : la répression aveugle, l'extermination, la déportation. Et, naturellement, tous les fleuves de rhétorique "patriotique" qui ont tout recouvert. Fausses promesses, violences infinies sur les paysans, villages entiers mis à fer et à feu par l'armée piémontaise, de Bronte à Pontelandolfo; avec toutes les conséquences qui perdurent encore : l'appauvrissement matériel et culturel, l'émigration, le développement des mafias. Après une année entière durant laquelle on fêta l'"Unité", il serait bien par contre de reconsidérer attentivement ce sur quoi elle fut vraiment fondée. Eugenio Bennato est extrêmement clair, et il ne pouvait pas en être autrement. Aussi nous voulons l'être avec lui. Il se peut qu'à partir de cette page se développe une future discussion; quels qu'en soient éventuellement les éléments, il sera nécessaire de ne pas trop s'éloigner de la limpidité de ce texte [R.V.]



 

 

 

 

Oh, Marco Valdo M.I., pourquoi traduis-tu cette canzone des Mille... ? N'était-ce pas l'expédition libératoire menée par le Héros des Deux Mondes en personne... le célèbre libérateur Garibaldi... l'homme aux chemises rouges ?

 

 

C'est bien de lui qu'il s'agit, l'homme qui dormait partout... Du moins, si on en croit les inscriptions que l'on trouve dans bien des villes et villages d'Italie : « Ici, Garibaldi a dormi... ». D'abord, c'est bien de ces mille-là et de leurs chemises rouges dont il est question ici et surtout, de la tragédie qui s'ensuit aujourd'hui encore. Comme tu le sais, Lucien l'âne mon ami, nous autres qui sommes d'un pays qui n'est pas un pays, nous parlons de loin, d'au moins mille et mille kilomètres de là... Ce qui ne nous empêche pas – subissant un destin similaire, car nous sommes au Sud de nulle part – de vouloir que ces choses-là se sachent, que sous les ors officiels et les proclamations grandiloquentes, il s'est fait moult massacres et d'énormes destructions, que l'unité des États-nations s'est imposée en s'appuyant sur la colonisation des peuples, sur l'écrasement des plus faibles, sur la mise au pas et le saccage des périphéries, sur la destruction des cultures et des activités, sur l'accaparement et la rapine. « REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS... ». À propos, sais-tu que les « experts » ont récemment proposé aux paysans grecs d'arracher leurs oliviers pour planter des kiwis... Tu m'entends bien, des kiwis... Des kiwis dans le jardin d'Athéna...

 

 

Par Zeus, voilà bien le délire technocratique...

 

 

Ici, cependant, il est question de la Grande Grèce et d'une conquête du XIX ièmesiècle, qui est le véritable fondement de l'unité de l'actuelle Italie. Ce fut sanglant ; on tua des milliers de gens. Mais pareille affaire n'est pas spécifique à l'Italie. Cette Guerre de conquête par les armes ou par les lois (du plus fort...) s'est déroulée un peu partout et se déroule encore. C'est là aussi un aspect de la Guerre de Cent Mille Ans. Donc, ailleurs dans cette Europe en voie de devenir, il faut que l'on sache ce qui s'est passé là-bas et que la soi-disant libération a tourné à la conquête coloniale et à l'appauvrissement, à l'exil, à la désertification... et que cela dure encore aujourd'hui... Ce n'est donc pas seulement une querelle d'Italiens, cette histoire, c'est aussi un des fondements de l'Europe et nous ne pouvons fonder une civilisation sur de telles bases... Toi et moi, nous devons le dire...

 

 

C'est dit et dès lors, n'épiloguons pas, et reprenons notre tâche qui consiste à tisser inlassablement, jour après jour, le linceul de ce vieux monde colonisateur, oppresseur, unitaire, exploiteur, escroc, rapineur et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Mille œillets arrachés des jardins,

Mille couronnes de diamants et de rubis,

Mille drapeaux sous le soleil de la Sicile,

C'est une guerre de justice et ainsi soit-il

C'est une guerre de justice et ainsi soit-il


Ils sont mille à avoir traversé la mer

Pour marcher entre les orangers et les torrents,

Tout le peuple fait la fête et il lance des roses,

C'est une guerre et elle changera toutes les choses

C'est une guerre et elle changera toutes les choses.

 

Mille soldats pour une seule promesse
La terre finalement ira à qui la travaille.
Et il y n'aura plus serviteur ni patron,

Ce n'est pas une guerre, c'est une révolution

C'est une guerre, c'est une révolution.

 

Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

 

Mille chemises pour jouer à ce jeu,

Mille villages à fer et à feu,

Qui survit mourra à Fenestrelle, (1)

C'est une guerre comme toutes les autres guerres

C'est une guerre comme toutes les autres guerres.


Mille soldats pour entrer dans l'histoire,

Vive l'Italie et vive toujours le roi de Savoie,

Mais surtout vive qui contre la guerre s'est rebellé,

C'est une guerre dont on n'a jamais parlé

C'est une guerre dont on n'a jamais parlé


Mille mensonges qui vont toujours plus loin,

Et la réalité qui fait son chemin tout doucement

Parmi les mots de chansons effacées,

C'est une guerre de chansons et de tambourades

C'est une guerre de chansons et de tambourades

 

Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

Quelles belles fables, on nous a racontées

Quelles belles histoires, cette histoire d'un passé

Quelle belle Italie qu'on a dû apprendre par cœur

Qu'ont écrite une fois pour toutes les livres et les histoires.


Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

Mille soldats, mille marins

Mille marins, un général

Mille œillets arrachés des jardins,

Mille couronnes de diamants et de rubis,

Mille fusils pour frapper et s'en aller,

C'est une guerre maudite et ainsi soit-il

C'est une guerre maudite et ainsi soit-il

 

 

(1) Fenestrelle : terrible prison piémontaise à flanc de montagne.

Partager cet article

Repost 0
Marco Valdo M.I. - dans Bennato
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : CANZONES
  • CANZONES
  • : Carnet de chansons contre la guerre en langue française ou de versions françaises de chansons du monde
  • Contact

Recherche