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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 22:55

Les Années Quatre-Vingt

 

Canzone française – Les Années Quatre-Vingt – Marco Valdo M.I. – 2012

Histoires d'Allemagne 84

 

An de Grass 85

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

 

Les années quatre-vingt ? Les années quatre-vingt, oui, mais de quel siècle ? Sans doute du siècle dernier, je suppose, car tu ne l'as même pas précisé. Qu'y a-t-il à dire sur ces années quatre-vingt ? Car souviens-toi, il y eut parmi les années quatre-vingt : quatre-vingt neuf, c'était au dix-huitième siècle – après Zéro, vu que le premier siècle se compte de Zéro à quatre-vingt dix-neuf ou à nonante-neuf, c'est selon et que donc, de cent à deux cents, on parle du deuxième siècle... et ainsi de suite. Donc, le quatre-vingt neuf du dix-huitième siècle se note 1789... C'était l'année de La Révolution. Tu sais celle avec les enfants de la patrie, du jour de gloire, de l'étendard sanglant de la tyrannie, etc. Ou alors, quatre-vingt treize... C'est toujours le dix-huitième siècle et encore plus révolutionnaire... 1793. Aux armes, citoyens ! Et tout le saint-frusquin. Si tu m'avais dit soixante-dix... Là, c'était autre chose, on était dans le dix-neuvième siècle et on s'entretuait joyeusement du côté de Sedan (entre autres) et bien entendu, on pense à La Commune. Tout comme l'An Quarante lui se situe dans le vingtième siècle et c'est lui qui rappelle la plus grande boucherie de tous les temps. C'est à l'évidence une affaire lointaine... On a connu bien d'autres guerres depuis.

 

 

Deux ou trois remarques à propos de tes propos, Lucien l'âne mon ami. J'apprécie beaucoup que tu comptes – enfin ! – à partir de Zéro. Qui était Zéro, en fait, on s'en tape. Mais la chose est – surtout si Zéro n'est rien et de surcroît, rien d'autre que lui-même, le point de départ absolu – donc, la chose est plus objective et plus solidement fixée que lorsqu'on accroche le temps à un personnage à l'existence et aux allures incertaines. Entre nous soit dit, et j'espère bien que tu n'iras pas le répéter urbi et orbi, ce gars-là devait être sérieusement atteint pour se prendre pour le tiers d'un Dieu...

 

 

Ah, Ah, dit Lucien l'âne, comme tu vois, il n'était pas la moitié d'un...

 

 

Bref, il a raconté n'importe quoi... Tandis que Zéro lui ne dit rien, ne revendique rien et se contente de fixer le point de référence... Ensuite, pour ce qui concerne l'an quarante et la Guerre de Quarante qui s'ensuivit et les autres guerres qu'on aurait connues depuis, je reste persuadé qu'on ne l'a jamais terminée et qu'elle continue aujourd’hui encore... L'An Quarante est toujours d'actualité. Dans la version militaire, cette guerre se déplace sur le corps de la Terre ; elle disparaît ici, elle reparaît là-bas... Elle court, elle court... Mais c'est toujours la même, c'est la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin d'en extraire plus de profits encore, d'accroître leur domination, d'étendre leur emprise, de faire prospérer leurs richesses et d'assouvir leurs plus stupides caprices. Elle est tirée par ces deux pénibles et insupportables haridelles que sont Cupidité et Avidité.

 

 

Oui, sans doute, je ne peux pas les piffer celles-là. Mais finalement, de quelles années quatre-vingt s'agit-il ?, demande Lucien l'âne en raclant le sol d'un sabot exigeant.

 

 

Ce sont bien évidemment, celles du siècle dernier ; quant à la chanson elle-même, elle concerne une des années quatre-vingt, l'An de Grass quatre-vingt cinq. Cette année 1985 est décrite par une Mamie bien des années plus tard... De ses souvenirs, il résulte que pour elle, il n'y avait que les feuilletons et la télévision...

 

 

Et ce n'est pas faux... les humains en sont encore là...

 

 

Certes, certes, Lucien l'âne mon ami. Pour la canzone, tu te souviens qu'habituellement dans ces Histoires d’Allemagne, chacune est fondée sur le récit d'un narrateur. Cette fois, on a droit à une double narratrice : la Mamie en question et sa petite fille qui l'interroge en vue de préparer son mémoire de fin d’études. À l’époque, chez nous, on appelait le niveau d'études, une licence ; mais Europe oblige, c'est de venu une maîtrise et pour ceux qui se piquent d'anglomanie galopante, un mastère, mot qui, soit dit en passant, en rappelle furieusement un autre : water (abréviation de water-closed) que Queneau avait orthographié : Ouatère.

 

 

On ne saurait l'ignorer, dit l'âne Lucien en hoquetant de rire.

 

 

Donc, la petite demoiselle (ici, « ma chérie ») rencontre sa grand-mère (ici, « Mamie ») pour obtenir quelques éléments pour son mémoire intitulé : « Le quotidien des seniors ». Et ce qui en ressort, tu le verras dans la chanson... Ces braves vieilles finissent leur vie devant la télévision en avalant force feuilletons et en subissant l'interminable va et vient des balles de tennis. Bref, vu du côté des seniors, le progrès faisait déjà rage. On s'ennuyait ferme dans les appartements et les pavillons de banlieue.

 

 

Boris-et-Steffi-85.jpegLa Passion de Madame Scholz

 

 

Ça n'a pas changé... C'est sûr... C'est dur d'être des seniors dans un monde malade de sa jeunesse, atteint de jeunisme chronique, en quelque sorte et de plus, envahit par les téléviseurs. En somme, quand on est remisé au rang des seniors, arrivé à un certain moment, on s'entraîne au rôle futur de macchabée, celui-là même auquel Tonton Georges fait allusion dans les Quatz'Arts. [[39144]], celui de la chanson connue de tous les étudiants...de France, de Navarre et d'ailleurs. Et, dit Lucien l'âne secoué par un fou-rire mal dissimulé sous son poil noir luisant, moi aussi, je la connais cette chanson et je vais même te la chantonner...

Dans un amphithéâtre

Dans un amphithéâtre

Dans un amphithéâtre

-phithéâtre

-phithéâtre

-phithéâtre

Tsoin-tsoin.

Il y avait un macchabée

Il y avait un macchabée

Il y avait un macchabée

macchabée

macchabée

macchabée

tsoin-tsoin

Ce macchabée disait

Ce macchabée disait

Ce macchabée disait

Il disait

Il disait

Il disait

tsoin-tsoin

Ah! ce qu'on s'emmerde ici

Ah! ce qu'on s'emmerde ici

Ah! ce qu'on s'emmerde ici

-merde ici

-merde ici

-merde ici

tsoin-tsoin »

 

 

Bref, dit Marco Valdo M.I. de l'air le plus docte qui soit, les vieux s'entraînent à s'emmerder pour l’éternité, sauf évidemment si leur karma leur offre mille résurrections sous les formes les plus diverses... En clown, en matou ou en bonobo, par exemple.

 

 

Et même, en âne...On en connaît à qui telle résurrection est arrivée. Mais que tout ceci ne nous empêche pas de perpétuer notre tâche qui, je le rappelle, est de tisser, tisser, tisser encore et toujours le linceul de ce vieux monde emmerdant, étouffant, télévisuel et pour tout dire, feuilletonesque et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

Dis-moi, dis-moi, dis-moi, Mamie,

Oui, oui, oui, quoi, ma chérie ?

Pour mes études, je dois faire un mémoire

Et je compte beaucoup sur ta mémoire

Que buvait grand-papa ? De la bière ou du vin ?

Il avait fait la guerre. Où était-il en quarante-trois ?

Comment c'était dans les années quatre-vingt ?

Les jeunes avaient-ils un emploi ?

Allaient-ils longtemps soldats ?

Les gens rencontraient-ils le bonheur ?

Y avait-il autant de chômeurs ?

On avait une auto, des congés, mais pas d'ordinateur.

 

 

 

Dis-moi, dis-moi, dis-moi, Mamie,

Oui, oui, oui, quoi, ma chérie ?

S'il te plaît, raconte-moi ton histoire

J'ai vraiment envie de savoir

Ô Mamie, n'était-ce pas mieux autrefois ?

Tu sais, ma chérie, Grand-Père n’était plus là

Je travaillais à mi-temps pour finir le mois

Et mes jambes n'en voulaient plus trop déjà

Fini les grandes ballades, finies les courses

Le shopping et tout le tralala

Mamie, Mamie, les banques, la bourse ?

Celles-là, ma chérie, dictaient déjà la loi.

 

 

Dis-moi, dis-moi, dis-moi, Mamie,

Oui, oui, oui, quoi, ma chérie ?

Et les journées, tu faisais quoi ?

Avec madame Scholz, la voisine

On regardait la télé dans la cuisine

On se passionnait pour les feuilletons

Que pouvait-on faire d'autre, dis-moi ?

Qu'aurait-on fait sans la télévision ?

On regardait le tennis, je n'aimais pas ça

Ce va et vient, pendant des heures parfois.

Madame Scholz, Boris et Steffi, c'était sa passion.

Et puis, il y a eu la Glasnost qui venait du froid.

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