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24 août 2012 5 24 /08 /août /2012 14:14

LE RÉVOLUTIONNAIRE

 

Version française – LE RÉVOLUTIONNAIRE – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne de Leonhard Schäfer

Chanson allemande - Der Revoluzzer - Erich Mühsam – 1907


Écrite par Erich Mühsam
Musique de Béla Reinitz [1929]
Interprétation d'
Ernst Busch

 

 

Ohlala, dit Lucien l'âne en relevant la queue en point d'interrogation et les deux oreilles en points d'exclamation, ohlala, quelle histoire, voici donc un révolutionnaire... À quoi peut-il bien ressembler ? D'autant plus que c'est une chanson d'Erich Mühsam ou à tout le moins, un de ses poèmes mis en musique.

 

 

C'est bien un poème de Mühsam mis en musique et le révolutionnaire ainsi chanté exerce l'honorable et désuète fonction d'allumeur de réverbères. Un métier qui a disparu avec l'arrivée de l'éclairage électrique... Auparavant, pendant environ un siècle, l'éclairage public se faisait au gaz, dit de ville et nécessitait pour fonctionner une équipe d'allumeurs de réverbères. On peut situer les débuts de l'éclairage au gaz avec le début du 19 ième siècle et celui de l'éclairage public à l'électricité à partir de la fin du du dix-neuvième siècle. Le passage de l'un à l'autre se fit cependant progressivement. Néanmoins, il existe encore des éclairages au gaz publics, spécialement en Allemagne et particulièrement à Berlin. Cela dit, les allumeurs de réverbères ont complètement disparu, car l'éclairage au gaz est depuis longtemps déjà piloté par des systèmes électroniques de commande à distance. Au temps de Mühsam, in illo tempore, l'éclairage au gaz était bien vivace et les allumeurs sillonnaient les rues de bien des villes. Bien entendu, leur tâche incluait aussi l'entretien du réverbère et donc son nettoyage régulier - l'enveloppe en verre qui protégeait la flamme du gaz s'appelait la "lampe". D'où le nom allemand de « Lampenputzer », littéralement « nettoyeur de lampe ».

 

 

Moi, je me souviens même des villes éclairées de quelques bougies ou de chandelles et même, de torches..., dit l'âne Lucien en riant. Il fut même un temps où dans les villes, il n'y avait pas d'éclairage du tout. Mais qu'en est-il de ton Lucifer ?

 

 

 

Et bien, Lucien l'âne mon ami, tu ne saurais mieux dire. Ce Lucifer, ce porteur de lumière est une icône, une image, un substitut à un « révolutionnaire » dont Mühsam entend bien se moquer et par voie d'ironie, dénoncer l'attitude. Regarde bien à qui il dédie la chanson ? À la social-démocratie, laquelle à l'époque en Allemagne (en train de se faire...), était fort puissante et tout en affirmant dans ses congrès et en paroles, sa volonté révolutionnaire n'entendait en réalité que s'intégrer au système – tout en tirant certains avantages pour sa clientèle politique, le prolétariat. Mühsam, lui, était anarchiste et carrément révolutionnaire et entendait bien que l'on renverse l'ordre établi, qu'on élimine le pouvoir des riches et l'exploitation subséquente... Que l'on crée un autre monde d'égalité et de liberté, débarrassé de la recherche du profit. Ici, au travers de cet allumeur de réverbères qui reproche aux révolutionnaires qu'avec l'extinction des lumières, le bourgeois ne verra plus la nuit en rue et ne pourra plus sortir de chez lui... Il campe la social-démocratie allemande. Bref, tout se joue sur un plan symbolique et on comprend où mène l'anecdote pour le moins satirique : l'allumeur refuse de s'allier aux autres révolutionnaires (dans la réalité : les anarchistes et les socialistes de gauche, qui deviendront par la suite, communistes et en Allemagne, « spartakistes » [Une tradition familiale]) et rentre chez lui écrire un ouvrage théorique – dernière pique de Mühsam envers la social-démocratie :

 

« Comment être révolutionnaire

Tout en allumant les réverbères ».

 

Et de fait, la social-démocratie allemande, comme il est rapporté dans les histoires d'Allemagne [Oscar, Oscar ou La Danse du Tambour] continuera à prétendre être révolutionnaire – dans ses textes – jusqu'en 1959... Curieusement, c'est le moment (vers 1960) où la plupart des villes d'Allemagne abandonnent définitivement l'éclairage public au gaz...

 

 

 

 

 

allumeur de reverbere

 

 

 

 

Moi, dit Lucien l'âne en se raidissant sur ses sabots aux allures du plus noir basalte, moi, j'aime beaucoup cette parabole et je pense que ceux qui se mettent en groupe, en parti ou en une autre forme d'organisation « de masse » et prétendent non seulement, guider les autres, mais en plus faire la révolution et de surcroît, édifier ainsi un monde meilleur, ont de très grandes responsabilités – surtout quand ils disent une chose en en font d'autres. Par exemple, comme c'est ici clairement le cas de la social-démocratie qui annonce ses intentions révolutionnaires et qui dans les faits, sert de machine d'intégration et de soumission des pauvres au système des riches. Quant à nous, nous n'avons pas ces prétentions, ni ces ambitions, ni même ces envies de participer aux heures et aux postes de gloire du système, nous avons choisi, dans cette Guerre de Cent Mille Ans, de tisser le linceul de ce vieux monde (celui des riches) trompeur, menteur, exploiteur, tueur et cacochyme (Heureusement !)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Dédié à la social-démocratie.

 

 

 

Il était une fois un révolutionnaire,

Dans le civil, allumeur de réverbère;

Il allait d'un pas révolutionnaire

Avec les révolutionnaires.

 

Et il criait : "Je révolutionne !"

Et le bonnet révolutionnaire

Posé sur l'oreille gauche,

Il avait l'air très redoutable.

 

Cependant, les révolutionnaire marchaient

Au plein mitan des rues

Où d'habitude, il nettoie

Toutes les lanternes.

 

Du sol, ils arrachèrent

Les réverbères, les réverbères

Des trottoirs, des arcades

Pour construire des barricades.

 

Mais notre révolutionnaire

Criait : « Je suis l'allumeur de réverbères

Ces bons éclairages-là

Je vous prie, ne les abîmez pas.

 

Si nous éteignons la lumière

Le bourgeois ne pourra plus voir

Je vous prie, laissez la lumière

Sinon, je ne joue plus dans cette histoire. »

 

Alors, les révolutionnaires rirent

Et les réverbères bruirent

Et l'allumeur s'éloignant

Pleurait amèrement.

 

Alors, il est resté chez lui

Et là, un livre il a écrit

En l'occurrence, « Comment être révolutionnaire

Tout en allumant les réverbères ».

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Marco Valdo M.I.
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