Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 12:56



LE RÉGIME HONGROIS :

 

LIBERTICIDE ET CHRÉTIEN


 

Version française des Dernières Nouvelles de l'UAAR. (21 mars 2013)

Texte italien : http://www.uaar.it/news/2013/03/21/regime-ungherese-liberticida-cristiano/



Pour les amis belges ou résidant en Belgique, mais intéressés par le combat laïque en Italie et de façon plus large, en Europe, il m'arrive de traduire certains textes provenant de l'UAAR (Union des Athées, Agnostiques et Rationalistes), association qui en Italie relève de la résistance pure et simple (Ora e sempre : Resistenza !) à l'oppression millénaire de l'ECAR (Église Catholique Apostolique et Romaine). Une lutte de tous les jours, même le dimanche. Mais, on le verra par ce qui suit, le combat n'est pas moins important dans le reste de l'Europe où on n'en finit pas d'inventer des racines chrétiennes aux enfants de Monsieur de Cro-Magnon.

Je le fais en parfaite entente avec mon ami Marco Valdo M.I., lequel comme son nom l'indique a des ascendances hérétiques et libre-exaministes.

 

J'ai donc, il y a quelques jours traduit un texte relatif à ce qui se passe en Hongrie et en l'envoyant pour insertion à ALBI (Action Laïque Belgo-italienne), je notais :

 

« La Hongrie est presque revenue à Horty, vale a dire aux temps d'Adolf et de Benito.

 

Importantissime de faire paraître ces nouvelles ».

 

Je joins donc cette traduction.

 

 

 

Ainsi Parlait Lucien Lane


On est toujours plus inquiet en Europe de la dérive autoritaire prise par le gouvernement hongrois, qui peut maintenant à raison être défini comme « régime ». Le Parlement de Budapest a approuvé le 11 mars 2013 la contre-réforme constitutionnelle qui a imposé un renforcement autoritaire et identitaire. Malgré qu'elle était boycottée par les socialistes avec force protestations à la Chambre, elle est passée avec 265 votes pour, 11 contre et 33 abstentions. Voulue par le premier ministre Viktor Orbán à la tête du parti Fidesz, formation née à la fin des années quatre-vingts comme libéral, anticommuniste et avec des tendances libertaires, mais qui s'est déplacé au fil des ans vers des positions populistes, cléricales, antiéuropéennes et conservatrices.

 

Les communautés européenne et internationale sont fort préoccupées de la position hongroise, qui s'écarte des principes partagés de liberté, de démocratie et de séparation des pouvoirs, tant à la considérer comme un véritable « putsch blanc ». Parmi les modifications, est destituée de fait la Cour Constitutionnelle : réduite à rôle pur de contrôle formel, il ne pourra pas se référer à des sentences — même européennes — émises avant l'entrée en vigueur du nouveau texte constitutionnel. Sont introduites de lourdes limitations à la liberté d'expression au nom de la nation et criminalisés les sans-abris. Télévisions et radios privées, déjà frappées de drastiques limitations de la publicité et des fréquences, ne pourront pas accueillir de débats électoraux. Est bloquée pour dix ans la possibilité pour les diplômés de s'expatrier. Le parti communiste est qualifié d'organisation criminelle, ouvrant la voie à de possibles procès politiques contre qui en faisait partie.

 

La nouvelle Constitution, comme le dénoncent beaucoup, limite la liberté religieuse en laissant à discrétion du Parlement la faculté de concéder aux églises ou aux confessions la reconnaissance officielle. De fait, en enlevant des garanties, financements et facilités à nombre de celles-ci. Une contraction qui réduit les cultes reconnus d'environ 370 à 14. Ceux qui ne sont pas (plus) reconnus devront refaire le parcours pour être enregistré et la demande devra être approuvée par les deux tiers du Parlement. Pourraient en faire les frais beaucoup de groupes chrétiens comme les pentecôtistes, les méthodistes, les adventistes du septième jour. La même Cour constitutionnelle avait jugé inconstitutionnelle une telle règle, parce que la décision du législateur dépend de sympathies politiques et ne peut pas être interpellée, ni tenue à fournir quelque justification écrite. Mais le Parlement, avec la réforme approuvée de peu , a de fait passé outre au jugement de la Cour en reprenant le contrôle sur la reconnaissance des églises.

 

Ils ne manquent pas d'autres réductions dans un sens confessionnaliste. Les couples cohabitants sans enfants ou gays ne sont pas considérés comme des familles et ne pourront pas jouïr des droits dont jouissent les familles hétérosexuelles mariées, malgré que dans les divers pays européens et occidentaux, on aille maintenant en sens contraire. La nouvelle Constitution hongroise, d'avril 2011, avait déjà été amendée dans le sens clérical par le Parlement. Dans l'introduction, on définissait la Hongrie « nation ethnique » où « est honorée la sacrée couronne du roi Étienne qui depuis plus de mille ans représente l'unité de la nation ». En outre Dieu et la religion chrétienne étaient indiqués comme éléments fondateurs du pays. Dans un sens explicitement catholique, même la définition du mariage avait été réduite à celui d'un homme et d'une femme, on y proclamait que « la vie du fœtus doit être protégée depuis sa conception » et on y incitait au natalisme.

 

Ce n'est pas un hasard si la réforme de la Constitution hongroise a été considérée avec sympathie par des représentants influents de l'Église catholique, comme monseigneur János Székely, évêque auxiliaire de l'archidiocèse d'Esztergom-Budapest. Interviewé en janvier 2012 par Radio Vatican, le prélat appuyait la réforme précisément en raison de sa définition du mariage et de la tutelle de la vie ; il soutenait que les critiques arrivaient d'« intellectuels européens » et du monde de la finance. Il admettait qu'il y avait « quelques mesures exagérées » dans le texte original proposé, ensuite cependant « corrigées et rayées » ; de toute façon, c'était pire avant. Székely s'empressait de rassurer, vu les craintes pour les contrecoups à la liberté religieuse, que la réduction du nombre de confessions reconnues servait seulement à frapper les « églises fictives, dont l'unique but était profiter du subventionnement d'état ». De cette façon, plus de tranches des financements publics pourraient finir à l'Église catholique, évidemment non comptée parmi les confessions « fictives ». Dans une interview au quotidien espagnol La Razon, jusqu'à un des récents papables, l'archevêque de Budapest et président des évêques européens, le cardinal Peter Erdo avait apprécié cette Constitution qui « veut respecter quelques valeurs que l'Église défend ». Quoiqu'il déplorait le maintien de la loi sur l'avortement « permissive », non attaquée de la nouvelle loi fondamentale, et faisait remarquer des « imperfections » dans la Constitution (mais seulement parce que rédigée « hâtivement »). Orbán lui-même récemment s'est engagé à maintenir des bons rapports avec l'Église catholique et à promouvoir la rhétorique du traditionalisme chrétien. Par exemple, en novembre 2012, il a récompensé de la Grande Croix hongroise du Mérite l'archevêque de Vienne, le cardinal Christoph Schönborn (papable lui aussi), justement pour avoir promu la coopération parmi des catholiques et avoir soutenu la Hongrie dans sa défense des racines chrétiennes de l'Europe.

 

Toutes dynamiques qui doivent être vues avec préoccupation par les laïques et les non-croyants. L'European Humanist Federation et l'International Humanist and Ethical Union, dont fait partie l'Uaar en représentation de l'Italie, sont intervenues par une lettre ouverte aux leaders européens. Sonia Eggerickx et Pierre Galand, respectivement à la tête d'Iheu et d'Ehf, ont écrit au président de la Commission Européenne José Barroso, à celui du Parlement européen Martin Schulz et à celui du Conseil européen Herman Van Rompuy pour faire entendre la voix des non-croyants contre la dérive autoritaire qui crée des discriminations en Hongrie.

 

La nouveauté hongroise confirme que où il y a une religion de référence pour l'État et où la laïcité est brimée, invariablement, la liberté de qui n'appartient pas à cette religion se restreint. Une récente étude comparative du professeur Steven Kettel de l'université de Warwick remarque par exemple comme les pays où est reconnue une religion d'état ont des niveaux plus bas de liberté par rapport aux pays plus laïques. Et où on restreint la liberté de conscience des citoyens, on restreint aussi les autres libertés. Il faudrait se le rappeler souvent.

 

 

 

 

Notice adjacente du traducteur : selon La Repubblica de ce 3 avril 2013, le journal économique hongrois « Héti Vilàggazdasàg » fait état d'un exil massif des jeunes élites hongroises, effrayées par l'autoritarisme du gouvernement. Il cite le chiffre de 500.000 personnes... La récession hongroise serait pire que celle qui a frappé la Grèce récemment.

Partager cet article

Repost 0
Marco Valdo M.I.
commenter cet article

commentaires

luc 05/04/2013 14:37

ni Dieu, ni Maître -ni goûts lâches !

luc nemeth 05/04/2013 14:08

certo mi è facile dirlo, tenuto conto dei miei antenati, pero avrei detto lo stesso se si fosse trattato di un altro paese : in questo giorno siamo tutti degli ungheresi ! A bas la Calotte, vive la
Sociale !

Marco Valdo M.I. 05/04/2013 14:26



Ni Dieu, ni Maître, ni contremaître


 


Lucien Lane