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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 20:36

LE GUITARISTE AVEUGLE


Version française – LE GUITARISTE AVEUGLE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Il chitarrista cieco – Luigi Grechi – 1979


Question : Dans un de vos morceaux les plus beaux, « Guitariste aveugle », dans lequel vous chantez l'histoire d'un ouvrier sidérurgique aveugle qui a perdu la vue au travail, vous remplacez le mot « Italsider » par « Littlesider »....



Luigi Grechi: Ce fut une sorte d’autocensure, mais dans la version originale je chante « Italsider ». Par la suite, je l'ai transformé en « Littlesider », mais en chantant le son ne change pas... Tous peuvent comprendre à quoi j'allude en chantant... (rires)...

 

 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, voici une chanson, celle d'un homme qui perd son travail tout en perdant la vue... Oui, je vois à ton regard que tu trouves étrange ce que je raconte... Mais telle est bien l'histoire de cet ouvrier (sans doute véritable – l'affaire serait advenue en 1963 chez Italsider – entreprise sidérurgique italienne, comme son nom l'indique) dont l'acier en fusion détruisit les yeux... Un accident terrible qui aurait abattu plus d'un, mais lui, il sut faire face au destin. Il écouta le conseil du médecin, se mit à la musique et devint guitariste. Une fameuse reconversion...

 

 

Eh bien, à ce compte-là... avec tous les sidérurgistes et autres travailleurs de toutes professions qui perdent leur emploi ces temps-ci, on devrait en avoir des guitaristes dans les rues... Ou des batteurs... À ce propos, sais-tu comment on nomme les batteurs et les joueurs de tambour dans le Pays de Charleroi... Des « tapeux de martia », ce qui pourrait bien se traduire en français par des frappeurs de marteau ou marteleurs, qui est l'expression qui désigne les forgerons... Mais sérieusement parlant, dit Lucien l'âne, c'est épouvantable de perdre la vue...


 

marteleur-meunier.jpeg

 

 

Certes, mais c'est moins grave que ce qui arriva au chevalier de la Palice qui, au temps de François Ier et de Charles-Quint, soit en 1525 exactement, mourut en perdant la vie... à Pavie. Je dis ceci en référence à la chanson française qui l'immortalise… dans laquelle, non sans ironie, est racontée la vie et la mort de Monsieur de la Palice, qui connut pourtant une carrière phénoménale dans les armées du roi et même, à tête d'icelles. Ce fut un guerrier expérimenté et redoutable... Un condottiere qui terrorisa l'Italie de l'époque depuis Milan jusqu'à Naples, sans compter les Flandres et les Pyrénées... Il s'affronta aux Anglois... Finalement, devant Pavie, un Espagnol lui fit sauter la tête d'un coup d'arquebuse.

 

 

Un sorte d'accident de travail, somme toute, dit Lucien l'âne en relevant son vaste front.

 

 

Accident de travail pour accident de travail... il vaut mieux finalement perdre un emploi de sidérurgiste et devenir guitariste aveugle que de finir Maréchal de France avec le cerveau dispersé aux quatre vents.

 

 

En effet, mieux vaut un âne vivant qu'un lion mort... dit Lucien l'âne en riant de toutes ses dents qu'il a majuscules comme on l'a souvent fait remarquer ici. Mais sais-tu bien que la chanson de La Palice ne figure pas dans les Chansons contre la Guerre... Il te faudra l'y mettre...

 

 

Ça ne saurait tarder, j'en connais même une version (partielle, toutefois) en italien.

 

 

Bien, nous verrons ça. Pour en revenir au guitariste aveugle, il me paraît être un personnage exceptionnel car nombreux sont ceux, je dirais même qu'ils sont légions ceux que le travail a détruit et qui ont une fin de vie des plus pénibles. Souvent même, ils ne reçoivent aucune reconnaissance des patrons et si ce n'était la solidarité de leurs camarades, de leurs contemporains, après les avoir écartés de leur travail, avoir effacé leur revenu et ruiné leur vie, on les jetterait volontiers dans le néant.

 

 

Cela dépend aussi du pays, de l'industrie, de l'entreprise où ils se trouvent... Dans certains pays (très nombreux), ils tombent dans un vide, une misère infernale, aucun secours ne leur est donné... Dans certains endroits, cependant, il y a encore une sécurité sociale, une assurance-maladie- invalidité... Mais à voir comment les choses tournent actuellement, il se pourrait que bientôt, cela aussi soit rogné au nom des dettes des banques ou des difficultés financières des riches... C'est déjà le cas en Grèce, sans doute au Portugal... REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ON VOUS LE FERA BIENTÔT... On détruit systématiquement tous les systèmes de solidarité, on réduit de plus en plus les services publics... et en parallèle, on tire de plus en plus de profits de systèmes d’assurances individualisés, de services privatisés... Sous prétexte de parvenir par la mise en concurrence des services à une plus grande efficience et à de meilleurs coûts, on abîme ce qui existe et qui fonctionne (relativement) bien pour mettre en place des machineries coûteuses qui sont totalement inefficaces. Le seul avantage de la formule est pour les actionnaires et les financiers... Pour eux, c'est le pays de Cocagne... L'argent et l'or coulent à flots... Dans cette guerre sociale qu'est la Guerre de Cent Mille Ans, malheur aux vaincus... Malheur aux faibles... Telle est la règle d'or des tenants de la richesse et de leurs alliés du pouvoir...

 

 

Tu as raison, Marco Valdo M.I., mon ami... Il s'agit bien là d'une guerre et d'une guerre sans merci et sordide, odieusement sordide. On ne peut y rester neutre, on doit – qu'on le veuille ou non – y prendre part et la nôtre, à nous qui ne voulons pas être du camp des assassins, qui ne voulons pas participer à la curée que les riches mènent en permanence contre les pauvres, il nous faut tisser le linceul de ce vieux monde sinistre, sordide, assassin, vulgaire, pénible et cacochyme (Heureusement !).

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Ça c'est passé chez Italsider en soixante-trois

En nettoyant des lingots le jour où ça m'arriva

J'y laissai ma vue, c'est triste

Et maintenant je suis aveugle, aveugle et guitariste

 

Le médecin de service me dit : «  Mais pense...

À la place de la vue, on développe les autres sens

Tu verras que ton oreille deviendra fantastique

Tu devrais te consacrer à un instrument de musique

 

 

Avec l'argent de la mutuelle, j'allai au magasin Record

J'achetai une guitare et j'appris les accords

À force de jouer, je devins virtuose

Je suis un guitariste aveugle, je joue et je me repose

 

 

Et depuis, quand quelqu'un vient m'écouter

Et me demande comment je fais pour si bien jouer

Je lui réponds : mon cher ami, imagine

J'ai quinze ans de pratique à l'usine

 

 

Il n'y en a pas beaucoup qui envient ma vue

Mais au fond, chacun admire un bon guitariste

Et qui veut apprendre sérieusement la guitare

Doit savoir qu'Italsider est le meilleur conservatoire

 

 

 

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Marco Valdo M.I.
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commentaires

le vrai secret des guitaristes 10/12/2012 11:18

magnifique histoire. c'est courageux de rebondir comme ça. bravo et bonne continuation.