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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:23

Le Fossoyeur

Chanson française – Le Fossoyeur – Georges Brassens – 1952

 

 

 


 

 







As-tu vu, Marco Valdo M.I., mon ami, « Pauvre Martin », qui creusa lui-même sa tombe , est entré dans les CCG. Sûr que c'était un spécimen de ces pauvres gens qui font les métiers les plus décriés de la société et qu'il personnifiait en quelque sorte le plus humble travailleur, à l’instar du paysan, du cafone, du somaro que je suis, du manœuvre que tu es . Noi, non siamo cristiani, siamo somari. Nous, nous ne sommes pas des hommes, nous sommes des bêtes de somme, c’est-à-dire pour qu'on nous comprenne bien et qu'on comprenne bien ce que disaient les paysans sans terre de Lucanie à Carlo Levi, lors de son confinement à Aliano – pour cause de forte réticence au fascisme – traduisons – forte résistance au fascisme. On était en 1936 ; Carlo Levi avait commencé la Resistenza dès 1920. Par parenthèse, pur son séjour en Basilicate, il sortait tout droit des Nuove en passant par Regina Coeli, c'est-à-dire les prisons de Turin et de Rome. Donc, ce brave Martin, je suis très content de le retrouver ici.





Moi aussi, Lucien l'âne mon ami, comme je le trouve un peu seul, je propose de lui adjoindre un autre personnage de Georges Brassens et tout aussi représentatif des gens de basse souche, dont nous sommes, un homme qui exerce historiquement le métier dont les autres ne veulent pas... le fossoyeur. Celui qui commence son travail là où Martin finissait sa vie.





As-tu d'ailleurs remarqué, Lucien l'âne mon ami, que chez les hommes, les métiers les plus nécessaires sont souvent ceux qu'on rétribue le moins. Et plus mal encore, s'ils ne sont pas pratiqués par un grand nombre de personnes... Car, dès que les travailleurs (appelons-les ainsi) sont en nombre et qu'ils se décident à agir, on les prend mieux en considération...



Mais les fossoyeurs ne sont jamais en grand nombre au même endroit... Même si une grève des fossoyeurs d'une région ou d'un pays ou de toute l'Europe pourrait amener certains à réfléchir... Pour peu qu'elle dure...





Cependant, ce fossoyeur, tu le remarqueras aussi, est tout le contraire d'un riche... Outre qu'il ne doit pas gagner grand chose, il n'a pas la mentalité mercantile qui pourrit notre monde. Certes, fait-il remarquer , il faut bien que je gagne ma vie sur le dos des morts, mais c'est à mon corps défendant.

« Les vivants croient que je n'ai pas de remords

À gagner mon pain sur le dos des morts

Mais ça me tracasse et d'ailleurs,

Je les enterre à contrecœur...

Je suis un pauvre fossoyeur. »

C'est un point de vue, une morale tout à l'opposé de celle des riches qui eux, dans la Guerre de Cent Mille Ans qu'ils mènent contre les pauvres, n'hésitent jamais à tirer profit des autres – des pauvres – vivants ou morts, peu leur chaut.



Et donc, je propose que tu insères ce joyeux fossoyeur, rempli de compassion pour ses … comment les appeler ? Disons : ses patients, car ceux-là, objectivement, ils le sont. Il n'y a pas plus patient qu'un mort... Sauf quand on le ressuscite, mais objectivement, ça ne s'est jamais produit, sauf dans certain récit fantasmagorique. Donc, je propose que tu insères cet honnête fossoyeur dans les CCG... D'ailleurs, notre tâche est assez proche de la sienne, nous qui, tels les Canuts [[7841]], tissons le linceul de ce vieux monde puéril, cadavérique, peuplé de charniers où prospèrent les vers et la vermine, pourrissant au grand jour et cacochyme. ( Heureusement ! )



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane



Dieu sait que je n'ai pas le fonds méchant,
Je ne souhaite jamais la mort des gens
Mais si l'on ne mourait plus,
Je crèverais de faim sur mon talus.
Je suis un pauvre fossoyeur.

Les vivants croient que je n'ai pas de remords
À gagner mon pain sur le dos des morts
Mais ça me tracasse et d'ailleurs,
Je les enterre à contrecœur...
Je suis un pauvre fossoyeur.

Et plus je lâche la bride à mon émoi
Et plus les copains s'amusent de moi,
Ils me disent: « Mon vieux par moment
Tu as une figure d'enterrement. »
Je suis un pauvre fossoyeur.

J'ai beau me dire que rien n'est éternel,
Je ne peux pas trouver ça tout naturel
Et jamais je ne parviens
À prendre la mort comme elle vient.
Je suis un pauvre fossoyeur.

Ni vu ni connu, brave mort adieu!
Si du fond de la terre, on voit le Bon Dieu,
Dis-lui le mal que m'a coûté
La dernière pelletée.
Je suis un pauvre fossoyeur.
Je suis un pauvre fossoyeur.

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Marco Valdo M.I.
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