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22 février 2013 5 22 /02 /février /2013 20:56

La vie continua



Canzone française – La vie continua – Marco Valdo M.I. – 2013

Histoires d'Allemagne 88

An de Grass 89

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 – l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

 

  TRABANT MUR

 

 

 

 

 

 

Mon ami Lucien l'âne, je sais bien que les ânes ne circulent pas en automobile, même s'ils en sont d'une certaine manière les ancêtres. Cependant, je voudrais savoir si tu connais la Trabant et la Wartburg, des voitures, qui si elles n'existent plus, je veux dire si on ne les fabrique plus, ont marqué bien des mémoires. Déjà par leur aspect, puis aussi par le bruit si caractéristique que leurs moteurs deux-temps émettaient et par l'odeur d'huile qu'elles répandaient. C'étaient les voitures fabriquées en Démocratique et c'étaient elles qui occupaient à peu près seules les routes et les rues du pays. Ce sont les héroïnes de l'Histoire d'Allemagne de cette année 1989.

 

 

Il est vrai, comme tu le dis si judicieusement, Marco Valdo M.I. mon ami, que les ânes circulent rarement en automobile et c'est également mon cas. Par contre, cela n'implique pas que l'on ne connaisse pas les autos. Tu comprends bien que nous les ânes, les routes et spécialement les routes anciennes et secondaires, ça nous connaît. J'ai personnellement croisé des milliers de vos puantes voitures et un peu partout, du simple fait que je suis moi-même asinomobile, à moins qu'il ne faille dire oinomobile. J'ai traîné mes sabots dans les coins les plus bizarres, les plus inattendus. Dès lors, j'ai bien évidemment croisé des Wartburgs, des Trabants... Et tu as raison, j'en garde un souvenir olfactif des plus émus. Mais, dis-moi, que viennent-elles faire dans cette Histoire du jour... En quoi intéressent-elles le narrateur, car je suppose qu'à l'ordinaire, il y a un narrateur et puis d'abord, qui est-il ?

 

 

Notre narrateur du jour est l'auteur soi-même. Il répond à cette question-bateau, mille et mille fois posée : que faisiez-vous ce jour-là ? Et ce jour-là est celui où le Mur est tombé... Comme tu le sais, seulement d'un seul côté.[[7911]]... Il raconte « Tranquille, tranquille » que la radio annonce l'événement, la réaction à chaud face à l'événement : « C'est dingue ! », il pèse le sens de l'événement : « bonne nouvelle ou bombe à retardement ? », il voit ce qu'il voit sur le Mur : « À califourchon, à califourchon » et évidemment, comme je te disais, les voitures : « Voyez les Wartburgs, voyez les Trabants » et il conclut sur un constat de frayeur : « Joie et terreur, le Mur tomba ; joie et terreur, la vie continua ».

 

 

Avec le recul, dit Lucien l'âne un peu pensif, il me semble qu'il n'avait pas tort dans sa double appréciation. Ce qui rejoint assez bien la réflexion du maçon sur le deuxième côté du mur, qui n'est toujours pas tombé près d'un quart de siècle plus tard.

 

 

On en saura plus d'ailleurs dans les années à venir où le narrateur reviendra sur cette dichotomie et sur le pénible destin qui attend la Démocratique, qui va se faire bouffer toute crue par la Fédérale... et sombrera dans un insondable abîme économique, dont les conséquences sociales sont encore aujourd'hui des plus désastreuses. Et regarde bien ce qui est raconté ici et ce qui a été fait là-bas en ce temps-là, ce démantèlement de tout un monde afin d'en extraire jusqu'au dernier Mark... Car c'est ce qui attend à présent bien des régions d'Europe, qui sont victimes de ce « rêve d'Otto », dont je t'ai déjà entretenu.

 

 

Ah, dit Lucien l'âne en riant, il me vient à l'esprit un énorme calembour à propos de ce rêve... C'est en faisant miroiter le « rêve d'autos » qu'on piège les gens et qu'on réalise le « rêve d'Otto »... On fait rêver les peuples crédules aux « berlines allemandes ». Et cet ersatz de bonne vie paye bien des collaborations, suscite bien des ralliements et provoque les plus stupides aveuglements. C'est une de ces phases de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font contre les pauvres, avec mille ruses et mille illusions afin de les appauvrir encore, de les serrer si fort qu'ils sentent en leurs cœurs le froid de la terreur... On en est là dans cette Europe qui étrangle la Grèce – REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN (s'ils n'ont pas déjà commencé...), a posé des pattes griffues sur l'Espagne et le Portugal, louche désespérément sur l'Italie, etc... À quelle sauce seront mangés les autres ? On peut aisément l'imaginer... On comprend ainsi aisément que nous soyons ne résistance (Ora et sempre : Resistenza!), pourquoi nous tissons obstinément le linceul de ce vieux monde leurré, trompé, manipulé, manœuvré et cacochyme.

 

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

On roulait sur l’autoroute vers Berlin

Tranquilles, tranquilles

La radio culturelle égrenait son train-train

Tranquille, tranquille

Et puis, elle dit : le mur est tombé à Berlin.

Tranquille, tranquille

 

 

Joie et terreur, le Mur tomba

Tout le monde cria : C'est dingue !

On but une Pilsen, puis une autre

Joie et terreur, la vie continua

On but encore une Pilsen, puis une autre

Et on cria encore : C'est dingue !

 

 

Nos amis de l'autre côté l'apprirent

Fortuitement, comme en passant

Tout juste un bruit de fond, une mire

À la télé allumée par désœuvrement

Et durant un instant, ils se réjouirent

Mais bonne nouvelle ou bombe à retardement ?

 

 

 

 

Wartburg 353 W

 

 

 

 

 

 

 

Sur le Mur, des jeunes gens grimpaient

À califourchon, à califourchon

La police des frontières regardait

Bras croisés, ces polissons, ces polissons.

Mais tout changeait, tout basculait

Quand on mettait le son, quand on mettait le son.

 

 

Le Mur était tombé, oyez, oyez

Voyez les Wartburgs, voyez les Trabants

Qui passent la frontière ouverte, voyez

Les gens dans leurs Wartburgs, dans leurs Trabants

Tous ensemble, quel embouteillage, oyez, oyez

À l'odeur d'huile des moteurs à deux temps.

 

 

 

 

 

 

TRABAN

 

 

 

 

 

 

 

Tout le monde cria : C'est dingue !

On but une Pilsen, puis une autre

On but encore une Pilsen, puis une autre

Et on cria encore : C'est dingue !

Joie et terreur, le Mur tomba

Joie et terreur, la vie continua

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