Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 11:46

LA JUSTICE

 

 

Version française – LA JUSTICE – Marco Valdo M.I. – 2011

Chanson italienne – LA-JUSTICE – Germano Bonaveri

Texte et musique : Germano Bonaveri.

 

 

 

Voici une chanson tirée de L'ORA DELL'OMBRA ROSSA... Elle s'intitule LA JUSTICE, y compris dans la version italienne...

 

Voilà qui est bien curieux, dit Lucien l'âne en secouant ses naseaux fumants dans ce matin d'hiver.

 

C'est curieux, en effet. J'ai moi-même été surpris au départ quand j'ai vu que les titres des onze chansons italiennes de Bonaveri étaient tous en français. Mais cette curiosité s'explique aisément, puisqu'il s'agit des personnages, des figures tirées du tarot de Marseille... Un des plus anciens tarots connus et tant que j'y suis, je te rappelle quoique tu doives en savoir mille fois plus que moi sur la divination, toi l'ensorcelé, je te rappelle donc que le tarot a deux usages : celui commun à tous les jeux de cartes... C'est-à-dire justement de jouer – lieu de loisir et de lien social ; et celui d'instrument de divination.

 

Évidemment que je sais tout cela. Tu me prends pour un homme ? J'ai quelques lumières sur la divination et la sorcellerie, sans compter que je connais aussi les mystères de l'antique Grèce, y ayant été initié quand l'Ionie était un des hauts lieux de la Grèce, d'où vinrent rien moins qu'Anaximandre, Anaximène, Leucippe, Héraclite, Anaxagore, Pythagore et Thalès. Je te dis ça, car comme souvent déjà je te l'ai révélé, je les ai croisés et même, pour certains, véhiculés sur mon dos poilu. Mais que cela ne te retienne pas et continue donc à m'expliquer...

 

Donc, je disais, le tarot est instrument de divination et c'est dans ce rôle qu'il apparaît dans les chansons de Germano Bonaveri, tout comme il apparaît dans l'excellent livre d'Italo Calvino – auquel comme tu sais, d'étranges secrets me lient. Ce livre s'intitule « Il castello dei destini incrociati », « Le château des destins croisés ». Tout un livre bâti sur le tarot, tout un album construit sur le même tarot... Le tarot dit de Marseille, un des plus anciens connus... Voilà pourquoi les titres sont en français, même en italien. Mais cette chanson intitulée LA JUSTICE, comme on le verra, parle des rapports entre la Justice et le Pouvoir, situation des plus complexes et des plus ambiguës. Je te résume les deux positions : du point de vue du pouvoir, la Justice est une simple auxiliaire et si elle doit s'appliquer à tout le monde, elle ne peut s'appliquer au pouvoir lui-même, lequel se considère comme son maître.

 

En somme, dit Lucien l'âne, le pouvoir se considère hors d'atteinte de la Justice... et c'est bien ce qui se passe quand la Justice est serve.

 

Exactement. Quand la Justice est à la botte (n'y vois, je t'en prie aucune allusion...), le pouvoir ou son incarnation, dit à la Justice ce qu'elle peut faire, ce qu'elle doit faire et ce qu'elle ne peut pas faire, ce qu'elle doit ignorer... C'est là que la Justice devient aveugle. Quand on lui bande les yeux et plus encore, quand on les lui crève.

 

Et que se passe-t-il dans le cas contraire, quand la Justice relève la tête, retrouve sa dignité et fait ce pourquoi elle est là ?

 

C'est l'autre position évoquée plus... Quand la Justice ne soucie pas des injonctions du pouvoir, quand la Justice n'est pas serve, quand elle peut agir en toute conscience, en toute liberté de paroles et d'action... C'est la conclusion de notre chanson : « Dame Justice est revenue – Et l'empereur décapité. »... Enfin, je te renvoie à la chanson qui en dit bien plus que ça : elle parle d'équité, de révolution, de coup d'état, de dictature, de démocratie dévoyée... Bref, elle parle de notre quotidien...

 

Je vois, je vois, dit Lucien l'âne... La justice, quelle belle dame, quelle égérie... Il lui faudrait se débarrasser de ses chaînes en or et refuser d'appliquer la loi des riches, refuser de prendre leur parti dans cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres... Elle devrait refuser d'être leur servante et dire qu'il est injuste d'accumuler les choses, injuste de vouloir dominer les autres, injuste d'exploiter les gens, injuste de tirer des profits, injuste d'accaparer les biens communs... voilà aussi pourquoi j'aime bien cette chanson, et pourquoi, quand même, il nous faut tisser – comme les Canuts – le linceul de ce vieux monde inique, léonin, truqueur, injuste et cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

Le dimanche au marché

Arriva dramatique la notice

Qu'un commando masqué

Avait enlevé Dame Justice.

La foule estomaquée resta sans voix

Tandis qu'on l'emmenait,

Prisonnière d'un petit roi

Dame de compagnie au palais.

 

Les ploutocrates rapidement

Contrôlèrent l'information

Le résultat ne se fit pas attendre longtemps

Les pauvres gens tombèrent en confusion.

Les plus imbéciles se rassurant

Prirent le fait avec euphorie

Une dictature en rampant

Chassa la démocratie.

 

Dame Justice n'était pas un laideron

Elle fit de vertu nécessité

De son magnifique cul rond

Elle s'ouvrit les portes de la félicité.

Neuf mois après cette dévotion

Arrivèrent les fruits de ce bonheur.

Elle les baptisa Châtiment et Condamnation

Enfants illégitimes de la rancœur.

 

Belle Dame

Ayez confiance,

Car il viendra le temps

De la vengeance.

 

Plus par talent que par chance

Elle fut la favorite de l'Empereur

Maintenant elle est la Reine

Des putains de Sa Grandeur.

 

Elle garda Condamnation adolescente

Courtisée par les ruffians assassin

Châtiment qui s'impatiente

Les chasse comme des chiens.

 

Ce fut en ces instants interminables

Qu'elle décida d'agir avec diligence

Et ce fut une fille des invisibles

Qui dut exécuter la vengeance.

 

Un dimanche qui lui était propice

Elle se mit en route pour le marché

Le soir même, Dame Justice

Porta dans son giron son péché.

À la cour du Grand Sultan

Personne ne savait la vérité

À sa naissance, pourtant, il parut un peu étonnant

Qu'elle voulut l'appeler Équité.

 

Belle Dame

Il ne faut pas tarder

Le temps est venu

De retourner.

 

Tout se passa rapidement

Le coup d'État fut dénoncé

En présence de tous les gens

Le tyran fut condamné.

La sentence fut exemplaire

Équité témoigna de l'affaire

Il revint à Condamnation de fixer

Et donc, à Châtiment d'exécuter.

 

La nouvelle est parvenue

Sur la place du marché
Dame Justice est revenue

Et l'empereur décapité.

 

 

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Bonaveri Germano
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