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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 19:58

LA GUERRE

 

 

Version française – LA GUERRE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – La guerra – Francesco De Gregori – 2012

 

 

 

 

Lucien l'âne mon ami, voici une chanson sur la guerre, toute fraîche – la chanson ; elle est de Francesco De Gregori et elle pourrait bien s'inscrire sans aucune réserve dans les classiques du genre. Du moins en ce qui concerne la guerre militaire, celle où des armées s'affrontent et se massacrent sérieusement. Classique par son contenu, classique par sa forme et quasiment un canon, un étalon, un archétype. Comme à l'ordinaire, je l'ai traduite pour savoir ce qu'elle racontait une histoire toute simple : ce sont de jeunes mariés, il s'en va à la guerre, elle reste seule... Contrairement à Adèle [8254], elle vit et l'attend dans la maison vide...

 

 

Donc, si je te comprends bien, dit Lucien l'âne en souriant, il s'agit là d'une belle chanson du modèle classique qui raconte la souffrance de la jeune épousée et de son jeune mari. Somme toute, elle aurait pu s'intituler « Tant qu'il y aura des guerres... »

 

 

Exactement. Tant qu'il y aura des guerres, il y aura des jeunes hommes (ou maintenant, comme en Israël et ailleurs sans doute, des jeunes femmes) qu'on enverra massacrer et accessoirement, se faire massacrer et des jeunes femmes (ou de jeunes hommes, tout se vérifie de nos jours – les couples ne sont plus ce qu'ils étaient) qui les attendront seul(e)s avec leur cœur et leur lessive pour en rester au schéma de la chanson. Cependant, justement aujourd'hui, dans une correspondance expédiée de Londres, parue dans le quotidien La Repubblica (édité à Rome), on annonce la fin de la guerre, la paix perpétuelle pour 2050. « Pace perpetua per 2050 ». Voilà qui devrait réjouir les amis des Canzoni contro la Guerra. « ...la fine delle guerre è quasi a portata di mano » (La fin des guerres est quasi à portée de main... »). Tu imagines, Lucien l'âne mon ami, voilà une bonne nouvelle et scientifique avec ça. Et même, mathématique.

 

 

Comment ça, scientifique et même mathématique ?, fait Lucien l'âne, complètement abasourdi.

 

 

Oui,c'est là une prédiction scientifiquement établie, mathématiquement modélisée et calculée, enfin presque. C'est un politologue de l'Université d'Oslo qui l'affirme, on ne saurait être plus crédible.

 

 

J'admets, dit Lucien l'âne en hochant doctement le chef et balançant ainsi ses oreilles derechef, surtout venant d'Oslo. Ce qui m'inquiète un peu, c’est ton « enfin presque ».

 

 

J'ai dit « enfin presque » pour plusieurs raisons. Celles tirées de l'article lui-même à savoir que d'ici là, il y aura encore beaucoup de conflits et que si les guerres vont disparaître en 2050, ce sera parce que la guerre serait tout simplement « passée de mode » – je n'invente rien, il est bien indiqué dans l'article : « passare di moda ».

 

 

Évidemment vu comme ça, la guerre n'a plus aucune chance... Passée de mode ? Et que fera-t-on des militaires ? Au chômage ?

 

 

Rassure-toi pour les militaires, on ne les mettra pas au chômage... On les gardera bien au chaud dans leurs casernes à continuer à faire leurs exercices et leurs manœuvres jusqu'à la retraite ou une pré-retraite anticipée. De toute façon, comme pour les objets superflus, on les gardera car « on ne sait jamais, ils pourraient toujours servir... » Mais...

 

 

Mais, dit Lucien l'âne... Mais quoi ?

 

 

Mais l'article dit aussi que cela ne concerne que les guerres militaires, les guerres officielles en quelque sorte, les guerres normatives... Car, dit notre politologue, ou plutôt un autre et peut-être même d'une autre Université, d'une autre ville, d'un autre pays même, on ne sait, bref, un politologue (peu importe, de toute façon, les politologues sont des gens sérieux et rigoureusement scientifiques) dit que tout en ne contestant pas que ces guerres-là vont s'éteindre, elles seront remplacées par des « confliti intestini sempre più aspri provocati da una crescente disegualianza sociale tra ricchi e poveri... » (conflits intestins toujours plus âpres provoqués par une inégalité sociale croissante entre les riches et les pauvres...).

 

 

Autrement dit, dit Lucien l'âne en dressant ses oreilles en points d’exclamation virulents, la Guerre de Cent Mille Ans va se poursuivre plus clairement, plus âprement que jamais.

 

 

C'est bien cela... La guerre va être remplacée par des conflits... entre riches et pauvres. Comme si ce n'avait pas toujours été le cas, comme si ce n'était pas son fonds de commerce, son principe fondamental à cette foutue Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres depuis si longtemps déjà. Il suffit, par exemple, de regarder ce qu'ils font aux Grecs... Si ce n'est pas une guerre aux pauvres, qu'est-ce ?...

 

 

Mais tout simplement « uno conflitto intestino sempre più aspro provocato da una disegualianza sociale tra i ricchi e i poveri... » (Un conflit intestin toujours plus âpre provoqué par un déséquilibre social entre les riches et les pauvres....) REGARDEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS, ILS VOUS LE FERONT DEMAIN... Dès lors, dit Lucien l'âne en brontolant, il nous faudra bien continuer à tisser le linceul de ce vieux monde assez désuet, prêt à passer de mode, sans guerres mais encombré de conflits intestins, ravagé, obstinément arcbouté sur la défense de ses privilèges et de son « way of life », de son « niveau de vie », intraitable, cruel et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Il y a un soldat au milieu du pré

Et une maison dans la vallée

Attention petit soldat

Le soleil se couche derrière toi,

Au soleil tu es une silhouette

Une cible au milieu du feu

Et pour viser ta tête

Il suffit d'un rien, il suffit de peu.

 

Yeux noirs de charbon

Bouche de corail sombre

Petit soldat attention

Le coq chante, le jour sombre

Dans la maison, reste l'épousée

Avec son cœur, désespérée

Elle ne dort plus depuis ce jour

Où partit soldat son amour

Elle est toujours seule seule

Dans son lit vide, vide

Des yeux de charbon noir

Sont prêts pour le traquenard

 

Nous avons pris la campagne

Nous avons perdu la ville

Nous avons pris l'innocence

Vous avons perdu la bienveillance

 

D'être partis qui nous remerciera ?

D'être revenus qui nous saluera ?

D'être partis qui de nous se rappellera ?

De nous être sauvés qui nous pardonnera ?

 

Et repense le petit soldat

À son foutu rata

À l'odeur de la nuit

Au sang qui s'est enfui

Cette fois où la mort

Est passée juste à côté

De travers l'a regardé

Et en boitant s'en est allée.

Dans la poitrine de la mariée

Bat un cœur énamouré

Elle chante fort et doucement rit

Pendant qu'elle met à sécher

Le soleil brûle à midi

Sur la maison au milieu du pré

Il y a une mariée éperdue

Et le soldat n'a pas d'issue.

 

Nous avons pris la campagne

Nous avons perdu la ville

Nous avons pris l'innocence

Vous avons perdu la bienveillance

 

D'être partis qui nous remerciera ?

D'être revenus qui nous saluera ?

D'être partis qui de nous se rappellera ?

De nous être sauvés qui nous pardonnera ?

 

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