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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 23:01

La Complainte de Marinette

ou

La Romance du Quatorze Juillet

 

Chanson française - La Complainte de Marinette – Anonyme

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, il s'en passe des choses dans ce monde... Des choses terribles parfois, des choses atroces... et des choses que bien souvent avec de la bonne volonté, de la compassion et un brin de solidarité, on pourrait aisément éviter ou corriger. C'est par exemple le cas pour ces jeunes filles ou de ces jeunes ou même, moins jeunes, femmes qui – pour mille raisons qui leur appartiennent – ont recours à l'avortement. J'insiste sur le fait qu'elles ont forcément leurs raisons – comprends bien, Lucien l'âne mon ami, leurs propres raisons, dont on peut éventuellement discuter, mais qu'on ne peut en aucun cas, contrecarrer... Car d'abord, c'est bien le diable, si elles doivent en arriver à pareille extrémité et comme tu le comprends aisément, on n'avorte pas pour s'amuser...

 

 

Mais, n'avez-vous pas, vous les humains des moyens, disons techniques, de pallier à ces fréquents événements de la vie...

 

 

En effet, il existe des moyens divers qui – généralement – permettent d'éviter d'en arriver là. Et même de façon assez simple, peu dommageable et rassurante. Ce qui est un grand progrès, mais figure-toi qu'il est certaines gens qui tentent par tous les moyens d'en empêcher la diffusion et l'usage. Oh, ce ne n'est pas pour eux-mêmes qu'ils veulent ces empêchements, qu'ils veulent interdire ces protections – car ou bien, leur fonction, leur statut social, leurs mœurs ou leurs penchants les en dispensent, ou bien – et c'est très souvent le cas, ils en usent clandestinement. Hypocrisie pure et simple... Ce sont des gens qui entendent régenter la vie des autres et préserver la confidence de la leur. Je te rappelle par exemple qu'à Tournai, on était évêque de père en fils et à Rome, il fut un temps où on était pape de façon héréditaire ou en tous cas, népotique. Et on ne compte plus, les religieux pédophiles... Dans tous les cas, ils n'ont pas de nécessité personnelle d'avorter... Donc, n'étant jamais directement concernés eux-mêmes, ils ont les plus grandes aisances pour imposer leur point de vue des plus théorique – théo-rique, c'est-à-dire le point de vue de Dieu (en grec, Théos), lequel ne veut rien connaître du point de vue du Diable ou qui, s'il en entend parler, n'imagine que de le réprimer. Pour ce qui est de la procréation ou de l'avortement, ces gens-là n'en connaissent jamais la souffrance ou la joie ni dans leur chair, ni dans leur cœur – à supposer qu'ils en aient. Enfin, Lucien l'âne mon ami, il faut parfois aller au-delà de ces moyens préventifs, pour diverses raisons... On y vient suite à une erreur parfois, à une méconnaissance souvent ou encore, à une distraction, un oubli ou à un incident technique. Je laisse volontairement de côté le cas du viol où même l'Église a recours à l'avortement - pour les religieuses du Congo en 1960, par exemple. Mais bien entendu, dans la plus grande discrétion. « Faites ce que je dis, ne regardez pas ce que je fais »... est un principe des plus ecclésiastiques.

 

 

Mais enfin, Marco Valdo M.I. mon ami, une bonne éducation, un entraînement aux précautions, une connaissance et un accès aisé aux moyens de protection et de prévention – en clair, contraceptifs... aideraient beaucoup de jeunes (ou moins jeunes) personnes à éviter le drame...

 

 

Certes, Lucien l'âne mon ami, mais du haut de leurs chaires, ces malades de l'injonction, ces sadiques de la prédication font état de je ne sais quels préceptes divins pour prêcher la seule abstinence... Mais sérieusement, a-t-on jamais vu un Dieu se soucier de ce qui se passe dans la petite culotte d'une demoiselle ? Oserait-on le penser pervers à ce point ce divin papy ? Et quant aux douleurs, aux drames qui pourraient découler d'une pareille aventure... Si on y pense, il faudrait qu'il soit un sadique démentiel pour tenir rigueur à ces jeunes ou moins jeunes dames des suites d'une activité qu'il a lui-même créée...

 

 

Certainement, Marco Valdo M.I. mon ami. Car, que je sache, de deux choses l'une : ou il existerait un Dieu créateur de tout et de ce fait donc responsable de tout sur terre ou il n'y en existe pas. Pour la commodité du discours, retenons un instant qu'un tel Dieu pourrait exister. Il aurait donc aussi été responsable de la création de la sexualité et de tout ce qui en découle... À savoir, le plaisir, les pratiques les plus étranges et leurs diverses conséquences... Dès lors, il serait responsable de la syphilis, de la blennorragie, du sida et autres joyeusetés... mais aussi, de la procréation et donc, de la nécessaire conséquence dans certains cas – conséquence qu'il aurait lui-même créée, sinon elle n'existerait même pas – de l'avortement. Car, comme dit Paul Fort : « Si le Bon Dieu l'avait voulu... », aucune dame n'aurait jamais été enceinte contre son gré... Mais, comme dit Paul Fort, « le Bon Dieu n'a pas voulu »... Et il surveillerait le comportement nocturne et même parfois, diurne, parfois même clandestin, de tout un chacun... Bref, on aurait à faire à un malade mental atteint de voyeurisme et du délire de la persécution... La persécution des autres, s'entend. Il en va évidemment de même pour ses soi-disant représentants, servants, serviteurs... Car, ce divin créateur aurait un comportement aberrant : il crée le sexe et tout ce qui en découle, il invente les trente-six positions (et d'autres plus alambiquées que j'ignore) et il punit les gens qui en font usage... Et en plus, ce voyant extra-lucide pousserait son regard inquisiteur (pour ne pas préciser les choses...) dans la vie de quelques milliards de personnes... Entre nous soit dit, il n'a vraiment rien d'autre à faire de son éternité ?

 

 

Et rends-toi compte, Lucien l'âne mon ami, il exige en plus une confession de choses qu'il sait par définition déjà – sinon, il ne serait pas omniscient (il sait tout, il voit tout, il entend tout...), car, je te le rappelle, il a de tous temps espionné la vie de chacun seconde par seconde et jusque dans les endroits les plus profonds... En somme, pire que Big Brother, lequel n'allait pas encore explorer les intimités des gens... Ni exiger qu'ils racontent des choses qu'il sait déjà... Pour quoi faire ? Pur le simple plaisir de les punir ensuite ? À quoi tout cela rime-t-il ?

 

 

Mais c'est du délire...

 

 

Je ne te le fais pas dire... Mais pour en revenir à la canzone, c'est l'histoire d'un avortement. Je te précise tout de suite que j'ai changé son titre qui était « La Romance du Quatorze Juillet » pour l'intituler « La Complainte de Marinette », la rattachant à tout un courant de complaintes... J'ai donc aussi, comme dans toutes les chansons anonymes, reproduit le texte en y portant une ou deux « corrections »... Donc, une histoire d'avortement et à l'époque où fut conçue la chanson, il devait être forcément clandestin et à l'époque encore, l'avortement était considéré comme un crime et puni comme tel, suite aux prescriptions insensées du Docteur Dieu et de ses séides. D'ailleurs, il en est encore qui rêvent de réinstaurer ces mesures absurdes et comme on va le voir dans la chanson, criminelles. Comme de toute éternité, il est patent que l'avortement clandestin – conséquence directe de l'interdiction et de la criminalisation du fait, débouche souvent sur des complications parfois mortelles pour la jeune (ou moins jeune) personne et dramatiques pour son entourage et la société. Il est donc de la plus extrême humanité et de la plus extrême nécessité de santé publique et de la plus simple justice sociale que l'avortement – étant une opération médicale, se passe sous contrôle médical et dans des conditions médicalement optimales, socialement abordables (c'est-à-dire qu'il doit être gratuit) et si possible, confortables. Maintenant, cette chanson est une chanson mélodramatique, une chanson que certains étudiants chantent en riant très fort... Et c'est comme ça que je l'ai connue... mais à bien y regarder, c'est une chanson qui socialement dit bien des choses... En fait, elle me paraît assez pertinente... Et il faut bien voir que si les « étudiants » en rient, c'est qu'ils ne sont pas directement concernés... et depuis longtemps... Certains, la plupart d'entre eux sont issus de milieux qui ont parfaitement les moyens d'échapper aux aspects pénibles de la vie des « pauvres », où ces questions d'avortement, de naissances inattendues se résolvent à coups d'argent et de relations... ou alors, pour certains, usent de l'humour pour affronter les difficultés de la vie...

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, que tout cela est bien désolant et révoltant... Moi, je l'aime bien la Marinette... Sans compter le comportement de « maschio » de ce Gégène, proprement dégoûtant – mais si répandu... Raison de plus pour tisser le linceul de ce monde hypocrite, clérical, oppresseur, maschile, masculin et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

Elle avait quinze ans à peine

Quand elle sentit battre son cœur

Auprès du mec Gégène

Marinette a cru au bonheur.

 

C'était le jour de la fête nationale

Quand la bombe éclate en l'air

Elle sentit comme une lame

Qui lui pénétrait, dans la chair.

 

Les oiseaux dans les branches

En les voyant s'aimer

Entonnèrent la romance

Du quatorze juillet.

 

Par devant, par derrière,

Tristement comme toujours,

Sans chichis, sans manières,

Elle a connu l'amour

 

Mais quand refleurit l'aubépine,

Au premier souffle du printemps,

Fallait voir la pauvre gamine

Mettre au monde un petit enfant.

 

Mais Gégène, qui était à la coule

Lui dit: « Ton gosse, moi je m'en fous!

Si tu savais comme je me les roule,

À ta place, moi je lui tordrais le cou. »

 

En fermant les paupières

Elle lui tordit le kiki

Et dans le trou des ouatères

Elle jeta son petit.

 

Par devant, par derrière,

Tristement comme toujours,

Fallait voir la pauvre mère,

Pleurant son gosse de huit jours,

 

Mise au banc de la cour d'assises

Et de celui de la société

Elle fut traitée de fille soumise

À la veille du quatorze juillet.

 

Elle entendait son petit gosse

Qui appelait sa maman

Tandis que le verdict atroce

La condamnait au bagne pour vingt ans.

 

Par devant, par derrière,

Tristement comme toujours,

Elle est morte la pauvre mère

À Cayenne en songeant à son amour...

 

Elle avait ses quinze ans à peine

Quand elle sentit battre son cœur

Auprès du mec Gégène

Marinette a connu le bonheur...

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Marco Valdo M.I.
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