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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 18:38

L'Indien

 

Chanson française – Gilbert Bécaud – 1973

Paroles: Maurice Vidalin, musique: Gilbert Bécaud

 

 


 

 

 

Ah, Lucien l'âne mon ami, te souvient-il de Gilbert Bécaud, un chanteur grand public, qui charma nos mères et nos grand-mères au début de la deuxième moitié du siècle dernier. Il fut un temps, c'était le bel âge de la radio, les débuts tonitruants de la télévision et du microsillon, où ce Bécaud-là se glissait dans tous les interstices, dans toutes les oreilles. Son répertoire lui valait, comme tu t'en souviens, un succès monstrueux auprès des midinettes, juste avant que ne déboule le rock... Il garda son public, mais fut abandonné à son sort par les jeunes générations montantes. Bref, il avait fait son temps...

 

 

Je me souviens bien de tout cela, dit Lucien l'âne en roulant des épaules pour montrer le sérieux de son affirmation. Je m'en souviens très exactement car j'ai une mémoire d'âne et de bonnes oreilles. Cela dit, que vient-il faire ici ce séducteur de grand-mères ?

 

 

Pas tant que ça d'ailleurs... Mes propres grand-mères s'en tapaient comme d'une chiffe, mais pour ce qui est de mon intérêt pour ce chanteur, il est dû à une chanson dont je m'étonne d'ailleurs qu'elle ne figure pas déjà dans les Chansons contre la Guerre... mais il est vrai qu'elle constitue dans le répertoire de Bécaud une somptueuse exception, une sorte d'imposante pierre précieuse stellaire... Et je choisis mes mots, car elle parle de la première étoile usurpée de ce qui est devenu les Zétazunis d'Amérique.

 

Kezako ? Qu'est-ce encore ? Qu'est-ce encore que cette histoire d'étoile usurpée et de première étoile, encore bien ? Je n'y comprends rien.

 

 

Mais enfin, Lucien l'âne mon ami, tu n'ignores pas que les Zétazunis (tout comme l'Europe d'ailleurs) symbolisent sur leur bannière chacun des États qui les composent par une étoile. Voilà pour l'étoile. Et la première étoile est une évidente allusion à ceux qui constituaient la première population connue des futurs Zétazunis... En clair, il s'agit bien évidemment de la population indienne et plus exactement, amérindienne. Et la première étoile a finalement été attribuée à un État blanc, un État dont le territoire avait été violé, conquis et colonisé par les envahisseurs... et tu vois dès lors, ce qu'est cette première étoile usurpée.

 

 

Quel est donc cet État ?, dit Lucien l'âne redressant la tête et balançant ses oreilles noires comme un scorsonère afin de marquer son intérêt.

 

 

Le sait-on seulement ? Quant à moi, je l'ignore. Les étoiles sur la bannière sont apparues toutes en même temps ; elles étaient au nombre de treize.

 

 

Curieux nombre pour un pays où ce chiffre est signe de malheur et de ce fait, dit-on, est banni de la numérotation des chambres d'hôtels, des rues... Je ne connais qu'un seul cas de Treizième avenue, c'est celle qu'il y a dans la chanson de Caussimon : « Monsieur William vous manquez de tenue! Vous êtes mort dans la treizième avenue. » [39498].

 

 

Pour en revenir à « L'Indien » de Vidalin, chantée par Bécaud, c'est une chanson étonnante, une chanson qui se veut être le cri de la nation indienne... Elle est étonnante par son contenu, mais elle l'est aussi par sa forme et cela, tant pour le texte que pour la musique... et même, l'interprétation...Enfin, de cela, je te laisse juge. J'attire cependant ton attention sur le parolier Maurice Vidalin, sans qui elle n'aurait sans doute jamais existé... Je me demande même comment Gilbert Bécaud a pu chanter cette chanson, lui qui était un fervent partisan de ces Zétazunis tels qu'ils sont violemment et crûment mis en cause dans cette chanson. Mais peut-être n'y voyait-il pas les mêmes implications que nous.

 

 

Quoi qu'il en soit, à mes yeux et mes oreilles, c'est là une grande chanson et elle mérite d'être présente dans un site comme celui des Chansons contre la Guerre, car incontestablement c'en est une. Je me réjouis de la réécouter, car comme bien tu devines, je la connaissais et je m'en souvenais de cette chanson. Elle évoque une de ces vilenies, une de ces grandes escroqueries, un de ces actes de banditisme que l'on s'efforce de camoufler, qu'on s'efforce en vain de faire oublier au monde... Elle évoque le péché originel de la colonisation, de l'occupation, de l'expropriation des territoires d'une partie de l'Amérique du Nord et du génocide conscient et organisé des populations amérindiennes... Elle donne voix à ces peuples et ces gens indignement massacrés... Elle fait resurgir ce monde volé. Et nous voilà, nous deux, à nouveau face à notre tâche interminable qui est de tisser le linceul de ce monde génocidaire, colonisateur, assassin, escroc, menteur, dissimulateur, voleur et cacochyme.

 

Heureusement !

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Le premier grand chef de ma tribu
S'appelait "Aigle Noir"
Guerre après guerre, les blancs se sont installés
Et ont changé jusqu'aux noms des hommes
C'est ainsi que dans notre petit village
Nous avons eu George Washington, Aigle Noir
Franklin Delano Roosevelt, Aigle Noir
John Fitzgerald Kennedy, Aigle Noir
Mais moi je m'appelle Aigle Noir
Et mon fils s'appellera Aigle Noir
Notre petit village s'appelait Yucatapa
Yucatapa, l'île verte
Ils en ont fait New York
Mais moi j'habite à Yucatapa
En plein milieu de leur New York

Indiens mes frères
Indiens mes frères
Ils ont souillé
Nos femmes et nos rivières
Nos femmes et nos rivières
Ils ont noyé nos terres
Ils ont noyé nos terres
Ils ont brûlé nos Dieux
Indiens mes frères
Indiens mes frères
Ils ont gagné

Et moi, ils ne m'ont pas attaché
Avec leur chaîne d'or et leur chaîne d'acier
Et quelquefois je rêve
Je rêve que je vole au-dessus de la ville pourrie
Et je revois Yucatapa l'île verte
Et de cette île verte
Montent des fumées
Alors je redescends tousser avec les autres
Et je marche
Je marche dans Broadway
Qui serpente comme un sentier de guerre
Dessous chaque pavé, il y a une hache de guerre
Qui attend
Et quelquefois je sens un arc dans mes mains
Et je vise le haut d'un building
Monsieur Rockfeller, ma flèche
Et monsieur Rockfeller tombe du haut de son empire
Ma flèche dans son œil
L’œil crevé de monsieur Rockfeller
Qui tombe et retombe

Indiens mes frères
Indiens mes frères
Ils ont souillé
Nos femmes et nos rivières
Nos femmes et nos rivières
Ils ont brûlé nos terres
Ils ont brûlé nos terres
Ils ont brûlé nos Dieux
Indiens mes frères
Indiens mes frères
Ils ont gagné

Et voilà, je suis au milieu de la prairie
De mon grand-père
La prairie de mon grand-père
Qu'ils ont appelée Times Square
Et qui est grasse de pétrole et de rouge à lèvres
Là où courraient les chevaux
Personne ne me regarde
Personne ne me voit
Je suis indien, je n'existe pas
On ne respecte pas un indien sans ses plumes
Et pourtant, ils sont chez nous mes frères
Ils sont chez moi mes frères
A Yucatapa, à Yucatapa

Indiens mes frères
Indiens mes frères ils ont souillé
Indiens mes frères
Indiens mes frères ils ont gagné

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Marco Valdo M.I.
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commentaires

luca 05/01/2013 13:45

Lucien l'âne, le mot Indien me rappelle une vieille histoire qui devrait t'amuser car elle est là pour nous rappeler que même l'informatique, à l'insu de son gré, est parfois facétieuse... C'était,
il y a longtemps. Je me trouvais à la bibliothèque de UCLA, havre de paix dans Los Angeles, et j'avais entrepris de me documenter sur toute la bande de salopards (Joe Kennedy, Lindbergh, etc.) qui
au début de la seconde guerre mondiale s'étaient regroupés au sein du toxique "America First Committee". J'avais donc en toute innocence, sur l'écran de l'ordinateur, pianoté "America First", et
basta cosi -du moins, le pensais-je.
Mais à toi, on ne la fait pas.
Et, vu que tu comprends toutes les langues du monde, en brave quadrupède que tu es, tu auras probablement déjà deviné ce qui arriva : vu, que j'avais pianoté America First, l'ordinateur crut que je
voulais parler de la population du pays et il me délivra... une bibliographie complète sur les Indiens !
Brave ordinateur...