Lundi 5 décembre 2011 1 05 /12 /Déc /2011 18:13

L'Antiatomique


Canzone française – L'Antiatomique – Marco Valdo M.I. – 2011
Histoires d'Allemagne 54

Au travers du kaléidoscope de Günter Grass. : « Mon Siècle » (Mein Jahrhundert, publié à Göttingen en 1999 –
l'édition française au Seuil à Paris en 1999 également) et de ses traducteurs français : Claude Porcell et Bernard Lortholary.

 

 

 

 

Mil neuf cent cinquante-cinq, souviens-toi Lucien l'âne mon ami... En cinquante-cinq, on était en pleine guerre froide, en plein milieu d'un affrontement des Titans... De froide, cette guerre risquait bien de passer à des températures solaires et d'irradier toute la planète de son réchauffement. On en était à gonfler les biceps militaires, à pousser les poitrails en avant, à défiler on ne peut plus militairement, à lever les mentons, à lancer des invectives... Le pire était que ceux qui se lançaient dans pareilles rodomontades n'étaient pas des gens de puissances mineures comme l'Italie ou la France, mais les deux pays les plus lourds du monde sur le plan militaire : les Zétazunis et l'URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques). Chacun de ceux-ci disposait d'un arsenal considérable et chacun d'eux détenait l'arme suprême, la bombe atomique. Et regarde, Lucien l'âne mon ami, cette année 1955, c'est l'année de l'entrée de l'Allemagne (la demie de l'Ouest) dans l'OTAN et de la création du Pacte de Varsovie, où se retrouvera l'autre, la Démocratique. C'est aussi l'année de la conférence de Bandoeng, où le Tiers-Monde essaye de prendre pied dans le monde... En grande part, cette partie-là du programme a échoué. C'est dans ce climat que le père de la narratrice décide, à l'instar des Suisses, de bâtir un abri atomique pour sa famille. Comme tu le verras, c'est toute une aventure. Personne ne l'aide, il va donc le construire tout seul, de ses mains... Malheureusement, il n'a rien d'un ingénieur et il finira sous les décombres de sa propre construction.

 

Que voilà bien une terrible histoire, dit Lucien l'âne en secouant sa crinière.

 

Mais, écoute bien la suite, Lucien l'âne mon ami. Je me demandais comment raconter cette histoire-là en chanson et il m'est venu une idée, un refrain en tête où il était question d'une bombe atomique. Parenthèse, cinquante-cinq, c'est l'année de la mort d'Albert Einstein... Et le refrain tournait, tournait comme une valse... Non, comme un java... Il sautait, il tressautait, il était très entraînant. Une Java des bombes atomiques... Et précisément, mon souvenir était exact, il en existe une de ces chansons qui porte ce titre « La Java des Bombes atomiques » [[http://www.antiwarsongs.org/canzone.php?id=664&lang=it]] et c'est une chanson de Boris Vian.

 

Eh bien, dit Lucien l'âne vivement intéressé. Tu n'en as quand même pas refait une...

 

Eh bien, si, précisément... J'ai repris celle de Boris Vian et je l'ai adaptée, j'en ai fait une parodie, tu sais bien que c'est ma manie, la parodie. Évidemment, l'oncle bricoleur de Vian est devenu le père de la jeune personne, qui narre l'aventure. Pour le reste, j'ai suivi le fil.

 

Ah mais, voilà une plaisante manière de raconter une histoire d'Allemagne. Günter Grass revisité par Boris Vian ou l'inverse. Et puis, voilà aussi, je suppose un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans...

 

Remarque bien qu'on en parle dans la chanson de cette foutue guerre de cent mille ans que les riches et les puissants se font entre eux en se servant des pauvres comme de paravents... Peu importe finalement le « régime »... En géopolitique, les régimes, c'est comme en alimentation, il y en a pour tous les goûts, mais ce sont toujours des escroqueries, ce sont toujours des gens qui s'arrangent pour détenir le pouvoir et devenir riches en exploitant les pauvres, en les écrasant sous leurs armes, en les obligeant au travail... Voilà comment va le monde... Du moins, jusqu'à présent.

 

Eh oui, c'est bien pour cela que je t'invite à, comme moi et tout aussi obstinément, à tisser le linceul de ce vieux monde plein de militaires, de civils militaristes, d'enthousiastes atomiques et de surcroît, cacochyme.

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

Mon père un fameux bricoleur

Construisait après ses heures

Un abri antiatomique

Il le faisait à sa façon

Il coulait le béton

Il empilait les briques

Dès qu'il rentrait de sa journée

Il courait à son chantier.

Et le soir quand il rentrait chez nous

Pendant le journal-télé

Il mangeait sa soupe aux choux

Gardait l'air renfrogné

Et nous racontait tout.

 

De nos jours, vous le savez bien

On n'est plus sûr de rien,

Avec tout ce qui se passe.

Avec toutes leurs armées,

Avec toutes leurs fusées

La guerre nous menace.

Ils ont maintenant une bombe H

Et si demain, ils la lâchent.

Voilà ce qui me tourmente

Je vous ai construit une maison

Mais c'est la protection

Qui est déficiente.

Y a quéqu'chos' qui cloch' là-d'dans
J'y retourne immédiat'ment

 

Quand il a signé pour la maison

Il déclara : nous allons

Croyez-moi mes enfants

C'est le plus important

C'est pas un mince boulot

Mais par sécurité, il faut

Hiroshima, Nagasaki

Nous construire un abri.

À l'administration, il présenta

Des plans, des schémas

D'un sous-sol pour six ou huit

Avec une porte étanche, un sas

Papa, c'est sûr, était un as.

 

Voyez comme va la vie,

À la maison des trois filles

Dans le jardin de notre maison,

Nous on faisait des plantations

Papa se réservait tout un coin

Dans le fond du jardin

Pour y faire un bunker.

Quand l'Allemagne tout entière.

Se retrouva au milieu du jeu

En cas de guerre atomique

On l'a pris au sérieux

Deux millions de morts, sans compter

Les blessés et ceux de la Démocratique

Finalement, Papa ne s'était pas trompé.

 

Croyant proches les coups d'éclats

Et la folie des chefs d'État

Sûr de soi et en homme décidé,

Papa tout seul entreprit de creuser

Après son travail et de ses mains

À la pelle, dans le fond du jardin

À plus de quatre mètres cinquante

Des fondations étonnantes

Qu'en un dimanche, il bétonna

L'autre dimanche, tous les murs, il édifia

Au troisième, il en était à placer la coupole

Un gros béton en forme de bol

Quand sur lui, tout s'effondra

Ainsi sous son abri finit papa.

 

Ce fut sa tombe en somme

Le pommier y posait ses pommes

On n'a pas achevé cette basilique

Puis, on a marché contre l'atomique

Contre les fusées, contre l'Otan

Contre les militaires, contre les guerres

Et tout ça, mon lapin...

Ça n'a servi à rien

Mon père un fameux bricoleur

Construisait après ses heures

Un abri antiatomique

Il le faisait à sa façon

Il coulait le béton

Il empilait les briques

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Marco Valdo M.I.
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