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10 septembre 2012 1 10 /09 /septembre /2012 21:04

Irène de la Nuit

 

Chanson française – Irène de la Nuit – Marco Valdo M.I. – 2012

 

 

 

 

Il me semble, dit Lucien l'âne en faisant un petite ruade afin de marquer son propos, il me semble que j'ai déjà vu ou entendu cette chanson d'Irène... Mais jamais ici, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, ...

 

Tu as une mémoire d'âne, mon ami Lucien, dure et irréfragable comme la tête qui la contient. C'est en effet une chanson ancienne... Commencée, évoquée, presque achevée et toujours dans les limbes depuis cinq ans au moins. Il y a comme ça des chansons qui naissent, végètent, se transforment et finissent par venir se présenter au monde, après moult versions intermédiaires. C'est le cas d'Irène de la Nuit, chanson mozartienne, s'il en est. Mais aussi, elle n'est pas sans rappeler les nuits de terreur de centaines de villes du monde, de millions de gens lorsque sonnent les sirènes de la nuit et viennent les grands oiseaux noirs faire leurs déjections maléfiques sur leurs têtes.

 

 

Mais quand même, dit Lucien l'âne en raclant le sol d'un sabot nerveux, pourquoi resurgit-elle maintenant, plus de cinq ans après sa première mouture ?

 

 

C'est la faute à Yannis Ritsos, c'est la faute à Gian Piero Testa.

Je dis ça, comme on disait de Gavroche, à la suite d'Hugo (Hugo Victor, ci-devant écrivain français) :

« S'il est tombé à terre, s'il est tombé dans le ruisseau ; c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau. » Mais peut-être ne connais-tu pas cette mort de Gavroche, moment émouvant, s'il en fut, qui illustra les révoltes parisiennes dans les Misérables. Je te la lis (ou je te la relis...) en vitesse et sautant quelques passages...

 

« La mort de Gavroche.

 

Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les hanches, l’œil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta:

 

On est laid à Nanterre,

C'est la faute à Voltaire,

Et bête à Palaiseau,

C'est la faute à Rousseau.

 

... une quatrième balle le manqua encore. Gavroche chanta:

 

Je ne suis pas notaire,

C'est la faute à Voltaire,

Je suis un oiseau,

C'est la faute à Rousseau.

 

Une cinquième balle ne réussit qu'à tirer de lui un troisième couplet:

 

Joie est mon caractère,

C'est la faute à Voltaire,

Misère est mon trousseau,

C'est la faute à Rousseau.

 

Cela continua ainsi quelque temps. Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup....

 

Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s’affaissa. Toute la barricade poussa un cri; assis sur son séant, un long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter:

 

Je suis tombé par terre,

C'est la faute à Voltaire,

Le nez dans le ruisseau,

C'est la faute à ...

 

Il n'acheva point. Une seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé, et ne remua plus. »

Depuis Hugo, dans un spectacle comédie musicale des années 1980, on en fit une chanson, très justement appelée « La Chanson de Gavroche », dont je pense qu’il serait bon qu'elle figure ici dans ces CCG. Un de ces prochains jours, je l'y mettrai.

 

 

Mais de quoi parle-t-elle ta canzone, ton Irène de la Nuit et que viennent faire dans cette histoire Yannis Ritsos et Gian Piero Testa ?, dit l'âne Lucien offrant au regard un visage éberlué.

 

 

Et bien, ce dont elle parle est très exactement ce dont parlaient Ritsos, le poète grec et son traducteur émérite, Gian Piero Testa, c'est-à-dire d'Irène, qui en grec, signifie tout simplement la paix. Traduisant à mon tour cet Irène de Ritsos, grâce à la version italienne de Gian Piero Testa, je me suis soudain rappelé, cette Irène-ci et je m'en suis immédiatement allé lui rendre une visite de curiosité... Et là, surprise, elle parlait elle aussi non seulement d'Irène, mais également de l'espérance qu'elle représente. Elle commence d'ailleurs, mon Irène, par « Courage, la guerre finira... ». Mais, à bien y regarder, dans ma canzone, Irène a un autre visage, bien plus inquiétant pour les vivants que nous sommes encore, celui de la paix éternelle. Cette paix qui attend la plupart des soldats... et finalement, tous les autres. On dirait une sorte de chant énigmatique d'un poète perdu dans un champ de bataille, dans une tranchée, dans une campagne, sur une montagne... Quelque part au cœur d'un combat... Et pour citer encore le père Hugo, dans un « champ couvert de morts sur qui tombait la nuit... ». Était-ce dans les Flandres ? Sur le Carso ? À Iena ? Sur le Don ? Peu importe finalement :

 

« La mort a toujours

Cette gueule et ces grands bras ».

 

 

 

Voici donc encore un épisode de la Guerre de Cent Mille Ans, qui elle aussi finira bien un jour... Et pour préparer et hâter cette fin, tissons le linceul de ce vieux monde catastrophique, tout de guerre vêtu, sentant l'enfer et l'encens et cacochyme pourtant. (Heureusement !)

 

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.

 

 

 

 

Courage, la guerre finira

Bien un jour

On en voit le bout là-bas

La mort a toujours

Cette gueule et ces grands bras

De fin du jour

C’est elle qu’on voit

Droit devant toi,

Droit devant moi

Irène de la nuit

Il n'y a plus de bruit.

 

 

Sur notre campement

Du plus bas de l’horizon montant

Tout un tas de noires nuées

Achèvent un été finissant

Soleil tout rouge, sanguinolent

L’orage est là, c’est la soirée

C’est elle qu’on voit

Droit devant toi,

Droit devant moi

Irène de la nuit

Il n'y a plus de bruit.

 

 

Pour le marin, c’était le scorbut

Pour le paysan, la malaria

Balle, bombe, obus

Misère, cancer, sida

Tuberculose, peste ou choléra

On part du cœur, on meurt du foie

Finalement, on ne la voit qu’une fois

Droit devant toi,

Droit devant moi

Irène de la nuit

Il n'y a plus de bruit.

 

 

Visages aux yeux fermés

Tendus, effarés

Fols de terreur, froids

Trempés de suées humaines

Gladiateurs, on mourra

Au fond de l’arène

Droit devant toi,

Droit devant moi

Irène de la nuit

Il n'y a plus de bruit.

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commentaires

luca 11/09/2012 18:15

un malicieux hasard, Lucien l'âne, fait qu'il est ici question de Victor Hugo, alors que je viens de commencer un livre paru en 2003 et qui, consacré aux Proscrits et autres, a pour titre "La Fugue
à Bruxelles"... Si tant est, que la France-des-Droits-de-l'Homme (ici principale pourvoyeuse d'arrivants) ne fut pas toujours tendre, envers ceux et celles pour qui le mot Liberté avait un sens...
Mais bon, je sais bien qu'à Bruxelles aussi tout n'alla pas toujours de soi : et m'adressant ici à un sympathique quadrupède je me garderai bien de soutenir qu'en toute circonstance, ailleurs
l'herbe est forcément plus verte.