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26 juillet 2012 4 26 /07 /juillet /2012 14:04

IL ÉTAIT CAPITALISTE

 

Version française – IL ÉTAIT CAPITALISTE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne - Qualcuno era capitalista – Riccardo Venturi – 2012

 

 

 

 

Regarde, Lucien l'âne mon ami, notre ami Ventu vient de sortir une parodie...

 

 

Une parodie ? Une parodie de chanson comme tu aimes les faire ?

 

 

Oui, oui, exactement. Une parodie qui serait plutôt une sorte d'aggiornamento, de mise à jour d'une chanson de Giorgio Gaber et même de deux... Vois comme les temps évoluent... La première chanson de Gaber était elle-même une parodie, mais dans l'autre sens du mot : c'est à dire une sorte de caricature; elle s'intitulait « Qualcuno era communista » [[41884]]... À traduire par « Il était communiste »... et elle traçait un portrait à l'eau-forte du communiste italien (type PCI) de ces années-là. La seconde de Gaber est venue plus tard et s’intitulait « Qualcuno era democristiano »... À traduire par « Il était démochrétien »... Ce sont des chansons aussi fleuves que politiques.

 

 

Politiques ? Et pour quel parti ?, demande Lucien l'âne en ouvrant des yeux d'une noirceur volcanique, afin de montrer sa consternation...

 

 

Ne t’affole pas... Ni Gaber, ni Venturi ne sacrifient au système particratique... Bien au contraire, ils en mettent en évidence les ressorts cachés....

 

 

Mais, Marco Valdo M.I., tu mets là la version française d'une chanson qui ne se trouve pas dans les Chansons contre la Guerre...

 

 

Et alors ? C'est une première … Il faut bien commencer un jour... Comme ça, peut-être que Venturik se décidera à la mettre avec les trois autres : la communiste, la démocrate-chrétienne, la routière (« Qualcuno era camionista ») au bon endroit... C'est-à-dire dans les Chansons contre la Guerre et pas comme « extra ». Car s'il y a bien une chanson qui parle de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres afin de les exploiter plus encore, afin de renforcer leur système de pouvoir, d'étendre leur domination, de forcer au travail... et de ses péripéties au travers de l'histoire contemporaine de l'Italie (et donc, de l'Europe et donc de l'humanité), c'est cette quadruple chanson – en attendant d'autres versions dans le genre « Qualcuno era fascista » ou « Qualcuno era catechista », par exemple. Enfin, on verra...

 

 

Que tout ceci ne nous empêche pas de tisser le linceul de ce vieux monde déclinant, obamiste, poutiniste, merkeliste, montiste et cacochyme. (Heureusement !)

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

 

Il était capitaliste car il était né pauvre.

Il était capitaliste car, petit, il voulait le dépôt d'oncle Picsou.

Il était capitaliste car il travaillait dur.

Il était capitaliste car il ne foutait rien.

Il était capitaliste car il s'était senti doué pour les affaires quand il avait vendu la figurine de Pizzaballa à un camarade d'école pour trois mille lires.

Il était capitaliste car on lui avait inculqué de solides valeurs.

 

Il était capitaliste car l'école l'exigeait, le sport l'exigeait, la société l'exigeait, l'église l'exigeait... Ils l'exigeaient tous.

Il était capitaliste car il lisait "Il Resto del Carlino" au bar, presque chaque matin.

Il était capitaliste car la nature humaine est compétitive.

Il était capitaliste car les syndicats ont abîmé l'Italie.

Il était capitaliste car il renonçait à la glace à la menthe et mettait les cinquante lires dans sa tirelire.

Il était capitaliste car à vingt ans, il était un révolutionnaire.

 

Il était capitaliste car il répondait qu'il y n'avait pas d'alternative au capitalisme même quand on lui demandait quel temps il faisait.

Il était capitaliste car il y avait de bons capitalistes.

Il était capitaliste car il y avait de moins bons capitalistes.

Il était capitaliste car le communisme s'était écroulé et le marché avait triomphé.

Il était capitaliste car tous vivaient au-dessus de leurs moyens.

Il était capitaliste car il y avait le « Milano da bere », et que Milan était en train de l'engloutir lui.

 

Il était capitaliste car c'était un fan d'Everardo Dalla Noce..

Il était capitaliste car Luna Rossa, le Maure de Venise, les régates, les boulines.

Il était capitaliste car il fallait avoir pour être heureux.

Il était capitaliste car Jésus dit à Pierre que sur cette pierre, il édifierait la Banque Catholique de la Vénétie.

Il était capitaliste car Berlusconi avait acheté Gullit et Van Basten.

Il était capitaliste car celui qui à vingt ans n'est pas de gauche est sans coeur et qui à cinquante ans est de gauche, est sans cerveau.

 

Il était capitaliste car les idéologies étaient mortes et les classes n'existaient plus.

Il était capitaliste car on avait construit à cent mètres de sa maison le plus grand centre commercial du Molise.

Il était capitaliste car il avait gagné trois cents millions en devinant le nombre exact de haricots dans le pot de Raffaella Carrà.

Il était capitaliste car nous étions la cinquième puissance industrielle.

Il était capitaliste car il avait pu bâtir enfin sa seconde résidence en Val di Stava

Il était capitaliste car il avait participé à la marche des Quarantamila.

 

Il était capitaliste car le mur de Berlin s'était écroulé.

Il était capitaliste car le mur de son voisin albanais s'était écroulé, l'enterrant avec toute sa famille.

Il était capitaliste car les frères roumains s'étaient libérés de la tyrannie.

Il était capitaliste car à ces crétins de Roumains, il aurait bien fallu encore un tyran pour les tenir là-bas.

Il était capitaliste car l'homme, par nature, est égoïste.

Il était capitaliste car il lui plaisait mettre le préfixe "vieux" - devant tout.

 

Il était capitaliste car il était de Rome, et Rome est la capitale.

Il était capitaliste car la nouvelle économie était née et on se faisait du fric en un clic.

Il était capitaliste car il avait vite oublié d'avoir eu faim.

Il était capitaliste car ce maître de journalisme d'Indro Montanelli le lui avait dit.

Il était capitaliste car il se sentait appartenir au "monde libre."

Il était capitaliste car il faut une mentalité d'entrepreneur.

 

Il était capitaliste car même s'il a des défauts, on n'a pas encore inventé de meilleur système.

Il était capitaliste car je ne pense pas comme toi, mais je serais disposé à mourir pour défendre tes idées.

Il était capitaliste car de temps en temps le pape se montre au balcon, puis va dîner avec Marcinkus.

Il était capitaliste car l'histoire a montré que le capitalisme a gagné.

Il était capitaliste car il se disait entrepreneur même s'il avait une entreprise individuelle de nettoyage.

Il était capitaliste car il lui plaisait de charrier qui se disait encore communiste, ou anarchiste ou quelque chose d'autre du genre.

 

Il était capitaliste car il avait mis toutes les options sur sa Cinq Cent.

Il était capitaliste car ils avaient bien fait de tirer dans le tas à Gênes.

Il était capitaliste car l'amour aussi est capital.

Il croyait être capitaliste et c'était seulement un pauvre imbécile.

Il croyait être capitaliste et c'était seulement un pauvre.

Il était capitaliste car il avait besoin de se croire ce qu'il n'était pas et ne serait jamais,

Car il avait abdiqué tout par amour de l'argent qui ne cesse de fuir,

Car il se gave de choses inutiles, qui le tuent,

Car son fils le tuerait pour lui piquer tout,

Car les "grands travaux" arrachent son histoire et sa géographie,

Car ils remplissent les prisons de gens qu'ils lui avaient dit de haïr, de les considérer en ennemis à éliminer.

 

Il était capitaliste et maintenant il préfère se suicider que se rebeller,

Car il n'en peut plus d'avoir dû reconnaître que ce n'est pas une crise "économique", mais le fonctionnement normal du système.

D'un système entier en train d'imploser par son vide et son inhumanité,

Et qui veut encore nous faire avaler toutes sortes de blagues : la reprise, la "croissance", la "démocratie", la "légalité."

Et maintenant ?

Maintenant encore, on fait un pas en avant et trois en arrière.

Nous avons voulu la sécurité et la police, et nous les avons face à nous dans toute leur férocité.

Nous avons voulu déléguer tout et ça nous tue.

Massacrés aux portes de l'hypermarché pendant que nous adressons une dernière pensée à l'Ipad que nous ne pourrons pas acheter

et désirant que devant notre cercueil, nos parents et nos amis en larmes lisent le discours de Steve Jobs.

 

 

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