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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 22:03

À PROPOS, SOLITUDE !

 

Version française – À PROPOS, SOLITUDE ! – Marco Valdo M.I. – 2013

Chanson allemande – Apropos, Einsamkeit !– Erich Kästner – 1938

http://www.youtube.com/watch?v=K9wjYRvBgrU

 

 

 

À propos, à propos... À propos de la chanson Apropos, Einsamkeit ! – À PROPOS, SOLITUDE !, je voudrais revenir un instant sur la démarche qui m'amène à traduire ; elle n'est pas évidente pour tout le monde et dans sa simplicité-même, elle échappe à la façon commune d'envisager le « traducteur ». En fait, contrairement au « traducteur » patenté ou à quelqu'un qui aurait l'ambition d'être traducteur, je ne traduis pas pour donner la connaissance ou la compréhension du texte traduit à d'autres, mais bien et uniquement au départ, pour comprendre le texte moi-même. Et en quelque sorte, c'est le résultat de cette entreprise de découverte que finalement, puisqu'il existe, je mets à disposition d'autrui. Par entropie... Un peu comme le Dieu de Plotin, l'Un qui ne saurait être autre chose que lui-même et qui n'aurait d'effet sur le monde que par ricochet, par une sorte de perte, une sorte de résidu de rien.

 

 

Mais, si tu le veux bien, Marco Valdo M.I. mon ami, laissons ce Plotin de côté et continue tes divagations sans lui...

 

 

Donc, je trouve un texte et a priori, je ne sais ce qu'il y a dedans. Quand il est dans ma bonne vieille langue française, généralement, un rapide coup d’œil me permet de savoir si ce qu'il contient peut ou non m’intéresser. À partir de là, je poursuis ou non ma lecture et en finale, il n'y a pas de résidu matériel de cette lecture. Aucun texte nouveau n'a été fabriqué. Il n'y a rien à transmettre d'autre que le texte de départ lui-même. Laissons de côté toute présentation ou conversation à propos...

 

 

D'accord, mais quand il s'agit d'un texte dans une autre langue...

 

 

Là, lorsqu'il s'agit d'une autre langue, la situation est bien différente. Car... Car je ne connais aucune autre langue que le français... Il me faut donc – souvent difficilement – traduire ce texte qui est devant moi pour que je le comprenne. Et souvent, quasiment toujours pour tout dire, je dois le « mettre » en français, l'ordonner en fonction des exigences propres à la langue française pour enfin pouvoir le lire et le comprendre. C'est la méthode que j'ai appliquée à l'italien, parfois à l'anglais ou à l'espagnol et que j'expérimente maintenant avec les textes de chansons d'Erich Kästner, lequel écrit en allemand ; ceci car je suis persuadé de la qualité particulière de ce qu'il peut me raconter. En langue française – je ne sais en italien – Kästner est un auteur quasiment inconnu comme poète et penseur. Il est connu – relativement comme auteur de livres pour enfants. J'ai donc formé le pari de Kästner... Voici donc ma nouvelle aventure. Je vais à la découverte et selon ce qui paraîtra, je le ferai connaître. Il faut quand même que j'insiste sur le fait que je ne connais pas l'allemand et qu'à mes yeux, je ne peux aborder les textes de Kästner que parce qu'ils sont poétiques. Et les images utilisées en allemand peuvent ainsi être apportées en français dans toute leur étrangeté sans que cela nuise en rien au texte poétique... Bien au contraire...

 

 

Maintenant que ton discours de la méthode est terminé, peux-tu me dire de quoi parle cette chanson et en quoi, elle peut intéresser les Chansons contre la Guerre...

 

 

Elle parle de la solitude... qui est un des maux dont on souffre dans ce monde trop occupé à prôner l'individualisme intéressé, trop occupé à diviser pour régner, à morceler le corps social... la fin du texte est aussi tragique que le « Seul » de Brel ...[[7837]]. Oh, ce n'est pas que la solitude ne puisse être une excellente façon de vivre ou de créer, mais elle l'est pour certains et non pour d'autres...

 

 

Bien sûr, moi qui ne suis qu'un vieil âne, je vis dans la solitude, je marche solitaire depuis des siècles et des siècles et parfois seulement, j'ai rencontré des gens avec qui converser... Ce qui, soit dit en passant, ne m'a nullement gêné... Mais toi, tu vis dans le monde...

 

 

Je vis dans le monde et par la solitude, je m'en préserve suffisamment pour pouvoir faire ce qui me donne le plaisir de vivre... Il s'agit évidemment d'une solitude bien tempérée... Une solitude nourrie de création, dont elle emprunte les matériaux au monde. Tiens, on parlait tout à l’heure de Célestin qui par goût ou tempérament, préféra sa vie d'ermite à celle de grand de l’Église. Je le cite car nombreux furent ceux qui suivirent cette voie de la solitude créative : les ermites, mais aussi les savants, les chercheurs, les poètes... et tous ceux qui s'en vont par le monde accompagné de soi-même et bien content de l'être. La chanson ne parle pas de cette solitude-là, mais de l'autre solitude, de ce sentiment, cette sensation de solitude qui née de la peur de la liberté, n'est rien d’autre que l'isolement. L'isolement meuble le monde d'objets, d'images, de sons, d'apparences, de fantômes ; la solitude se meuble et se nourrit de son propre processus de création...et meuble le monde d'elle-même, car c'est – au sens le plus fort – son monde. Elle ne peut donc jamais ressentir l'ennui ou l'angoisse, jamais tomber dans le vide... Dans la solitude, on n'est jamais vraiment seul puisqu'on est avec soi-même et le monde qu'on s'approprie à chaque instant ; dans l'isolement, on est seul avec le rien, face au néant. A propos, pour situer la chanson de Kästner et certaine résonance, je te rappelle qu'elle fut écrite vers 1938 ou en tout cas, dans cette période et qu'il devait être terrible de subir la solitude en ce temps-là et ces lieux-là, sous ce régime-là. »Seuls dans Berlin »....[[39118]]

 

 

J'ai bien saisi tout cela et il me paraît que compte tenu des ravages de l'isolement qui frappe tant de gens, il nous faut reprendre notre œuvre qui est de tisser le linceul de ce vieux monde écrasant, toxique, néantisant et cacochyme.

 

 

Heureusement !

 

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

 

On peut parfois être terriblement seul !
Ça ne sert à rien d'écarter les ennuis
Et devant des affaires se dire à soi-même :
Ce chapeau est joli au dedans, mais juste un peu petit…

 

Ça ne sert à rien d'aller au café
Et de regarder les autres rire.
Ça ne sert à rien de copier leur rire.
Ça ne sert à rien non plus, de se croire encore pareil.


On mesure là ses propres ombres.
Celui-là saute et se dépêche, pour ne pas se retarder,
Et des gens viennent qui froidement l'écrasent .
Ça ne sert à rien, si on ne peut pas pleurer.

Ça ne sert à rien, de se réfugier chez soi – à la maison
Et, si on a du bromure à la maison, de prendre le bromure.
Ça ne sert à rien de se faire honte
Et de fermer les rideaux précipitamment.


On sent là, ce que c'est d'être petit.

D'être aussi petit que l'enfant qui vient de naître !

Alors, on ferme les deux yeux et on devient aveugle.
Et on se retrouve seul…

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Marco Valdo M.I.
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