Mardi 7 juillet 2009

CELUI QUI PENSE AUTREMENT


Version française – CELUI QUI PENSE AUTREMENT – Marco Valdo M.I. – 2009

Chanson italienne – Uno dal pensiero diverso – Mario Di Leo

 

 

Une chanson contre la tentative de déclarer disparus les soldats fusillés sur place et sans procès comme "déserteurs".

 

Il est évidemment gênant pour une armée – et sa sacro-sainte discipline – que des gens se mettent à penser et à vouloir se comporter en êtres humains civilisés qui se refusent à tuer d'autres êtres humains, à vouloir vivre une vie d'amour : "Moi la nuit, je rêve à Thérèse, je la rêve jeune et sans voile...", à en bonne sagesse paysanne tout simplement : " Ne pas vouloir de la guerre... Celle-là ou n'importe quelle autre... ". Tellement gênant, et d'autant plus gênant que la chose est contagieuse et qu'en bons éradicateurs, il convient d'arrêter le fléau pacifiste avant qu'il n'atteigne des proportions telles qu'il ne reste plus qu'à capituler. Ce qui empêcherait de massacrer les ennemis... Alors, pour pouvoir massacrer les ennemis, commençons par nous massacrer nous-mêmes ou par massacrer nos propres hommes afin de les défendre contre les ennemis... C'est l'évidence-même.

 

En vérité, il s'agit de faire taire la conscience avant qu'elle ne pervertisse la saine jeunesse de la civilisation... et pour garder à cette jeunesse sa belle santé, fusillons la.

 

La logique guerrière est imparable; elle dispose d'une solution universelle, applicable à tous les problèmes, applicable à tous ceux qui posent des problèmes : l'assassinat. C'est la simplicité-même.

 

Shakespeare faisait ordonner par ses rois : "Hang them !" ("Qu'on les pende !"); nos militaires sont plus modernes : ils fusillent, quand ils ne bombardent pas purement, simplement et volontairement leurs propres troupes.

 

Il reste qu'il faut quand même expliquer la chose aux familles, à la presse et à tous ces empêcheurs d'assassiner en rond... Alors, les militaires trouvent de bonnes explications : il y a ceux qui ont "disparu", il y a ceux qui sont "morts en héros"...

 

Démonter ce mécanisme de l'horreur militaire est élémentaire; mais le faire avec la force et la beauté du texte de Mario Di Leo est chose plus rare. Enfin, donner la voix aux paysans, ces taiseux de l'histoire, ces éternels "sans grade" (qu'en feraient-ils au demeurant de ces "grades"?), ces "sans voix" et ces "sans terre", cette "lie de la terre", ces "damnés de la terre", ces "somari" ("Noi, non siamo cristiani, siamo somari" : « Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme »), ces êtres tant méprisés du système et de LA "Civilisation" est certainement indispensable, quoique plus rare encore.

 

 

Au fait, dit Lucien l'âne, si nous prenions comme devise, cette sentence paysanne :

"Noi, non siamo cristiani, siamo somari" (« Nous, nous ne sommes pas des chrétiens, nous sommes des bêtes de somme »).

 

Cela nous convient, en effet, dit Marco Valdo M.I.

 

Ainsi parlait Marco Valdo M.I.

 

J'étais né paysan au pays et je finirai soldat dans le Trentin

À vingt ans, sur ma tête un chapeau orné de la plume des Alpins

Une place dans la tranchée et en main un fusil pour un cœur d'assassin

L'ordre de viser, tirer et tuer tout tireur prussien

Mon Lieutenant, je piochais les vignes et le soleil brûlait le pays

On payait chaque mois sa tranche de pain avec la sueur surie

Et le vin sincère qu'on filtrait, jamais je ne l'ai renversé

Mais ce pain à la saveur de guerre m'a toujours paru du pain volé.


La patrie, l'honneur et les Savoie ont pris ma jeunesse

Mon Lieutenant ni fantassin, ni héros, c'est un tort, c'est ma faiblesse

Je ne sais pas assassiner, Mon Lieutenant, c'est la vérité

De la fosse, sans fusil, je me suis éloigné.

 

Et la nuit, je rêve à Thérèse, je la rêve jeune et sans voile

Je la vois là-haut sur les branches qui passe derrière une étoile.

Je la vois sur les branches qui tient une lumière à la main,

La chandelle s'est éteinte, me reste l'obscurité et une vie de chien.

Á quoi servent les rêves, si c'est aux étoiles qu'on doit les raconter

Je ne me suis pas enfui pour sauver ma peau, Mon Lieutenant,

Je ne pouvais tirer sur des gens de la tranchée de l'autre côté

La vérité, c'est que cette guerre, on n'en veut pas, nous autres paysans,

 

Ne faites pas la bête, Mon Lieutenant, ne me crachez pas dessus,

Avant même d'entrer dans la fosse, nous perdons chaque guerre

Et en combattant pour vous, nous perdons encore plus

À nos femmes, il ne reste que les deuils; à vous, les lauriers.

 

Moi la nuit, je rêve à Thérèse, je la rêve jeune et sans voile

Je la vois là-haut sur les branches qui passe derrière une étoile.

Je la vois sur les branches qui tient une lumière à la main,

La chandelle s'est éteinte, me reste l'obscurité et une vie de chien.

 

Mon lieutenant, je ne suis pas déserteur, et dites-moi quel honneur

Il y a à tuer le soldat d'un autre Lieutenant, le paysan d'un Empereur

Mon Lieutenant, arrêtez de nous parler de notre terre

À quoi sert de la bêcher, si c'est pour crever à la guerre ?

 

Je ne suis pas un lâche, ce n'est pas la peur qui me fait décamper, mon Lieutenant,

Mais l'ennui d'empoigner la mitrailleuse, de viser, de tirer, d'assassiner

Et ne racontez pas que je suis un disparu, si vous avez le courage de dire la vérité,

Mais que j'ai fini sous le plomb tiré contre celui qui pense autrement.

 

La nuit, je rêverai à Thérèse, je la rêverai jeune et sans voile

Je la vois là-haut sur les branches qui passe derrière une étoile.

Je la vois sur les branches qui tient une lumière à la main,

La chandelle restera allumée et .paraîtra un nouveau lendemain.

Je ne suis pas un lâche, ce n'est pas la peur qui me fait décamper, mon Lieutenant,

Mais l'ennui d'empoigner la mitrailleuse, de viser, de tirer, d'assassiner

Et ne racontez pas que je suis un disparu, si vous avez le courage de dire la vérité,

Mais que j'ai fini sous le plomb tiré contre celui qui pense autrement.

Et ne racontez pas que je suis un disparu, si vous avez le courage de dire la vérité,

Mais que j'ai fini sous le plomb tiré contre celui qui pense autrement.

 

 

Par Marco Valdo M.I.
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