Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 19:43

DON QUICHOTTE

 

Version française – DON QUICHOTTE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Don Chisciotte – Modena City Ramblers – 1997

 

 

Salut à toi, l'âne Lucien mon ami, toi qui fus un moment le compagnon d'équipée de Sancho courant après Rossinante, qui courait – un peu forcée par son cavalier – vers les moulins qu'il convenait de détruire ou de réduire à leur premier état... Toi qui vis les magiciens, toi qui assistas à la bagarre dans l'auberge... Voici encore une chanson intitulée Don Quichotte et cette fois, c'est lui qui raconte , c'est lui qui parle et qui semble – hélas ! - bien las. Ceci dit, on en a déjà parcouru quelques autres de chansons qui parlaient de Don Quichotte... Souviens-toi, par exemple, de L'Homme de la Mancha...[[39065]], où Brel chantait à pleine voix : « Car j'ai l'honneur d'être moi, Don Quichotte de la Mancha... »

 

Sans doute, sans doute... je m'en souviens très bien. Mais ici, Don Quichotte parle un autre langage... Il dit qu'il a perdu la boussole... C'est le moins qu'on peut en dire... Mais je crois bien qu'il faut comprendre les choses différemment. Ce n'est pas lui qui perd la boussole dans cette parabole, c'est la société environnante... Comme c'est d'ailleurs le cas actuellement encore. Le monde, ce monde, leur monde, ce monde des riches qui mène cette foutue Guerre de Cent Mille Ans est en effet privé de boussole et fonce droit vers d'insondables abîmes. Cette Guerre de Cent Mille Ans que les riches mènent contre les pauvres pour de mesquines raisons d'enrichissement, de domination, d'exploitation... Des raisons mesquines et honteuses... Moi, tout âne que je suis, je serais couvert de honte s'il me venait à l'idée de vouloir exploiter d'autres ânes ou même des humains... aux fins de m'enrichir afin de satisfaire de délirantes lubies comme de posséder plus que nécessaire, comme de tirer profit en imposant à d'autres de travailler pour quelque misérable solde... Je n'oserais plus trop me mirer dans la rivière ou dans la mare à l'idée de faire partie de la mafia des riches... ou même, de servir ses desseins. Je me préfère âne et ainsi, je reste. Cela dit, il nous faut, mon ami Marco Valdo M.I., reprendre notre tâche quotidienne de tisser le linceul de ce vieux monde indécent, injuste, insensé et cacochyme (heureusement !)

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane


 

 

http://www.3e-and-more.com/wp-content/uploads/2005/dali2.JPG

 

 

Je vois des ombres et des fantômes

Mes ennemis qui dansent

Les diables et les spectres m'entourent.
Les voix se pourchassent

Les bruits me confondent

Et autour de moi, le monde s'évanouit
L'orchestre a fini

Le concert depuis un moment

Et personne n'est resté à danser ici.
Nous sommes les derniers, Sancho

À marcher dans cette rue de débris

Et de vieux drapeaux.

 

Dis-moi ce que je fais ici.

(Ma route d'un coup s'est perdue )

Dis-moi ce que je fais ici.
(Mon rêve est en pièces).
J'ai perdu la boussole

Mes pensées se perdent dans la brume

Je suis fatigué, perdu et je me demande

Ce que je fais ici.
De leurs salons et leurs cellules

Me regardent mes amis

Ils sourient et secouent la tête.
Les moulins m'attendent

Mes cibles m'ont reconnu

Je cours éperdu

J'ai perdu la boussole.

 

Les mégaphones hurlent

Leurs sons retentissent

Mais il ne reste plus personne

pour écouter.
Nous sommes les derniers,

Sancho, à errer

Dans ce désert énigmatique

De souvenirs pathétiques.

 

 

Dis-moi ce que je fais ici.

(Ma route d'un coup s'est perdue )

Dis-moi ce que je fais ici.
(Mon rêve est en pièces).
J'ai perdu la boussole

Mes pensées se perdent dans la brume

Je suis fatigué, perdu et je me demande

Ce que je fais ici.

L'orchestre a fini

Le concert depuis un moment

Et personne n'est resté ici à danser.
Nous sommes les derniers, Sancho

À marcher dans cette rue

De débris et de vieux drapeaux.

 

Dis-moi ce que je fais ici.

(Ma route d'un coup s'est perdue )

Dis-moi ce que je fais ici.
(Mon rêve est en pièces).
J'ai perdu la boussole

Mes pensées se perdent dans la brume

Je suis fatigué, perdu et je me demande

Ce que je fais ici.

L'orchestre a fini...

 

Par Marco Valdo M.I. - Publié dans : Modena City Ramblers
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 23 mai 2012 3 23 /05 /Mai /2012 22:27

DANSE MACABRE EN FLANDRE

 

 

Version française – DANSE MACABRE EN FLANDRE – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson allemande - Flandrischer Totentanz - Elsa Laura Seemann - 1917

 





Celle que je tiens pour une des chansons les plus extraordinaires de tous les temps est dédiée précisément à la guerre des gaz, en racontant comment le corbeau noir descend du ciel et il se fait sentir dans le cœur et dans la peau.

Elle fut composée par Elsa Laura Seemann, Freifrau von Wolzogen, chanteuse, poétesse et joueuse de luth née et morte à Dresde, le 25 avril fatidique 1945.

Je n'ai pas réussi à savoir beaucoup d'elle ; de la liste de ses œuvres, elle semble se situer dans la grande tradition romantique des collectionneurs de chants populaires, chers au mouvement du Bündische Jugend, mis déjà hors-la-loi à l'été de 1933, mais qui continua clandestinement. Elsa von Wolzogen ne fut jamais inscrite au parti national-socialiste, mais elle faisait évidemment fièrement partie d'une culture nationale.

La Flandrischer Totentanz, la "Danse macabre des Flandres" fut rapidement comprise probablement comme l'exact contraire de ce que l'auteure aurait voulu.

 

La musique irrésistible basée sur une vraie danse macabre médiévale se combine avec une technique typiquement allemande: mots simples, qui transmettent des images fortes sans besoin de commentaire. C'est une description de l'horreur qui porte en soi une dénonciation implicite et qui peut ensuite être vue comme une exaltation de la guerre. Une équivoque induite aussi de l'usage, dans la chanson, du terme Landsknecht, probablement pour unir des époques historiques différentes à la grande tragédie.

Je ne connais pas le sort de la chanson durant la période nazie; dans les années soixante, le Botho Lucas Chor l'inséra dans un disques de "chants" des lansquenets, quelques-uns vraiment du seizième, d'autres plus récents. Un disque copié et transmis par des circuits informels que le marché, qui en Italie et ailleurs, fut bientôt repris par milieux d'extrême droite.

En Italie, la chanson fut traduite par Pino Tosca de Modugno, mort en 2001, auteur de talent indubitable, traducteur de nombreuses chansons d'autres langues. Je ne sais s'il fût conscient du sens original du texte, mais certainement celui qui reprend aujourd'hui sa traduction, en l'imaginant comme vaguement "médiévale" ou "nazi" a souvent compris bien peu; comme probablement ont compris peu des groupes de métal ou proches qui en ont fait des versions plutôt bruyantes.



Miguel Martinez, da Kelebeklerblog







Mon autre grand-père, dit Marco Valdo M.I., était de planton sur l'Yser quand l'ypérite (et pourquoi pas, l'ysérite ?) s'en vint recouvrir la tranchée où il jouait sa millième partie d'échecs. Il finit la guerre, les poumons brûlés, le pancréas définitivement ravagé, dans un hôpital, loin derrière le front... Où il fut soigné et sans doute, bien entouré, par celle qui allait l'accompagner le reste de sa vie et lui donner cinq enfants... Lui était fils de paysans de la banlieue de Bruxelles, du côté d'Helmet ou Évère, qui vivaient du maraîchage ; elle était la treizième enfant d'un berger de Champagne... Mais c'est bien la lente destruction due aux gaz qui finira par l'emporter, le brave homme... Ainsi, en effet, la mort chevauchait la Flandre, en ce temps-là. On en parle encore...



Oui, dit Lucien l'âne, j'en ai entendu parler de ces obus ou autres engins disséminateurs de gaz... et pas seulement en Flandre... et pas seulement ces années-là... À ma connaissance, on les utilise encore... Et pas seulement dans la version « douce » qu'on envoie très régulièrement sur les gens qui manifestent, généralement pour la paix, pour un monde plus juste... Mais aussi dans ces guerres locales ou régionales... Les Kurdes, par exemple, s'en plaignent... Je me souviens aussi que tu en avais fait une chanson...intitulée « Alerte au gaz ! Gaaz ! Gaaaz ! » [[37777]]


http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/10/Thetriumphofdeath.jpg/800px-Thetriumphofdeath.jpg

 

 

Le Triomphe de la Mort

Pierre Breugel l'Ancien



Mais cette chanson-ci, due à une poétesse allemande au temps de Weimar, trace comme un tableau de la marche de la mort dans les champs de Flandre... Elle a toutes les allures d'une poésie allemande et se réfère à la tradition des Danses Macabres , si terriblement illustrée par Pierre Breugel dans un tableau intitulé « Le Triomphe de la Mort », lui-même renvoyant aux triomphes des empereurs romains. Dès lors, ce triomphe de la mort est, en fait, aussi, la marche triomphale de la Mort... Dans la chanson, le triomphateur, tel Alexandre sur Bucéphale, comme le firent tous les vainqueurs depuis des siècles, arrive fièrement campé sur son cheval... Cette chanson sent l'air de la mer du Nord et rappelle ces danses macabres de Breugel, d'Holbein à Ensor et Saint-Saens... ou à Ghelderode et sa fameuse Balade du grand Macabre. Elle rappelle aussi toutes ces danses macabres qui peuplaient les murs des églises du Moyen-Âge au travers de toute l'Europe...



Bien sûr, on dirait bien une chanson de par ici... Et puis elle rappelle ce passage de Victor Hugo : « Mon père ce héros au sourire si doux... Parcourait à cheval, le soir d'une bataille, Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit... » (Après la Bataille). Mais il y a aussi une autre chanson que tu as écrite et qui a cette même ambiance de danse macabre ou de balade macabre et qui elle, se réfère à une tradition espagnole... Il est vrai aussi qu'il fut un temps où l'Espagne et son Empire – celui de Charles Quint précisément, furent souvent pilotés à partir de Flandre et de Brabant. Mais j'en reviens à cette chanson qui raconte une balade macabre à Oristano en Sardaigne : Les Quatre Chevaliers Noirs de Sardaigne. [[7861]] Comme quoi, la Mort accompagne bien des épisodes de la Guerre de Cent Mille Ans que les riches font aux pauvres sans trop se soucier des moyens qu'ils emploient, ni des malheurs qu'ils engendrent... et tout ça pour s'emplir la panse, pour se goberger, pour être les maîtres de tout et de rien, bref, pour satisfaire les plus absurdes caprices de leurs égos infantiles. Crois-moi, Marco Valdo M.I., mon ami, il est de toute première importance et nécessité que nous tissions sans relâche le linceul de ce vieux monde cruel, macabre, triste, asphyxiant et cacochyme.



Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane.







 

La mort paraît sur un cheval noir charbon

Elle porte une capuche opaque.

Les fantassins marchent dans le champ

Elle lance sur eux sa rosse au galop.

Flandre danger !

En Flandre court la mort !

En Flandre court la mort !

 

La mort paraît sur un cheval blanc luisant

Beau comme un ange dans le ciel flamand,

Quand les filles dansent leurs rondes,

Elle se glisse parmi elles dans la danse.

Falalala, falalala.

Falalala, falalala.

 

La mort peut aussi battre tambour,

Tu peux sentir le vertige au coeur.

Il roule longtemps, il roule fort,

Elle tape sur une peau de mort.

Flandre danger !

En Flandre court la mort !

En Flandre court la mort !

 

Quand frappe le premier vertige,

Le sang du cœur est emporté

Quand frappe le second vertige,

Le fantassin est presque enterré.

Flandre danger !

En Flandre court la mort !

En Flandre court la mort !

 

Le troisième vertige dure si longtemps,

Que le fantassin reçoit la bénédiction de dieu

Le troisième vertige est léger et affectueux

Mère dans le sommeil qui berce l'enfant.

Flandre danger !

En Flandre court la mort !

En Flandre court la mort !

Par Marco Valdo M.I.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 22 mai 2012 2 22 /05 /Mai /2012 22:26

FRÈRES DES VILLES

 

Version française – FRÈRES DES VILLES – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson autrichienne de langue allemande – Ihr Brüder in den Städten dort – Sylvester Heider - 1943


Chanson de la Résistance autrichienne; sur l'air d'un vieux chant populaire tyrolien.

L'Autriche fut annexée à l'Allemagne, devenant une simple province du Reich allemand, le 12 mars 1938, après l'invasion du pays par l'armée nazie. Un des principaux responsables de l'Anschluss, fut le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg qui, plutôt que de s'opposer aux objectifs expansionnistes de Hitler, avait avalisé de sa signature, le 12 février à Berchtesgaden, résidence du Führer, la fin de l'indépendance du propre pays.

L
e même jour, quatre ans auparavant, le gouvernement réactionnaire d'Engelbert Dollfuss (qui peu après, le 25 juillet 1934, tombera victime d'une tentative de putsch nazi) avait réprimé dans le sang la révolte socialiste commencée Linz et rapidement étendue à Vienne (12-15 février1934).

 

Dollfuss envoya l'armée autrichienne contre les ouvriers: 17.000 hommes, soldats et miliciens, appuyés par l'artillerie, donnèrent l'assaut aux cités ouvrières de la capitale en massacrant en trois jours d'affrontements sanglants plus de mille personnes, hommes, femmes et enfants, et en blessant quatre mille; il en profita pour détruire toute l'organisation socialiste, liquidant le parti et les syndicats, déclarant déchus les députés socialistes, et pour faire ratifier du Parlement une nouvelle constitution.

 

Des centaines d'Autrichiens antifascistes se battirent dans les brigades internationales en Espagne et une brigade autrichienne se battit aux côtés des partisans tchécoslovaques; le mouvement clandestin commença à s'organiser dès 1940, renforcée par la suite par les groupes "Paulin", "Siegel" et "Puschmann", dirigé par le parti communiste autrichien, tandis que les résistants de tendances conservatrices se retrouvaient dans l' "Osterreichische Freiheitbewegung", le Mouvement Autrichien de la Liberté.

La Résistance autrichienne porta son attention surtout à l'activité syndicale, avec de l'agitation et de la propagande dans les usines, mais réussit à développer une propagande parmi les militaires de la Wehrmacht.

Sylvester Heider né en 1906, militant syndical et politique du bassin industriel du Danube rejoint la lutte partisane sous les noms de "Ferdl" et "Wastl". Il tomba en Styrie en 1944, à la tête de ses hommes, en combattant contre des détachements de SS et de gendarmes autrichiens.


De La musica dell'altra Italia

 

 

On ne peut aborder la question autrichienne aujourd'hui sans se souvenir de ces événements et de la destruction morale de ce pays – naguère à la pointe de la modernité dans les domaines les plus divers : scientifiques, médicaux, techniques, philosophiques, musicaux et littéraires. L'Autriche est encore toujours malade de la peste brune – « La honte qui tous nous désespère », dont elle fut un des foyers d'infection les plus virulents. Il est heureux de constater, comme aurait dit Karl Kraus (écrivain aux initiales rappelant une Autriche disparue dans la première tourmente mondiale), qu'il y eut des Autrichiens – dont K.K. lui-même – pour refuser cette diarrhée politique, née des dysfonctionnements intestinaux d'un de leurs (ex-)compatriotes. On aime à penser qu'il y en ait à présent... On a d'ailleurs comme l'impression, qu'au-delà de l'Autriche aussi, certaines rumeurs, certains mouvements et diverses proclamations centripètes menacent. L'Europe vacille et dès lors, pour plaire à ses mentors – elle exige propitiatoire rigueur, discipline et strict alignement.

 

« VOYEZ CE QU'ILS FONT AUX GRECS. ILS VOUS LE FERONT DEMAIN ».

 

Ainsi Parlait Marco Valdo M.I.

 

 

 

Frères des villes et des ports
Des villages et des puits.
Frères du sud, de l'ouest et du nord
De l'est, le soleil nous sourit.

Rejoignez-nous dans la forêt et les champs
Fusil à la main et fidèles au serment :
Lutter et mourir
Jusqu'à libérer l'Autriche de la honte

Lutter et mourir
Jusqu'à libérer l'Autriche de la honte.

 

La honte qui tous nous désespère
C'est la tyrannie de Hitler.
Seul notre combat pour la libérer
Rendra à l'Autriche sa liberté.
La seule liberté à laquelle on tienne
C'est la tienne paysan, ouvrier, c'est la tienne
C'est sûr, le soleil brillera pour nous

Tant que notre drapeau flottera.
C'est sûr, le soleil brillera pour nous

Tant que notre drapeau flottera.

 

Le drapeau que nous portons
Éclaire de rouge l'horizon
Et indique dans les jours de peine
Le chemin à la femme et à l'homme.
Son flambeau en nous rayonne

Pour que le monde fleurisse dans la paix.
Jusqu'à ce que la liberté revienne
Pour toi paysan et prolétaire.

Jusqu'à ce que la liberté revienne
Pour toi paysan et prolétaire.

Par Marco Valdo M.I.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 14:42

FLEUR DES CHAMPS



Version française – FLEUR DES CHAMPS – Marco Valdo M.I. – 2012

d'après la version italienne FIORE DI CAMPO d'une chanson sicilienne – Ciuri di campi – Peppino Impastato

Musique et interprétation : Carmen Consoli e i Lautari

 

Je reprends ici le commentaire de la chanson Cent Pas [[4266]] des Modena City Ramblers :

 

La lutte de Peppino Impastato, assassiné par la mafia car il avait le don d'être courageux, honnête et cohérent avant tout avec lui-même pour être généreux avec les autres. (fragment du dialogue du film Les Cent Pas de Marco Tullio Giordana).


« Entre la maison de Peppino Impastato et celle de Gaetano Badalamenti, il y a cent pas. Je les ai parcourus pour la première fois un après-midi de janvier, avec un sirocco glacé qui lavait les trottoirs et gonflait les vestes. Je me rappelle le ciel oppressant et la route blanche qui coupait en deux le village dans toute sa longueur, de la mer jusqu'aux premières pierres du mont Pecoraro. Cent pas, cent secondes : je m'efforçai de les compter et je pensai à Peppino. Combien de fois était-il passé devant les persiennes de Don Tano (Gaetano Badalamenti) quand il ne savait pas comment il allait finir. Je pensai à Peppino, avec ses poings en poche, entre ces maisons, perdu avec ses fantômes. Enfin, je pensai qu'il est facile de mourir au fond de la Sicile. » (Claudio Fava, “Cinque delitti imperfetti”, Mondatori 1994, p.9)

Gaetano Badalamenti est un galantuomo, même de l'avis des carabiniers, un homme respectable et respecté, chef mafieux assez célèbre – dans son genre : capo de tutti i capi de 1974 à 1976, parrain de Cinisi et par ailleurs, oncle de Peppino, mais tout le monde est oncle en Sicile, comme disait Sciascia.

Mais l'important est Peppino, socialiste (au sens profond du terme), membre du P.S.I.U.P., il milite en faveur des ouvriers, des paysans et des chômeurs. Sa plus grande « erreur » qui le conduisit à la mort, fut de s'en prendre à la mafia, notamment par sa radio « libre », Radio Aut. Il avait une hérédité lourde : son oncle et son père furent assassinés avant lui – par les mêmes.
Candidat sur la liste « Democrazia Proletaria » (Démocratie prolétaire), il est assassiné le 9 mai 1978 – attaché sur la voie ferrée et plastiqué. Il sera quand même élu deux jours plus tard par les gens de Cinisi.

Il faudra attendre 2001 pour qu'un jugement soit rendu condamnant ses assassins.
(voir aussi l'assassinat de Salvatore Carnevale et la chanson Salvamort [[7734]] et le commentaire quant au procès des assassins).

 

 

 

 

Fleur des champs qui naît

Heureux les yeux de qui te fait grandir

Fleur des champs qui pousse

Et l'abeille hante les buissons

Fleur des champs quand tu meurs

Pleure la terre, pleure le cœur

Comme fleur des champs tu naquis

Et cette terre te fut mère

Comme fleur des champs tu grandis

Et la lutte te servit de père

Comme fleur des champs tu mourus

Un soir de mai parmi les étoiles tristes

Fleur tu naquis

Fleur tu grandis

Fleur tu meurs

Pleure la terre, pleure le cœur

Par Marco Valdo M.I.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 21:35

LE BARBIER

 

 

Version française – LE BARBIER – Marco Valdo M.I. – 2012

Chanson italienne – Il barbiere – Stormy Six - 1977

 


Une chanson du temps où on pouvait encore devenir fou ou mourir... du service militaire … Une chanson, qui par moments, rappelle la splendide Emigrato su in Germaniade Gianni Nebbiosi.

 

 

Mesure élémentaire d'hygiène,

Règle de discipline,

Je tiens mes mains, sous le tablier,

Je cherche ma convocation,

Pendant que le barbier,

Moustaches et rouflaquettes,

Taille une bavette

Brillantine et lotion.

 

Pendant que le barbier

Repasse le rasoir

Sur la bande de cuir,

Je serre plus fort

Le cheval tendu,

Mon crâne rasé

Multiplié par mille le soir

À partir du cou dans le miroir,

À demi guillotiné.

 

« À qui le tour, monsieur est servi ! »

Et le blaireau est reparti.
Accompli le rite,

J'ai disparu, à l'instant

Soldat du contingent.
Dans une Italie détraquée et féroce

Sans forme et sans voix,

Je traîne mon embarras.

 

Pendant que l'Italie gratte sa gale,

Hurle en sept dialectes,

Nous partageons le silence et la colère,

Les bandes dessinées et le léninisme.
Tous à chanter entre le mur et les plumards

Quarante merles et leurs calbars

Dans la même cage.

 

Trois sont à Gaeta, pour politique

Quatre sont devenus phtisiques.
Cinq tués par une remorque en septembre

Un Sarde et un analphabète.
Dur de tête et lourd de main,

A remercié le capitaine

De ses deux poings.

 

Mesure élémentaire d'hygiène,

Dormir pour ne pas penser,

quelqu'un seul se coupe les veines,

Les autres savent patienter.
Douze mois tous présents

Pour se retrouver et serrer les dents

À se comprendre sans parler.

 

 

Par Marco Valdo M.I.
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés