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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 18:26
VIVE L’ITALIE !

Version française – VIVE L’ITALIE ! – Marco Valdo M.I. – 2017

 

Chanson italienne – W l’Italia – La Famiglia Rossi – 2010

 

 

 

Salut à toi, Marco Valdo M.I. mon ami.

 

Salut à toi, Lucien l’âne mon ami. Te voilà bien Rome antique dans ton propos.

 

Romantique ? Moi, un âne, romantique ? Où as-tu été chercher cette idée ? Mais enfin, Marco Valdo M.I. mon ami, que veux-tu dire par romantique ? D’autant que j’aurais plutôt tendance à me considérer comme un Grec antique.

 

C’est, vois-tu Lucien l’âne mon ami, à cause de la chanson et de ce qu’elle raconte. Car, comme tu vas pouvoir t’en assurer, elle parle d’une Italie décadente assez contemporaine qui, à bien des égards, me fait penser à la Rome antique quand elle était sur le déclin et en disant cela, je m’aperçois que cette comparaison est très fertile car, elle ouvre d’étonnants horizons à la réflexion. Par exemple, elle donne immédiatement une idée d’une certaine dimension temporelle, celle de l’évolution des sociétés humaines. C’est une dimension qui s’apparente aux marées longues ; ses amplitudes sont assez indifférentes aux événements qui captivent tant les médias ; la marée ignore superbement le paquebot qui coule, alors que le commentateur ne voit que le navire en train de sombrer. Je m’explique : quand on regarde la mer depuis une plage, on voit jusqu’à l’horizon – cependant, il faut comprendre immédiatement qu’on ne voit que jusqu’à l’horizon, même si un océan de plusieurs milliers de kilomètres se prolonge au-delà.

 

Oh, dit Lucien l’âne, ça me rappelle l’histoire de ces émigrés en route pour la Terre promise : « Dis papa, c’est loin l’Amérique ? Tais-toi et nage ! ».

 

 

 

En effet, il convient de nager, dit Marco Valdo M.I., mais je reprends. On ne voit que jusqu’à l’horizon, ce qui est une première limitation et la marée ne se voit qu’à peine et de près, sur la plage : elle avance, elle recule et là déjà, pour constater ce double mouvement, il faut du temps ; d’autant que cette progression-régression se superpose au mouvement similaire de la vaguelette qui vient lécher le pied de l’observateur, laquelle retient l’attention du baigneur. Donc, de près sur la plage, on ne voit que la dernière vague qui vient se casser et s’éteindre devant nous avant de refluer et c’est elle qu’on regarde. Pourtant, pour continuer la métaphore, la marée qu’on ne voit pas et qu’on ne peut pas voir conditionne le destin de la vague et même celui de la plage – en supposant qu’on en reste à une mer calme. Telle est l’idée : celle du temps long qui est celui des choses qu’on ne voit pas. Si maintenant, on applique cette réflexion au monde des humains, on peut constater qu’on a généralement tendance à ignorer ces processus quadridimensionnels, tant on a le nez collé sur les événements sans jamais – ou presque – les replacer dans le flux ou la marée de l’histoire. Il est vrai que certains – agissant de pareille façon – ont même été jusqu’à imaginer, je dirais plus exactement, fantasmer la fin de l’histoire. Comme si tant qu’il y aura des hommes, l’histoire pouvait s’interrompre et finir. C’est une aimable absurdité de théoricien événementiel. Ce n’est pas parce qu’on ferme les yeux ou qu’on met – telle une autruche, du moins si l’on en croit l’Histoire naturelle de Pline l’ancien – la tête dans le sable pour ne pas voir les choses, que les choses n’existent pas, que les effets du temps s’effacent et qu’il ne continue pas imperturbablement son parcours, fût-il erratique.

 

Et la Rome antique dans tout ça ?, Marco Valdo M.I., que vient-elle faire dans ton raisonnement ?

 

En premier lieu, Lucien l’âne mon ami, elle vient donner un cadre de réflexion dans lequel on peut situer des événements contemporains qui, cahin-caha, grosso modo, s’entrechoquent et se bousculent comme ceux qui mirent progressivement fin à l’Empire romain, après avoir liquidé la royauté, puis la République. Mais pour ma réflexion, peu importe le type d’organisation du pouvoir en place ou les détails de son fonctionnement ; ce qui compte c’est le comportement quasiment organique du corps de cet être complexe et collectif qui mourut sous le costume de l’Empire. L’affaire avait duré, je te le rappelle des centaines d’années et à divers moments du processus, certains auraient, là encore, pu proclamer la fin de l’Histoire, sans pour autant en interrompre le parcours. Encore une fois, peu importe l’agitation ou le calme du moment, l’Histoire continue son erre. Voilà pour la Rome antique ; de plus, comme tu ne l’ignores pas, l’actuelle Italie est considérée comme ce qui géographiquement correspondrait à cette Rome antique.

 

 

 

Oui, je le sais, dit Lucien l’âne. C’est même parfois assez toxique comme idée, et elle recèle même des effets de nostalgies perverses.

Mais revenons à la canzone qui traite, comme je te l’ai dit, Lucien l’âne mon ami, d’une Italie plus contemporaine. Avant d’aller plus loin, je voudrais la rapprocher d’une autre chanson, tout aussi italienne et qui porte d’ailleurs le même titre. En effet, on ne peut s’empêcher de penser à Viva l’ItaliaVive l’Italie que chantait Francesco De Gregori ; c’était peu avant 1980 ; celle-ci, dont je viens de faire la version française, date de 2010 : il y a donc 30 ans entre les deux, mais c’est le même chant amer. Je suis d’ailleurs absolument persuadé que la plus récente renvoie très directement à son aînée et que la lecture parallèle des deux canzones le montre plus d’une fois. Ce qui expliquerait la façon dont le titre est présenté « W l’Italia », qui est une autre manière d’écrire « Viva l’Italia » : c’est la même chose et c’est tout autre chose et malgré tout, oblige à se poser la question : L’Italie ? Dans le fond, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas dire ses dérives et ses déchéances et sa soumission au pouvoir et aux pouvoirs des mages et des maîtres-chanteurs de la nation catholique ? Ici, dans cette version la plus récente, l’Italie est assimilée à un bateau qui va tout droit sur les récifs pendant que l’orchestre du bord s’échine à la fanfare et que le commandant fait la roue devant les passagères, tout pétri de la certitude de son insubmersibilité et de celle de son mastodonte. « Dites, commandant, c’est un croiseur ou un sous-marin, votre navire ? Un croiseur, évidemment ! Alors on coule. »

 

Moi, dit Lucien l’âne, cette histoire de navire me fait penser au titanic, au Concordia et à certain homme politique italien qui chantait des bluettes dans les croisières pour vieilles dames sur le retour, qui se targuait du titre de Cavaliere et comme homme d’affaires fut un pionnier de la déliquescence démocratique. À ce dernier titre, il a ouvert la voie à bien des personnages en vue de nos jours. Donc, Marco Valdo M.I., on parlait de l’Italie.

 

Justement !, Lucien l’âne mon ami. Justement ! Maintenant, si tu veux bien conclure, car telle est ta mission.

 

Conclure ? Tu en as de bonnes, Marco Valdo M.I. mon ami. C’est un peu tôt, car je voudrais en quelque sorte introduire la conclusion par une chanson qui me semble appropriée et qui me permettra de rendre un hommage appuyé à un groupe musical allemand Comedian harmonists qui est à l’origine d’une forme musicale qui a perduré jusqu’aujourd’hui, au travers d’ensemble d’hommes chantants, avec parfois l’une ou l’autre dame : Ray Ventura, Frères Jacques, Quatre Barbus, I Gufi, Quartetto Cetra, Chansons plus bifluorée… Le succès de ces Comédiens harmonistes (en réalité, Comedians harmonists) fut interrompu dès 1934 et le groupe dissout en 1935 ; il y avait des Juifs dans le groupe et puis, ils opposaient la légèreté du propos aux discours en forme de panzers qui envahissaient l’horizon. Faire du léger quand les temps sont lourds est une forme de résistance assez subtile, mais dangereuse. J’ai pensé à eux, car ils avaient créé une chanson qui pourrait être le chœur de cette Italie qui court tout droit sur les rochers. Ils chantaent en plusieurs langues : en allemand : Das Ist Die Liebe Der Matrosen, en français : C’est nous les gars de la marine et une version anglaise : The Way With Every Sailor. Compte tenu de l’époque et de certain pendant nationaliste local, c’était en soi déjà une réponse à l’imbécillité ambiante. Un film raconte leur aventure : Conclure, enfin, voici : l’Italie n’en finit pas de sombrer, comme le fait toute la frange méditerranéenne de l’Europe. Pour le reste, je suis un âne et je ne suis pas devin. Je te propose dès lors de reprendre notre tâche et de tisser le linceul de ce vieux monde plein d’hommes d’affaires, affairistes, arrogants, avides, arides, ambitieux et cacochymes.

 

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I et Lucien Lane

 

 

Notre beau navire trace son sillon altier ;

À son bord, les gens ne savent pas nager,

Mais qu’importe ? !

Où donc, il nous emporte ?

C’est une frégate sans timon,

Mais sur le gaillard, il y a un bouffon

Avec une casquette de chef de train

Qui chante des jérémiades en napolitain.

L’orchestre joue,

Les gens dansent

Fascinés par le fracas des musiciens.

 

Vive l’Italie de grattez et gagnez ;
Si vous perdez, recommencez !
Vive l’Italie des chevaliers,
Des lèche-culs, des putassiers !

Vive l’Italie des fraudeurs
Accueillis comme des bienfaiteurs !
Vive l’Italie des moutons
Qui se prennent pour des lions !

 

Et vive l’Italie des moralistes
Où les salopes sont ministres
Et inventent des lois d’airain
Pour qu’on arrête les putains.

 

Vive vive l’Italie à la dérive !
Vive vive tant qu’il y a des vivres !
Vive vive l’Italie à la dérive !
Vive l’Italie, c’est un spectacle grandiose !

Vive l’Italie du piduiste,
Du chef mafieux en tête de liste !
Vive l’Italie de la famille
Du mange-mange, du pique-pique !

Vive l’Italie de l’information
Toujours à la laisse de son patron
Qui nous endort et nous réconforte
En vendant des mensonges de porte à porte.

 

Vive l’Italie du bon droit,
Du bon pasteur et du vieux cabot !
S’il y a un problème, on fera une loi
Qui sauvera le porc qui baise le troupeau !

 

 

Vive vive l’Italie à la dérive !
Viv
e vive tant qu’il y a des vivres !
Vive vive l’Italie à la dérive !
Viv
e l’Italie, c’est un spectacle grandiose !

VIVE L'ITALIE !
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Published by Marco Valdo M.I.

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