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2 avril 2017 7 02 /04 /avril /2017 10:50

Qui suis-je ?

 

 

Chanson française – Qui suis-je ? – Guy Béart – 1965

 

 

 

 

Mon ami Lucien l’âne, je suppose que comme moi, tu connais – au moins de nom, Guy Béart. J’en suis même certain. Je me persuade assez que tu sais qu’il est né en Égypte, qu’il parcourut le monde toute sa prime jeunesse à la suite de ses parents, qu’il vécut longuement au Liban avant de finir en France. Mais rassure-toi, je n’ai pas l’intention de faire la biographie de Béart, d’autres s’en sont chargés.

 

Oh, Marco Valdo M.I. mon ami, nous ne sommes pas des biographes et si jamais, il te venait à l’idée de t’atteler à une biographie, j’aimerais mieux que tu fasses la tienne, car il y a tant de choses à comprendre dans la vie de chacun et tant de zones grises, tant de moments enfuis et enfouis qu’il est toujours intéressant de tenter de s’en souvenir. Cependant, il n’y a rien là d’urgent, ni de nécessaire. Je disais ça comme ça en passant.

 

Écoute, Lucien l’âne mon ami, comme à l’ordinaire, tu parles d’or. Ce n’est pas que je sois pénétré de l’envie ou l’ambition de me tracer un portrait, mais c’est que justement, ton intervention me ramène à la chanson, dont le titre est précisément « Qui suis-je ? ».

 

C’est en effet, Marco Valdo mon ami, la question qui préside à toute autobiographie.

 

Remarque, mon ami Lucien l’âne, que cette question est aussi celle qui résonne dans la philosophie et particulièrement, à l’époque où Guy Béart écrit cette chanson. C’était au temps où Paris, le Paris des brasseries, des bistrots et de la nuit se targuait d’existentialisme ; un penchant philosophique mondain qui se coula dans la Seine avec Paul Celan. On avait changé ; le « Qui suis-je ? », le « Qu’y puis-je ? » de la chanson étaient passé de mode ; on envisageait des consommations culturelles de masse ; on n’essayait plus de comprendre, on se contentait du pré-emballé. Je ne sais même pas, si on pourra en sortir bientôt. Comme je te l’ai dit, globalement, statistiquement, commercialement, la chanson de Guy Béart n’a plus cours. Elle est partie d’un autre monde, mais il y aurait intérêt à y revenir.

 

Honnêtement, Marco Valdo M.I. mon ami, moi qui ai vécu tant de lieux et tant de temps, je ne saurais dire ce qu’il va en être dans les temps prochains. Cependant, ce dont je peux t’assurer, c’est que pour y revenir, on y reviendra ; l’humaine nation ne peut perdurer dans la fange financière. Il est des moments – courts ou longs, peu importe, où elle s’y prélasse et puis, un jour, elle se met à se réfléchir, à se voir et à se rendre compte par elle-même ; elle s’étonne, elle s’indigne d’elle-même, elle s’ébroue et elle se convainc à nouveau que vivre, c’est d’abord et avant tout, vivre. Et elle revit.

 

Certes, Lucien l’âne mon ami, ces fluctuations, ces plongées dans l’horreur suivent le rythme du temps des grands groupes humains, un rythme pareil à celui du temps du calendrier et des saisons. Cependant, s’il s’applique aux grands ensembles, il n’a que peu d’influence sur les individus et là réside la chance de l’humanité. Au travers des individus, unité par unité,l’humaine nation s’humanise et surmonte les pires désespoirs. C’est le phénomène de résistance tel que décrit par le grand Victor de son exil îlien :

 

« Si l’on n’est plus que mille, eh bien, j’en suis ! Si même
Ils ne sont plus que cent, je brave encor Sylla ;
S’il en demeure dix, je serai le dixième ;
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! »

 

Marco Valdo M.I. mon ami, arrêtons là ! Il ne s’agit que de chanson, nous n’avons pas l’envergure des grands, ni philosophes, ni poètes, on est juste des causeurs infinis et pour ce qui est de causer, nous avons tout le temps. Concluons pour aujourd’hui et pour cette chanson par notre antienne favorite : « Ora e sempre : Resistenza ! » et reprenons notre tâche qui se veut tranquille et qui nous mène à tisser, tisser inlassablement le linceul de ce vieux monde caduc, obèse, essoufflé, pesant, ambitieux, avide et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien l’âne

 

 

 

Je suis né dans un arbre
Et l’arbre, on l’a coupé.
Dans le soufre et l’asphalte,
Il me faut respirer.
Mes racines vont sous le pavé
Chercher une terre mouillée.
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en litige ?
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en émoi ? 

 

 

On m’a mis à l’école
Et là, j’ai tout appris :
Des poussières qui volent
À l’étoile qui luit.
Une fois que j’eus tout digéré,
On m’a dit : « Le monde a changé ».
Qui change, qui range
Dans ce monde en mélange ?
Qui change, qui range
Dans ce monde en émoi ?

On m’a dit : « Faut te battre ! »,
On m’a crié : « Vas-y ! »,
On me donne une grenade,
On me flanque un fusil.
Une fois qu’on s’est battu beaucoup,
On m’a dit : « Embrassez-vous ! »
Qui crève, qui rêve
Dans ce monde sans trêve ?
Qui crève, qui rêve
Dans ce monde en émoi ?

J’ai pris la route droite,
La route défendue,
La route maladroite,
Dans ce monde tordu,
En allant tout droit, tout droit, tout droit,
Je me suis retrouvé derrière moi !
Qui erre, qui espère
Dans ce monde mystère ?
Qui erre, qui espère
Dans ce monde en émoi ?

On m’a dit : « la famille,
Les gros sous, les autos ».
On m’a dit « la faucille »,
On m’a dit « le marteau ».
On m’a dit, on m’a dit, on m’a dit,
Et puis, on s’est contredit.
Qui pense, qui danse
Dans cette effervescence ?
Qui pense, qui danse
Dans ce monde en émoi ?

Mes amours étaient bonnes
Avant que les docteurs
Me disent que deux hormones
Nous dirigent le cœur.
Maintenant, quand j’aime, je suis content
Que ça ne vient plus de mes sentiments.
Qui aime, qui saigne
Dans ce monde sans thème ?
Qui aime, qui saigne
Dans ce monde en émoi ?

Et pourtant je me jette,
Et j’aime et je me bats
Pour des mots, pour des êtres,
Pour cet homme qui va.
Tout au fond de moi, je crois, je crois,
Je ne sais plus au juste en quoi.
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en litige ?
Qui suis-je, qu’y puis-je
Dans ce monde en émoi ?

Qui suis-je ?

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