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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 14:09

Toute l’Allemagne transpire

Version française – TOUTE L’ALLEMAGNE TRANSPIRE – Marco Valdo M.I. – 2017

Chanson allemande – Ganz Deutschland im Fieber – Juliane Werding – 1995

 

 

 

 

 

« Toute l’Allemagne transpire », quel titre fabuleux, Marco Valdo M.I. mon ami. J’aime autant ne pas y penser, car rien que d’y penser je me sens mal. Imagine l’atmosphère !

 

Comme dirait Bartleby : « I would prefer not to». C’est d’ailleurs, Lucien l’âne mon ami, l’attitude de Juliane Werding vis-à-vis de toute l’agitation sportive et le fanatisme du fitness dominical et vespéral. Comme tu l’entendras, elle – dans ces cas-là, elle reste au lit. C’est du moins le sens revendicatif de la chanson. Dans les faits, c’est aussi une chanson contre l’effort et sa mythologie, contre le « arbeit macht frei » de si jolie mémoire.

 

À propos de formules qui se rencontrent ou qu’on fait, comme tu viens de le faire, se rencontrer, je trouve ce tandem : « Arbeit macht frei » – « I would prefer not to », absolument renversant et délicieux et conforme, me semble-t-il, au personnage de Melville et à sa confrontation obstinée et en sens contraire avec la logique de Wall-Street.

Mais quand même, tout cela nous éloigne assez de Juliane et d’Essen ou de Berlin, qu’importe. Toute l’Allemagne transpire : il y a ses odeurs, il y a ses allures et ses tenues rigoureusement à la mode. On ne transpire pas n’importe comment, ni n’importe où. Juliane, elle, se tient en son lit le dimanche matin – comme dans la vieille chanson française : « Le dimanche matin, c’est le moment rêvé pur faire la grasse matinée » et en son chez soi, les soirées de semaine. En quoi, elle aurait reçu l’entier soutien de Winston Churchill, lequel interviewé le jour de ses 90 ans sur sa longévité remarquable, répond un porto dans une main et un havane dans l’autre : « Never sport ! ».

 

C’est drôle cette chanson. Moi, je l’aime beaucoup et Marco Valdo M.I. mon ami, elle me rappelle tout à la fois Boris Vian Je ne peux pas travailler et Henri Salvador Le Travail, c’est la santé. Et j’ajouterais volontiers, une de tes canzones : Dormir. Pas étonnant que tu aies été dégotter cette chanson de Juliane Werding.

 

En fait, Lucien l’âne mon ami, tu as raison. D’une certaine manière, il y a une cohérence dans ce monde ; en quelque sorte, tout se tient.

C’est d’ailleurs ce qui m’inquiète aussi, car ce grand mouvement moutonnier d’une large frange de la population allemande et cette aspiration aux exercices au grand air et aux entraînements excessifs font remonter des effluves inquiétants. Oh, je ne parle pas de ces relents de transpiration qui doivent parfumer ces jeunes gens énergiques, je pense plutôt à des remugles anciens. On pratiquait beaucoup le sport en tenue appropriée en Allemagne dans la première moitié du siècle dernier ; ces exercices d’hygiène collective ont conduit à d’innommables défilés. Il y eut d’ailleurs à l’époque toute une jeunesse rétive à la sportivité organisée et musculeuse et tout spécialement, dans la région de la Ruhr où se trouve Essen ; comme tu sembles t’en souvenir, il s’agit bien évidemment des Edelweiss Piraten, dont Franz-Josef Degenhardt racontait l’histoire en l’année 1941.

 

En fait, considéré de ce point de vue, dit Lucien l’âne en riant, Juliane fait de la résistance.

 

Évidemment et ce n’est pas un hasard, déclare Marco Valdo M.I., il suffit de voir d’autres de ses chansons. Mais que dit-elle exactement dans celle-ci ? En fait, elle fait une peinture de genre, elle peint une certaine partie de population qui se livre à ces pratiques sautillantes et elle entend se démarquer nettement de cette coterie. Ce qui n’est pas directement dit, mais qui est exposé, c’est la fracture sociale et les comportements qu’il convient d’adopter si l’on aspire à utiliser l’ascenseur social, à être dans le coup, à profiter de la conjoncture. Et si on replace cette appétence dans le cadre de la Guerre de Cent Mille Ans, on comprend le « I would prefer not to » que Juliane oppose à l’effort socialement bien considéré. C’est le sens de tous les signes de reconnaissance sociale, en l’occurrence, c’est la marque (les marques, les bleus, les crampes) de l’appartenance (volontaire) au groupe des prétendants, ceux marqués au signe du buffle, selon Heinrich Böll.

 

Arrête, Marco Valdo M.I. mon ami, arrête tout de suite, tu t’envoles, tu vas te predre dans ton propre discours. On sait toujours quand et où tu commences, mais on ne sait jamais tu vas, ni quand tu vas aboutir. Je te dis halte, suffit, on y reviendra. Maintenant la chanson et puis continuons notre tâche simple et tissons le linceul de ce vieux monde sportif, attelé à l’effort, musculeux et cacochyme.

 

Heureusement !

 

Ainsi Parlaient Marco Valdo M.I. et Lucien Lane

 

 

 

Dimanche matin, quand le soleil sourit,
On s’entraîne dehors,
En short et tricot de sport.
Voyez-les déguisés en Pochettes-surprise,
Manger des Power-Food, d’ISO drinks se gaver,
Courir en baskets dans les bois,
Et faire du vélo par plus de 30 degrés.
C’est admirable, mais pourquoi, pourquoi ?

 

Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.

Lundi matin – je suis fraîche et dispose,
Les autres sont foutus,
Malgré leurs bleus et leurs crampes
C’est encore tout pour le sport et les exercices
À midi du pissenlit en salade
Et du thé vert, par-dessus
Et le soir quand chez moi, je me délasse,
Alors, ils suent au club de mise en forme.


Hey, hey, hey,,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je glande seule au lit.
Je lis un livre, j’ai de la visite
Et en dormant, j’entretiens ma forme.
Hey, hey, hey,
Toute l’Allemagne transpire.
Hey, hey, hey,
Je suis celle, celle qui ne fout rien ;
Je me laisse aller et je me ménage
Et ça me va bien.

 
Toute l’Allemagne transpire

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